Cure (Kiyoshi Kurosawa - 1997)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Tuck pendleton
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Cure (Kiyoshi Kurosawa - 1997)

Post by Tuck pendleton »

J'ai trouvé le film bon mais sans être réellement convaincu...Dans sa première partie, Kurosawa s'évertue à installer une atmosphère très noire à l'aide de cadrage soigné, éloignant et isolant les personnages (l'horreur pouvant surgir à chaque instant par le montage) , d'une lumière précise et contrastée..Tout ceci sans nous donner une idée du contexte social qui servira finalement à une allégorie sur la violence, se définissant malheureusement que très tard. On voyage donc pendant un moment dans un thriller assez banal jusqu'a ce que cette idée du mal se transmettant à travers la société apparaisse. Dans cette histoire le personnage du policier Takabe est assez beau et son dégout est l'occasion de quelques belles scènes (le fantasme de la mort de sa femme, la confession devant le tueur)...Dès que le film a posé ses marques, Kurosawa donne l'impression de ne plus savoir vraiment comment conclure. L'execution fait un peu passage obligée (je l'attendais depuis un bout de temps) et toujours cette ambiance qui emmène tranquillement jusqu'à la fin.
Il manque une certaine dynamique au niveau du script qui permettrait à Cure de se renouveller, la mise en scène n'évitant pas de tomber dans la redite.
J'en attendais peut être trop (la voix d'Arte m'avait promis 'le plus beau film du monde') mais, finalement, j'en ai eu pour mon compte.

vos avis ? (c'est le premier Kiyoshi Kurosawa que je vois)

3.5-4/6

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phenryl
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Post by phenryl »

3,84/6 en ce qui me concerne 8)
...
Solal
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Re: Cure de Kiyoshi Kurosawa

Post by Solal »

Tuck pendleton wrote:vos avis ? (c'est le premier Kiyoshi Kurosawa que je vois)
Je l'ai revu à l'occasion de cette diffusion. Mon premier sentiment s'est trouvé en grande partie confirmé : le monsieur a du style mais le film ne tient pas la route. Un sens du mystérieux finalement assez pauvre et des effets chichiteux pour paraître profond, ça ne mène pas loin.

En tout cas, ne reste pas sur cette seule impression concernant ce cinéaste et précipite-toi sur Kairo, qui est d'une toute autre densité.
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Akira
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Post by Akira »

Je l'ai trouvé plutot sympathique meme si un peu deçu apres la vision du grandiose Kairo. J'ai adoré l'atmosphere tres noir et le perso du flic plus quelques scenes biens sympas, maintenant j'avais tres moyennement apprecié le final egalement mais faudrait que je le revois.
Bob Harris

Re: Cure de Kiyoshi Kurosawa

Post by Bob Harris »

C'était aussi le premier Kiyoshi K. que j'avais vu. :wink:

Vraiment pas mal du tout. Beau travail sur la flippe, la vraie.

Je pourrais recommander ses autres films comme "Charisma" ou "License to Live", ou encore l'inédit "Serpent's Path", un très bon polar qui m'avait bien impressionné. J'ai même eu la chance de voir son film de fin d'études qui est assez spécial.... Le problème, c'est que mon souvenir est un peu confus avec tous ces films que j'ai vus y a 3 ou 4 ans.
Niron
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Post by Niron »

Excellent film pour ma part!

Une grande oeuvre magnifiant la situation du Japon, un pays partagé entre une culture riche à l'oubli et un modernisme ravageur: contraste entre les morts devenus trop nombreux (le passé) se répandant dans les gaines électriques jusqu'à internet (l'avenir).

Kurosawa nous offre une belle fable sur le combat contre notre destinée et son inéluctabilité: ainsi la mort, à l'instar d'un Ring, nous parait au premier abord froide, affreuse et indicible mais plus on avance dans le métrage et plus Kurosawa l'humanise et va même aller jusqu'à l'esthétiser au plus haut point nous laissant finalement une idée d'une mort à la beauté absolue qu'il faut se résoudre à accepter comme une étape naturelle.
Si la beauté est un pêché alors j'en serais bien le diable.
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Ouf Je Respire
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Re: Cure de Kiyoshi Kurosawa

Post by Ouf Je Respire »

Tuck pendleton wrote:la voix d'Arte m'avait promis 'le plus beau film du monde
:shock: Rien que ça... Enregistré mais pas encore vu (quelques extraits seulement). Une question à la con: est-il visuellement violent?
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tewoz
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Re: Cure de Kiyoshi Kurosawa

Post by tewoz »

Ouf Je Transpire wrote:
Tuck pendleton wrote:la voix d'Arte m'avait promis 'le plus beau film du monde
:shock: Rien que ça... Enregistré mais pas encore vu (quelques extraits seulement). Une question à la con: est-il visuellement violent?
Pareil, enregistré (pour une fois que j'y pense), mais pas encore vu!!!
Vous venez de lire un message de tewoz, ca vous a pas rendu plus intelligent, mais ca aurait pu...
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Tuck pendleton
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Re: Cure de Kiyoshi Kurosawa

Post by Tuck pendleton »

Ouf Je Transpire wrote:
Tuck pendleton wrote:la voix d'Arte m'avait promis 'le plus beau film du monde
:shock: Rien que ça... Enregistré mais pas encore vu (quelques extraits seulement). Une question à la con: est-il visuellement violent?
euh...sur une scène peut être
harry callahan
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Re: Cure de Kiyoshi Kurosawa

Post by harry callahan »

Tuck pendleton wrote:
Ouf Je Transpire wrote:
:shock: Rien que ça... Enregistré mais pas encore vu (quelques extraits seulement). Une question à la con: est-il visuellement violent?
euh...sur une scène peut être
Par contre, je le trouve psychologiquement oppressant. Mais c'es pas un défaut.
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Ouf Je Respire
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Post by Ouf Je Respire »

Vu aujourd'hui.

Mmmmh, "plus beau film du monde", je m'étrangle en avalant mon bretzel de travers.

Ce film est trop décousu pour moi. Lors du générique final, je me suis dit: "je n'ai pas compris où il a voulu amener le spectateur". SPOILERJ'aurais aimé avoir un bout d'explication sur les motivations de l'hypnotiseur, par exemple. END SPOILER

Une relative déception pour moi.
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Nestor Almendros
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Post by Nestor Almendros »

Revu hier soir sur Paris Première. Je me suis rendu compte que je l'avais déjà vu (je ne sais plus ni où ni comment par contre). Revu aujourd'hui, avec une sensible adaptation aux films asiatiques depuis quelques années, la pillule est mieux passée.

Un film policier qui glisse doucement vers le fantastique. Je n'ai pas tout compris mais c'est quand même très intéressant. On discerne (surtout au début) une sorte de malaise avec certaines personnes (le client du pressing par exemple) qui rendent l'ambiance vraiment bizarre, à croire que c'est la société qui ne tourne par rond, tout simplement. Une histoire qui frise la folie, mise en scène avec beaucoup d'idées (mais très inspirées certainement, pour le travail du son, par David Lynch).
Intéressant, suffisamment en tout cas pour que me donner envie de voir Kairo, dont vous parlez.
julien
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Post by julien »

Kairo, j'ai trouvé cela réussit. Il y a un suspens vraiment palpitant et angoissant. Et le sujet est intéressant. Bien traité... De la bonne science-Fiction en somme. C'est tellement rare de nos jours.
Anorya
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Re: Cure (Kiyoshi Kurosawa, 1997)

Post by Anorya »

Cure (Kiyoshi Kurosawa - 1997)

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Plusieurs meurtres sans liens apparents se produisent en plusieurs endroits. Seul lien les rattachants, un immense "X" tranchant la carotide. Le même signe est reproduit étrangement sur les murs des victimes. Un inspecteur essaye de comprendre l'énigme quand en parallèle, on finit par appréhender un jeune homme amnésique...

C'est toujours un plaisir de retrouver Kurosawa (Kiyoshi, pas l'Autre) avec un film tant de fois vanté mais qu'on peut pour une fois enfin visionner (le dvd est maintenant très dur à trouver). La première partie de Cure montre, en parallèle, les futures victimes, le jeune amnésique et l'inspecteur (Koji Yakusho, toujours aussi bon :D ) avant qu'on s'aperçoive que le jeune amnésique est la clef de tout. Ce dernier, comme une petite mécanique fatale et irréversible (il ne se souvient de rien, il pose des questions plutôt que d'y répondre et sa logique n'obéit qu'au fait de s'intéresser aux autres, c'est principalement ça qui le "motive" et le met en "branle", quitte à en venir à admirer l'inspecteur, la seule personne qui lui résiste afin de démêler tout ce sac de noeuds) possède le don d'hypnotiser à l'aide trois fois rien, souvent un briquet mais ça peut être autre chose. Et en hypnotisant les gens, il déclenche chez eux le besoin de se délester de ce qui les oppresse dans la société actuelle (un ami, un conjoint, un supérieur) en éliminant nettement la source des problèmes.

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Puis la seconde partie fait évoluer un banal film policier sur des rives plus passionnantes de fantastique à la limite de l'abstrait. Dès lors que le face à face se fait entre l'inspecteur et l'amnésique, toutes les certitudes sont balayées et c'est à celui qui trouvera la faille de l'autre. A ce moment, le film va loin et Kurosawa se sert une fois de plus magistralement du cadre comme du son (superbe séquence où n'importe quel élément de par son rythme ou la profondeur de son bruit devient dangereux car hypnotique. Un bruit au mur, des goutelettes, une flaque d'eau qui se déplace...) pour évoquer toutes les possibilités d'un duel psychologique qui n'épargnera personne. La fin même du film comme pour de nombreux Kurosawa tire sa force de son abstraction et sa richesse, laissée à la compréhension du spectateur et parachève une réflexion sur une population japonaise prisonnière de son incapacité à communiquer dans les grandes villes ou la campagne comme le montraient Kaïro, Jellyfish ou Charisma.

Grand film. 5/6 voire 5,5/6.
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Anorya
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Re: Cure (Kiyoshi Kurosawa, 1997)

Post by Anorya »

Revu le film dernièrement, nouvelle chro' du coup. :D
Et l'occasion d'être pile-poil en accord avec le Quizz de cette partie classiques d'aujourd'hui. :idea: :arrow:

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Plusieurs meurtres inquiétants dans le Japon contemporain. Signes distinctifs : les victimes ont toujours la carotide tranchée par une blessure en forme de X et les assassins sont bien souvent des gens normaux, n'ayant aucun trouble psychologique distinct, semblant avoir agi soudainement, comme ça. Surmené tant par cette enquête à s'arracher les cheveux que sa femme souffrant d'une étrange forme de psychose et qui reste à la maison, l'inspecteur Takabe (excellent Koji Yakusho que je prend plaisir à retrouver à nouveau) à fort à faire...


Ce revisionnage d'un de mes Kiyoshi Kurosawa préférés permet une nouvelle fois de constater l'ingéniosité à la fois formelle, esthétique et scénaristique de son auteur, naviguant toujours en eaux troubles. A ce titre, Cure est devenu un classique des années 90, l'un des meilleurs films de son auteur mais aussi celui qui l'a fait révéler à un Occident ébahi. C'est aussi l'occasion de voir que Kurosawa est toujours aussi fort pour brouiller les pistes, mélanger les genres quand il ne s'y consacre pas complètement (Kaïro, entièrement fantastique ou le très beau drame Tokyo Sonata).


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Cure débute comme un film policier basique avant de rapidement flirter avec le fantastique par le biais de l'hypnose. Sans trop spoiler le film, on remarque qu'il est construit en plusieurs parties bien distinctes avec à chaque fois son lot de prouesses supposément banales mais qui chez Kurosawa restent d'une maîtrise forçant l'admiration. En témoigne ce meurtre filmé en plan large où un policier va tirer sur un autre qui lui fait dos. Dans un film américain, on pourrait s'attendre à du champ-contrechamp épousant soit le cadre du tireur, soit de la victime, mais dans les deux cas témoignant d'un point de vue épousant la narration. Chez Kurosawa, l'horreur est normalisée et en devient donc très glaçante : filmé en plan large, les deux policiers sont de plus placés en arrière-plan. La victime prépare des choses sur son vélo pour livrer un colis, le futur assassin va jeter des choses à la poubelle. Soudain sans crier gare, le second policier bandit lentement son flingue comme on prendrait n'importe quel objet simple et tire. Son collègue s'effondre, mort. Et comme si de rien n'était, le policier tueur va découper un X avec un cutter et traîner le corps comme on traînerait n'importe quel sac. Glaçant.


Comme dit plus haut, les victimes et assassins changent constamment, rien ne les relie si ce n'est le crime laissé. Tout le monde peut tour à tour être meurtrier comme potentielle victime, quel que soit la profession ou le sexe. Kurosawa radicalisant le schéma policier en traitant du vecteur de contamination (thème qu'on retrouve aussi traité d'une autre manière mais non moins inquiétante et passionnante dans Kaïro), donc d'une possible cause détachée d'un motif quelconque, plutôt que de s'attarder sur la conséquence. D'où la possibilité de créer une enquête ouverte au courant d'air où s'infiltre l'horreur et le fantastique avec les géniaux personnage de l'enquêteur, du psychiatre comme du jeune homme perturbé créant l'hypnose.


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Chacun de ces trois personnages porte en lui ses propres certitudes mais Kurosawa ne va pas tarder au milieu du film à les fractionner, les opposer et les rapprocher, faisant lentement tout voler en éclat. Ainsi le psychiatre apporte des pistes essentielles, une rationnalité qui n'est pourtant pas empreinte totalement de certitude. L'inspecteur enquête mais l'état de sa femme qui pourrait l'affaiblir ne fait que le renforcer. Et il faut avoir une sacrée résistance pour côtoyer Mamiya le jeune homme hypnotiseur qui se révèle des plus opaques : pas de passé, pas de motif, pas de culpabilité, pas de mémoire. Juste du présent immédiat et une logique qui échappe à tous (mais a-t-il bien une logique ?). Le trou noir personnifié où s'engouffre tout le monde, révélant la moindre béance comme un mécanisme susceptible de déclencher une névrose assassine chez celui qui a le malheur de le côtoyer. Chaque face à face de l'inspecteur et du jeune homme prend dès lors une tournure aussi abstraite que passionnante où le spectateur contemplerait presque quelqu'un essayant de résonner un mur.


Le film se révèle dangereusement intelligent aussi à jouer sur la perception du spectateur (la scène quand l'inspecteur rentre chez lui après avoir visité un appartement-clé...), sa faculté à combler de lui-même les trous qui lui sont laissés (la dernière partie du film vire génialement à l'abstraction pure et dure). Quand Kurosawa ne laisse pas un indice susceptible d'aiguiller ce dernier, voire l'inspecteur, ce sont les éléments qui envahissent dès lors l'image, à travers les gros-plans ou le son (qui révèlent soit un indice de l'enquête en cours soit un moyen à chaque fois différent d'hypnose utilisé). Kurosawa retourne ainsi de simples plans contemplatifs comme un pur élément de narration qu'il inserre avec brio afin de le relancer sur le personnage qui le voit. La subjectivité devient dès lors un piège puisque voir et entendre, c'est ici (surtout en présence de Mamiya), adhérer à ce qu'il met en scène.


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A chaque nouveau visionnage, je ne peux qu'admirer la richesse du film, voir de nouveaux détails peu remarqués auparavant, apprécier sa mécanique imparable et pourtant chaotique. Tout est constamment matière à réflexion mais si le film reste cérébral, il n'en oublie pas d'être passionnant (comme souvent chez le cinéaste). On pourrait disserter sans fin sur la relation que nourrissent les personnages, la logique de Mamiya, les cadres, les inserts, les lieux et décors (souvent un Japon dépeuplé chez Kurosawa), l'inhumanité qui guette, les multiples détails, la folie qui ronge, on y arriverait jamais vraiment. Cet immense film se suffit à lui-même, énigme comme révélation à laquelle on vient régulièrement s'abreuver.

6/6.
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