La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Flol
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Re: La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Post by Flol »

Je suis un grand fan de Nikos Aliagas.
Akrocine
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Re: La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Post by Akrocine »

"Mad Max II c'est presque du Bela Tarr à l'aune des blockbusters actuels" Atclosetherange
Gounou
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Re: La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Post by Gounou »

Je ne sais pas si ç'a déjà été dit ou si je suis le seul à m'être posé la question, mais après re-visionnage du film, je me suis enfin décidé à chercher ce que répète le japonais au soldat qui se retrouve plus tard à pleurer sous la pluie. En l'occurence, "kisama mo shinunda yo"... qui signifierait "tu mourras aussi." Voilà.
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StateOfGrace
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Re: La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Post by StateOfGrace »

Une somptueuse odyssée métaphysique et guerrière, où Malick cerne l'humain au coeur du chaos, l'humain perdu dans une nature somptueuse qu'il admire sans la comprendre. Le soldat Witt (Jim caviezel transcendé par la caméra de Malick) a déserté son bataillon et vit paisiblement sur une île mélanésienne avec quelques-uns de ses compagnons, loin d'une guerre qu'il ne comprend pas, qu'il n'a jamais compris, loin de la folie des hommes. Et pourtant un bateau de l'armée accoste sur cet archipel paradisiaque où les enfants mélanésiens foulent nus le sable brûlant, se baignent dans les lueurs bleutées d'une aube incertaine, un lieu déserté par une civilisation occidentale auto-destructrice. Witt est forcé de retrouver ses congénères, de quitter cet Eden terrestre. Au Sergent Edward Welsh (Sean Penn qui a rarement été aussi bon, et dieu sait qu'il l'a souvent été) il déclare qu'il a vu "la lumière", un au-delà fait de paix et d'harmonie, au milieu d'"indigènes" ignorant tout simplement la notion de Mal.

Witt le solitaire, Witt personnage christique qui traversera les combats sans tuer un seul ennemi japonais, Witt qui se sacrifiera pour sauver des soldats devenus ses amis.A la fin du film, lors d'une séquence déchirante, Sean Penn s'agenouille sur sa tombe fraîchement creusée et s'adresse à lui : "Elle est où, maintenant, ta lumière ?" avant de fondre en sanglots. Il a perdu son seul ami, un ami parti retrouver un paradis qu'il a connu dans une vie antérieure, un paradis débarassée de la violence atavique des hommes s'autodétruisant sans le savoir.



Autour de ces deux protagonistes qui constituent la clé de voûte du film gravite une foule de personnages filmés avec empathie et compassion par Malick. Ainsi Jack Bell (Ben Chaplin) correspond avec sa femme qui apparaît lors de flash-back cotonneux contrastant avec la sauvagerie des combats. Follement amoureux d'elle, il reçoit un jour une lettre de rupture où elle lui avoue qu'elle a rencontré un autre homme et le supplie de l'aider à le quitter, à l'oublier, car elle l'aime encore mais simplement la vie prend parfois des détours malencontreux qui font que rien ne sera jamais plus comme avant. Malick filme avec beaucoup de délicatesse Bell qui sanglote sous la pluie, la caméra, pudique, restant à distance, comme pour préserver son chagrin, là où d'autres réalisateurs en auraient rajouté dans le pathos et le musique sirupeuse.

Le cinéaste filme comme aucun autre le ballet des hautes herbes balayées par le vent, les arbres centenaires et majestueux, la faune et la flore souillées par la guerre.A mi-chemin entre le Purgatoire et le Paradis, il compose une splendide élégie où les hommes vivent, se battent et meurent dans un cycle de vie et de mort sans fin. Attiré par le Ciel et fermement ancré dans la Terre, il refus tout manichéisme, chaque personnage recelant une humanité qui affleure lors de séquences bouleversantes.

Ainsi Elias Koteas priant la nuit à la lueur d'une bougie pour le salut de ses soldats, ses frères, ses "enfants", ainsi Nick Nolte, général belliqueux à la limite de l'hystérie et dont la carapace se fissure lentement. Le film est berçé par des voix-off qui se superposent, se mélangent, créant une symphonie paradoxale, suscitant une interrogation sur cette Nature que les hommes tentent de comprendre tout en la détruisant. Ils font partie d'un Tout, qui était là des milliers d'années avant eux, qui sera toujours là des milliers d'années après leur mort.

Malick n'apporte pas de réponse, il laisse sa caméra enregistrer la peur des hommes face à une guerre absurde et dérisoire.;Les séquences de bataille sont terribles dans leur refus de l'héroïsme, de Woody harrelson qui agonise lentement en dégoupillant par erreur sa grenade à Sean Penn qui détruit un bunker japonais dans un élan d'inconscience qui n'a rien à voir avec de l'intrépidité ou du courage. L'objectif des américains, prendre une colline tenue par les japonais, sera atteint après un combat à la baïonnette d'une beauté terrible.

Terrence Malick possède un sens inné du rythme, alternant longues séquences contemplatives et éclairs de violence, filmant un bombardement de nuit comme personne, le rougoiement des bombes trouant l'obscurité profonde.
A la fin les survivants quittent l'île, Malick s'attardant longuement sur l'écume soulevée dans le sillage du cargo qui quitte le Paradis ou l'Enfer, c'est selon, clotûrant ainsi une oeuvre majeure.

Jim caviezel : -"Tu te sens seul parfois ?"
Sean Penn : - "Oui, quand je suis avec les hommes"

Dont acte...
TheGentlemanBat
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Re: La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Post by TheGentlemanBat »

Trailer de la nouvelle version restaurée 4K du film qui redéboule en salle mercredi prochain (avec une parution en vidéo j'imagine d'ici la fin de l'année peut-être ?)

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Thaddeus
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Re: La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Post by Thaddeus »

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La guerre en ce jardin



Si la productivité de Terrence Malick s’est considérablement accrue dernièrement, on a longtemps pu craindre que son nom ne serve qu’à épaissir les pages des dictionnaires de cinéma. À son entrée on aurait ainsi pu lire : réalisateur américain, né en 1943 à Waco, Texas. Auteur de La Balade Sauvage en 1973, l’un des premiers films les plus impressionnants depuis Citizen Kane. Crée la sensation en 1979 au Festival de Cannes, où son second opus, Les Moissons du Ciel, remporte le Prix de la Mise en scène. Pendant vingt ans, période au cours de laquelle il a notamment traduit Heidegger et étudié le bouddhisme, il s’est tenu éloigné des plateaux et d’Hollywood. Mais le silence de sa vie n’a pas altéré le tumulte de son œuvre. Son troisième long-métrage est l’adaptation d’un roman de James Jones consacré à la très stratégique bataille de Guadalcanal, en 1942, épisode crucial de la guerre du Pacifique. Six mois de combats, parfois au corps-à-corps, entre les boys et les Japs. Une violence programmée, obligatoire et dérisoire — il s’agit de conquérir une colline, une simple et belle petite colline — qui massacre le paysage immaculé d’une des îles Salomon. Malick s’inscrit dans une grande tradition qui court d’Emerson à Thoreau et Whitman, elle-même issue d’un faisceau d’influences diverses comme le néoplatonisme et la pensée religieuse orientale. Les herbes aux flux et reflux seyant sous la brise de mer quand grimpent les marines à l’assaut d’un fortin poudreux tenu par les fils du Soleil-Levant, les "humides étincelles" à la pointe de la moindre palmette, l’oisillon battant de l’aile et blessé à mort, surpris par le plomb et le feu, la boue terre de Sienne étoilée de l’écarlate du sang, l’apparition de la lune vague qui instaure le répit de l’ombre à l’heure "magique" composent des images foudroyantes comme autant de trésors, et sondent la profondeur de son âme de géant. Devant sa caméra, le paradis mélanésien affiche les contours mythologiques de l’Ancien Testament. La Ligne Rouge commence par la perte d’un éden tropical et s’achève sur un duel fratricide : le soldat américain tue son frère japonais sans que l’on puisse jamais distinguer lequel serait Abel et lequel serait Caïn. Les fantassins de la Compagnie C sont engagés dans un conflit immémorial, une guerre de Troie moderne. Ainsi, pour mieux le préparer à la nature du combat qu’il va mener, le colonel Tall demande au capitaine Staros s’il a lu Homère dans le texte, et la coiffure arborescente de Sean Penn rappelle davantage celle d’Achille que celle d’un G.I.


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L’épopée débute à l’ombre des cocotiers, dans un village où se prélassent deux soldats en fuite. Les autochtones souriants et insouciants, leurs occupations quotidiennes désintéressées de tout souci matériel, les chants séraphiques auxquels ils s’adonnent en groupe, tout participe d’un éblouissement solaire digne de Tabou. Le jeune Witt ne voit dans cette imagerie idyllique que gentillesse, fraternité, amour et innocence. Pourtant, lorsqu'il retournera au hameau après la bataille, les crânes s’exposeront sur les étagères des huttes, d’ineffaçables cicatrices blanches marqueront les peaux noires, et les hommes autrefois pacifiques se querelleront pour des peccadilles, comme contaminés par la progression du mal. C’est la subjectivité du déserteur qui construit le réel tel qu’il le perçoit. Mais soudain un patrouilleur de l'armée américaine surgit à quelques encablures de la plage, et voilà deux mondes qui se télescopent : celui de la civilisation moderne, destructrice et abusant des richesses de la nature, et celui des indigènes qui vivent en communion avec leur environnement. La même impression saisit le spectateur quand, plus tard, une cohorte de soldats armés jusqu’aux dents croise un vieil aborigène qui ne semble pas les voir, promeneur solitaire traversant indifférent ce qui deviendra bientôt un champ de désastre et de mort. Comme chez Michael Cimino, la violence des actions et des passions humaines s'inscrit dans un cadre naturel métaphorique : immensité silencieuse, magnificence d’une terre nourricière ravagée par ceux qui prétendent en prendre possession. Les échos bibliques à la Genèse et à l'Apocalypse sont omniprésents dans La Ligne Rouge. Avant le tournage, l’auteur avait d’ailleurs travaillé à un scénario sur la création du monde, vaste entreprise que The Tree of Life concrétisera quelque treize années plus tard.

On compare souvent le cinéma de Malick à celui de Murnau, le transcendantalisme du premier rejoignant le romantisme germanique du second. Les deux artistes témoignent d’un même rapport symbolique à la géographie, qui se dissout dans la sorcellerie d’épiphanies mystérieuses. Cette contre-plongée qui transforme les mâtures en une monstrueuse toile d’araignée déchirant un ciel blanc, cette main qui grouille d’insectes comme la brèche du cercueil pullulait de rats, semblent reprises de Nosferatu. Le cinéaste aborde le thème de la guerre en minimaliste ; pour lui, montrer les corps mutilés, insister sur la barbarie des combats ne présente aucun intérêt. La découverte des deux cadavres dans un champ s'impose dès lors comme une image-synthèse, une "icône" suffisant à témoigner de toutes les visions atroces inhérentes à un conflit. Le film exprime l'identité fondamentale entre le drame métaphysique qui se joue dans la permanence et celui vécu sur le plan de l'histoire. Contrairement à la jungle d'Apocalypse Now, hors-champ éminemment hostile renfermant toujours le danger, la nature est ici montrée comme un jardin polynésien où tout est objet d’émerveillement. Les prairies qui flottent et ondulent sous la caresse du vent, les couronnes des arbres baignées d’une lumière de cristal, le carnaval des animaux et des oiseaux multicolores perpétuent un cycle immuable. Pour le cinéaste il existe une immanence supérieure, à la fois perfection esthétique et éthique, immédiatement accessible à chaque faculté. Malick décline toutes les manifestations de la vie organique, comme autant de stances d’une prière obstinée. Sans accéléré ni ralenti, par la seule multiplication des images, son cinéma rejoint ce panthéisme moniste qui relève de la quintessence : tous les êtres sont égaux dans la grande valse des mondes qui tournent. Mais au champ cosmogonique s'oppose le sombre élan de la dévastation. Rarement l’angoisse de l’homme en guerre aura été exprimée avec une telle force : l’insoutenable attente avant l’attaque, la terreur hébétée au milieu du chaos, les propos incohérents tenus en état de choc (McCron), la langue maternelle qui réémerge dans les moments d’extrême tension (Staros marmonnant quelques mots en grec). Ainsi la caméra saisit-elle à la loupe les comportements irrationnels des soldats : l’un effleure avec curiosité la tige d’une fleur minimale qui se recroqueville sous ses doigts ; d’autres oublient les balles qui fusent pour débusquer un serpent exotique. Lorsqu’ils tombent, un étrange phénomène de perception pure se produit, le sentiment que le sol les mange, que la flore les avale sous le regard de la faune locale. La terre a donné, la terre reprend.


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La polyphonie qui s'installe, aussi bien par l'utilisation des voix off que par la variété des personnages autour desquels le film se construit, propose une sorte de débat des points de vue sur la signification et la finalité des choses. Le mystique, l’idéaliste, le réaliste, l’humaniste se concurrencent tout autant qu'ils se complètent. Malick donne à entendre une chorale disloquée de méditations intérieures qui tendent à tisser une toile de fond, à ne former plus qu'une seule voix. L’itinéraire se vide du sens du devenir : il apparaît, disparaît, resurgit et stagne. Les eaux de la mer, l'île de Guadalcanal, le promontoire qu'il faut prendre d'assaut sont autant de lieux matriciels et initiatiques où s'accomplit le destin de chacun. Élaborant par ce relais d'intonations diverses un véritable opéra de la conscience, le cinéaste impose l'idée que la guerre n'est pas l'affaire d'individus mais d'un corps commun. D'où l'entorse faite à la tradition qui sied au genre : il prend le soin de ne pas caractériser les différents protagonistes, refuse de les doter des attributs permettant habituellement de définir au sein de la patrouille une tête brûlée, un lâche ou un éventuel philosophe. Il invite aussi à la confrontation des essences constitutives de l'homme : l'intellect (Tall), la sensibilité (Staros), l'imagination (Witt) ou bien encore l'instinct (Welsh). Si un conflit existe bel et bien entre les individualités, celles-ci font corps les unes avec les autres. À peine esquissés, les "héros" de La Ligne Rouge sont des êtres morcelés, mais ils existent suffisamment dans leur "anonymat" pour contribuer à faire naître l’impression que chacun d’entre eux est toujours un peu de l'autre. Ce que croit au demeurant le deuxième classe Witt, qui considère qu'il n'existe qu'une seule âme dont chacun de nous est une parcelle.

Cette dernière constatation semble valoir également pour la représentation progressive de l’antagoniste : menace invisible qui se cache dans un premier temps pour piéger sa proie, l'adversaire japonais apparaît peu à peu aux yeux du G.I. comme son propre reflet, son véritable égal. Défenseur ardent de ses lignes et de ses positions, il s’avère, lorsqu’il est capturé, aussi inoffensif que le crocodile chassé et ficelé dans le marais pour être ramené au bivouac. Le private guette et traque l'adversaire ; l'ennemi se dissimule en sous-sol. À mesure que le "chasseur" évolue discrètement parmi les prairies verdoyantes que tamise la course d’un soleil radieux, il se rapproche de celui qu'il va vraisemblablement abattre en même temps qu'il s'éloigne de lui-même. Car tuer son prochain, c'est aussi perdre un peu plus de sa propre humanité. Une fois maîtrisé, l'ennemi détenu dans la fosse de son blockhaus affiche sa vraie nature, celle d'un individu pathétique dans la défaite et terrifié à l'idée du sort qui l'attend. Des réactions qui renvoient aux tourments de l'autre camp : la peine et le moral ébranlé du sergent McCron par la perte de ses hommes, la peur mêlée à la détresse du pieux Staros, priant à la lueur des bougies avant de lancer l'offensive impossible. Même sentiment, même attitude, même action... Bien que la jeune recrue faisant office d'arracheur de dents dans le village refuse de comprendre le soldat asiatique qui lui parle et tente d'accuser la différence qui le sépare de son prisonnier en jouant l’indifférence, il ne peut qu’être pris de remords après avoir pesé de sa main le petit sachet renfermant le "souvenir", la maigre trace de cet homme qu'il considérait uniquement comme son rival. Sous une pluie torrentielle, il comprend que sa guerre est inutile, comme toutes les autres, puisqu’elle ne conduit finalement qu’à se combattre lui-même.


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Ce constat se lit aussi, inéluctablement, chez les officiers chargés des manœuvres tactiques. Nulle gloire dans cette guerre mélancolique où les combattants semblent charger les larmes aux yeux, entraînés malgré eux, convulsifs et schizophrènes. Homme de loi dans la vie civile, Staros est le premier à refuser de faire tuer inutilement ses hommes, conscient de l’absurdité des ordres reçus et de la mission à exécuter. Le capitaine Gaff, face aux congratulations de son supérieur qui le félicite pour sa bravoure, reste impassible, et par deux fois la promesse de se voir remettre une décoration est reçue comme une obscénité. Tall, quant à lui, apparaît en victime de la machine militaire, tel un maillon asservi à la logique du conflit et de la hiérarchie : programmé pour une guerre qu’il aura passé sa vie à attendre, il est un mort-vivant irrémédiablement perdu parmi tant d'autres, consumé à petit feu et dévoré par ses faiblesses. Malgré la victoire, il laisse transparaître son désarroi face au gâchis quand il se retrouve en silence et en paix, seul, assis avec une expression hagarde et lointaine. L’étincelle sincère et pure qui éclaire tous ces regards est indissociable de la question de la mort, dans un contexte de guerre où celle-ci est l'ombre apprivoisée et familière qui plane constamment sur le soldat. Qu’elle prenne le nom de Destin ou de pur Hasard, elle frappe sans répit, implacablement. Lorsque Keck, piégé par sa propre grenade dégoupillée, sent la vie le quitter peu à peu, il éprouve concrètement sa propre précarité, ce que McCron mesure à son tour en affirmant que l'Homme n'est qu'une poignée de boue laissée au bon vouloir du vent. Bien que lourdement affecté psychologiquement, ce dernier va jusqu'à défier l'ennemi debout et les bras en croix : un geste révélateur de l’affliction de celui qui prend paradoxalement conscience du chemin par lequel il court à sa perte. La guerre tourne à plusieurs vitesses et se tire aussi à pile ou face, entre folie et courage au paroxysme de l’affrontement. L’héroïsme, ce n’est que ça, une perte de connaissance, un instant d’abandon au même titre que la démence.

Plus largement encore, la confrontation qui s’articule est celle de l'individu, de la nation et de l'humanité. L'espace intérieur du soldat est le lieu d'un affrontement entre ces principes dans une recherche de reconquête de l'unité perdue. La voix off joue sur ce point un rôle déterminant, qui s'oppose et se construit à partir de la réalité du combat et renvoie l'image blakienne du mariage du ciel et de l'enfer. Mais que ce soit celle du monde ou celle du cœur, l'innocence est toujours perdue, et c’est pourquoi le mode du souvenir est régulièrement convoqué. La pureté peut revêtir le visage de l’Amour dans les scènes d’un temps désormais révolu et suspendu (l’insert sur l’horloge) entre le soldat Bell et sa douce épouse, souvent associée aux éléments naturels tels que l’eau (elle s’immerge dans l’immensité de la mer à la tombée de la nuit) ou l’air (qu’elle fend sur une balançoire, dans un extraordinaire plan renversé rappelant celui d’Une Partie de Campagne). Bell ne vit sur le front que pour sa femme restée au pays, ce qui rend d’autant plus cruelle la séquence terrible de fatalité ordinaire où, dans une lettre, elle lui apprend qu’elle le quitte et le supplie de l’oublier. Chacun se préserve comme il peut, personne n'est épargné par le désespoir. Où chercher la force de vivre ? La réalité est une épreuve, consistant à retrouver le sens du message sous l'expérience de la destruction. Cette morale, qui se réclame du christianisme, se rapproche surtout de l'hérésie gnostique. Si l’homme est déchu, prisonnier de ses sens, de l'espace et du temps, c'est que la chute ne fut autre que la Création : la première image du film est celle d’un alligator qui s’immerge lentement dans une rivière marécageuse. En montrant que la réponse ne peut être que personnelle, que chacun trouve en soi les raisons de sa subsistance, le film reflète les contradictions et les tâtonnements intimes pour atteindre des certitudes qui se dérobent sans cesse. Le temps de vivre, le temps de mourir.


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Cette quête spirituelle est tout particulièrement figurée par Witt, qu’habite la conviction que derrière chaque trépas se trouve une fenêtre ouvrant sur l’éternité. Parti à la recherche d’un paradis perdu, l’utopique soldat est affecté après sa désertion au service d’infirmerie : il assiste les agonisants dans leurs derniers instants, obnubilé par ce passage où l’âme quitte le corps pour s’élever vers l’illumination absolue. Dans sa cellule déjà, il passait son temps à griller des allumettes, les regardant brûler jusqu’à ce que la flamme s’éteigne. Witt se nourrit de la soif d’entrevoir au-delà du reste corporel constitué par le souffle calciné. Son obsession trouve peut-être son aboutissement dans le sacrifice. Parti en éclaireur, il est pris en embuscade sur les abords d’une rivière par un bataillon de soldats japonais qui surgissent tels des esprits de la végétation. Witt accepte de mourir pour sauver ses compagnons d’armes, et accède ainsi à la Vérité suprême. En cette ultime vision, durant laquelle il évolue dans les fonds paradisiaques du lagon en compagnie d’enfants angelots et de lamantins, il semble que sa patience, sa croyance et sa foi en une autre existence aient été récompensées : les ondes turquoises renvoient à l’élément fœtal, à une deuxième naissance plus lumineuse. Et le réalisateur de consacrer dans cet épilogue l’alchimie envoûtante et le lyrisme diluvien de son expression. C'est une des forces du cinéma que de rendre confuses les catégories et d'opposer à l'aveugle raison empirique une pensée ouverte dont son syncrétisme est l’exemple moderne le plus fulgurant. Malick se situe du côté des visionnaires, donc des marginaux dans un monde devenu l'esclave de la mesquinerie du réel et de la nécessité. Rarement un cinéaste aura donné, par delà l’aspect tourmenté de son inspiration, un tel sentiment de plénitude et de fécondité. Poème sublime, à la fois prosaïque et éthéré, furieux et contemplatif, harmonieux et déchirant, La Ligne Rouge fait partie de ces œuvres rarissimes qui semblent charrier un univers entier, et dont chaque plan pourrait valoir un film entier par ailleurs. À la fin, le croiseur de l’US Navy s’éloigne, la nature reprend ses droits, et l’île retrouve son calme originel, comme à l’aube de l’humanité. Dernière image avant le générique et ses chants beaux à mourir : un petit palétuvier sort de l’eau, racines apparentes, mer grise, horizon cotonneux. Silence, Dieu dort. Do not disturb.


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LordAsriel
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Re: La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Post by LordAsriel »

Enfin eu le temps de te lire ! Merci pour ce beau texte. :wink:
On a souvent dit que le cinéma de Malick depuis The Tree of life était déjà visible à partir du Nouveau Monde ; et c'est vrai, bien sûr, mais il me semble que La Ligne rouge est peut-être encore plus fondamentalement séminal, en ce sens où le chef-d'oeuvre de 1998 est un film-visage - de la même manière que la Palme d'Or de 2011 est un film-arbre : il y a quelque chose du caligramme cinématographique dans la démarche de Malick et la manière dont ici il éclaire, ombre et précise les perceptions de ses personnages, leur inscription dans un tableau qui les dépasse, comme il définirait les contours d'un visage en repassant de plus en plus fermement sur des traits tout juste esquissés au départ. Beaucoup de scènes caractérisant les personnages fonctionnent ainsi par la répétition et la variation d'un motif - la découverte des corps mutilés / Keck s'auto-mutilant par accident ; McCron tourné vers ses soldats à travers deux formes de désabusement ; Bell et son épouse ; Witt et le village ; le soldat américain et le soldat japonais... Ce portrait étant à la fois individuel (celui de l'auteur-démiurge) et collectif (celui de l'humanité). La voix de Train l'explicite d'ailleurs assez bien dans le sublime monologue intérieur final :
Where is it that we were together? Who were you that I lived with ? The brother. The friend. Darkness, light. Strife and love. Are they the workings of one mind? The features of the same face ? Oh, my soul. Let me be in you now. Look out through my eyes. Look out at the things you made. All things shining.
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Thaddeus
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Re: La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Post by Thaddeus »

LordAsriel wrote:il me semble que La Ligne rouge est peut-être encore plus fondamentalement séminal
Chaque film de Malick est une étape supplémentaire dans le parcours rigoureux de son auteur - du moins jusqu'à The Tree of Life, parce qu'ensuite on peut estimer qu'il se disperse, se radicalise ou se répète, selon la réception de chacun. Mais j'aurais tendance à faire de La Ligne Rouge la véritable clé de voûte et le chapitre central de toute son oeuvre. Ce troisième long-métrage opère à la fois comme liaison et comme synthèse provisoire. Liaison entre, d'une part, l'approche assez narrative et charpentée des Moissons du Ciel, et de l'autre d'un impressionnisme toujours plus qui s'abandonne jusqu'aux vertiges de l'évanescence. Et synthèse d'une approche cosmogonique qui s'intéresse davantage au général qu'au particulier. Il est d'ailleurs révélateur que tous les films suivants se bâtiront davantage sur des destins individuels (souvent féminins), là où La Ligne Rouge pousse au maximum la dimension chorale d'un récit éclaté entre de nombreuses consciences. Là où Badlands et Les Moissons du Ciel imposaient un goût prononcé pour les cadres fixes et très composés, parfois proches du pictorialisme, les hautes herbes de Guadalcanal privilégient désormais les amples mouvements de caméra, un filmage "exploratoire" reconduit et développé dans tous les opus ultérieurs. Comme le poète s'employant à coucher les mots sur la page pendant qu'ils sont encore vivants, Malick se fait libre comme l'art et vise à l'épiphanie, la manifestation qualitative et soudaine de l'émotion, de quelque nature que ce soit.
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Re: La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Post by LordAsriel »

Thaddeus wrote:Là où Badlands et Les Moissons du Ciel imposaient un goût prononcé pour les cadres fixes et très composés, parfois proches du pictorialisme, les hautes herbes de Guadalcanal privilégient désormais les amples mouvements de caméra, un filmage "exploratoire" reconduit et développé dans tous les opus ultérieurs.
En effet, et les figures du mouvement horizontal - notamment celle du travelling avant, qui devient obsessionnelle à partir de La Ligne rouge dans la filmographie de Malick vont de pair avec une manière d'envisager le champ de l'image comme celui de l'intériorité et de la psyché, là où les deux premières œuvres construisaient un cadre plus mythologique autour de leurs personnages. Dans La Ligne rouge, l'enfoncement et l'errance des GI's dans le brouillard de la forêt est en ce sens une scène extraordinaire, qui rappelle Platon. D'une autre manière, l'usage d'un motif comme celui de la plage dans Knight of cups est assez passionnant, en ce qu'il est envisagé comme pur lieu intérieur, longtemps hanté par la solitude avant d'être enfin repeuplé à la fin.
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Alexandre Angel
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Re: La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Post by Alexandre Angel »

J'ai vu deux fois La Ligne Rouge en salle à sa sortie, je l'ai revu quelques fois en dvd, en ayant toujours des réserves malgré ma grande estime pour ce film (réserves qui se sont aggravées depuis avec les opus suivants).
Et bien , je n'ai jamais autant été en phase avec cette œuvre qu'hier après-midi. Pour la première fois, je pense à un chef d'œuvre (d'aucuns diront que j'ai mis le temps :mrgreen: ).
Et pourtant, TCM l'a recadré en 16/9. Carton rouge :?
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Mosin-Nagant
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Re: La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Post by Mosin-Nagant »

Une édition deluxe de la bande originale de Hans Zimmer est sortie, il y a quelques jours, chez LLL...

Tout comme le film, on touche au sublime.
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Every day's a gift. It's just... does it have to be a pair of socks?
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Re: La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Post by shubby »

Jamais vraiment aimé ce film. Grosso merdo comme Platoon, mais en méga chiant pour ma part. Le score reste très sympa.
Par contre faut que je revois son pocahontas, à terence, c'était "chiant bien" de mémoire.
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tenia
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Re: La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Post by tenia »

Le nouveau monde, ses personnages allant du paradis à l'enfer, la croisée des chemins entre l'homme, sa nature destructrice et l'environnement qui l'entoure. Pour moi, son film le plus équilibré avec The Tree of Life, avec une fluidité sur ses 60 premières minutes assez incroyable.
Mais oui, on peut aussi trouver que c'est 2h40 à regarder des feuilles d'arbres.

Toujours trouvé La ligne rouge bien long et relativement peu original dans son approche des thématiques de la guerre, mais dire que c'est grosso merdo Platoon implique quand même de rapprocher l'approche de Stone et celle de Malick alors que bon, c'est pas vraiment trop les 2 mêmes.
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Watkinssien
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Re: La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Post by Watkinssien »

Et quant à moi, je peux dire que je n'avais vu un film de guerre comme La ligne rouge quand je l'avais découvert et que je n'en ai plus vu depuis.

Je trouve cette oeuvre, si on devait la mettre dans ce genre, tout à fait singulière, même si le fond peut parler de sujets déjà vus ailleurs. Mais son approche est définitivement unique.
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Mosin-Nagant
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Re: La Ligne Rouge (Terrence Malick - 1998)

Post by Mosin-Nagant »

shubby wrote:Jamais vraiment aimé ce film. Grosso merdo comme Platoon, mais en méga chiant pour ma part.
:lol:
tenia wrote:Mais oui, on peut aussi trouver que c'est 2h40 à regarder des feuilles d'arbres.
Toujours trouvé La ligne rouge bien long et relativement peu original dans son approche des thématiques de la guerre(...).
Je pense tout le contraire. Pour moi, c'est un chef-d'œuvre.
Watkinssien wrote:Je trouve cette oeuvre(...)tout à fait singulière(...)son approche est définitivement unique.
Enfin quelqu'un de sensé. :) 8)


Sinon, qu'est-ce que je disais ? Ah, oui :

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La-La Land Records, Fox Music, 20th Century Fox and Sony Music proudly present the 4 CD expanded and remastered reissue of renowned composer Hans Zimmer’s (DUNKIRK, INTERSTELLAR, THELMA & LOUISE), masterful original motion picture score to the 1998 epic WWII drama, THE THIN RED LINE, starring Sean Penn, Adrien Brody and Woody Harrelson, and written and directed by Terrence Malick. Having been present at the film’s scoring sessions, Reissue Album Producer for 20th Century Fox, Nick Redman, describes composer Zimmer’s score as, “…a gorgeous tapestry unfurling before us, shimmering majestically in the air… There were many moments where the score moved one to tears: the juxtaposition of music with image was so affecting.” Finally, this powerful and important score has been given a deluxe treatment worthy of its breadth and scope in a new presentation that is greatly expanded beyond its initial soundtrack release - with a bounty of never-before-released material. Discs 1&2 present the film score as written in chronological film order (Disc 2 also contains additional alternates), while Disc 3 features the remastered original 1999 soundtrack album and Disc 4 contains RCA’s album of Melanesian chants from the film. Produced by Neil S. Bulk and Mike Matessino, and mastered by Daniel Hersch, this special release, approved by the composer and Alan Meyerson (scoring mixer) features a 36-page booklet with a note from album producer Nick Redman and exclusive in-depth liners by writer Jeff Bond, including new comments from Zimmer. The elegant art design is by Dan Goldwasser. This is a limited edition of 3500 Units.

La-La Land Records dedicates this release in memory of producer Nick Redman (1955-2019).

TRACK LISTING
Spoiler (cliquez pour afficher)
Disc 1 - The Film Score
1. Nature Montage 5:38
2. Witt With Melanesians 2:54
3. Witt In Brig / Tall And Quintard 8:27
4. Staros Below Deck 1:58
5. March Inland 8:21
6. Staros Prays 2:23
7. The Grass / Tall Calls Staros 3:27
8. Keck’s Death 4:47
9. Walsh Helps Tella 2:20
10. Staros Refuses Order 8:11
11. Bell’s Patrol 3:58
12. Bell Goes Alone 3:31
13. Welsh & Witt Talk 3:49
14. Gaff’s Party Leaves 3:17
15. Gaff’s Party Returns 2:04
16. Attack On The Bivouac (Long Version) 11:03

Total Disc 1 Time = 76:11

Disc 2 - The Film Score (Continued)

1. Staros Is Relieved 2:08
2. Tall Does Nails 1:22
3. Airfield – Bell Flashback 5:57
4. Marty’s Letter 3:42
5. Village Flashback 2:04
6. Witt Travels 5:48
7. Japanese Appear – Witt Chased 5:27
8. Witt Killed 2:15
9. Witt’s Funeral 5:17
10. Cemetery 4:48
11. End Credits 5:23
12. Concerto For Beam (Extended Version) 6:09
-written by John Powell, featuring Francesco Lupica

Total Score Time = 2:06:31

Additional Music

13. Keck’s Death (Alternate) 4:32
14. Gaff’s Party Returns (Alternate) 2:05
15. Attack On The Bivouac (Short Version) 8:05
16. Staros Is Relieved (Alternate) 3:06
17. Tall Does Nails (Alternate) 1:30
18. Witt Travels (Alternate) 6:43

Total Additional Music = 26:01

Total Disc 2 Time = 76:23

Disc 3 - The Original Soundtrack Album

1. The Coral Atoll 8:02
2. The Lagoon 8:41
3. Journey To The Line 9:17
4. Light 7:21
5. Beam 3:44
-written by John Powell, featuring Francesco Lupica
6. Air 2:21
7. Stone In My Heart 4:28
8. The Village 5:53
9. Silence 5:05
10. God Yu Tekem Laef Blong Mi 1:58
11. Sit Back And Relax 2:06
-written and performed by Francesco Lupica

“The Coral Atoll” and “Light” contain original adaptation of “Christian Race”,
an American folk hymn

Total Disc 3 Time = 59:00

Disc 4 - Melanesian Choirs: The Blessed Islands –
Chants From The Thin Red Line

1. Jisas Yu Holem Hand Blong Mi 1:23
2. Soon My Lord 1:17
3. God Yu Tekkem Laef Blong Mi 2:15
4. Early Morning At Tabalia :29
5. Procession Chant 1 1:29
6. Procession Chant 2 (Kustom Tune) :57
7. Holly 1:43
8. Procession Chant 3 1:05
9. We Love to Sing 3:41
10. Mi Go Longway 2:53
11. Jisas, Masta Mi Save 3:00
12. Procession Chant 4 :38
13. Together Be 2:28
14. Sunday Service Hymn 1:45
15. Halleluia!, Sing To Jesus 1:32
16. Jesus, You Are Here 2:17
17. Bybye 2:36
18. We Are One Big Happy Family 2:32
19. Traditional Lullaby 2:19
20. Cho Cho Vancho 1:26
21. Remember :57
22. God All Mighty 1:56
23. Jisas Yu Holem Hand Blong Mi 2:46
24. Pray For Us 2:11
25. Procession Chorus 3:19
26. Kyrie 3:03

Total Disc 4 Time = 52:01
Total Four Disc Time = 4:23:35
viewtopic.php?f=13&t=39159&p=2842274#p2842274

Every day's a gift. It's just... does it have to be a pair of socks?
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