Peter Watkins

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Thaddeus
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Re: Peter Watkins

Post by Thaddeus »

Watkinssien wrote:même mon pseudo te renvoie au final à quelque chose que tu n'apprécies pas.
:idea:

Dans la grande famille des origines énigmatiques de pseudos, voici donc un mystère résolu.


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Culloden
La bataille de Culloden, en 1746, fut l’ultime tentative des jacobites écossais pour restaurer sur le trône d’Angleterre la dynastie des Stuart. Sous prétexte de sauver le royaume, les clans, la culture et le mode de vie des Highlands furent anéantis. En matière de reconstitutions historiques, il y a le style "Veillée des chaumières", le style "Musée Grévin", le style "Image d’Épinal". Et puis il y a la méthode Watkins, novatrice, subversive, qui supprime l’anachronisme avec un mélange d’objectivité implacable et de distanciation sarcastique et recrée l’évènement comme les grands reporters vivent les tragédies de notre temps. Troublant l’eau calme des idées reçues, elle dépasse la valeur du document pour atteindre à la prise de conscience d’une vérité essentielle : l’horreur et les conséquences de toutes les guerres. 4/6

La bombe
L’année précédente, Kubrick et Lumet imaginaient en fiction comment pouvait être déclenchée une guerre atomique. Avec les armes du documentaire, Watkins se penche sur l’après immédiat d’une telle hypothèse, mais du côté de la population, en simulant les conséquences directes d’une attaque nucléaire sur la Grande-Bretagne. Il énonce avec la neutralité d’un médecin-légiste une série de faits, de chiffres, de situations, compile méthodiquement témoignages et rapports, en les ponctuant de ce rappel récurrent et terrible qui ne laisse aucun recours : "voici ce qui se passerait en pareilles circonstances". Pas de sentimentalisme ou d’idéologie politique : juste l’instantané effroyablement précis d’une Apocalypse à peu près impossible à éviter. L’avertissement est implacable comme un coup de semonce. 5/6
Top 10 Année 1965

Punishment park
Face en l’enlisement des troupes américaines au Vietnam, le président Nixon décrète l’état d’urgence. Les adversaires du régime comparaissent devant un tribunal improvisé et doivent choisir entre la prison et un camp d’entraînement (ou plutôt de reformatage) d’un nouveau genre. La jeunesse pacifiste, coupable de complicité avec le communisme et de déchéance morale, passe à la moulinette de ce processus de domestication radicale, avec la mort au bout du chemin : chasse à l’homme sous le soleil et massacre programmé devant les caméras de télévision. Watkins braque ses armes de cinéaste contre la répression des idées contestataires. Son brûlot de politique-fiction appuie là où ça fait mal, mais n’évite pas l’ambigüité d’une forme de manipulation aussi dangereuse que ce qu’il prétend dénoncer. 3/6

Edvard Munch
Entre le précurseur du reportage fictif et le fils de Loeten qui ouvrit la voie de l’expressionnisme, tous deux rebelles et intellectuels, tour deux briseurs d’images pour qui créer, c’est démanteler une tradition perceptive, plastique ou filmique, la rencontre est plus que fructueuse. Watkins pénètre le mental d’un artiste révolutionnaire, visualise l’omniprésence mortifère des traumatismes de son enfance comme ceux de sa vie amoureuse, dissèque le rapport organique qu’il entretient à la peinture. La modernité de ses dispositifs lui permet d’englober les mutations culturelles et les carcans socio-psychologiques, les engagements politiques et les turbulences intimes, et d’analyser en profondeur, avec une puissance esthétique blafarde et hallucinée, la douloureuse conscience de l’homme au monde. 5/6

La commune (Paris 1871)
Soixante-douze jours qui n’ont pas ébranlé le monde. Soixante-douze jours de l’histoire de Paris pourtant, deux mois d’une pensée et d’une programme réprimés dans le sang, et dont l’effervescence s’est dégagée lentement de l’opprobre des uns et du messianisme des autres. Cet épisode oublié, Watkins le reconstitue en lui appliquant une démarche brechtienne, follement stimulante, et en l’abordant comme une suite d’événements en constante réinterprétation. Pour lui, dénonciateur acharné des effets de la mondialisation sur la communication de masse, l’histoire doit être mise en scène plus qu’en récit, son sens passer par le texte et la confrontation des discours, et la réflexion se construire sur une analyse critique de l’image. La fresque est éblouissante de souffle et de richesse, d’intelligence et d’intensité. 5/6
Top 10 Année 2000


Mon top :

1. La commune (Paris 1871) (2000)
2. La bombe (1965)
3. Edvard Munch (1974)
4. Culloden (1964)
5. Punishment park (1971)

Cinéaste agitateur, critique virulent de toutes les formes de pouvoir, chercheur d’une expression inédite entre le documentaire, le reportage et la fiction, fondés sur des procédés de narration au conditionnel, Peter Watkins est considéré à la fois comme l’un des réalisateurs les plus engagés de l’école britannique, et l’un des plus prompts à questionner les méthodes de sa réflexion. Ces quelques films sont, sinon irréprochables, du moins tous passionnants.
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Jeremy Fox
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Re: Peter Watkins

Post by Jeremy Fox »

Chronique de Privilège par Justin Kwedi, début de nos vendredis qui seront désormais consacrés pour une bonne partie au cinéma anglais.