La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Zeldoune
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Re: La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Post by Zeldoune »

Un montage du film par Soderbergh, qui réduit la durée du film à un peu plus d'1h40 :

http://extension765.com/sdr/16-heavens- ... tchers-cut
Gounou
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Re: La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Post by Gounou »

Maintenant il faut que quelqu'un se dévoue... :mrgreen:
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Zeldoune
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Re: La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Post by Zeldoune »

Mon message était un appel à l'aide en effet :mrgreen:
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Roy Neary
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Re: La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Post by Roy Neary »

J'ai survolé ce montage en m'appesantissant sur des passages précis. Pfff... :lol:
Bon, je ne m'évanouis pas devant LHOOQ de Marcel Duchamp alors je ne vais pas jouer les vierges effarouchées. Bah, tout simplement ce n'est plus du tout l'œuvre de Cimino après ce massacre, qui transforme le film en western linéaire à suspense en éliminant les motifs visuels et scénaristiques qui fondent une bonne partie de la singularité de La Porte du paradis.
Soderbergh ou pas Soderbergh, ce montage montre le travail d'une personne qui n'a pas compris - ou plutôt qui refuse de comprendre - les volontés artistiques de Cimino. C'est un exercice effectué par le réalisateur des Ocean's Eleven de Traffic et de Erin Brockovich, non par par celui de Kafka, À fleur de peau ou de Schizopolis.
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Flol
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Re: La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Post by Flol »

Et si, tout simplement, Soderbergh commençait à se faire chier ?

:idea:
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7swans
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Re: La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Post by 7swans »

Ratatouille wrote:Et si, tout simplement, Soderbergh commençait à se faire chier ?

:idea:
Ce travail de montage date de 2006.
As a dedicated cinema fan, I was obsessed with HEAVEN'S GATE from the moment it was announced in early 1979, and unfortunately history has show that on occasion a fan can become so obsessed they turn violent toward the object of their obsession, which is what happened to me during the holiday break of 2006.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Depuis il a tourné 12 films, 4 séries TV, engrossé 6 femmes de 4 continents différents et publié un roman sur twitter.
Je pense que c'est juste un hyperactif.
There's no such thing as adventure. There's no such thing as romance. There's only trouble and desire.
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Flol
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Re: La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Post by Flol »

Ah d'accord.
Donc oui, il est hyperactif, mais ça on le savait déjà. Maintenant, je préfèrerais qu'il maintienne son hyperactivité au cinéma (j'en reviens pas que ce soit moi qui dis ça).
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7swans
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Re: La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Post by 7swans »

Ratatouille wrote: je préfèrerais qu'il maintienne son hyperactivité au cinéma (j'en reviens pas que ce soit moi qui dis ça).
Spoiler (cliquez pour afficher)
Ratatouille Octobre 2003 wrote:Steven Soderbergh est un des cinéastes américains en activité les plus surestimés...voire même LE plus surestimé.

Voilà ça devait être dit. ;)
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Re: La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Post by Gounou »

Toujours bons ces petits dossiers... :mrgreen:
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Flol
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Re: La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Post by Flol »

7swans wrote:
Ratatouille wrote: je préfèrerais qu'il maintienne son hyperactivité au cinéma (j'en reviens pas que ce soit moi qui dis ça).
Spoiler (cliquez pour afficher)
Ratatouille Octobre 2003 wrote:Steven Soderbergh est un des cinéastes américains en activité les plus surestimés...voire même LE plus surestimé.

Voilà ça devait être dit. ;)
N'empêche qu'en 2003, c'était vachement la mode, le smiley clin d'oeil.
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Re: La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Post by Ouf Je Respire »

Ratatouille wrote:
7swans wrote:
Spoiler (cliquez pour afficher)
N'empêche qu'en 2003, c'était vachement la mode, le smiley clin d'oeil.
Moins à la mode que celui-ci: :roll:
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« Toutes choses sont dites déjà ; mais comme personne n’écoute, il faut toujours recommencer. » André Gide
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Re: La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Post by Supfiction »

Lu sur nypost.com :
Longer isn’t always better: “Heaven’s Gate,” another epic flop of the era that was drastically cut and later restored, remains an incoherent, self-indulgent bore. But adding 22 minutes to “Once Upon a Time in America” only enhances Leone’s brilliant saga of guilt and betrayal.
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Thaddeus
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Re: La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Post by Thaddeus »

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La mort d’une nation



Impossible de parler de La Porte du Paradis sans évoquer I'"affaire Cimino". Ces 38 millions de dollars, ces 700 kilomètres de pellicule dépensés et imprimés par un cinéaste inconscient, désireux de peindre les Américains non tels qu'ils aimeraient être, mais bien tels qu'ils ont été. En toute logique, aucune des majors hollywoodiennes n'aurait du accepter projet si hasardeux. Mais en 1979, après le triomphe de Voyage au Bout de l'Enfer, Michael Cimino est devenu un de ces wonder boys comme on les aime. C'est donc en toute confiance que les pontes des Artistes Associés acceptent les conditions draconiennes imposées par le réalisateur. Toute l'équipe travaille avec la certitude de créer l'Autant en emporte le Vent des années 80. Le doute ne s'insinue dans les esprits que lors de la première projection des quatre heures enfantées par l'apprenti sorcier. Il est déjà trop tard. Au soir de la première, les réactions de la critique sont d'une virulence qui frise l'insulte. Devant la catastrophe imminente, le studio décide de raccourcir et de remonter le film. C'est une version de 2 h 30 qui sort en avril 1981 à New York, cette fois dans l'indifférence générale. Cimino n'a plus qu'une carte à jouer : le Festival de Cannes. Mais le jury boude : rien ne peut plus désormais sauver La Porte du Paradis du désastre. Cela ne serait rien si le film était effectivement un navet quelconque. Or, il s'agit d'une œuvre magnifique, grouillante de figures bouleversées par des passions, des craintes, des révoltes, des tourments et des nostalgies. Pas un film patriotique mais une épopée prodigieuse, dont la totalité des moyens matériels a été mise au service du style — gênant lui aussi, par-dessus le marché, tant il refuse les conventions hollywoodiennes et toute une conception du spectacle artificiel. "S'il est vrai que la société américaine est, en fait, hostile à toute réflexion et méditation, il nous incombe doublement d'être attentif à l'influence que nous pouvons exercer", est-il dit dans le prologue. C’est cette mise en cause que les Américains ont rejetée. Qu'un idéaliste s'évertue à dénoncer les tares du système yankee, passe encore. Mais qu'un godelureau s'attaque à la base du système démocratique, aux fondements même de l’american way of life, non. Pas masochistes, les États-Unis n’ont jamais vraiment aimé se proclamer coupables.


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L'affaire Cimino est donc, essentiellement, une affaire américaine. Il s'agissait moins de rabattre le caquet d'un metteur en scène mégalomane et glorieux que de refuser la vérité historique démasquée par cet anti-western. À l’heure où l’Amérique se cherchait une bonne conscience en embrassant les certitudes reaganiennes, voici que La Porte du Paradis la heurtait de plein fouet. Si Cimino devait être blâmé, comme a cru devoir s'y employer une presse imbécile, on ne pouvait en tout cas l'accuser d'opportunisme. Car il s’attaque à un patrimoine soigneusement occulté, rouvre une blessure oubliée, transpose la lutte des classes dans une société agricole. Il montre que la nation américaine, en s'appuyant sur la loi, a pu se forger dans la justice expéditive et sans souci de la morale. Le pouvoir politique est mis directement en cause : les éleveurs se prévalent du soutien du Congrès et de la Présidence, la bannière étoilée brandie par les Tunique bleues vient in fine couvrir le crime des agresseurs et frustrer les immigrants de leur victoire sur le terrain. Ce sont les ancêtres des petites gens de Voyage au Bout de l'Enfer que l'on assassine. Il a beau jeu, Cimino, de faire semblant de ne pas comprendre pourquoi son pays, et derrière lui le monde entier, a détesté le film à sa sortie. L'évidence crève les yeux. Car ce ne sont pas seulement les racines des USA qu’il traîne dans la pourriture (en gros, une république de gangsters légaux), mais tout récit de fondation à motif universel. Comme un scaphandrier descendant dans les citernes où se marine le mythe et décrétant que, étant donné l’odeur péteuse qui y règne, il n’y a qu’une seule solution possible : la vidange. C'est la merde, au sens propre (toute cette boue dans les rues de la ville dérisoirement nommée Sweet Water), comme au sens figuré (tout le monde trahit sa classe : les riches comme Averill, fils de banquier qui joue à être pauvre, les pauvres comme le mercenaire Nate Champion, qui loue son pistolet au service des gros propriétaires). Mais, pour un instant, le réalisme suspend son vol et l'utopie reprend le dessus. Et c'est cette scène délavée et blanche comme un rêve alliant la fraternité des émigrants, toutes ethnies confondues, tous accents mélangés (du russe, de l'anglais, du polonais, de l'allemand), qui patinent de concert sur un air de violon enthousiasmant. Pas tout à fait le Paradis mais à coup sûr son antichambre, car on sait bien comment ce genre de communisme se finit : dans le sang et la répression.

Le parcours psychologique des personnages est similaire à celui du précédent film de Cimino, et suit le même découpage en trois actes : la fête, la guerre, le retour des guerriers. Acte I. Le bal de fin d'année à l'Université de Harvard, en 1870. Célébration de l'espérance, de l'amour, de l'espoir. Le pays est encore frais et joyeux, même s’il sort fourbu et gueule de bois de quatre ans de guerre civile. Toute une jeunesse dorée est prête à se lancer à l'assaut du grand rêve américain. Amoureux de leur drapeau et fiers de leur idéal, ces jeunes gens en sont convaincus : la plénitude est pour demain et les grands espaces à la portée d'un galop de cheval. En attendant, ils dansent et il est impossible d'oublier la grande valse vue en plongée, les figures que dessinent les couples tourbillonnant dans la grande cour, le bouquet arraché à l'arbre de Mai. Un travelling part d’une calèche, traverse le parc et rattrape la voiture qui, dans sa course, a dessiné un demi-cercle parfait. Séquences admirables, tableaux fabuleux, dignes — dans un tout autre style — de la dernière heure du Guépard. Deux visages d'étudiants émergent de la foule : ceux de James Averill et de Bill Irvine. En quelques plans Cimino dessine leurs caractères. Pourtant toute cette force de vie reflue prématurément. À peine la célébration de la nouvelle promotion a-t-elle atteint son point culminant que la ferveur retombe. Déjà des horions ont été échangés, bouffées de violence anticipant la fureur des affrontements à venir. Un recadrage inattendu isole Irvine, le bouffon, le voyant, qui s'écrie en riant et pleurant : "It’s all over !" Bien avant Averill, il a pressenti que jamais plus sa génération ne partagerait un tel transport dans sa vocation à l'éducation d'une grande nation. L'avenir ne sera plus tissé que de mensonges et de reniements : voici la saga d'emblée placée sous le signe du temps perdu et du désenchantement romanesque. Dérive des âmes, déperdition de l'énergie, dégradation des valeurs. Dans ce lamento romantique, l'amitié elle-même — et l'on sait quel prix y attache le cinéaste — restera informulée ou indicible.


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Acte II. Le Wyoming, deux décennies plus tard. Des pâturages à perte de vue, d'immenses troupeaux : c'est le royaume des riches éleveurs. Mais c'est aussi les baraques de bois qui ressemblent à des isbas, entourées d'un maigre lopin de terre. Les paysans qui s'y entassent sentent la Russie ou l'Europe centrale. Ce sont des loqueteux, les rescapés des pogroms, les pionniers de la misère. En trois saynètes qui sont autant d'eaux fortes nous sont présentées les victimes du mythe, les exclus du Paradis : silhouettes noires des déshérités s'agrippant sur le toit d'un train de marchandises, immigrants hongrois pataugeant dans la boue, le sang et les viscères d'un tableau de Soutine, convoi de crève-la-faim échappés des ghettos du vieux continent… On retrouve Averill, devenu shérif fédéral. Tournant le dos aux propriétaires, il s'efforce de protéger les fermiers, c'est-à-dire les pauvres. Irvine le poète fait au contraire partie de l'Association des éleveurs. Amer et désespéré, il s'est réfugié dans la boisson et le renoncement, après qu’une lucidité progressive l’ait paré d’une inguérissable mélancolie. Il n'approuvera pas les exactions de ses pairs, sans avoir pourtant le courage de changer de camp. Les éleveurs, en effet, se plaignent des voleurs de bétail et accusent les cultivateurs, qui, parfois, volent pour nourrir leurs gosses. Ils ont recruté une bande de pistoleros pour descendre les plus revendicatifs. Ce deuxième acte est composé de grandes séquences tour à tour épiques et intimistes. Le double amour d'Ella, tenancière de bordel industrieuse et anarchiste, pour Averill et pour Nate, la lente prise de conscience de ce dernier qui finit par rejoindre le camp des victimes, le bal populaire sur patins à roulettes donné à la salle des fêtes appelée "Porte du paradis", les longues discussions entre émigrés, la guerre enfin. L’idéal communautaire, l’utopie démocratique, le cercle protecteur se sont volatilisés : il n’y a plus désormais que des individus assiégés, lâchés dans la nature comme des atomes désemparés. Jusqu’à la désintégration finale qui verra la liquidation des témoins gênants : Irvine le ricaneur, Nate le gunman, Bridges le tenancier et Ella la pute, dont la robe de dentelles blanches finira trouée par les balles. La Terre promise était dès le début, pour beaucoup, une terre de mort, de convulsions, où quelques hommes isolés ne cessaient de lutter sans succès pour l’harmonie impossible entre toutes les minorités. On avait déjà révélé l'horreur du génocide indien. On n'avait jamais encore dénoncé avec une telle rancœur hargneuse ce massacre systématique des pauvres par les riches.

Enfin l'Acte III — extrêmement court — montre Averill, en 1903, à Coney Island, se remémorant l'assassinat d'Ella, le jour même de leur mariage. Il a survécu à ses compagnons mais à l’état de fantôme, de momie en costume blanc, épave abandonnée par le siècle finissant sur les rivages snobs de Newport. Encore capable de se souvenir mais non de témoigner pour la "grande cause" qu’il avait cru pouvoir servir dans l’Ouest. Comme la guerre du Vietnam, le conflit des classes a brisé les âmes en même temps que les corps. Cimino écrit sur la pellicule à la manière des grands écrivains russes. Ses images d'intérieurs et d'extérieurs, qui ont le réalisme des photos d’époque, portent l'éclairage de l'inquiétude et de l'incertitude, transcendent la réalité figurative et la représentation des affrontements politiques. Deux Amériques aussi contrastées que l'ombre et la lumière ne cessent de se croiser et de se déchirer en ce ballet fratricide. À la porte du Paradis ne demeureront que les lambeaux d'un rêve fracassé, perverti par les pionniers à mesure qu’ils le réalisaient. La désillusion est complète, et semble résonner avec le regret éprouvé à ce qu'on l’ait empêché l’œuvre de Cimino de devenir un tournant décisif dans l'histoire du cinéma américain. Et pourtant, sur le revers de cette éradication, il y a un optimisme nettement plus visible aujourd’hui que le calme a succédé à la tempête. Pas tellement l’idée que, dans cette théorie de renégats interlopes, rescapés de tous les culs-de-basse-fosse européens qui peuplèrent l’Amérique à la fin du XIXème siècle, il y avait la naissance avortée d’une vraie nation, libre et généreuse. Le cinéaste n’est pas de ces faisans qui suggèrent que la Belle Époque fut réellement belle. Ce qui fait de La Porte du Paradis un programme visionnaire, c’est plutôt une volonté forcenée qui relève d’une sorte d’écologisme cinématographique : des images du monde juste au moment de l’innocence (Vénus-Huppert naissant des flots), une religion païenne de la nature qui poursuit tout ce qui fuit, la colonne des émigrants, le train, le fleuve, les nuages au-dessus des glaciers, la poussière, le vent, l’horizon qui s’en va, comme autant d’appels d’air oxygénant l’imagination. Des milliers de figurants pour une scène de carrefour qui dure quelques secondes, des pâquerettes dans une prairie à l’infini (plantées à la pince à épiler ?), le ciel de la ville rayé par un réseau de fils télégraphiques : ce ne sont pas des caprices somptuaires, c’est de l’art somptueux.


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Re: La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Post by Kiké »

Très belle critique, Thaddeus !

En effet, chez l'Oncle Sam, il ne fallait pas trop remettre en question l'American Dream ; pour Deer Hunter, Cimino avait au moins terminé de manière un peu plus positive et "patriotique", la critique l'a pardonné plus facilement ^^

Et voici ma petite contribution par la même occasion :

Si la porte du paradis se laisse entrevoir, elle semble néanmoins fermée à double tour tant le film présente un monde crépusculaire.. Car ce monde est, en effet, bien plus proche de l'enfer, un enfer au bout duquel les personnages voyageront, pour citer le grand frère de ce film, pendant un peu plus de 3 heures. Vous l'avez compris, on est chez Michael Cimino, et après Deer Hunter, il nous offre une nouvelle fresque ambitieuse, étirée, explorant les failles de l'Amérique et des sentiments humains.

Cette fois, nous revenons en arrière, fin XIXe siècle, pour l'épisode méconnu de la Johnson County War. Cette page de l'histoire, racontée à travers des personnages assez ordinaires, permet au cinéaste de cristalliser les revers du rêve américain, ainsi que le tragique de la condition humaine. En un mot, c'est un point de vue fort pessimiste sur le monde, condamné à rester dans un cercle infernal. La figure du cercle revient d'ailleurs comme un leitmotif visuel tout au long de l'oeuvre, par exemple lors de la première arrivée à l'image du personnage de Champion, une scène visuellement splendide qui renvoie aux meilleurs westerns. Cela est d'autant plus cruel que le film n'en est pas tout à fait un.
L'étudiant se moque au début du discours universitaire en disant être d'accord pour conserver la loi de la gravité ; le reste du film semble mettre en parallèle cette loi avec d'autres, la loi de la violence, de la cupidité, du mal inscrit en l'homme ... Et l'on se dit qu'il y avait un autre sens au mot "gravité".

Pourtant, si le monde court à sa perte, les personnages croient encore à une rédemption, et l'on s'attache énormément à eux, à leur beauté, dans les forces comme dans les faiblesses. La quête semble perdue d'avance, mais ils n'abandonnent pas, et nous amènent avec eux en enfer. Des beaux personnages, et des beaux acteurs aussi, tous habités, et sublimés par la caméra de Cimino. En tout cas, pour les héros. Les méchants sont un peu trop caricaturaux, les méchants propriétaires contre les innocents travailleurs immigrés. Voilà le seul point négatif selon moi.

Le reste est impeccable, et c'est même une leçon de cinéma, dans la gestion de l'espace, intérieur (l'université majestueuse) comme extérieur (les paysages immenses du Wyoming), la lumière, la musique, ou encore la gestion des mouvements. Peu filment les foules aussi bien que Cimino, regardez ces étudiants festoyant au début, ces travailleurs au milieu, ces combattants à la fin. Et surtout, regardez ces danses sur patins à roulette. On entre dans une autre dimension, une ile de paix dans un océan de violence, un rêve avant le réveil en enfer. Un rêve dans un endroit appellé justement Heaven's Gate. Et si le paradis est perdu, Cimino nous l'offre le temps d'une séquence. La porte reste fermée, mais l'on peut encore voir un bout d'Eden à travers sa serrure.
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tenia
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Re: La Porte du paradis (Michael Cimino - 1980)

Post by tenia »

Question récurrente : qui est la nana à côté d'Averill sur le bateau ?