Woody Allen

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Anorya
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Re: Woody Allen

Post by Anorya »

Tombe les filles et tais-toi. (Herbert Ross - 1972).


"Prends l'oseille et tire-toi est un succès public et critique qui permet à Woody Allen de revenir au théâtre, l'une de ses grandes passions. Sa nouvelle pièce, Tombe les filles et tais-toi, raconte comment Allan Felix s'éprend de Linda, la femme de son meilleur ami et vit cette intrigue amoureuse au rythme de ses conversations imaginaires avec Humphrey Bogart. S'il a écrit le rôle d'Allan pour lui-même, il lui faut encore trouver une Linda. A l'automne 1968, Allen se retrouve au Broadhurst Theater, face à une jolie débutante rongée d'angoisse, Diane Keaton. Née en Californie en 1946, Keaton est venue à New York pour prendre des cours de théâtre et de danse. Son seul titre de gloire, àce stade de sa carrière, consiste à être apparue habillée --contrairement au reste de la troupe-- dans Hair, la célèbre comédie musicale hippie. La rencontre avec Keaton porte le dernier coup au mariage de Woody Allen avec Louise Lasser, rongée par la douleur du suicide de sa mère et maniaco dépressive. Le couple divorce au Mexique, en 1970, mais le cinéaste ne cesse pas tout de suite de confier des rôles à son ex-femme, qui joue dans Bananas et Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander)."
Woody Allen (Florence Colombani - collection Grands cinéastes / Le Monde - cahiers du cinéma)


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Voir Casablanca fait toujours cet effet là, normalement. 8)



Si la pièce de théâtre ensuite adaptée au cinéma en 1972 par Herbert Ross a eu un tel succès alors, il faut pourtant la remettre avec le film dans son contexte d'alors d'un attachement sans cesse grandissant du public envers Woody Allen et le personnage qu'il s'était crée. Car avec le recul et au vu de la suite de la carrière de l'acteur-cinéaste, ce film n'est ni sa plus grande oeuvre comique, ni une oeuvre d'une certaine profondeur. Par contre, si le film s'avère indispensable au fan et appréciable au profane c'est bien pour la rencontre décisive Allen/Keaton qui scelle à l'écran une relation cinématographique liée à la décennie des années 70 (dans la vie réelle, leur relation se termine en 1971, peu avant Bananas, mais Allen, pas chien, lui donnera, comme pour Louise Lasser des rôles aux seins de ses films). Ce ne sont donc pas pour les personnages (le meilleur ami constamment branché à son téléphone n'est pas spécialement écrit), les gags (dont pourtant une des meilleures scènes de dragues foirée chez Woody dans un musée...) et les répliques que le film se révèle touchant mais pour cette alliance simple et belle entre le cinéaste et celle qui va devenir sa muse cinématographique. Même si ils ne sont plus ensembles dans la vie, leur complicité sans faille imprègne l'écran avec beaucoup de justesse.


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L'autre point qui mérite presque qu'on aille voir le film pour lui tout seul, c'est Jerry Lacy dans le rôle de Bogart comme ça a été dit plus haut. Il est tout bonnement incroyable et saisit véritablement l'essence du personnage. Cela devient un véritable régal à l'écran à chacune de ses apparitions, jusqu'a une scène, sans doute l'une des meilleures du film où, pendant que Allan tente désespérément de séduire une Linda un peu ivre, son Bogey imaginaire affronte l'image de son ex. Des coups de feux sont tirés, Bogey s'effondre derrière le canapé, mais quand Woody le cherche (pendant que Keaton monologue toute seule), il a disparu, tout comme l'image de son ex. Tout ça c'est dans ta tête kid.
Le bonus du film c'est que la voix française de Bogey est assurée par son doubleur français apparemment. Ou du moins, ça s'en rapproche vraiment très près. J'ai vu le film en VOST mais quand j'ai fait les captures, je me suis rendu compte de sa voix VF. Bien, bien. Un bon Woody au final, attachant et plaisant. :)

"Vous faites quoi samedi soir ?
_ Samedi soir, je me suicide.
_ Et vendredi soir ?
" :mrgreen:

4/6.
Last edited by Anorya on 29 Sep 10, 18:39, edited 1 time in total.
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Stanislas Brown
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Re: Woody Allen

Post by Stanislas Brown »

Hollywood Ending (Woody Allen - 2001)

Val Waxman (1), cinéaste New Yorkais autrefois renommé mais aujourd'hui exclu des grands circuits du cinéma pour ses frasques névrotiques, est contraint à trouver son gagne-pain dans la réalisation de films publicitaires. Pour ne rien arranger, sa femme Ellie l'a quitté et vit désormais en compagnie de Hal Yeager, riche et célèbre producteur de cinéma installé à Los Angeles. C'est toutefois cette ex-épouse qui donne à notre "star" déchue sa dernière chance. Elle parvient à persuader son amant Hal, le producteur, de confier à Val la mise en scène d'un film à gros budget pour lequel il serait, selon elle, le réalisateur parfait. Hélas, juste avant le début du tournage le pauvre Val devient mystérieusement aveugle, et convenons qu'il est pour le moins difficile de diriger le tournage d'un film lorsqu'on n'y voit plus rien. Effectivement le film de Val Waxman sera pour le moins... bizarroïde.

Sur cette mise en abyme souvent invoquée dans le cinéma "Allenien" (cf.: La rose pourpre du Caire, Stardust memories et dans une moindre mesure Broadway Danny Rose), l'ami Woody nous offre un feu d'artifice de situations loufoques et de quiproquos à l'avenant, le tout savamment emballé dans des dialogues "dingos" qui suivent une implacable logique absurde dont il a le secret. Si la mise en scène est brillante et si la photographie est à la fois sobre et travaillée comme à l'accoutumé, le film tire sa vraie réussite du scénario, complexe à souhait dans les moindres détails, scénario qui déborde d'imagination et sert de tremplin aux plus hilarantes répliques que le réalisateur-scénariste ait écrites de longue date. C'est cette complexité de la narration, au service de dialogues d'un burlesque époustouflant, qui différencie Hollywood ending d'une simple comédie made in Woody Allen de plus. Et qui en fait tout simplement un très grand film.

Le casting est plus que discret, aucun nom très connu ne figure à l'affiche, mais c'est également une sacrée réussite. S'il faut féliciter tous les acteurs et actrices pour des prestations qui leur ont visiblement procuré du plaisir, et adresser une mention spéciale à Mark Rydell pour le personnage "maternel" de Al Hacks l'agent artistique de Val, c'est le père Woody qui met le feu à l'écran dans le rôle du metteur en scène aveugle, névrosé, hypocondriaque, drogué au divan psychanalytique et éternel amoureux délaissé. Rôle "type" qu'il endosse ici pour la Nième fois - entre clown et personnage au pathétique comique - mais rôle qui plus encore qu'à l'accoutumé nous fait rire et sourire, selon que le scénario fait vibrer d'un bout à l'autre du film l'image de cette "névrose" dans des méandres sympathiquement déjantés, pour conclure sur une happy-end amoureuse et une "guérison oculaire" hilarante.

Comédie jubilatoire que le spectateur dévore avec un plaisir immédiat, mais aussi réflexion sur la production "artistique" et sur l'industrie cinématographique en particulier, Hollywood ending s'inscrit en filigrane comme un premier bilan que le réalisateur effectue sur sa vie de cinéaste. Le titre du film est d'ailleurs évocateur à cet égard, puisque cette réalisation précéda de peu la révérence que Woody Allen tira à sa carrière américaine pour partir d'un nouveau pied tourner en Europe. C'est certes dévoiler quelque peu la fin du film, mais il faut toutefois mentionner la dernière tirade qui vient confirmer sans ambiguïté la rupture que cette production constitue dans le parcours du cinéaste, sous la forme d'un hommage ironique à la France "des lettres et des arts". Extrait de cette tirade qui clôt le film (approximativement, de mémoire) : "On est sauvés !!! Les français !!! Mon film est sauvé par les français !!! Vive la france, y'avait que les français pour pouvoir aimer un film pareil !!!". C'est tout bonnement à pleurer de rire.

Film "testament" qui clôture trente années de réalisations américaines (et quelques 35 à 40 films), Hollywood ending est un monument burlesque qui pétille d'un humour de grande classe. A garder aux côtés de quelques autres joyaux tels Crimes et délits ou Annie Hall, et surtout, pour de multiples ressemblances, à placer à côté de cet autre chef d'oeuvre du réalisateur : La rose pourpre du Caire.

(1) "Waxman" signifie "homme de cire", soit quelqu'un qui existe avant tout par sa représentation dans un musée. C'est bien ce qu'est le réalisateur joué par Woody Allen, et c'est peut-être un clin d'oeil de Woody Allen lui-même à son public indéfectible après trente années de cinéma New Yorkais, réglées au métronome (le "Woody Allen nouveau étant au cinéma ce que le beaujolais nouveau est au vin, soit : une représentation institutionnelle). A noter aussi l'homophonie entre "Val" le réalisateur, "Hal" le producteur, et "Al" l'agent artistique, homophonie qui renvoie (peut-être) en aimable camouflet à cette "grande famille unie" que formerait les professions du septième art.

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Anorya
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Re: Woody Allen

Post by Anorya »

Stanislas Brown wrote:"On est sauvés !!! Les français !!! Mon film est sauvé par les français !!! Vive la france, y'avait que les français pour pouvoir aimer un film pareil !!!". C'est tout bonnement à pleurer de rire.
La phrase qui donne du baume au coeur et replace la France dans son statut de pays de la cinéphilie. :D

Sinon, bravo pour ton post qui donne vraiment envie de revoir le film. J'avais aussi vraiment bien apprécié ce film, y voyant aussi là comme les adieux à l'avance de Woody à l'Amérique. Quand au film il se révèle une fois de plus, comme beaucoup de réalisations d'Allen, d'éléments plus ou moins véridique quand ce n'est pas autobiographique. Par exemple, dans Hollywood ending, puisque le réalisateur devient soudainement aveugle, ça va être le caméraman (ou le traducteur, je ne sais plus) qui va lui apporter main forte et par là, apporter une autre dimension à son cinéma. Chose pas nouvelle vu que certains réalisateurs n'ont parfois pas étés non plus au mieux pour filmer leurs films (la rumeur selon laquelle Abel Ferrara était complètement K.O sur le tournage de Body snatchers et que c'est finalement le directeur de la photographie qui a pratiquement tout fait par exemple). Et dans la vie de Woody, je repense à September que le cinéaste retourna complètement une seconde fois en changeant intégralement la distribution (dommage, j'aimerais bien voir cette fameuse première version avec Christopher Walken). Je crois que le film regorge de multiples clins d'oeils en lui-même au cinéma. Le nom Waxman est d'ailleurs très répandu dans l'industrie du cinéma. Citons par exemple Franz Waxman, le compositeur de Billy Wilder pour Stalag 17 et Ariane (et je pense bien qu'Allen doit sûrement adorer Wilder). :wink:
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Stanislas Brown
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Re: Woody Allen

Post by Stanislas Brown »

Merci d'avoir apprécié ma critique :)
Anorya wrote:Quand au film il se révèle une fois de plus, comme beaucoup de réalisations d'Allen, d'éléments plus ou moins véridique quand ce n'est pas autobiographique. Par exemple, dans Hollywood ending, puisque le réalisateur devient soudainement aveugle, ça va être le caméraman (ou le traducteur, je ne sais plus) qui va lui apporter main forte et par là, apporter une autre dimension à son cinéma.
C'est le traducteur qui lui sert de "guide" (qui est son regard, c'est à dire sa caméra et sa photographie). Et ton observation sur l'aspect auto-biographique me paraît très finement vue : le traducteur, le chef op' et d'autres techniciens participant au "film dans le film" sont asiatiques dans Hollywood ending, or à cette même époque Allen avait un directeur de la photographie qui était asiatique : Zhao Fei (Le Sortilège du scorpion de Jade, Escrocs mais pas trop, Accords et désaccords). Je ne sais pas trop si cela a un rapport direct avec Zhao Fei, mais l'une des scènes les plus hilarantes de Hollywood ending est celle où le chef op' veut, pour une obscure raison, reconstruire en studio toute une partie de Central Park (de mémoire celle où se trouve le "réservoir"). Ou est-ce de l'auto-dérision de la part du père Woody vis à vis de sa propre manie "perfectionniste" ?
Citons par exemple Franz Waxman, le compositeur de Billy Wilder pour Stalag 17 et Ariane (et je pense bien qu'Allen doit sûrement adorer Wilder). :wink:
Effectivement !!! :wink: (mais je crois - simple avis personnel - que le choix du nom "Waxman" va au-delà de la référence à Wilder)
Last edited by Stanislas Brown on 21 Sep 10, 13:19, edited 1 time in total.
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Strum
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Re: Woody Allen

Post by Strum »

Excellente critique en effet Stanislas d'un film que j'avais modérément apprécié (notamment parce que sa mise en abyme devenait un peu vaine à force) alors que j'aime beaucoup Woody Allen. Et bienvenue sur le forum ! :)
Alligator
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Re: Woody Allen

Post by Alligator »

Manhattan (Woody Allen, 1979) :

http://alligatographe.blogspot.com/2010 ... attan.html

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Diantre, foutre dieu, que le perce-oreille crapahute la coccinelle! Cela faisait une éternité que je n'avais vu un aussi vieux Woody Allen! Et celui-là en plus, la dernière fois que je l'avais vu, c'était sur un 4/3 cathodique que passait une VHS pourrie recadrée. Alors l'idée de revoir ce que d'aucuns considèrent comme une prière maitresse du cinéaste sur un grand LCD avait quelque chose de caressant.

Bizarrement, mon enthousiasme n'est pas été aussi fanfaron que je l'imaginais. J'espérais un plaisir plus vif. Le grand frisson et le sourire béât d'aise. Souvent au cour du visionnage, j'ai pensé à toutes ces scènes vues et archivues dans "Annie Hall", "Meurtre mystérieux à Manhattan", "Hannah et ses sœurs", ces tirades-discussions où Allen échange saillies et réflexions avec des femmes qui se ressemblent toutes en fin de compte. Et puis New-yorkaises surtout. Toujours la même Amérique, une bourgeoisie qu'on affuble du terme "Bohème" à Paris, cet archétype social de nantis préoccupés par des petits problèmes existentiels de plus ou moins riches intellectuels de pays développés.

Une sorte de lassitude m'a pris par moments pendant le film, heureusement matée par la profondeur des réflexions des personnages sur l'amour, la fidélité, ces affres d'égocentriques, ces peurs de vivre seul, ces angoisses de mort qu'une grande et belle ville, toujours fourmillante parait atténuer. Le brouhaha et l'agitation permanents, la palpitation de la ville servent pour certains de pansements, d'environnement compensatoire (quelle vilaine expression!). Quoiqu'il en soit, je crois qu'il faut regarder les choses en face : Woody Allen me parle d'autant plus que je dois être (malgré tous mes efforts et ma volonté de désespéré) un "bobo" moi même. Ces petits tracas nombrilistes, ces petites peurs d'occidentaux entre 30 et 40 ans font partie des questionnements qui s'invitent parfois dans ma caboche et mon petit cœur histoire de les tarauder avec cruauté. S'il fallait une preuve de ce que j'avance, ce long préambule, ces élucubrations sur ma petite personne en sont une illustration parfaite. Revenons donc à Manhattan et oublions mes états d'âme.

Disons donc que le film est susceptible d'éveiller en vous ce genre de masturbation du cervelet. Woody Allen fait un cinéma introspectif qui laisse difficilement indifférent, il suscite la réflexion. C'est déjà un point sensible qui dénote une certaine habileté à transformer un récit particulier, des personnages distincts et des recherches égocentriques en des moteurs de réflexions accessibles à un grand nombre de personnes, d'une portée universelle en somme.

La malin pourrait facilement livrer une œuvre fort tout aussi profonde par le biais d'une étude de mœurs ou de longues discussions certes édifiantes mais vite emmerdantes. Or, Allen pare son discours de jolis atours que ce soit sur le plan formel avec un énorme travail sur la photographie mais également sur le cadre. Quant à sa tonalité d'ensemble, elle s'aventure sur un style dont il est définitivement l'un des plus savants artistes, l'humour.
Entre beauté des images et saveur des dialogues.

Le film ne peut pas être ennuyeux une seule seconde. Moi qui suis si friand et attentif au travail des chefs-opérateurs, je dois avouer que j'ai souvent pris un sacré panard avec l'incroyable ouvrage de Gordon Willis que ce soit sur les intérieurs ou les extérieurs. Les jeux d'ombres et lumières partagent l'espace entre les individus, les mots s'incrustant dans un lieu approprié à l'intérieur de l'image.
Je pense également à cette intelligente faculté à utiliser toute ta capacité du cinémascope. Là encore quand l'histoire d'amour entre Allen et Keaton commence à péricliter le cinémascope les sépare d'ores et déjà, l'un confiné sur la gauche, l'autre isolée sur la droite, chacun son plan et chacun son espace dans le cadre.

La grande ville ne cesse d'accoler des gens séparés qui croient être réunis. Leurs égocentrismes réciproques s'entrechoquent, les séparent aussi sûrement que l'abondance de la ville leur donne l'illusion d'être ensemble. Les personnages ne vivent finalement que pour eux-mêmes et la satisfaction de leurs désirs. Les atermoiements de Woody Allen apparaissent dès lors plus comme des caprices infantiles. Le plus vieux n'est pas le plus sage. La petite Hemingway du haut de ses 17 printemps peut être à la fois la plus pure dans son attachement et la plus pragmatique à la fin du film. Cet écart vaut bien un dernier sourire de Woody Allen.

Cependant le regard posé sur ces personnages n'est jamais empreint d'une quelconque condescendance, ni même n'exprime un jugement de valeur. Ils sont maladroits, un peu gourds. Leurs discours d'être cultivés ne leur servent pas vraiment à grandir mais bien plutôt à cacher leurs lacunes. A ce propos, le scénario ne se moque jamais. Il en ressort beaucoup d'humanité. Loin d'être insupportables, ces gesticulations sont drôles et touchantes.
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Re: Woody Allen

Post by Federico »

Stanislas Brown wrote:Hollywood Ending (Woody Allen - 2001)
le "Woody Allen nouveau étant au cinéma ce que le beaujolais nouveau est au vin, soit : une représentation institutionnelle
:shock: Pitié ! Ne comparons pas les films de Woody Allen à ce jus de gland qui n'est rien d'autre qu'une perversion marketing destinée à l'export et pour les soirées étudiantes de fac de Droit où se murgent les futures élites. Surtout à propos d'Hollywood Ending qui est plutôt un bon cru de la cuvée Königsberg. Et qu'il ne devienne surtout jamais une institution, ce serait trop triste.
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Kevin95
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Re: Notez les films de Octobre 2010

Post by Kevin95 »

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Un Woody en petite forme, un Woody mineur bla bla bla, je ne compte plus les retours mitigés que j'ai entendu suite à ce dernier film qui comme une fois sur deux avec le réalisateur laisse de marbre l'ensemble de la critique. Mais la couverture faite par Positif autours du film m'a redonnée une once d'espoir et c'est donc hier que j'ai affronté le Woody annuel.
Bon disons le tout de suite, You Will Meet a Tall Dark Stranger n'est pas le meilleur film de son auteur loin de là... ouf ! voila c'est dit, énorme banalité obligatoire qui me permets de passer à autre chose, de parler vraiment du film et non de sa place dans la filmographie de son instigateur. Bref, Tall Dark Stranger (pardonnez le raccourcis) est une tragi-comédie autours de quatre personnages différents mais unis par un lien familial ou autre, le film navigue entre les histoires de chacun tout en les entremêlant, leurs parcours et leurs problématiques. Il y a une femme âgé en quête du fameux Stranger, un écrivain raté, une jeune femme en quête de reconnaissance et enfin un homme âgé en quête de jeunesse, ça fait beaucoup de quêtes mais très vite en comprends l'enjeu car tous n'ont finalement qu'une seule et même quête fuir ou non l'inconnu du titre qui n'est pas un amant étranger comme le laisse croire l'affiche et le titre français mais bel et bien la faucheuse, celle-ci obsédant les personnages et on le devine le metteur en scène. Mais avant d'arriver à ce constat, il faut pour Woody présenter les personnages et là ça se gate, les 30 premières minutes trainent en longueur et hormis deux trois petites scènes, on craint le pire tant les personnages ont du mal à s'ouvrir au spectateur (beaucoup de paroles mais on on ne comprends pas où est situé l'intrigue ou du moins en quoi elle est pertinente) et à interagir entre eux, comme si on avait affaire à des stéréotypes (l'artiste, la prostitué, le bourgeois etc...) et que cela suffisait pour faire un film. Heureusement et grâce aux personnages les plus âgés (donc les plus proches d'Allen) l'émotion prends vie et la thématique avec elle, de cette femme bernée par une voyante qui peut faire sourire au début mais qui très vite dramatise le film notamment lors d'une scène terrible mais superbe où Naomi Watts lui réclame de l'argent, à son maris (l'homme âgé donc) qui lui aussi passe du comique (il faut voir Hopkins dans une boite de nuit) au tragique et la scène finale où il se questionne sur sa possible paternité. C'est simple, ce sont eux qui donne vie au film, qui rendent You Will Meet a Tall Dark Stranger estimable et non les improbables tribulations amoureuses du couple plus jeune (auxquelles on a du mal à croire). Ceci n'est qu'une hypothèse (qu'Allen va ou a je suis sur contre-dit), mais ce dernier film (dé)montre que l'auteur ne fait qu'une morne comédie des lors qu'il se concentre sur ce qu'il lui semble étrangé (une génération plus jeune que la sienne) mais qu'il n'a pas son pareil pour traiter de son cas, c'est à dire des personnages sur la dernière marche, proches de la mort et qui ne savent pas comment réagir face au sombre inconnu (ou pour le citer "l'éternité c'est long surtout vers la fin").
Woody ne sait filmer que des vieux ? Non of course, mais quand il le fait avec sincérité comme ici, c'est du grand cinéma... malheureusement ce n'est pas le cœur du récit et donc You Will Meet a Tall Dark Stranger est agréable, parfois brillant mais comme dirait l'autre... mineur.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Re: Woody Allen

Post by Alligator »

You Will Meet a Tall Dark Stranger (Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu) (Woody Allen, 2010) :

http://alligatographe.blogspot.com/2010 ... anger.html

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Mitigé. J'ai trouvé le film très peu intéressant dans la mesure où les thèmes qu'il aborde ont déjà été souvent traités par Woody Allen, cependant il ne me viendrait pas à l'esprit d'évoquer un quelconque ennui car j'ai été tenu par le désir de connaitre l'aboutissement de ces petites histoires qui lient les personnages. Sauvé en quelque sorte par ma foutue curiosité. Au final donc, je suis partagé entre la déception de ne pas avoir ressenti quelques nouvelles émotions et la satisfaction de ne pas avoir... comme subi le film.

En effet, le visionnage était agréable. La photographie de Vilmos Zsigmond aurait pu y être pour quelque chose mais j'avoue que je n'y ai pas été sensible. Non, ce sont bien plutôt les comédiens qui ont assuré ma survie.

En premier lieu, Anthony Hopkins, immense acteur pour qui je voue de plus en plus une franche admiration.

On aurait pu craindre, comme cela est arrivé à plusieurs reprises à certains comédiens, que Josh Brolin adopte un style allenien. Or son jeu évite heureusement toute imitation, restant très personnel, très américain et fait un très joli contraste avec le ton résolument anglais du film.

Lucy Punch que je ne connaissais pas du tout, me fait une belle impression en incarnant une nouvelle "Maudite Aphrodite" avec une vulgarité très crédible, signe d'un talent peut-être majeur.

Je ne connaissais pas non plus Gemma Jones. Son regard bleu pâle, avec ses grands yeux ronds comme des billes, lui permet de bien jouer l'espèce de déprimée si proche de l'illumination et la folie.

D'une manière générale, les acteurs apportent réellement des teintes tout à fait personnelles par rapport à cette histoire chorale qui ressemble tant à ce que Woody Allen a déjà fait jusqu'à maintenant. Les personnages se débattent dans leurs propres filets. Égocentriques au plus haut point, pas un n'échappe au regard assez froid du cinéaste. Le film semble dire que l'espèce humaine est condamnée par son profond égoïsme, accaparée par l'angoisse d'être malheureux, de ne pas satisfaire ses désirs et se nourrit cyniquement des autres avec des réflexes quasi cannibales.

L'humour allenien est très peu présent. Il est surtout très noir et se révèle dans les situations tordues dans lesquelles pataugent les personnages. Les dialogues manquent de grand relief. On a été habitué avec Allen à bien plus de piquant. Comme si l'éloignement de New-York avait éteint le dénaturait.

Bref, un Woody bof-bof.
Federico
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Re: Woody Allen

Post by Federico »

Alligator wrote:Manhattan (Woody Allen, 1979) :

Alors l'idée de revoir ce que d'aucuns considèrent comme une prière maitresse du cinéaste sur un grand LCD avait quelque chose de caressant.
Si ce n'est pas volontaire alors c'est un joli lapsus tant Allen y vénère sa ville et les femmes (sa Cité des femmes ?) avec une ferveur pas possible...
Alligator wrote: Le film ne peut pas être ennuyeux une seule seconde. Moi qui suis si friand et attentif au travail des chefs-opérateurs, je dois avouer que j'ai souvent pris un sacré panard avec l'incroyable ouvrage de Gordon Willis que ce soit sur les intérieurs ou les extérieurs. Les jeux d'ombres et lumières partagent l'espace entre les individus, les mots s'incrustant dans un lieu approprié à l'intérieur de l'image.
Je pense également à cette intelligente faculté à utiliser toute ta capacité du cinémascope. Là encore quand l'histoire d'amour entre Allen et Keaton commence à péricliter le cinémascope les sépare d'ores et déjà, l'un confiné sur la gauche, l'autre isolée sur la droite, chacun son plan et chacun son espace dans le cadre.
C'est quand même incroyable que la cité verticale par excellence soit si naturellement cinégénique en scope (cf aussi Breakfast at Tiffany's, Le coup de l'escalier, les films de Lumet)...
Alligator wrote: Cependant le regard posé sur ces personnages n'est jamais empreint d'une quelconque condescendance, ni même n'exprime un jugement de valeur. Ils sont maladroits, un peu gourds. Leurs discours d'être cultivés ne leur servent pas vraiment à grandir mais bien plutôt à cacher leurs lacunes. A ce propos, le scénario ne se moque jamais. Il en ressort beaucoup d'humanité. Loin d'être insupportables, ces gesticulations sont drôles et touchantes.
Allen parvient à rendre bouleversant son nombrilisme poussé à l'extrême dans la séquence d'auto-analyse au magnétophone (était-ce un hommage à La nuit d'Antonioni ?...).
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Re: Woody Allen

Post by Alligator »

Federico wrote:
Alligator wrote:Manhattan (Woody Allen, 1979) :

Alors l'idée de revoir ce que d'aucuns considèrent comme une prière maitresse du cinéaste sur un grand LCD avait quelque chose de caressant.
Si ce n'est pas volontaire alors c'est un joli lapsus tant Allen y vénère sa ville et les femmes (sa Cité des femmes ?) avec une ferveur pas possible...
Totalement involontaire. Vu les fautes d'orthographe du texte, je me demande pourquoi je ne me suis pas relu.
Anorya
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Re: Woody Allen

Post by Anorya »

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Re: Classement Dvdclassik des sorties cinéma 2011

Post by Demi-Lune »

AtCloseRange wrote:
AtCloseRange wrote:Minuit à Paris 5,5/10
Un tout petit Woody.
J'ai voulu être indulgent mais je descends finalement ma note à 5.
Dur...
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Re: Classement Dvdclassik des sorties cinéma 2011

Post by riqueuniee »

Très dur pour un film que je considère comme le meilleur Allen (ou du moins celui qui me satisfait le plus) depuis longtemps.
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AtCloseRange
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Re: Classement Dvdclassik des sorties cinéma 2011

Post by AtCloseRange »

riqueuniee wrote:Très dur pour un film que je considère comme le meilleur Allen (ou du moins celui qui me satisfait le plus) depuis longtemps.
je le mettrais dans les 4-5 plus mauvais Allen (avec Celebrity, Ombres et Brouillard et Hollywood Ending).
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