Hong Sang Soo

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Ben Castellano
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Re: Hong Sang Soo

Post by Ben Castellano »

Ses conditions de travail ne sont pas déplorables parce qu'il fait ce qu'il aime, mais de fait, il aurait peut-être du mal à faire financer aujourd'hui des films comme La vierge mise à nue par ses prétendants ou Turning Gate si c'était toujours ce qu'il voulait faire. D'autres galèrent toujours évidemment.

Sinon je ne parle surtout pas de naturalisme :) Pour la scène avec le doyen, le contexte est très ordinaire et se dérègle complètement, c'est ce qui fait sa force pour moi, pas une question de "réalisme"... le premier sketch d'Oki's Movie ressemble parfois à un rêve voir un cauchemar (et même, les quatre sketchs finalement peuvent faire l'effet des quatre rêves d'une même nuit, avec ces acteurs jouant de mêmes personnages pas tout à fait identiques...)
Tutut
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Re: Hong Sang Soo

Post by Tutut »

Le souci actuellement, ce serait que les coréens doivent toujours faire des concessions aux américains lors des accords économique bilatéraux (réduction des quotas), que le gouvernement est de droite donc pas obligatoirement promoteur de culture et que les institutions culturelles sont plutôt occupées à promouvoir la K-pop à l'échelle mondiale que le cinéma.
Hong Sang-soo ne va pas si mal que ça, le cochon dans le puit, la province de Kangwon, la vierge mise à nu et turning gate sont sortis en blu-ray l'année dernière.

Je suis désolé, mais je ne vois pas de rupture ou quoique ce soit d'exceptionnel, de profond, qui me toucherait plus, dans la scène du doyen. C'est d'ailleurs mon souci avec HSS, j'en arrive presque à le considérer comme un formaliste, quelqu'un qui fait de l'exercice de style et en général j'ai besoin de plus que ça.
Duke Red
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Re: Hong Sang Soo

Post by Duke Red »

Deuxième film d'Hong Sang Soo que je vois, après In another country. J'avais trouvé ce dernier sympatoche, pas vraiment beau, plutôt superficiel, un peu ludique avec sa structure en sketchs qui se télescopait à certains endroits. Bref un film gentillet, passée la curiosité de voir Isabelle Huppert (dont je ne suis pas un inconditionnel) chez les Sud-Coréens.

Bien décidé à redonner sa chance à ce réalisateur devant lequel se pâment les critiques français, je suis allé voir Sunhi. Bon… C'est du même acabit, mais en plus emmerdifiant, il faut l'avouer. Déjà, c'est moche. Ou plutôt, sans aucun intérêt d'un point de vue esthétique. Difficile de passer outre cette lumière plate, digne d'une sitcom. Soit donc les tribulations sentimentalo-professionnelles de Sunhi, étudiante en cinéma, et de trois hommes qui ont compté pour elle (et surtout, pour qui elle a compté) à un moment dans sa vie. En gros, il y a des plans-séquences sur des comédiens de profil qui picolent et bouffent du poulet (Note au réalisateur : penser à engager une maquilleuse la prochaine fois ; le visage luisant des acteurs donnent l'impression désagréable qu'ils viennent de faire un marathon.) J'ai un réel problème avec la forme (cf. ma remarque ci-dessus, à laquelle s'ajoute un rythme bien longuet) et sur le fond. Le côté "comédie désenchantée" est plaisant, a priori, puisque les touches d'humour sauvent le film de l'ennui total (l'ex de Sunhi, passablement éméché, répétant 50 fois qu'il faut creuser au plus profond pour se trouver ; la différence entre les deux lettres de recommandation ; les "retrouvailles" dans le parc à la fin…). Mais comme In another country, ça ne reste que ça, une comédie douce-amère gentillette. Hong Sang Soo reste à la surface. Il y a presque quelque chose de poseur dans cette mise en scène qui se veut ultra minimaliste et ces dialogues abrutis par l'alcool, mais dont l'ascétisme appuyé voudrait nous faire croire que oui, quelque chose de très profond se joue en arrière-plan.

Je tenterai d'autres films de lui à l'occasion, mais j'ai la vague intuition qu'il ne sera jamais un de mes cinéastes préférés. (Comment est-il perçu dans son pays d'origine ?)
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Re: Hong Sang Soo

Post by Gounou »

Si troisieme tentative il y a, autant tenter un film de sa première période (au hasard, Turning Gate ou La Vierge...) !
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Duke Red
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Re: Hong Sang Soo

Post by Duke Red »

Gounou wrote:Si troisieme tentative il y a, autant tenter un film de sa première période (au hasard, Turning Gate ou La Vierge...) !
Ok je note.

(Sinon, je voulais dire "dialogues abrutis par l'alcool", pas "l'école" - je corrige :arrow: )
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Re: Hong Sang Soo

Post by bruce randylan »

Ah bah moi, c'est l'inverse, j'ai découvert cette semaine In another country :wink:

Bon, J'ai trouvé ça mieux que Sunhi mais c'est pas l'éclate non plus. Déjà, la photo est un peu plus soignée avec un (petit) jeu sur les couleurs plus recherché. Les zooms sont moins moches aussi même s'ils sont pas toujours justifiés mais il y a vrais idées sur le cadrage et le hors-champs (comme l'épouse dont on ignorait la présence au début d'une scène). Voilà, sinon, les acteurs sont "mignons", pas toujours naturels mais ça colle avec l'ambiance du film qui fonctionne plutôt bien pendant le premier "sketch"... Après, c'est plus délicat...

Le problème, c'est que je trouve ça très vain, ce qui ne veut pas dire que je le trouve creux, juste profondément vain.
Tout est très artificiel à l'image de l'introduction qui sonne atrocement faux avec la gamine qui parle à sa mère avant de s'enfermer dans sa chambre pour écrire une série de scénarii. Une présentation vraiment maladroite avec des dialogues affligeants et qui finalement n'aboutit sur rien puisqu'elle disparaît même du récit !
Du coup, le film entier m’apparaît comme un exercice de style stérile qui se repose sur des effets très rapidement prévisibles et répétitifs (dès qu'on personnage dort ou se réveil, on sait ce qui va se passer). Je n'arrive pas à y voir autre chose qu'un film de scénariste qui joue au petit malin pour masquer que son idée ne mène nulle part, ses prises de risque n'en sont pas et surtout n'apporte rien aux personnages. On est quand même très loin des variations qu'on peut trouver dans Smoking/no smoking.

Alors, c'est pas forcément déplaisant (le premier tiers est correct, quelque scènes réussi ici ou là) mais plus le film avançait et plus je me sentais terriblement passif.
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Re: Hong Sang Soo

Post by Gounou »

bruce randylan wrote:Une présentation vraiment maladroite avec des dialogues affligeants et qui finalement n'aboutit sur rien puisqu'elle disparaît même du récit !
Si je ne dis pas de bêtise, elle (s')incarne en employée/guide "au parapluie" que l'on retrouve en arrière plan des trois récits... Après, le prélude m'est également apparu comme laborieux et un peu obligé.
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Ben Castellano
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Re: Hong Sang Soo

Post by Ben Castellano »

Gounou wrote:
bruce randylan wrote:Une présentation vraiment maladroite avec des dialogues affligeants et qui finalement n'aboutit sur rien puisqu'elle disparaît même du récit !
Si je ne dis pas de bêtise, elle (s')incarne en employée/guide "au parapluie" que l'on retrouve en arrière plan des trois récits... Après, le prélude m'est également apparu comme laborieux et un peu obligé.
Tu ne dis pas de bétises. Il y a un côté "hors films" que j'aime bien là dedans, l'impression que la matière du film surgit d'un contexte totalement autre, puis le personnage de Jung Yu-mi fait le lien avec le dernier sketch d'"Oki's Movie", auquel le dispositif de ce film répond un peu.
Hong sang-soo a tourné un court métrage (prequel?) avec ces deux mêmes personnages de l'intro, "List" (mais pas vu, je ne sais pas s'il a été montré ailleurs qu'en festival, s'il est sur un bonus dvd coréen...), peut-être en attendant Huppert sur le tournage... l'héroïne y écrit cette fois une liste de choses à faire avant la fin de la journée

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Re: Hong Sang Soo

Post by Gounou »

Ben Castellano wrote:Il y a un côté "hors films" que j'aime bien là dedans, l'impression que la matière du film surgit d'un contexte totalement autre
C'est moins l'idée en soi que son "énonciation" sur laquelle j'étais réservé, avec cette façon qu'avait la mère de planter de façon cash un background à mon sens assez dispensable.
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bruce randylan
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Re: Hong Sang Soo

Post by bruce randylan »

Gounou wrote:
bruce randylan wrote:Une présentation vraiment maladroite avec des dialogues affligeants et qui finalement n'aboutit sur rien puisqu'elle disparaît même du récit !
Si je ne dis pas de bêtise, elle (s')incarne en employée/guide "au parapluie" que l'on retrouve en arrière plan des trois récits... Après, le prélude m'est également apparu comme laborieux et un peu obligé.
Oui, je l'avais bien reconnu avec son parapluie.
Ce que je voulais dire, c'est la situation posée dans la séquence introductive n'aboutit sur rien. Le personnage de scénariste/réalisatrice qui a des problèmes avec ses parents est totalement évacué du récit qui se conclut sur Huppert sans revenir sur elle. Pourquoi en avoir parlé dans ce cas ? Je trouve ça toujours méprisant pour un personnage de prendre "vie" seulement parce que ça arrange le scénariste à un moment donné. Il aurait très bien pu s'en passer dans ce cas (surtout que le procédé "ah je me réveille, j'avais imagé tout ça", le permettait très facilement).

Après, si c'est un personnage "fil rouge" qui peut revenir de façon régulière dans la filmographie du bonhomme, c'est autre chose voire une bonne idée (même si la manière ici ne me parait peu subtile)
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Re: Hong Sang Soo

Post by Ben Castellano »

bruce randylan wrote: Ce que je voulais dire, c'est la situation posée dans la séquence introductive n'aboutit sur rien. Le personnage de scénariste/réalisatrice qui a des problèmes avec ses parents est totalement évacué du récit qui se conclut sur Huppert sans revenir sur elle. Pourquoi en avoir parlé dans ce cas ? Je trouve ça toujours méprisant pour un personnage de prendre "vie" seulement parce que ça arrange le scénariste à un moment donné. Il aurait très bien pu s'en passer dans ce cas (surtout que le procédé "ah je me réveille, j'avais imagé tout ça", le permettait très facilement).
Je trouve ça intéressant au contraire, que ces trois récits soient à la fois montrés d'emblée comme issu d'un processus créatif, et qu'en même temps ils ne servent pas à symboliser ou démontrer quoi que ce soit sur le créateur en question, comme s'il fallait que tout fasse sens avec une formule ou une chute particulière, un décryptage psychologique : "ah, ça voulait dire ça"... Je ne vois pas en quoi c'est méprisant à l'écran pour le personnage de Jung Yu-mi, bien au contraire, puisqu'on explicite pas bêtement sa "création" qui se fait en "live". C'est un acte de liberté pour elle, et il en part d'autant plus d'une situation très prosaïque et sèche qui est totalement à l'opposé de ce qui se passe à l'écran (deux femmes et un oncle qui les a endettés, des trucs dont on reprocherait à HSS de ne pas faire de films :) )

Je ne pense pas du tout que ce film soit conçu comme un jeu de piste intellectuel avec des indices et correspondances à décrypter, et avec récompense pour celui qui a trouvé la clé. C'est plutôt un jeu "de création" qu'on regarde se dérouler en direct, en y faisant ses interprétations, et qui mène à ce dernier plan "répété" que je trouve à la fois très libre et mélancolique pour "Anne, Anne, Anne", qui a gagné une certaine puissance comme personnage à part entière dans ce parcours... ça me semble naturel qu'Hong termine dessus, et c'est la dernière ligne de fuite du processus créatif à l'oeuvre, qui prend son autonomie.

Après que tu trouves ça stérile, artificiel et prévisible je l'accepte tout à fait. :D
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Re: Hong Sang Soo

Post by Alphonse Tram »

Dans les nuits de France cul (La nuit rêvée de...), reprise d'une émission de Laure Adler consacrée à Hong Sang Soo en 2011 :
http://www.franceculture.fr/emission-la ... 2014-11-16
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Re: Hong Sang Soo

Post by Amarcord »

Coffret 2 films de Hong Sang-soo (Woman on the beach + Night and Day) à 15€ sur le site de l'éditeur: Blaq Out.
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Re: Hong Sang Soo

Post by Supfiction »

Jack Griffin wrote:Hill of freedom : 10/10
Par rapport à The Day He Arrives ?
Gounou
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Re: Hong Sang Soo

Post by Gounou »

Supfiction wrote:
Jack Griffin wrote:Hill of freedom : 10/10
Par rapport à The Day He Arrives ?
Je laisserai Jack donner sa réponse mais c'est bien à celui-là que ce dernier ressemble le plus, je trouve. Le jeu sur l'exiguité et le faible nombre de lieux notamment m'y a fait penser.
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