Magnolia (Paul Thomas Anderson - 1999)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Carlito
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Post by Carlito »

MJ wrote:on peut voir à l'oeuvre de p.t. anderson un parrallèle flagrant avec celle de Scorsese
Pour sûr, il lui fait de la lèche.
MJ
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Post by MJ »

Colqhoun wrote:N'empêche que Magnolia c'est quand même un brin plus moralisateur que Casino.
Casino porte un regard plus subjectif sur le personnage: tout est perçu comme le personnage d'Ace Rostein envisage les choses. Magnolia est en mode exterieur: le narrateur ne prend pas en compte la perception des personnages. Et de toute façon le mode subjectif aurait été inenvisageable pour le film puisqu'il met en scène 9 personnages qui pensent chacun d'une manière totalement différente et opposée.
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Billy Budd
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Post by Billy Budd »

Carlito wrote:Il y a tout de même un conservateur qui sommeille en PTA. Pour que ses personnages de Magnolia soient tous pardonnés, il faut d'abord qu'ils soient tous coupables. Dans Boogie Nights, la décadence est sans pitié, mais Anderson est un lyrique, il se laisse donc plutôt déborder par la passion.
Tendance qu'on retrouve aussi dans Punch drunk love
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MJ
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Post by MJ »

Carlito wrote: Pour que ses personnages de Magnolia soient tous pardonnés, il faut d'abord qu'ils soient tous coupables. .
Mais ils le sont! Cela n'empêche pas Anderson de les aimer au plus haut point, mais il n'empêche qu'ils ont chacun une part mauvaise. Il n'y a dans ce film (comme dans la vie en fait) pas de gentils et de méchants. Chaque personnage est capable d'aimer mais chacun fait le mal. Le film s'aventure dans des notions bibliques (Exode 8 verset 2 est la base du film) et dans cette optique on peut envisager le film comme une réflexion notoire sur le péché dans sa conception biblique (tout le monde l'a personne ne peut l'enlever, seul Dieu peut régler la chose). Impression renforcée par la pluie de grenouille qui outre sa symbolique de nouveau départ, représente le jugement divin sur la vie des personnages.
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Carlito
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Post by Carlito »

Je vois plutôt Paul Thomas Anderson comme un sale gosse(Wes aussi dans une moindre mesure), en ce sens que c'est un réalisateur capricieux et têtu qui se fabrique son propre jouet. En dehors de sa symbolique miraculeuse, la pluie de grenouille de Magnolia me donne l'impression que PTA se l'est permise parce que c'est possible, par envie même de faire du cinéma bigger than life. Punch-Drunk Love est une tentative d'épurer son style maniaco-dépressif, pour mieux déboucher sur une mécanique infaillible, une sorte de petite boîte à musique, une comédie hermétique. La dépression comme terrain de jeu, c'est bien la touche Anderson(PT commme Wes donc), à l'image de ces personnages de petits génies et de grands enfants(seuls êtres potentiellement innocents comme de bien entendu), et de leurs mauvais pères.
Profiler
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Post by Profiler »

Cahiers du Cinéma - Erwan Higuinen :

(...) le film est une relecture façon cinéma indépendant US de la routine des soap operas. Magnolia vaut ce que valent Les Feux de l'amour, ni plus ni moins.
Y en a qui hésitent pas quand meme, lu sur allociné !!
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MJ
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Post by MJ »

Oui, il me semblait que les Cahiers avaient quand même un meilleur sens de la mesure. Souvent d'accord avec eux, mais pour le coup...
Bon, on peut trouver le film poussif, mais sur moi ça marche à merveille.
Et si aujourd'hui ma préférence irait quand même à Punch-Drunk Love, ce Magnolia reste un film très cher à mon coeur.
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Gounou
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Post by Gounou »

MJ wrote:Oui, il me semblait que les Cahiers avaient quand même un meilleur sens de la mesure. Souvent d'accord avec eux, mais pour le coup...
Bon, on peut trouver le film poussif, mais sur moi ça marche à merveille.
Et si aujourd'hui ma préférence irait quand même à Punch-Drunk Love, ce Magnolia reste un film très cher à mon coeur.
Je trouve leur comparaison simpliste à l'extrême. C'est nier la grande qualité d'écriture et de mise en scène du film, tout simplement... alors oui, sur un pur plan structurel, le montage peut rappeler les fameuses séries floutées de TF1... enfin dans le genre raccourci facile, on pourrait en trouver d'autres dans le genre.
N'importe quoi.
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Jack Griffin
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Post by Jack Griffin »

Bartlebooth wrote:Il faut s'entendre sur ce qu'est l'ambition au cinéma, et sur sa réalisation effective dans une oeuvre.

Magnolia n'est pas moins ambitieux que Boogie Nights, sauf que cette ambition est irrémédiablement plombée par un traitement emphatique assez insupportable, des numéros d'acteurs qui sentent la "méthode" et la tirade de mauvais théâtre psychologique à plein nez et, malgré le règlement de comptes contre les pères (tantôt fort bien montré, dans le cas du petit surdoué, tantôt d'une grande lourdeur) et en laissant de côté les références bibliques, un moralisme rébarbatif. On est tout de même plus près d'un soap opera (qui se rêve opéra tout court) que de Robert Altman.

Au contraire, bien qu'affichant des prétentions moins grandes, Punch Drunk Love accomplit une ambition bien plus originale : ce film ovni est à ma connaissance la première tentative d’inventer une comédie romantico-loufoque hollywoodienne qui soit réellement contemporaine et non pas un revival. Son comique déphasé-ralenti-déconstruit se situe à cheval entre Blake Edwards et Jacques Tati, et trouve à s’incarner dans le corps incongru d’Adam Sandler, formidable grand dadais écrasé par sa théorie de sœurs possessives et terrifiantes de normalité, piégé par un racket de messageries roses et persécuté par une fratrie de tarés, pas mal caractériel sur les bords, légèrement demeuré mais débrouillard à sa manière et finalement transfiguré par l’amour. Le tout dans un climat onirique doucement euphorisant qui nous fait, tel le héros esquissant un pas de danse dans les allées du supermarché, flotter sur un petit nuage.
C'est très exactement ce que je pense des films de PTA. Je pourrais l'encadrer (ce que j'ai fait virtuellement tiens).
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AtCloseRange
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Post by AtCloseRange »

Jack Griffin wrote:
Bartlebooth wrote:Il faut s'entendre sur ce qu'est l'ambition au cinéma, et sur sa réalisation effective dans une oeuvre.

Magnolia n'est pas moins ambitieux que Boogie Nights, sauf que cette ambition est irrémédiablement plombée par un traitement emphatique assez insupportable, des numéros d'acteurs qui sentent la "méthode" et la tirade de mauvais théâtre psychologique à plein nez et, malgré le règlement de comptes contre les pères (tantôt fort bien montré, dans le cas du petit surdoué, tantôt d'une grande lourdeur) et en laissant de côté les références bibliques, un moralisme rébarbatif. On est tout de même plus près d'un soap opera (qui se rêve opéra tout court) que de Robert Altman.

Au contraire, bien qu'affichant des prétentions moins grandes, Punch Drunk Love accomplit une ambition bien plus originale : ce film ovni est à ma connaissance la première tentative d’inventer une comédie romantico-loufoque hollywoodienne qui soit réellement contemporaine et non pas un revival. Son comique déphasé-ralenti-déconstruit se situe à cheval entre Blake Edwards et Jacques Tati, et trouve à s’incarner dans le corps incongru d’Adam Sandler, formidable grand dadais écrasé par sa théorie de sœurs possessives et terrifiantes de normalité, piégé par un racket de messageries roses et persécuté par une fratrie de tarés, pas mal caractériel sur les bords, légèrement demeuré mais débrouillard à sa manière et finalement transfiguré par l’amour. Le tout dans un climat onirique doucement euphorisant qui nous fait, tel le héros esquissant un pas de danse dans les allées du supermarché, flotter sur un petit nuage.
C'est très exactement ce que je pense des films de PTA. Je pourrais l'encadrer (ce que j'ai fait virtuellement tiens).
Je peux tout à fait comprendre qu'on pense ça et je ne suis pas loin de le penser mais il n'empêche que je marche à chaque fois. C'est un film too much et il faut l'accepter comme tel pour pouvoir l'apprécier. Tom Cruise en fait trop notamment sur la fin mais lors de la longue scène de l'interview, il est fabuleux (et la mise en scène d'Anderson pendant tout ce passage incroyable). La scène de la pharmacie de Julianne Moore, ça passe ou ça casse. Moi, ça me bouleverse. Les scènes entre John C. Reilly et Melora Walters sont extrêmement touchantes. Magnolia fait partie de ces films qu'on apprécie autant pour leurs qualités que pour leurs défauts.
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Jack Griffin
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Post by Jack Griffin »

Je ne l'ai vu qu'une foi à sa sortie et, depuis, comme je me suis rendu compte qu'il touchait énormément de gens je suis prêt à retenter le coup, mais bon...
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Post by Majordome »

Colqhoun wrote:
Johnny Doe wrote:Ca me fait penser à mes parents qui, lorsqu'il n'aiment pas un film et on du mal à me le dire, me disent : "c'est spécial" :mrgreen:
Tu n'es pas seul... tu n'es pas seul... :lol:

hem.. et samedi.. pompompom. [smiley qui regarde en l'air... l'air de rien]
Moi qui croyais qu'il n'y avait que mes parents pour procéder ainsi... On va pouvoir faire un club :uhuh:
Bien Môsieur... Il sera fait comme vous désirez, Madâme.
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Watkinssien
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Post by Watkinssien »

Magnolia est un film magnifique, un véritable maelström d'émotions, un cycle splendide, où Anderson ose et touche.

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Flol
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Post by Flol »

Vu une seule fois, sur le câble, il y a 2-3 ans...et j'avais été très mitigé. Ayant adoré Boogie Nights et Punch Drunk Love (tous 2 découverts avant), celui-ci m'avait pas mal déçu. De belles scènes (toutes celles avec l'immense Jason Robards, notamment), mais j'avais trouvé l'ensemble beaucoup trop long...et faussement ambitieux. Je sais, ça ne veut rien dire...mais je ne trouve pas de meilleure façon de l'exprimer. :?
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AtCloseRange
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Post by AtCloseRange »

Revoir Magnolia est une expérience particulière pour moi. Ce n'est que la 2ème fois que je tente l'expérience.
ça reste mon plus grand choc émotionnel au cinéma depuis 10 ans donc tout jugement aujourd'hui est forcément un peu faussé.
Je suis conscient après coup d'un nombre de défauts iimportants mais qui sont autant de raisons pour moi de toujours admirer ce film.
Il y a tellement de choses à dire:

NOMBREUX SPOILERS!!!

- La scène de Julianne Moore dans la pharmacie est à l'exact rencontre entre le sublime et le ridicule.
- Phillip Seymour Hoffman est prodigieux de sensibilité de bout en bout.
- Tom Cruise dans sa dernière scène (au chevet de son père) est à la limite du supportable mais impérial pendant toute la scène de l'interview lorsqu'il se sent pris au piège par la journaliste (scène dirigée avec une maestria confondante, cette scène doit bien durer une demie-heure, un truc de dingue et avec la musique en crescendo de Jon Brion, que du bonheur).
- William H. Macy est comme d'habitude impeccable et sa grande scène de déclaration d'amour un autre moment inoubliable.
- La rencontre entre le policier et la "junkie" (pour schématiser) est la partie la plus touchante du film et décrite avec une grande finesse.

FIN DES SPOILERS

Mais c'est un film monstre où PTA a tout osé et on peut se demander si tout ça a un sens, une véritable colonne vertébrale, si c'est un exercice de style au discours mal maîtrisé. Je comprends aisément à la fois ceux qui détestent et ceux qui en font leur film préféré.

PTA est évidement influencé par Altman et Scorsese mais "Magnolia" par ses bizarreries ne ressemble à vraiment rien de connu.

"Boogie Nights" et surtout "Punch Drunk Love" sont peut-être plus maîtrisés. "Short Cuts", LA référence du film est sûrement plus profond et plus "réussi" au sens traditionnel du terme mais c'est aussi l'oeuvre d'un cinéaste beaucoup plus mûr (et dont le scénario tiré de nouvelles unaniment respectées donc d'un matériel plus "noble").
S'il y a un point qui, par contre, me scotche à chaque fois, c'est que c'est le film de plus de 3h dans lequel je sens le moins le temps passer. Ce film me prend et ne me lâche quasiment jamais (les 2 premières heures sont de ce point de vue complètement hypnotisantes).

"Magnolia" boursouflé, surjoué, constamment à la recherche du pathétique avec un scénario bancal qui flirte dangereusement avec le mauvais théâtre? Peut-être bien.
Et pourtant je marche à fond.