Nanni Moretti

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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DannyBiker
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Post by DannyBiker »

Brother Cosmo Vitelli wrote: Tu penses vraiment ce que tu écris où tu veux donner encore plus de regrets à Margo ? :D
Ben, y'a un peu de l'un et un peu de l'autre disons ! :lol:
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Vic Vega
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Post by Vic Vega »

Aprile: Un autre Moretti que j'ai bien aimé, c'est drole, très touchant, beau film sur la paternité, film témoignage sur l'histoire politique récente de l'Italie, sur le métier de cinéaste, sur l'engagement politique et ses désillusions, sur le conflit entre obligations intimes et obligation de mémoire du documentariste, du cinéma qui réussit à concilier histoire intime et grande histoire. Avec là encore son lot de grands moments de cinéma: les scènes entre Moretti et son fils, les scènes en Vespa of course, la consternation face à la berlusconisation du pays, les moments où Moretti parle de politique avec la meme ferveur que d'un match de foot. Toujours drole, toujours touchant, du cinéma sur la beauté de donner la vie avec l'euphorie que ça suscite là où Journal Intime parlait de la beauté de rester en vie. 9/10
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Alligator
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Re: Nanni Moretti à Bruxelles

Post by Alligator »

Palombella rossa (Nanni Moretti, 1989) :

http://alligatographe.blogspot.com/2010 ... rossa.html

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Foutre, que cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un Moretti! Combien, 5, 6 ou 7 ans sans doute? Malheureusement, les retrouvailles ne sont pas si festives. Je suis resté à quai avec ce film qui m'a paru compliqué, voire abscons. A de nombreuses reprises, je n'ai pas compris à qui, à quoi faisait allusion Moretti.

Placé entre deux accidents de voiture dont le sens m'échappe également j'ai cru comprendre que le personnage amnésique interroge sa mémoire défaillante en même temps que son identité politique, l'idéal communiste comme le parti italien, l'avenir, la restructuration idéologique etc. Ne connaissant pas très bien, pour ne pas dire "pas du tout", l'histoire politique récente de la gauche italienne, j'ai eu bien des difficultés à déceler et comprendre à qui Moretti faisait référence dans cette introspection d'1h30. D'autant plus que la structure pas du tout linéaire, complexe, ne facilite pas la tâche.

Certes, le procédé amène des ruptures de ton plutôt drôles, émouvantes. Heureusement d'ailleurs, des bouffées d'oxygène dans un discours, une réflexion que les efforts à entendre m'ont passablement éreinté. Peut-être que le monde du water-polo que je ne connais pas non plus accentue le trouble dans lequel je baignais constamment pendant le visionnage.

Il arrive que je ne comprenne pas toujours les films que je vois et dans ces circonstances, j'arrive néanmoins à percevoir la richesse des thématiques ou des réflexions qui m'échappe. Or, en l'occurrence, je situe très mal en quoi ce que je rate dans ce Palombella rossa est d'une portée tellement plus grande que ce que mon appréhension me permet de toucher du doigt. Voilà pour une fois une incompréhension qui ne me rend pas humble. Lassitude?

L'interprétation n'est pas extraordinaire mais Moretti, à l'intérieur du cadre habituel qu'il s'octroie, toujours un peu le même personnage en colère, idéaliste, en recherche, vivant en un mot, s'offre quelques beaux moments de jeu, dans l'émotion et le sourire.
A noter que la très jeune adolescente Asia Argento apparait deux ou trois fois. Le film daté de 1989 la montre avec de petites chaussures de sport de l'époque. Son accoutrement, son air un peu boudeur à un moment m'ont fait songer à "L'effrontée" de Claude Miller. Il y avait quelque chose de `Charlotte Gainsbourg dans son allure.
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Roy Neary
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Re: Nanni Moretti

Post by Roy Neary »

UP ! :D

Aujourd'hui, DVDClassik met en ligne sa chronique consacrée au coffret 4 DVD des films de Nanni Moretti, sorti chez Montparnasse.
Ce coffret contient 3 longs métrages (Je suis un autarcique, Ecce bombo et Sogni d'oro) et 3 courts métrages.

:arrow: Nanni Moretti aux Éditions Montparnasse
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Stromboli
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Re: Nanni Moretti

Post by Stromboli »

Merci beaucoup: beau travail et bien utile pour mettre en avant cette édition cinéphile pointue!
Anorya
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Re: Nanni Moretti

Post by Anorya »

afaparis wrote:Merci beaucoup: beau travail et bien utile pour mettre en avant cette édition cinéphile pointue!
Je plussoie. ça donne véritablement envie de découvrir les premières oeuvres de Moretti. Surtout quand on aime déjà beaucoup le bonhomme... :D
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Breezy
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Re: Nanni Moretti

Post by Breezy »

Habemus Papam sortira le 7 septembre 2011 en France. Sa présence à Cannes est largement envisageable.
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riqueuniee
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Re:

Post by riqueuniee »

Vic Vega wrote:Aprile: Un autre Moretti que j'ai bien aimé, c'est drole, très touchant, beau film sur la paternité, film témoignage sur l'histoire politique récente de l'Italie, sur le métier de cinéaste, sur l'engagement politique et ses désillusions, sur le conflit entre obligations intimes et obligation de mémoire du documentariste, du cinéma qui réussit à concilier histoire intime et grande histoire. Avec là encore son lot de grands moments de cinéma: les scènes entre Moretti et son fils, les scènes en Vespa of course, la consternation face à la berlusconisation du pays, les moments où Moretti parle de politique avec la meme ferveur que d'un match de foot. Toujours drole, toujours touchant, du cinéma sur la beauté de donner la vie avec l'euphorie que ça suscite là où Journal Intime parlait de la beauté de rester en vie. 9/10
Un film que j'adore,ainsi que Journal intime.Petit détail : le logo de sa société de production,Sacher films,c'est un dessin de Moretti sur son scooter (inspiré par l'affiche de Journal Intime.Depuis Aprile (je ne sais pas exactement quand),on a rajouté sur le dessin son gamin sur le porte-bagages...
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7swans
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Re: Nanni Moretti

Post by 7swans »

Bande annonce du nouveau Moretti : Habemus Papam



Oui, c'est en Italien...
There's no such thing as adventure. There's no such thing as romance. There's only trouble and desire.
Alligator
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Re: Nanni Moretti

Post by Alligator »

Caos calmo (Antonio Luigi Grimaldi, 2008) :

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http://alligatographe.blogspot.com/2011 ... calmo.html
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Quel joli film, d'une extrême délicatesse, comme une grande et longue respiration. C'est très agréable de voir un film de ce type. Comme dire? Je cherche des équivalences, je n'en trouve pas. Peut-être dans certains films japonais, ou plus largement asiatiques, dans lesquels le temps est considéré à sa juste place. Je ne dis pas forcément que le cinéma doit à tout prix suivre une cadence ultra réaliste, non, bien entendu, mais qu'il est bon parfois de voir un film qui prend le temps, qui donne à ses personnages l'occasion de se poser et d'attendre qu'un évènement arrive.

C'est bel et bien le cas ici. Pietro (Nanni Moretti) perd sa femme. Attentif avant tout à la réaction de sa fille, il en oublie sa propre tristesse. Le jour de la rentrée, il l'accompagne à l'école et décide de rester là, tout près, à attendre, tous les jours, jusqu'à... il ne sait pas trop, il veut juste être là au cas où sa fille aurait besoin de lui.

Il le peut, il en a les moyens. Et donc il passe ses journées sur la grande place en face de l'école, guettant le moindre appel de sa fille, il passe son temps sur un banc, au café, dans sa voiture, il marche, il observe, il attend, il s'octroie une incroyable liberté. Avec le temps, va, tout s'en va.

Dans notre société, il est devenu commun de rejeter cette liberté. Souvent on se la nie. On n'a plus le temps. Les gens qui en ont sont vus comme des privilégiés, des rentiers, des gens qui peuvent, des salops qu'on envie la plupart du temps, dans le pire des cas on les rejette comme des feignants, à la marge, il faut s'en méfier, des excentriques, des artistes ou des va-nu-pieds. Et le film n'aborde pas cette liberté sous cet angle, sans doute parce que tout le monde estime qu'en période de deuil, Pietro en a bien le droit après tout.

Il est vrai qu'il ne s'exclut pas pour autant de la société. Sa secrétaire vient le voir, il lit les journaux, rentre avec sa fille chez eux chaque soir, aborde des gens, communique, téléphone, mange, drague, fait l'amour, s'amuse, travaille, réfléchit, reçoit ses amis, sa famille, ses collègues, son patron. La vie ne s'arrête pas totalement.

Mais les priorités ont changé. Celle d'attendre est au premier rang. Cette place est en quelque sorte devenue son nouveau bureau. On le complimente sur la beauté de l'endroit. On s'habitue. Avec le temps. Pietro s'habitue lui aussi, à l'endroit, à ce rythme de vie, aux personnes qu'il croise, qu'il apprend à connaitre.

Peu à peu le temps fait son travail. C'est cette lente progression que le film nous conte avec une belle maitrise car on pouvait craindre à la fois une charge de pathos et également ce foutu ennui qu'on associe trop bêtement à l'attente.

Les scènes de tristesse sont incroyablement légères. Comment fait Antonello Grimaldi? Sans doute que la manière de décrire cette attente, faite de moments gais, voire drôles, que la photographie souvent lumineuse et le jeu de Moretti d'une profondeur authentique préparent admirablement le terrain pour que cette douce sérénité s'empare du film et des personnages. Quand arrive le moment où Moretti expulse sa douleur, il se dégage de la scène une sorte de soulagement, comme si le spectateur pouvait le toucher et lui offrir une épaule pour s'épancher. Tout se déroule comme la vie le prévoit, malgré les complexités de l'être humain, c'est à dire dans un élan tout simplement naturel. Ses pleurs ne sont en aucun cas pathétiques. C'est juste la vie.

Il y a une bande musicale très anglo-saxonne, très rock-pop qui se voudrait tout aussi guillerette mais que j'ai trouvé un peu trop artificiellement posée là, juste pour alléger le récit. Trop voyante. Pas aimé. Ça m'a souvent dérangé. C'est bien le seul truc qui m'a chiffonné.

Voilà un film sur le deuil qui répond avec enchantement à "La chambre du fils", qui pour le coup m'avait déplu parce que sur-pathétique, d'une trop agressive noirceur. Ce "Caos calmo" est blanc. Pas le pur mais le neutre, celui de la pause. "Stop, je prends le temps de peser l'évènement, la mort de ma femme, la souffrance de ma fille, je prends le temps de réaliser ce qui se passe pour elle et pour moi, j'attends le moment où elle pourrait tomber, je la rattraperais". Voilà. Simple, doux et beau, comme la vie.
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feb
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Re: Nanni Moretti

Post by feb »

Super critique alligator :wink: pour un film que j'ai également beaucoup apprécié. Ton dernier paragraphe résume parfaitement le thème du film et le "message" délivré par celui-ci. Nanni Moretti est très très bon, tellement naturel et tellement en harmonie avec la petite qui joue sa fille....ta critique me réellement donne envie d'aller faire un tour sur amazon pour voir s'il est dispo, tu l'as vu par quel biais alligator ?
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Re: Nanni Moretti

Post by Alligator »

Je l'ai vu grâce au coffret Moretti. Je ne sais plus quel est le distributeur. Le lien Amazon est sur mon blog, c'est le deuxième lien : http://alligatographe.blogspot.com/2011 ... calmo.html Le dvd à l'unité me parait être du même distributeur.
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feb
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Re: Nanni Moretti

Post by feb »

Merci Alligator, c'est bien le même DVD que je viens de me procurer sur amazon. De plus, la qualité de tes captures semblent indiquer que la galette tient la route niveau image.
Merci encore :wink:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
Alligator
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Re: Nanni Moretti

Post by Alligator »

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http://alligatographe.blogspot.com/2012 ... inita.html

La messa è finita (La messe est finie) (Nanni Moretti, 1985)

Un des premiers Moretti, un tout jeune Nanni Moretti et sans doute faut-il y voir quelques défauts de jeunesse dans le montage et dans le scénario car le film tourne en rond à l'heure de jeu. Certaines scènes (notamment la rixe pour la place de stationnement) sont nettement dispensables. Quelques longueurs ici ou là affaiblissent la lecture d'un récit pas toujours évident et précis. Le public peut s'y perdre à suivre toutes ces historiettes annexes qui viennent perturber ce pauvre prêtre en pleine dépression.

A la fin du visionnage, j'étais perplexe. A travers cette déclinaison de personnages divers qui viennent un à un élargir la faille intime du personnage joué par Moretti lui même, qu'est-ce que le cinéaste veut nous signifier?

Est-ce l'inextricable sac de nœuds auquel l'Église, la foi, la place de Dieu dans nos sociétés occidentales se trouvent confrontés qui est ici décrit? Ce prêtre se trouve-t-il face à un mur d'incompréhension constitué brique par brique par les milles et une névroses que les humains, devenus de nos jours des individus à part entière, posent là devant ses yeux inaptes à les voir autrement que comme des sacrilèges d'impies? Est-ce l'inaptitude des religieux à comprendre le monde actuel? Est-ce l'extrême difficulté qu'on beaucoup d'entre nous à accepter que la planète tourne, que les comportements évoluent?

On a en effet la nette vision d'un homme ébranlé par le fait que le monde qu'il a connu a cessé d'exister. Les églises se vident, les curés quittent leur sacerdoce pour fonder des familles, les femmes veulent avorter, les papas abandonnent les foyers et les mamans s'éteignent. Tout s'écroule autour de lui dans un insupportable chaos. Il ne parvient pas à s'inscrire dans aucun des mouvements du monde, que ce soit dans une partie de foot avec des gamins ou lors d'un procès au tribunal : il est comme déconnecté de l'univers des hommes. C'est assez bien fait.

Souvent je me suis enthousiasmé, reconnaissant par ici la pirouette scénique, le style faussement froid, plein d'humour de Moretti, mais dans la dernière demi-heure, on a tôt fait de ressentir une certaine lassitude. Le film se répète. On a compris. Certaines scènes paraissent alors trop longues. C'est dommage.

Un film inégal, une tentative pas toujours heureuse.
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AtCloseRange
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Re: Nanni Moretti

Post by AtCloseRange »

Président du prochain festival de Cannes.
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