E.T. l'extraterrestre (Steven Spielberg - 1982)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Re: E.T. l'extraterrestre (Steven Spielberg - 1982)

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La musique d'E.T. est magnifique, l'une des plus belles de Williams, dans ce style à la fois lyrique et emphatique qui est le sien dans certains films. Mais c'est une musique si évocatrice, si bien accordée à E.T. et aux rêves d'un enfant, qu'elle est consubstantielle aux images et aux thèmes du film. Quand j'écoute la musique, je vois les images du film. Dès lors, je ne m'étonne pas que tu n'aimes plus la musique, Commissaire, si tu n'aimes plus le film lui-même. Les deux vont à mon avis ensemble.

A noter que le thème principal d'E.T. commence par cinq notes qui sont les mêmes, me semble-t-il, que celles du thème principal de Star Wars, la durée de chaque note et le tempo faisant toute la différence.
Strum
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Re: E.T. l'extraterrestre (Steven Spielberg - 1982)

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Ce thème-ci est aussi très beau, en particulier quand il est joué au piano :

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Watkinssien
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Re: E.T. l'extraterrestre (Steven Spielberg - 1982)

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Ou comment un journaliste essaye de séparer le cinéma dit d'auteur et le cinéma dit commercial et qu'un cinéaste talentueux lui répond humblement et sans remontée que tout est lié... 8)

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hansolo
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Re: E.T. l'extraterrestre (Steven Spielberg - 1982)

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Excellent :D
- What do you do if the envelope is too big for the slot?
- Well, if you fold 'em, they fire you. I usually throw 'em out.

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hansolo
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Re: E.T. l'extraterrestre (Steven Spielberg - 1982)

Post by hansolo »

L'audition d'Henry Thomas :


Unbelievable!
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Thaddeus
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Re: E.T. l'extraterrestre (Steven Spielberg - 1982)

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Le gnome et l’enfant

Depuis plus de trente-cinq ans on a tout dit, tout entendu, tout lu sur E.T., dont les initiales, l’index tendu et le célébrissime "Téléphone maison" ont emblématisé la culture populaire des années 80. Il est impossible d’apporter un regard neuf sur un film devenu autant un pilier du patrimoine collectif, le symptôme foudroyant du merchandising en folie et de l’impérialisme américain, et un objet consacré de sociologie. On a écrit des thèses, des études, des comptes-rendus, même un symposium imaginaire sur le "phénomène E.T." qui résume la plupart des théories avancées, dans la presse et les cocktails, pour expliquer son succès triomphal. Le débat a fait fureur pour savoir si le personnage-titre était une métaphore du Tiers Monde, le Christ accueilli par les Rois Mages, le substitut du papa en goguette à Mexico ou une simple hostie. Certains affirmaient qu’il était un petit dieu vert dispensant des compensations d’ordre mystique en une période difficile d’un point de vue économique. D’autres, plus marxistes, soutenaient que la véritable cible du film était la petite bourgeoisie, trop aliénée pour être consciente de la situation difficile qui était la sienne et désirant s’entendre dire que chacun aspirait à vivre en banlieue, même les visiteurs de l’espace. Le freudien de service se plaignait bien évidemment du fait que l’extraterrestre n’avait par d’organes génitaux visibles et représentait la peur que la culture véhicule à l’égard de la sexualité adulte et l’espoir inconscient de se raccrocher aux plaisirs infantiles — quand il ne glosait pas carrément sur sa physionomie d’étron. "Your anus", dit l’un des personnages, et l’exégète s’enflamme. On s’arrêtera ici, sous peine d’y rester jusqu’à la Saint-Glinglin. E.T. fut en tout cas, peut-être, le premier film-objet de culte pour les masses.

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Steven Spielberg, quant à lui, n’a jamais caché s’être fondé sur ses expériences subjectives et avoir voulu transmettre ce que lui avaient fait éprouver le divorce de ses parents, l’absence du père, ingénieur toujours en voyages, et l’effacement d’une mère restée seule au foyer. Après Les Dents de la Mer, Rencontres du troisième type et Les Aventuriers de L'Arche perdue, qui lui avaient permis de réaliser ses rêves les plus fous et de pulvériser les records au box-office, il avait décidé de tourner ce petit film personnel. On connaît la suite. Elle fait penser au dessin de Sempé, l'histoire d'un PDG surmené qui se retire à la campagne sur l'ordre de son médecin, plante des choux-fleurs pour se distraire, agrandit son lopin, engage des jardiniers, bâtit une nouvelle usine et se retrouve au même point. On aurait beau jeu de sécher ses larmes de gamin attendri et de se dire, tout fier, que cette fois on ne se fera pas avoir, qu’E.T. ce n’est pas finalement pas grand-chose. Quand même. Le voir ou le revoir permet de mesurer au moins ça : E.T., c’est énorme. Il convient d’interroger ce film qui a su émouvoir (c’est une chose) mais surtout parler aux gens du monde entier (c’en est une toute autre). Ce qu’il y a d’absolument extraordinaire chez Spielberg, c’est sa faculté à dépasser le fondamental barrage de l’écran sur lequel viennent buter nos multiples déterminations, d’affirmer le lien qui l’unit à son spectateur et de s’assurer, toujours, que le courant passe. À condition de tirer vers le haut, cela nécessite du génie. Il en a fallu pour inventer, en 1982, le premier blockbuster intimiste. La fable merveilleuse d’un cinéaste de trente-six ans parvenu au sommet de son art, le conte de fées pour enfants et adultes qui résume en termes limpides et universels l’antinomie entre l’esprit et les sentiments, la raison et l’instinct, cette contradiction que la rationalité mécaniste et autoritaire des grandes personnes résout, selon l’auteur, en faveur de l’intellect.

Le décor est celui de l'Amérique profonde vue en surface : rues larges, maisons blanches, proprettes, semblables, toits de tuiles et forêt proche. La famille sur laquelle le récit s’arrête constitue une cellule typique d’un environnement suburbain apparemment heureux. La mère, joyeuse et dynamique, cache comme elle peut une infortune conjugale en s'occupant avec esprit, énergie et tendresse de ses trois enfants. En contrepoint immédiat de cette présentation classique, dans les bois de sequoias géants, par pleine lune, un véhicule spatial quitte la terre. E.T. vient de très loin. Rien n’indique a priori s’il est stupide ou intelligent, agressif ou pacifique. Membre d'une expédition de botanique, il est abandonné par ses compagnons dans la banlieue de Los Angeles. Il est perdu, il est seul, il est traqué, il a peur. Il doit retourner chez les siens après son bref passage sur notre Terre. Le vrai drame naît de cette nécessité. Il est découvert par Elliott, un petit garçon de dix ans qui comprend, instinctivement, qu'il ne doit pas en parler aux adultes. Seuls les enfants partageront son secret et formeront une chaîne de solidarité pour protéger l’angélique visiteur. Ce récit modestement philosophique étrangle deux idées héritées de la tradition obscurantiste. D’abord, que l'Étranger est par nature venimeux ; ensuite, que la difformité est signe de diabolisme. Pourtant on ne trouve ici aucun discours explicite sur le Bien, le Mal, le Beau, le Laid. La réponse à toutes ces questions non formulées, c'est l’extraterrestre. Avec son corps disgracieux, son dandinement balourd, sa peau grasse et moite de batracien, sa poitrine translucide et rutilante comme un haut-fourneau en pleine chauffe, ses yeux immenses, ses doigts fourchus, avec son museau simiesque, son cou extensible et rétractile, avec sa petite voix de centenaire, E.T. est adorable. Il est l’altérité triomphante, la folle et magnifique synthèse du bébé, du vieillard, de l'animal et de l'humain, du différent et du prochain.

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On a assez répété que les choix de mise en scène épousaient d’un bout à l’autre le point de vue de l’enfance, que la caméra présentait toutes les choses depuis leur perspective. Des adultes, on ne voit que les jambes. Lorsqu’à la fin apparaît enfin le visage de Keys, susceptible de former un couple avec la maman d’Elliott au moment même où le visiteur repart à l’autre bout de l’univers, l’idée est transparente qu’E.T. forme pour Elliott un ersatz de père. Le scénario traite par subtiles petites touches des questions de l’intersubjectivité, du stade du miroir, du deuil et de l’introspection, de la fin de la période de latence. Si les seules initiales par lesquelles la créature est désignée constituent la première et la dernière lettre du prénom du môme qui le recueille, c’est parce qu’E.T. est une contraction, un résumé, voire une déformation d'Elliott, ce gosse que Spielberg dit être lui-même. Un exemple parfait de condensation. Point commun à la plupart des grands films du cinéaste, l’histoire s’enracine très fortement dans l’ordinaire : la maison est une vraie maison, le frigidaire regorge de fast-food, les chambres d’enfant sont pleines à craquer de gadgets, de jouets et de peluches, les personnages évoluent dans un univers de jeux électroniques, de talkies-walkies, de Muppets et de cartoons. Et comme naguère les contes traditionnels (sans nécessairement se vouloir critiques) trahissaient leurs données initiales (famine chez le Petit Poucet, faillite chez le maître du Chat Botté, misère chez les paysans de Peau d’âne), l’œuvre repère ici, sans porter d’autre jugement que celui qu’implique le regard d’Elliott, les marques de son temps : surabondance et hyper-technologie occidentales. Il va sans dire que, outre leur valeur initiatique (cachée), les fables ont tous une morale (avouée). Celle d’E.T. (l’acceptation totale de la différence, jusqu’au sacrifice) est bien l’une des plus généreuses qui aient jamais été prêchées en Amérique. Dès lors qu'on s'en aperçoit, il n'est plus provocant de dire que le film palpite d’un cœur gros comme ça, gros au point qu'il pourrait autoriser Spielberg à concourir pour le prix Nobel de la paix. Or, s’il échappe si magistralement au sentimentalisme et à la mièvrerie, c'est parce que s'y faufilent les thèmes de la méprise, du déguisement, des signes leurrants et de la communication. Au bout de vingt minutes, Elliott, persuadé que quelque chose ou quelqu'un rôde autour de sa maison californienne, se saisit d'une balle de base-ball et la lance vers l’entrée de la cabane à outils. Après quelques secondes d’attente, la balle revient vers lui. "Je relance, donc j'existe", vient de lui signifier E.T. Un peu plus loin, le moment où Gertie se trouve nez à nez avec l'extra-terrestre donne lieu à une scène d'effroi jubilant au montage heurté qui démontre que la terreur qu'on éprouve d'un autre peut n'être parfois que l'effet des réactions à celle que vous-même lui inspirez. Et dans la même veine, la séquence d'anthologie à rebondissements multiples autour de l'école et de la dissection de grenouilles, de l'ébriété, de la télévision et de L'Homme Tranquille développe une suite de variations plus fines les unes que les autres sur la transmission de pensée, la cinétéléphilie et le désir mimétique, anticipant sur les motifs de la gémellité qui organisent la séquence de la maladie, de l'agonie et de la renaissance synchrones, puis dissociées, d'Elliott et E.T.

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E.T. est d’abord le film de la croyance, des images diffractantes et lumineuses, poursuivant en l’épurant le mouvement entamé par Rencontres du troisième type. Mais là où l’éblouissement provoqué par les apparitions était si intense et aveuglant que Roy Neary en conservait un visage brûlé, Spielberg concrétise ici leur domestication apaisante, magnifiquement exprimée par les images délicates et feutrées d’Allen Daviau. Ce que la splendeur visuelle de l’œuvre donne à voir, ce sont les aventures de la lumière, de ces torches braquées dans l’obscurité sur un petit monstre effrayé, de ces halos étincelants projetés sur le vaisseau, de ce scintillement pointilliste qu’une banlieue paisible envoie dans la nuit. Tout se circonscrit désormais à un espace de jeu intérieur, une maison, un petit carré pavillonnaire dans lequel se réfugie un intrus que la mère, même lorsqu’il s’affaire à ses côtés, ne remarque pas. La promiscuité favorise un lien fusionnel entre l’enfant et l’extraterrestre, sans que jamais la dimension morbide de cette symbiose ne soit éludée. Lorsqu’E.T. tombe malade, entraînant Elliott avec lui, le garçon est fardé des couleurs grises de son déguisement d’Halloween, comme si la pulsion de mort était déjà la plus forte. La scène inouïe où Mary tombe sur les deux êtres agonisants dans la chambre est à cet égard d’une cruauté hallucinante. Des corps allongés par terre, inertes, vidés de leur humeur vitale, veillés par un grand frère et une petite sœur déjà résolus à leur disparition. Une voix frêle qui s’élève, l’extraterrestre qui tend le bras vers la femme et gémit un "Maman" suppliant avant de laisser échapper un râle étranglé, la mère bouleversée portant sa main au visage, arrachant son fils au visiteur, et le cri d’E.T. qui résonne, éperdu, déchirant à fendre l’âme. Un peu plus tard, c’est la confession d’Elliott devant le caisson qui essore les yeux, tandis que l’enfant élu verbalise en quelques mots le vide qu’il ressent, qu’il formule une sublime déclaration d’amour et que le chef-d’œuvre de John Williams achève de mettre à terre. E.T. a beau maintenir le lien télépathique avec Elliott, ce sont deux êtres qui s’éloignent irrémédiablement, condamnés à éprouver, la vie restante, l’absence charnelle de l’autre.

Ce manque à être aimé constitue le cœur noir du cinéma de Spielberg, qui tord, froisse, malaxe, parchemine, illumine de nuit bleue ses fantaisies et ses peurs d’enfant solitaire. Le spectaculaire ne réside pas dans la vitesse des performances héroïques (hormis la fabuleuse course-poursuite à vélos, démonstration en actes de la cohésion adolescente), mais dans le tendre geste, l’accolade, l’affectueuse caresse, l’inestimable mélancolie des corps promis à la séparation. Un vaisseau peut ainsi se poser, brillant de mille rayons, ce que l’on a retenu n’est pas grand-chose et pourtant essentiel : un échange, un doigt blessé, l’autre qui guérit, et surtout l’ancrage quotidien où se dépose, malgré les dissemblances, de quoi nous reconnaître. De cette suave et secrète affliction, la fin apporte la preuve. E.T. est sur le point de monter à bord de la navette qui doit le ramener chez lui. Elliott lui fait face. "Viens", dit le premier. "Reste", répond le second. Juste deux mots, deux petits mots inutiles avant l’inéluctable adieu. Alors E.T. ferme les yeux, et sans qu’on l’entende pousse un soupir qu’il va chercher au plus profond de sa détresse, l’expression vivante d’un déchirement ne pouvant se résoudre que dans le regret et la douleur. Cependant il se trouve encore des spectateurs pour affirmer qu’E.T. est un film facile, sucré, puéril, gentillet. Mais voilà qu’à regarder s’embrasser cet enfant et ce gnome caoutchouteux, notre gorge se noue, et on pleure toutes les larmes de notre corps. Voilà que devant le legs de l’ami d’outre-espace à la mémoire du jeune héros, devant la traînée de lumière laissée dans le ciel par son départ, sont balayée notre crainte d’être dupe, escamotée notre lucidité, anéanti notre scepticisme. C’est cela, un miracle.

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Re: E.T. l'extraterrestre (Steven Spielberg - 1982)

Post by Flol »

Je n'ai pas lu ton texte, mais il est très beau.
The Eye Of Doom
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Re: E.T. l'extraterrestre (Steven Spielberg - 1982)

Post by The Eye Of Doom »

Tres beau texte mais auquel je n'adhère absolument pas.
ET est une date dans ma cinephilie car c'est le film de rupture avec mon idole.
J'ai détesté.

J'avais découvert ce qu'était un véritable fîlm fantastique avec Duel à la télé (quelques années avant de comprendre que c'était une adaptation d'un texte de Matheson)
J'avais profité de mes juste 13 ans pour aller voir bravement Les dents de la mer au cinéma, qui m'a confirmé tout le bien que je pensais de ce petit jeune qui se faisait remarquer.... et ca m'a permis de découvrir qu'un réalisateur pouvait avoir un style.
Rencontre du 3ieme type est un choc: visionnaire, intrigant, adulte, envoûtant, magnifique plastiquement.
Entre temps, la découverte de Sugarland Express me confirme la sensibilité de l'auteur, l'étendu de son registre et son regard caustique sur la société US
1941 c'est la jouissance totale, le cadeau du ciel pour mes 18 ans: Belushi se grattant les ... dans son avion, une marionnette qui parle, Stark qui pleure sur Dumbo, une bagarre homérique, ... et Toshiro Mifune.
Spielberg atteint alors le statut de demi dieu. C'est pour moi l'incarnation du génie du cinéma... ( avant la découverte des grands anciens).
Les aventuriers, dans ce contexte c'est deja presque la routine.
Alors je vais voir ET avec un ami tout en confiance (le mot est faible). Et la, patatras, je tombe sur une histoire de gamin avec sa famille propre sur elle: insupportable. Il y a un gnome vert et moche, niais et/ ou atrocement gentil : au bout de 10 min, j'ai envie de le massacrer à coups de hache. Tout ça pour un mélo à 2 francs, avec une vague parabole christique qui me laisse sans voix (qu'il crève que diable !). Je suis tres tres en colère.

Je ne me suis jamais remis de cette trahison. J'irai encore voir Indy 2 (que j'ai pas aimé) et La Couleur Pourpre (qui me rappelle tout de même le talent de l'auteur sous la couche de melo) mais c'est fini.
Je passerais à autre chose (Cronenberg, Coppola, Eastwood, ... et les anciens Sternberg, Browning, Keaton, Mankiewicz, Kurosawa,...).
Je n'ai vu ni la Liste de Schindler, ni Le Soldat Ryan, ni Munich, ni AI,... et il aura fallu une sortie familiale pour retourner au ciné voir un Spielberg depuis Indy 3: Ready Player One , une bouse...

J'ai revu ET dernièrement et c'est exactement comme dans mes souvenirs, avec en plus le côté mecatronique de la créature qui a pas mal vieilli.
ET pour moi c'est vraiment le début de la fin de Spielberg, qui entame alors sa période la plus mauvaise avec sa fascination pour la vie pavillonnaire, le melo sirupeux, les complexes œdipiens, ...
Je crois qu'il en est sorti, quoique Ready Player One sème le trouble.

La seul chose positive d'ET est que cela rendra possible Gremlins...

Désolé d'avoir un peu raconter ma vie ...
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Watkinssien
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Re: E.T. l'extraterrestre (Steven Spielberg - 1982)

Post by Watkinssien »

Ce qui est fascinant, c'est cette césure brutale presque schizophrénique, en tout cas totalement lunatique, que tu as eue envers ce film, te permettant de définir avec beaucoup de radicalité une vision du cinéma et de l'art de Spielberg, que je trouve totalement insolite et barrée (et entièrement discutable).

Waouh, j'espère qu'aucun être humain proche t'a fait ressentir proportionnellement ce que tu as vécu avec ce magnifique film de Spielberg, car je les plaindrais un peu... :mrgreen:
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The Eye Of Doom
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Re: E.T. l'extraterrestre (Steven Spielberg - 1982)

Post by The Eye Of Doom »

Watkinssien wrote:Ce qui est fascinant, c'est cette césure brutale presque schizophrénique, en tout cas totalement lunatique, que tu as eue envers ce film, te permettant de définir avec beaucoup de radicalité une vision du cinéma et de l'art de Spielberg, que je trouve totalement insolite et barrée (et entièrement discutable).

Waouh, j'espère qu'aucun être humain proche t'a fait ressentir proportionnellement ce que tu as vécu avec ce magnifique film de Spielberg, car je les plaindrais un peu... :mrgreen:
Je ne pense pas avoir été lunatique ni schizophenique à l'époque mais seulement extrêmement surpris et déçu par l'essence du film que, je pense, rien n’annonçait vraiment dans la courte filmo précédente. Si j'ai pris la peine de decrire ce parcours cinephilique, cheminement personnel d'une relation quasi fusionnelle avec le Spielberg de Duel à 1941, c'est pour justement expliqué ma déconvenue devant le choix et le thème de ce film à l’époque. Il faut se rappeler ce qu’était le parcours de l'auteur à l’époque du film. Il se fait connaitre par ce qui est peut etre le premier film d'horreur à destination du grand public qui choquât à l'époque pour ses scenes gore. Puis par un film revisitant hors des clichés courants le 1er contact avec une espèce extraterrestre. Il enchaine par un spectacle total, farfelu, délirant, hilarant... se moquant méchamment de la paranoia des americains moyens et de leur soit disant heroisme: la betise reigne en maitre. Il commence son film par sa propre parodie montrant bien à la fois son status d'auteur dejà culte et sa capacité d'auto critique. Enfin, l' hommage parodique suprême aux films et serials d'aventures, qui deviendra lui aussi culte immédiatement.
On a donc un mélange de grand talent, de total liberté, de critique profonde de la société US. Spielberg à l'epoque n'est pas le gentil humaniste qu'il est devenu, c'est avant tout un iconoclaste.
Alors ET dans ce contexte, pour le moi de l’époque, c'est un peu comme si Cronenberg avait realisé Dumbo apres Vidéodrome...

Et puis comme indiqué je commençais à decouvrir le cinema de Buster Keaton à Coppola et ait rapidement trouvé d'autres "maitres" qui m'ont bouleversé. 1982 c'est l'année de Coup de Coeur suivi immediatement par Outsiders et Rusty James, celle de Honkytonk Man et de Blade Runner...

Pour en revenir à ET, je me rends compte que peut etre le seul cineaste qui a su me bouleversé en me parlant de l'enfance c'est Miyasaki.
Le parrallele entre ET et Mon voisin Totoro est dans ce sens intéressant. Il y a dans les deux cas une creature "magique" surgie de nulle part qui vas aider un enfant à vivre une periode difficile (Le pere absent, la mere malade). Sauf que dans le cas de Totoro, la creature n'est ni niaise, ni laide, ni surtout impuissante, c'est au contraire un "demon" tellirique (cf la magnifique scene de la danse faisant pousser les plantes. Elle ouvre le monde sur un imaginaire poetique ce que ne fait pas vraiment E.T. (ou en tout cas pas dans le meme registre). Aucun melo dans Totoro (ni d’ailleurs chez Miyzaki en général). E.T par contre c'est le gamin abandonné par ses parents lors d'un picnic dans la jungle. Il est perdu, désemparé et totalement dépendant d'autrui. Il est poursuivi par des mechants prédateurs, il a peur. Tout est fait pour qu'on est de la sympathie pour lui, voire de la pitié. A aucun moment, il ne semble prendre son destin en main. il est comme un animal, un chien par exemple. Le garcon en fait son compagnon et s'y attache. Il fait des betises et c'est drole. Cela n'a rien à voir avec les creatures de Rencontre du 3ieme type: celles-ci sont certes bienveillantes mais on voit bien qu'elles sont adultes, souveraines, .... on ne les imagine pas un instant effarouchées courant dans l'herbe...

Je serais curieux de savoir le nombre de spectateurs qui ont adoré1941 qui on aimé E.T à sa sortie...


Concernant le Spielberg de la seconde moitié des années 80, je ne pense pas etre le seul à penser que c'est une période faible de sa carrière, de la Couleur Pourpre à Hook. Il n'effectuera son veritable retour que pour La Liste de Schindler.
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Commissaire Juve
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Re: E.T. l'extraterrestre (Steven Spielberg - 1982)

Post by Commissaire Juve »

The Eye Of Doom wrote:... ET ... patatras... insupportable. Il y a un gnome vert et moche, niais et/ ou atrocement gentil : au bout de 10 min, j'ai envie de le massacrer à coups de hache. Tout ça pour un mélo à 2 francs, avec une vague parabole christique qui me laisse sans voix (qu'il crève que diable !). Je suis tres tres en colère.

...
J'ai revu ET dernièrement et c'est exactement comme dans mes souvenirs, avec en plus le côté mecatronique de la créature qui a pas mal vieilli.
Séquence radotage : j'ai d'abord fait partie de ceux qui ont aimé. Beaucoup aimé.

Aujourd'hui : je comprends tout à fait ta colère. Mais ça ne m'a pas empêché de voir la plupart des Spielberg suivants. De mémoire, je n'ai pas aimé A.I et Minority Report.
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...
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Thaddeus
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Re: E.T. l'extraterrestre (Steven Spielberg - 1982)

Post by Thaddeus »

The Eye Of Doom wrote:Désolé d'avoir un peu raconter ma vie ...
Tu n'as surtout pas à t'excuser de parler de cinéma et de Spielberg sur un sujet consacré à l'un de ses films. Merci pour ce témoignage ; toujours très intéressant à lire.
Pour aller dans le sens de Watkinssien, ce qui me surprend le plus est ce violent rejet d'un film qui me semble être au contraire entièrement contenu dans une oeuvre précédente : Rencontres du troisième type bien sûr. En termes de contexte familial, E.T. débute même là où ce dernier s'arrête, dans un foyer abandonné par le père et tenu tant bien que mal par la mère, qui gère comme elle peu ses trois enfants. Roy Neary est parti, l'histoire peut désormais peut commencer avec ceux qu'il a laissés. Rencontres développait un récit fourmillant, protéiforme, presque polyphonique, éparpillé sur de nombreux points de focalisation géographiques. E.T., beaucoup plus linéaire, en propose le versant recentré au sein d'un décor unique, réduit l'ampleur narrative au seul cocon familial. Mais les deux films me semblent partager une même essence émotionnelle et poétique. C'est pourquoi je suis un peu étonné que l'on soit aussi rebuté par le deuxième lorsqu'on a pleinement adhéré au premier.
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Re: E.T. l'extraterrestre (Steven Spielberg - 1982)

Post by The Eye Of Doom »

Thaddeus wrote: Rencontres développait un récit fourmillant, protéiforme, presque polyphonique, éparpillé sur de nombreux points de focalisation géographiques. E.T., beaucoup plus linéaire, en propose le versant recentré au sein d'un décor unique, réduit l'ampleur narrative au seul cocon familial. Mais les deux films me semblent partager une même essence émotionnelle et poétique. C'est pourquoi je suis un peu étonné que l'on soit aussi rebuté par le deuxième lorsqu'on a pleinement adhéré au premier.
Ta remarque sur le côté polyphonique de Rencontres est pertinente: je pense en effet que c'est en partie ce qui m'a séduit dans le film. Ce côté collectif est essentiel au film et son intrigue: c'est donc en quelque sorte l'humanité qui rencontre: pour témoin la scène tres étonnante en Inde. C'est une histoire collective et "adulte".
ET c'est un conte pour enfants mettant en scène des enfants (difficile de voir en ET un adulte, vu son impuissance et son absent de dynamique propre).

Sur la continuité entre Rencontres et ET, elle est pour moi faussement évidente. Ce ne sont pas les extraterrestres de Rencontres qui débarquent dans ET, mais une version particulière de ceux-ci, que l'on aurait infantilisée en quelque sorte. C'est une version bisounours.
Pour moi, ceux de Rencontres évoquent plus les créatures de Premier Contact: l'ecriture ayant remplacé la musique.

De plus le passage de la polyphonie adulte à la singularité de l'enfant dans la cellule familiale déplace complètement le propos. Dans Rencontres, on sort de quasi 30 années de cinéma où a de rares et notables exceptions près ( le jour où la terre s'arrêta, it came from outer Space,...), l'extraterrestre est l'envahisseur (entendre bien sûr communiste). Spielberg nous dit: grandissez un peu, l'hypothèse pacifiste est possible, soyez ouvert sur autre chose.
Si on restait sur le meme registre, ET serait beaucoup moins ambitieux car en le fait que ET soit extraterrestre est anecdotique dans le propos. J'ai tenté dans un poste précédent de le remplacer par un chien par exemple. L'histoire serait quasi la meme. On imagine su début une famille qui s'arrête pour un picnic
le chien vas se balader. Voyant arriver un groupe de loubards la famille se casse en catastrophe sans le chien. Ceci ci se réfugie dans le cabanon et l'histoire d'amour avec l'enfant commence....

Tout ceci bien sûr n'est pas un jugement sur le film lui meme, en tant qu'oeuvre. Mais une tentative d'expliquer en quoi ce choix de Spielberg à ce moment là est tellement surprenant que je n'étais pas prêt à m'intéresse à cette proposition de récit de sa part.
Il faut dire aussi qu'à l'époque je découvrait avec fascination l'œuvre de SF de Rosny l'Ainé dans laquelle avec une modernité stupéfiante encore aujourd'hui, il imagine et décrit des 1890 des mondes et créatures extraterrestres totalement non humanoïdes avec lequel l'homme communique voir peut tomber amoureux (Les conquérants de l'Infinis, de mémoire). Alors que Rencontres ouvrait partialement la porte vers un tel mode de représentation, ET la referme fermement, en réduisant l'imaginaire des autres mondes a une sympathique peluche.

Je crois aussi que après l'échec de Dune de Jodorovski et dans le contexte du succès planétaire désastreux d'un Star Wars ramenant la SF au serial de serie B, j'étais en recherche d'un "Heros" de la SF adulte, a meme de porter au cinéma les Herbert, Dick, Sheckley,.... et Duel et Rencontres m'avait donné l'espoir que Spielberg pourrait porter ce flambeau. ET douche violament ces espérances..
Malgre la trahison du roman de Dick, Blade Runner me réconfortera fort heureusement. Je ne savais pas encore que ce serait le dernier chant du cygne d'une véritable ambition en SF adulte au cinéma....

Tout est histoire de ressenti et d'attente personnelle à la fin.
hansolo
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Re: E.T. l'extraterrestre (Steven Spielberg - 1982)

Post by hansolo »

The Eye Of Doom wrote: Alors ET dans ce contexte, pour le moi de l’époque, c'est un peu comme si Cronenberg avait realisé Dumbo apres Vidéodrome...
(...)
Concernant le Spielberg de la seconde moitié des années 80, je ne pense pas etre le seul à penser que c'est une période faible de sa carrière, de la Couleur Pourpre à Hook. Il n'effectuera son veritable retour que pour La Liste de Schindler.
Si on remplace les choses dans leur contexte (bien que je n ai découvert les films que bien après cette époque) il faut quand même rappeler 2 points essentiels :
- la réalisation par Spielberg (en shadow) de Poltergeist la même année que E.T.
- l'accident d'hélicoptère qui a fait 3 morts sur le tournage de La 4e dimension un mois après la sortie de E.T. et qui a profondément marqué Spielberg ...
Il abandonnera d'ailleurs l'adaptation de The Monsters Are Due on Maple Street pour un remake du bien plus consensuel et sirupeux Kick the Can
- What do you do if the envelope is too big for the slot?
- Well, if you fold 'em, they fire you. I usually throw 'em out.

Le grand saut - Joel & Ethan Coen (1994)