Woody Allen

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Woody Allen

Post by Jeremy Fox »

Intérieurs

Entre Annie Hall et Manhattan, le premier (et rare) film de Woody Allen dénué de tout humour et fantaisie ne démérite pourtant pas, démontrant la capacité du cinéaste à réussir même dans le drame familial et psychologique le plus sombre. Esthétiquement superbe (les intérieurs dépouillés à l'extrême mais également les sublimes vues sur les plages et mer), Intérieurs est de plus magistralement interprété avec mention spéciale aux deux plus vieilles actrices, Maureen Stapleton et surtout Geraldine Page bouleversante. Cruel et touchant à la fois, une nouvelle pierre à ajouter à l'édifice unique que constitue la filmographie de Woody Allen ; unique par le fait d'être l'une des plus qualitativement constante à haut niveau malgré sa prolixité.


Stardust Memories

La crise existentielle d'un cinéaste tiraillé aussi bien dans sa vie professionnelle (on le critique beaucoup pour le virage qu'il a pris dans le ton et le style de ses films) et sentimentale (ses hésitations entre trois femmes). Woody Allen profite de ce film pour se défendre des critiques qu'il a subi lui même à propos du virage opéré depuis ses débuts tout en se moquant gentiment de lui même utilisant l'ironie et la fantaisie dans un patchwork certes inégal mais au sein duquel il reste assez de motifs de réjouissances pour passer un très bon moment. Si les influences felliniennes (on pense très souvent au réalisateur italien notamment au travers de ce "bestiaire humain") ne semblent guère se marier harmonieusement avec son style (ou en tout cas ne m'ont pas pleinement convaincu), le cinéaste continue à filmer merveilleusement ses actrices : rarement Marie-Christine Barrault et Charlotte Rampling n'auront été aussi lumineuses. Un peu décevant comparé à ses quelques films précédents mais constamment intéressant ; je pense y prendre de plus en plus de plaisir au fur et à mesure des visions tellement il est riche.
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Jeremy Fox
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Re: Woody Allen

Post by Jeremy Fox »

Zelig

Extraordinaire exercice de style que ce faux documentaire dont le postulat de départ est assez génial de drôlerie et de fantaisie (un homme qui, voulant se fondre dans la masse, se transforme malgré lui au contact de ses multiples rencontres, en noir, en grec, en obèse, en médecin, en joueur de base-ball, en aviateur, en soldat nazi...). S'il n'était que ça (un exercice de style), le film aurait vite été lassant et répétitif. Mais Woody Allen n'est pas en reste question humour et nous lance dans le même temps sur des pistes de réflexion quant à l'identité, la popularité... Mais tout ceci est en fait et surtout également une belle histoire d'amour. Encore une belle réussite aussi bien niveau écriture que mise en scène.
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Jeremy Fox
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Re: Woody Allen

Post by Jeremy Fox »

Broadway Danny Rose

Lors d'un diner, des humoristes évoquent des anecdotes à propos de Danny Rose (joué par Woody Allen), l'agent de petits artistes new-yorkais un peu ringards. Bel hommage à tous ces modestes petits artistes sans lendemain mais je regrette que le film n'ait pas été tout du long une suite d'anecdotes très courtes et souvent hilarantes comme lors du premier quart d'heure, étant consacré ensuite à une seule et même histoire, celle du crooner démodé joué par Nick Appolo Forte. Quelques longueurs et une intrigue qui fait parfois du sur-place mais une Mia Farrow assez étonnante à contre emploi et un film qui se suit néanmoins sans déplaisir. Mineur mais très loin d'être mauvais ; et en tout cas une superbe dernière séquence.


Maris et femmes

Faisant abstraction de ce qui m'avait rebuté la première fois (cette caméra à l'épaule censée représenter l'instabilité des personnages qu'elle filme ? Les faux raccords fait exprès. La quasi absence de musique), je dois avouer apprécier ce film de plus en plus au fur et à mesure des visionnages. Il faut dire que ce style de mise en scène s'est entre temps largement répandu et que nous nous y sommes désormais habitués. Cette auscultation à la fois clinique et passionnelle de ces rapports complexes de couple me parle désormais beaucoup mieux, la description de la lassitude et de l'instabilité au travers de situations finalement assez simples s'avérant d'une grande justesse. Qualité de l'écriture et de l'interprétation, parfait dosage entre humour et gravité, une comédie dramatique qui devrait parler au plus grand nombre. Un Woody Allen qui monte tout doucement (mais surement) dans mon top du cinéaste.
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Jeremy Fox
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Re: Woody Allen

Post by Jeremy Fox »

Alice

Une bourgeoise désœuvrée, ses fantasmes, ses désillusions et ses problèmes de conscience. Les herbes magiques d'un médecin chinois vont tour à tour la désinhiber et lui faire prendre conscience de ce à quoi elle aspire vraiment... Mode fantaisiste pour cet opus plaisant mais mineur, bien en deçà de la plupart des films de Woody Allen de la décennie précédente. Il faut dire que le personnage d'Alice n'est pas le plus attachant que le cinéaste ait inventé et que Mia Farrow laisse ici assez peu de places à ses partenaires, les seconds rôles étant moins importants et moins marquants que souvent. Ceci étant dit et malgré le manque de légèreté de certains trouvailles ou séquences, l'ensemble se suit une fois encore sans ennui, Woody Allen n'étant pas en manque d'idées pour relancer la machine lorsqu'elle a tendance à piétiner, son utilisation musicale de Thelonious Monk m'ayant ravi par exemple.

Ombres et brouillard

Zelda Zonk wrote: Un Woody Allen atypique, loin de son univers habituel. Une véritable curiosité dans la filmo du réalisateur. Certes le film porte sa marque, et l'on retrouve le ton tragi-comique et ses thèmes de prédilection, mais on est plus dans le conte noir et la réflexion métaphorique que dans la comédie à proprement parler, fut-elle dramatique. On sent l'exercice de style (sans doute trop parfois) et les influences sont évidentes : l'expressionnisme allemand (Murnau avec Nosferatu, Lang avec M. le maudit), Kafka, Jack l'éventreur... Le film est censé se passer dans l'entre-deux guerres, mais on sent que Allen souhaite que son propos soit intemporel et son intrigue principale (la recherche du meurtrier) secondaire, cette fable étant d'abord et surtout une réflexion sur l'antisémitisme, les factions d'auto-défense et le droit à la différence. Quelques beaux moments (Mia Farrow prostituée d'un soir, l'argent donné puis repris à l'église, le tour de passe-passe...) malgré quelques flottements et une fin baclée. Une oeuvre plaisante, bien que mineure.
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Pas mieux. Ca sent effectivement trop souvent l'exercice de style et certaines idées de mise en scène tombent parfois à plat comme ces deux panoramiques à 360° qui semblent juste être là pour prouver la virtuosité du réalisateur. Une mise en scène donc beaucoup moins discrète qu'à l'habitude mais toujours pas mal de moments merveilleux dont la première séquence chez les prostituées (malgré ce premier panoramique justement) ou encore celle avec Madonna et ses dialogues truffés de sous entendus sexuels. Pas désagréable mais paradoxalement (alors que le scénario s'y prêtait) moins fantaisiste que la plupart de ses grands films précédents ; une relative déception à la revoyure.
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odelay
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Re: Woody Allen

Post by odelay »

Jeremy Fox wrote:Alice

Une bourgeoise désœuvrée, ses fantasmes, ses désillusions et ses problèmes de conscience. Les herbes magiques d'un médecin chinois vont tour à tour la désinhiber et lui faire prendre conscience de ce à quoi elle aspire vraiment... Mode fantaisiste pour cet opus plaisant mais mineur, bien en deçà de la plupart des films de Woody Allen de la décennie précédente. Il faut dire que le personnage d'Alice n'est pas le plus attachant que le cinéaste ait inventé et que Mia Farrow laisse ici assez peu de places à ses partenaires, les seconds rôles étant moins importants et moins marquants que souvent. Ceci étant dit et malgré le manque de légèreté de certains trouvailles ou séquences, l'ensemble se suit une fois encore sans ennui, Woody Allen n'étant pas en manque d'idées pour relancer la machine lorsqu'elle a tendance à piétiner, son utilisation musicale de Thelonious Monk m'ayant ravi par exemple.
La version plus légère d'Une Autre Femme.

J'aime beaucoup ce film.
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Supfiction
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Re: Woody Allen

Post by Supfiction »

J'ai revu Blue Jasmine et j'ai été frappé à quel point la fin est dure et sans pitié.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Dans un Woody classique, en principe, le film se serait terminé par une petite pirouette et Jasmine aurait fini avec un gogo milliardaire et sa demi-soeur avec un autre "sans-dent", mais là non. Elle fini littéralement à la rue. Il y certes d'autres films du réalisateur qui finissent mal mais dans ce types de comédies qu'il affectionne, ce n'était pas le cas auparavant et l'humour cynique l'emportait il me semble.
En général on dit que les gens se ramollissent en vieillissant, mais Woody Allen ne cesse de nous étonner encore.

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Re: Woody Allen

Post by Chdx »

Supfiction wrote:En général on dit que les gens se ramollissent en vieillissant, mais Woody Allen ne cesse de nous étonner encore.

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Il s'AmosKollekise

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:idea:
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Re: Woody Allen

Post by Supfiction »

Chdx wrote:
Supfiction wrote:En général on dit que les gens se ramollissent en vieillissant, mais Woody Allen ne cesse de nous étonner encore.

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Il s'AmosKollekise

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:idea:
Bien vu, je ne sais pas si c'est un tant soit peu volontaire ce côté Jasmine perdue dans Manhattan..
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Re: Woody Allen

Post by Jeremy Fox »

Thaddeus wrote: Woody et les robots
Cryogénisé à la suite d’une infortunée mésaventure médicale, notre héros, amuseur déjà suffisamment célèbre pour donner au film son titre français, se réveille en 2173 au cœur d’une société orwellienne. Pour Allen l’anticipation n’est que prétexte à tester sa maladresse ironique face à l’excentricité charmante de Diane Keaton et aligner gags et dispositifs ubuesques à la Marx brothers – combat acharné contre un pudding géant, découverte de l’Orgasmaton, imitation délirante et inversée du couple Brando/Leigh chez Kazan, reconstruction génétique d’un dictateur à partir de… son nez. Il y a de quoi rire, même si l’ensemble paraît assez décousu et dilettante en regard de l’œuvre à venir. 4/6
Pas grand chose à rajouter : même avis. Décousu, du bon et du moins bon qui se côtoient constamment, mais suffisamment de fantaisie nonsensique et de drôlerie pour en faire une comédie tout à fait recommandable. Le combat contre le gâteau, Woody Allen se prenant pour Blanche Dubois (White Wood :lol: ) et bien d'autres encore sont des séquences absolument hilarantes. Quant à Diane Keaton elle est déjà sacrément craquante.
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Re: Woody Allen

Post by Flol »

Jeremy Fox wrote:Quant à Diane Keaton elle est déjà sacrément craquante.
En fait, ce n'est que dans les 2 premiers Godfather qu'elle est moche.

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Re: Woody Allen

Post by Federico »

Ratatouille wrote:
Jeremy Fox wrote:Quant à Diane Keaton elle est déjà sacrément craquante.
En fait, ce n'est que dans les 2 premiers Godfather qu'elle est moche.
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Disons que son coiffeur mériterait de couler des jours heureux... chaussé de souliers en béton au fond du lac Michigan. :mrgreen:
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
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Re: Woody Allen

Post by Flol »

Et puis ces sourcils épilés...NON NON NON.
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Re: Woody Allen

Post by Jeremy Fox »

Meurtre mystérieux à Manhattan - 1993

L'un des opus les plus légers du cinéastes, l'un des plus drôles aussi notamment grâce au personnage de trouillard invétéré joué par Woody Allen, entrainé par sa femme dans une enquête dont il se serait bien passé. On regrette que le film n'ait pas plus de moments vraiment touchants comme celui où Alan Alda quitte Diane Keaton dépité qu'elle ait refusé son avance mais Allen avait vraiment en tête de réaliser une pure comédie cette fois. Et une fois admis ceci, on s'amuse vraiment de bout en bout même si le final reste un peu frustrant (car l'intrigue n'a en fait que peu d'importance). Belle mise en scène, Allen utilisant la caméra à l'épaule comme dans Maris et femmes mais nous gratifiant entre temps de splendides plans fixes ou de superbes mouvements de caméra pour magnifier sa ville. Excellente comédie policière.
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Re: Woody Allen

Post by Supfiction »

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Re: Woody Allen

Post by poet77 »

Magic in the moonlight

S'il y en a un qu'on ne peut pas tromper, c'est bien Stanley Crawford (Colin Firth). Les supercheries de soi-disant magiciens, il les connaît toutes, lui qui se produit sur scène en maître illusionniste sous le déguisement d'un chinois nommé pour l'occasion Wei Ling Soo. Et, puisqu'il est lui-même expert en ruses et ficelles et tours de passe-passe de toutes sortes, il se targue de débusquer et de confondre n'importe quel charlatan.
Or, précisément, un de ses amis l'invite à mettre à jour les affabulations d'une jeune Américaine qui se produit en tant que médium sur la French Riviera. Sophie Baker (Emma Stone, délicieuse) prétend, entre autres dons extraordinaires, communiquer avec les défunts, tout en étant courtisée, entre deux séances de divination, par Brice, un fade joueur de ukulélé à la voix de canard.
A priori, rien de tout cela ne saurait troubler Stanley: il a confondu des charlatans bien plus coriaces. Mais, évidemment, rien ne se passe comme prévu et notre incrédule qui se plaît à citer Nietzsche, notre sceptique pour qui seul compte ce qui est rationnel, se trouve fort déstabilisé face au talent et aux dons de la jeune et charmante Sophie. Ses certitudes et son arrogance sont si ébranlées qu'il en viendra même à esquisser une prière....
Illusion, mensonge, nous dit, en fin de compte, le pessimiste joyeux qu'est Woody Allen, mais il le dit avec tant de finesse et tant de classe qu'on en sourit. Et on en sourit d'autant plus qu'il reste, malgré tout, quelque chose de magique et d'irrationnel en ce monde: quand on a dévoilé tous les faux-semblants, ou quand on estime les avoir dévoilés, il reste encore ce curieux sentiment qui naît et grandit dans les coeurs, qu'on nomme du doux nom d'amour, et qui, facétieusement, provoque l'attirance mutuelle de deux êtres que tout devrait opposer. Mais l'amour se moque de la logique et fait fi de la rationalité.
Sous ses apparences de bluette romantique, ce film de Woody Allen aborde de grands thèmes et de vastes sujets, mais il le fait avec tant d'élégance que c'est à peine si on s'en rend compte. C'est tout l'art d'un grand metteur en scène. Quand on aborde des sujets profonds, on peut le faire en donneur de leçons indigeste façon Lars Von Trier ou en professeur distribuant des pensums aux mauvais élèves que nous sommes tous, à la manière d'un Michael Haneke... On peut aussi le faire avec légèreté, l'air de rien, et cela donne les meilleurs films de Woody Allen, dont ce "Magic in the moonlight" fait partie, j'en suis convaincu!
9/10