Casino (Martin Scorsese - 1995)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Pancake
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Post by Pancake »

harry callahan wrote:En même temps, vu le reste de ses rôles, c'est pas dur.
Mais quel rôle.... :shock:
Ouf Je Respire
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Post by Ouf Je Respire »

Un film qui commence par "L'évangile selon Saint Mathieu" de Bach avec des images de Bass ne peut être foncièrement mauvais.

C'est même un putain de chef d'oeuvre, une tragédie des temps modernes.
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Tuck pendleton
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Post by Tuck pendleton »

Ambroise wrote:Casino (Scorcese)
Depuis ma redécouverte des Affranchis, je réévalue l'oeuvre scorcesienne. Là, j'ai été un peu déçu. j'ai trouvé ça un peu trop boursouflé. C'est plus ambitieux mais moins maîtrisé que les Affranchis. Histoire de couple, d'amitié, de milieu, de Las Vegas...
Tout ça est parfois un peu superficiel. Les Affranchis, malgré un indéniable côté pop, était rigoureusement pensé, c'était la démonstration qu'un tel milieu était condamné dès sa création en raison de la nature humaine de ses protagonistes.
J'ai moins ressenti cette rigueur dans Casino qui tombe parfois dans la facilité. Par exemple, le thème de Camille, c'est superbe, mais un peu facile je trouve. ça donne un côté collage au film que je n'aime pas trop.
Maintenant bon, ça reste quand même un film que j'ai beaucoup aimé. Si l'ensemble fait parfois un peu fouillis, Scorcese reste un grand metteur en scène, un mec qui sait faire des "scènes qui tuent".
En espérant qu'à la revoyure, je l'apprécie autant que les Affranchis.
Facile je ne sais pas mais c'est, entre autre, à travers la reprise de la musique de Delerue pour le mépris que Scorsese montre que le rôle de l'épouse joué par Stone est ici beaucoup plus déterminant que celle qu'occupait Bracco dans Goodfellas.
Elle symbolise en quelque sorte la ville de Vegas qui au début nous est présenté sous ses aspects riches et séduisant puis grattant sous le vernis le film montre son caractère clinquant. Ginger est réellement le personnage central selon moi.
Sa chute accompagne l'ancien système sur lequel était bâti Vegas.

Les magnifiques scènes de disputes entre De niro et Stone sont pour Scorsese une réminiscence du film de Godard plutot qu'un véritable emprunt, ce à quoi tendent d'ailleurs tous ses films.
Max Schreck
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Post by Max Schreck »

Je ne l'avais pas revu depuis sa sortie. Le souvenir que j'en avais gardé était plutôt très bon. Et je me suis pris en pleine gueule l'évidente réussite qu'est cette fresque. J'en suis donc réduit, comme pas mal de monde sur ce topic, à m'étaler comme une vieille chaussette qui pue devant Scorsese il maestro.

En vrac : montage époustouflant, quasi expérimental, une des plus magistrales utilisation de la voix off à l'écran, une interprétation à tomber (De Niro d'une retenue incroyablement expressive, Pesci sublime, Stone qui fait totalement corps avec son personnage, avec une absence de distance terrifiante), une galerie de tronches de gangsters ritals impayable, et puis cette musique qui coule à flots, blablabla. Du très grand cinéma, que dis-je, un film immense. Comme il est bon de se coltiner de temps en temps aux oeuvres de génie. On reprend alors un peu espoir en l'humanité. Vive l'art.


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Gounou
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Post by Gounou »

Comme j'aime les mots que tu emploies pour parler de ce film... film que j'ai dû voir une bonne dizaine de fois et qui me fait un effet fou à chaque nouveau visionnage... Un chef-d'oeuvre que je qualifie de "feu d'artifice du Cinéma"... and that's that.
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MJ
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Post by MJ »

Un opéra baroque des temps modernes. Le genre de film qui me donne envie de pleurer juste à cause de sa beauté.
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Gounou
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Post by Gounou »

MJ wrote:Le genre de film qui me donne envie de pleurer juste à cause de sa beauté.
C'est tout à fait cela...

Même effet devant Singin' in the Rain...
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Coxwell
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Post by Coxwell »

Casino de Martin Scorsese

L'expression "bigger than life" que l'on adosse au cinéma prend ici toute son ampleur. A croire qu'on l'aurait presque inventé pour ce morceau de cinéma. Casino est le film superlatif par excellence. Trop plein, trop fou, trop violent, trop intense... Quel souffle !
Scorsese est un formidable raconteur d'histoire. Il ne le prouve une fois de plus en délivrant un film profondément humain, qui repose en grande partie sur un screenplay d'une très grande qualité. La mise en scène sert le récit, où chaque plan est millimitré, découpé à la mesure du script. Les placements de caméra sont incroyables tout autant que ces travellings circulaires ou semi-circulaires, incrustés dans un montage qui se tend au fil du développement du film. (la dernière demi-heure est à proprement dite stupéfiante)
Que dire des acteurs, tous exceptionnels ou presque, admirablement bien dirigés. (Quel performance de Joe Pesci !)
Les 2h50 transpirent l'invstissement d'un metteur en scène qui vit son projet, son thème, ses "hommes". Une magnifique fresque sur l'ascension et la déchéance, sur l'éclat de façade du rêve américain, ses désillusions, ses regrets.
Grandiose !
MJ
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Post by MJ »

Et hop une petite critique pleine de spoilers...

1983, histoire vraie, début du film. Un homme s'approche de sa voiture. "When you love someone you've got to trust him. There's no other way. You've got to give him the key's everything yours. Otherway, what's the point?
For a while I believed, that's the kind of love I had.
". Boum, la voiture explose, en avant la musique et le magnifique générique.
Déjà le mot s'impose: chef-d'oeuvre. Un film qui atteint une telle perfection de tous les instants, ne peut être que cela. Chaque image noue à la gorge, chaque accord fait trembler le corps entier.
Tel l'homme chutant dans des flammes infernales dans le superbe générique de Saul Bass (Vertigo, Alien), Casino nous parle d'une chute. L'histoire classique de ces hommes qui atteignent le sommet pour retomber encore plus bas que terre.
A la fin les bâtiments explose, le châtiment divin est tombé sur la nouvelle Sodome. Mais cette image est aussi empreinte d'une terrible nostalgie: Aujourd'hui ça ressemble à Disneyland".
Las Vegas est une ville de Lumière, une tour de Babel, elle attire chaques personnages et leur vole leurs identités respectives. "De nuit on voit pas le désert qui entoure Vegas.".
Ceux qui y ont placés leurs espoirs seront tous froidement abattus par ordre d'une bande de grosses légumes qui n'inspirent que le dégoût et l'effroi.
Nicky le fringant rebelle se fait exploser la gueule avec son frère et ils finiront enterrés vivants, abattus lâchement, comme des chiens.
Dès la viscérale scène culte de torture au milieu du film, l'homme est vu comme une plaie purûlante qui suinte crâche, gerbe, foutre et sang.
"Vanités des vanités, tout est vanité" nous dit l'Ecclesiaste.
Dans Casino il y a aussi un ange: Ginger. Partout où elle passe on se sent aimé, mais finalement elle aussi se cache derrière un masque et s'avère être une personne pleines de traumas, de frustrations et de contradictions.
Quoi que fasse l'homme pour se cacher son infinie médiocrité, il devra toujours finir par se résoudre à contempler sa propre défaîte.
Vegas est une issue de secours, où tout est fait pour vous faire oublier, mais on en sort pire qu'avant. Détruit, exténué, vidé de son sang par de vampiriques et vénales créatures. Scorcese le moraliste, ne peut se taire, aussi fasciné soit-il.

Constat laconique et désabusé: And for a while I believed, that's the kind of love I had.
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Brody
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Re: Casino

Post by Brody »

Frank Braun wrote:J'ai revu Casino de Scorsese hier soir et une fois encore, je m'en suis pris plein la tête. Je ne comprends même pas comment de telles idées de mise en scène peuvent germer dans un cerveau. Ca tient vraiment à peu de choses, la différence entre un un effet de pure frime et idée spectaculaire qui sert le récit.
Revu hier soir également, je quote plutôt que de réécrir la même chose tant mon sentiment est le même...

Que pensez-vous de l'omniprésence de la voix-off (comme dans beaucoup de ses films) ?
J'ai un sentiment mitigé par rapport à ce procédé de mise en scène.

Sur le positif, elle participe à la richesse de l'information et cautionne la fiction par son aspect documentaire / mémoire de faits réels ; de plus son rythme effréné et le choix des 2 "intervenants" (à une exception près, seuls Sam et Nikky prennent la parole) permettent une immersion et un contraste de point de vue que n'aurait pas donnés un commentateur extérieur.

cependant, n'étant pas totalement bilingue (et ayant un DVD sur lequel je ne peux enlever les sous-titres, merci TF1 :evil: ), les sous-titres incessants sont un peu perturbants et m'empêchent de profiter à 100% de ce qui se passe à l'image.
Par ailleurs, je considère souvent la voix off comme un compromis en terme de narration, voire comme un aveu de faiblesse ; seules quelques exceptions trouvent la grâce d'échapper , comme ce Casino tellement riche stylistiquement par ailleurs (ou encore un Barry Lyndon dont la voix off donne une distance incroyable par rapport aux personnages et accentue l'aspect dramatique et romanesque).
Mais même pour Casino je ne peux m'empêcher de penser que Scorcese aurait pu l'alléger, les explications sur le fonctionnement de Las Vegas et la collecte des fonds est très claire mais sort un peu du coeur de l'intrigue en voulant contextualiser la petite histoire dans la grande. Ce sera d'ailleurs la faiblesse majeure de Gangs Of New York.

Quel est votre sentiment ?
Philip Marlowe
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Post by Philip Marlowe »

Ou Wong Kar Wai :P
Pour ce qui est de la voix off en général, je ne suis pas d'accord pour dire que c'est une faiblesse. Ca peut être un moyen de rendre la narration plus efficace, en chargeant l'image d'infos supplémentaires sans nuir la fluidité de l'ensemble(Casino), de mettre une distanciation(Barry Lyndon), de faire écouter le monologue intérieur des personnages(Happy Together, Fallen Angels...), etc... Après elle peut bien sur être utilisée lourdement ou avec académisme...
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Zelda Zonk
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Post by Zelda Zonk »

Concernant la voix-off, je vous renvoie à ce topic (que je remonte) pour une discussion plus ciblée et approfondie :wink: :

http://www.dvdclassik.com/forum/viewtop ... t=voix+off
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cinephage
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Post by cinephage »

MJ wrote: Tel l'homme chutant dans des flammes infernales dans le superbe générique de Saul Bass (Vertigo, Alien), Casino nous parle d'une chute. L'histoire classique de ces hommes qui atteignent le sommet pour retomber encore plus bas que terre.
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8)
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cinephage
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Re: Casino

Post by cinephage »

Chef Brody wrote:Que pensez-vous de l'omniprésence de la voix-off (comme dans beaucoup de ses films) ?
J'ai un sentiment mitigé par rapport à ce procédé de mise en scène.

Sur le positif, elle participe à la richesse de l'information et cautionne la fiction par son aspect documentaire / mémoire de faits réels ; de plus son rythme effréné et le choix des 2 "intervenants" (à une exception près, seuls Sam et Nikky prennent la parole) permettent une immersion et un contraste de point de vue que n'aurait pas donnés un commentateur extérieur.
Pour parler de la voix off dans Casino, je crois que c'est un procédé que Scorcese aime bien, ne serait-ce que parce qu'il approche d'une confession (je raconte mes péchés).
Jouer de la voix off en ping-pong, comme le fait Scorcese ici, permet d'évaluer la situation "de l'intérieur", d'ajouter une tranche de vécu et de connoter les situations auxquelles on assiste.
Scorcese adore jouer de la bande sonore pour appuyer, remettre en question, modifier la perception qu'on peut avoir de l'image. Il le fait souvent par le biais de la musique, mais également et surtout de la voix off. Comme tu le dis, elle est omniprésente, on est dans le récit d'une histoire, dans la tête des personnages qui racontent...

Comme pour les Affranchis, l'usage de la voix off est un apport majeur au film, un élément de mise en scène dont joue Scorcese. Pas une simple facilité narrative.
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Watkinssien
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Post by Watkinssien »

Un film que je qualifierais avec l'adjectif qui semble le mieux définir cette bombe scorsesienne : flamboyant.



Gounou a écrit :
Un chef-d'oeuvre que je qualifie de "feu d'artifice du Cinéma"... and that's that.
D'accord avec mon pote Gounou.
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