Andrei Tarkovski (1932-1986)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Marcus
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Re: Andrei Tarkovski (1932-1986)

Post by Marcus »

Eh bien je suis un grand fan de Tarkovski, mais si ça peut t'encourager à persévérer je n'ai jamais réussi à accrocher à L'Enfance d'Ivan, entre autre parce que je trouve qu'il y manque la profondeur que l'on retrouvera ensuite dans le Miroir ou le Sacrifice.
Elle était belle comme le jour, mais j'aimais les femmes belles comme la nuit.
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tenia
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Re: Andrei Tarkovski (1932-1986)

Post by tenia »

Cololi wrote:J'ai découvert hier soir Tarkovski, avec le film supposé le plus abordable chez lui, l'Enfance d'Ivan.

Alors oui les images sont superbes ... mais que c'est froid ... et qu'il ne sait pas rendre l'intrigue passionnante ... Je ne suis pas allé au bout (j'ai regardé la 1° heure).
Je ferai un test avec Roublev, car le sujet est censé me parler beaucoup plus ... mais ça m'a bien refroidi ce que j'ai vu hier :(
J'ai toujours trouvé ça boulversant, L'enfance d'Ivan, quoiqu'un peu long.
A serious man
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Re: Andrei Tarkovski (1932-1986)

Post by A serious man »

Andreï Roublev est l'un des plus beaux films au monde, je n'ai toujours pas vu l'enfance d'Ivan (le seul Tarkovsky qui me manque avec Nostalghia) mais Andreï Roublev pour moi est vraiment son chef d'oeuvre (on y trouve la même richesse et la même exigence que dans Stalker, Solaris, Le sacrifice ou le miroir, mais en un peu plus évident, pour moi en tout cas, que dans ces films) et si il y a bien un film que je qualifierais de bouleversant c'est bien celui là. Bon après il faut dire que c'est un film que je n'ai jamais vu qu'en salle (deux fois) et que ça doit quand même perdre un peu de sa force sur petit écran je n'ai l'ai d'ailleurs toujours pas en DVD alors qu'incontestablement je peux le compter parmi mes films préférés.
Tout ça pour dire que oui il faut vraiment tenter l'expérience Andreï Roublev (après c'est quand même très lent, mais bon ça c'est caractéristique de Tarkovski)
"Il ne faut pas être timide avec la caméra. Il faut lui faire violence, la pousser jusque dans ses derniers retranchements, parce qu'elle est une vile mécanique. Ce qui compte, c'est la poésie."

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gnome
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Re: Andrei Tarkovski (1932-1986)

Post by gnome »

A serious man wrote:Andreï Roublev est l'un des plus beaux films au monde, je n'ai toujours pas vu l'enfance d'Ivan (le seul Tarkovsky qui me manque avec Nostalghia) mais Andreï Roublev pour moi est vraiment son chef d'oeuvre (on y trouve la même richesse et la même exigence que dans Stalker, Solaris, Le sacrifice ou le miroir, mais en un peu plus évident, pour moi en tout cas, que dans ces films) et si il y a bien un film que je qualifierais de bouleversant c'est bien celui là. Bon après il faut dire que c'est un film que je n'ai jamais vu qu'en salle (deux fois) et que ça doit quand même perdre un peu de sa force sur petit écran je n'ai l'ai d'ailleurs toujours pas en DVD alors qu'incontestablement je peux le compter parmi mes films préférés.
Tout ça pour dire que oui il faut vraiment tenter l'expérience Andreï Roublev (après c'est quand même très lent, mais bon ça c'est caractéristique de Tarkovski)
Je plussoie à 200%
C'est également pour moi un des plus beaux films du monde ! Vu en salles et sur "petit écran" et ça reste bouleversant.
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Re: Andrei Tarkovski (1932-1986)

Post by Amarcord »

gnome wrote:
Jack Griffin wrote: C'est prévu ??
Ça avait été évoqué dans le topic Carlotta Blu-Ray.
L'intégrale Tarkovski en Blu-Ray chez Potemkine, ça se précise... Une pub que j'ai vu passer dans mes mails ces jours-ci indique que ce sera pour le premier semestre 2016. Je suis allé hier à la boutique, j'ai posé la question : on m'a confirmé que ce serait bien pour 2016 dans tous les cas : le "retard" observé sur ce projet est dû à la numérisation des films de Tarko non russes (les deux derniers, donc).
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Carlito Brigante
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Re: Andrei Tarkovski (1932-1986)

Post by Carlito Brigante »

Amarcord wrote:L'intégrale Tarkovski en Blu-Ray chez Potemkine, ça se précise... Une pub que j'ai vu passer dans mes mails ces jours-ci indique que ce sera pour le premier semestre 2016. Je suis allé hier à la boutique, j'ai posé la question : on m'a confirmé que ce serait bien pour 2016 dans tous les cas : le "retard" observé sur ce projet est dû à la numérisation des films de Tarko non russes (les deux derniers, donc).
Alors ça pour une bonne nouvelle !!!

Une amie m'a parlé hier de différences de montages dans L'Enfance d'Ivan entre une version qu'elle avait vue en salle et le DVD mk2.
Y'a-t-il plusieurs montages du film ? Même si ils ne diffèrent que de quelques secondes ?
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gnome
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Re: Andrei Tarkovski (1932-1986)

Post by gnome »

Carlito Brigante wrote:Une amie m'a parlé hier de différences de montages dans L'Enfance d'Ivan entre une version qu'elle avait vue en salle et le DVD mk2.
Y'a-t-il plusieurs montages du film ? Même si ils ne diffèrent que de quelques secondes ?
Jamais entendu parler. Par contre pour Andrei Roublev, il y a la version longue parue chez Criterion, la version "normale" dispo partout et j'en ai vu encore un autre montage en salles !
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Re: Andrei Tarkovski (1932-1986)

Post by Strum »

gnome wrote:Jamais entendu parler. Par contre pour Andrei Roublev, il y a la version longue parue chez Criterion, la version "normale" dispo partout et j'en ai vu encore un autre montage en salles !
Je possède depuis le début le film dans l'excellent DVD anglais d'Artificial Eye, très bon éditeur et moins cher que Criterion. Je ne crois pas que la version d'Artificial Eye soit moins "longue" que celle de Criterion (enfin j'espère).

Hasard des discussions, je viens d'écrire sur Andreï Roublev sur mon blog (je vais poster mon texte dans le topic Roublev).
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Re: Andrei Tarkovski (1932-1986)

Post by gnome »

Strum wrote:
gnome wrote:Jamais entendu parler. Par contre pour Andrei Roublev, il y a la version longue parue chez Criterion, la version "normale" dispo partout et j'en ai vu encore un autre montage en salles !
Je possède depuis le début le film dans l'excellent DVD anglais d'Artificial Eye, très bon éditeur et moins cher que Criterion. Je ne crois pas que la version d'Artificial Eye soit moins "longue" que celle de Criterion (enfin j'espère).
Le artificial eye est identique au MK2 et Potemkine qui sont tous des refontes du RUSCICO. Ils présentent la version de 2h54 minutes du film. Le criterion propose une version de 3h25. -> http://www.dvdbeaver.com/film/Reviews/a ... lev.htm#ar :wink:
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Re: Andrei Tarkovski (1932-1986)

Post by Strum »

gnome wrote:Le artificial eye est identique au MK2 et Potemkine qui sont tous des refontes du RUSCICO. Ils présentent la version de 2h54 minutes du film. Le criterion propose une version de 3h25. -> http://www.dvdbeaver.com/film/Reviews/a ... lev.htm#ar :wink:
Merci pour le lien. :wink: Tu as raison donc, la version du criterion est plus longue (3h20 ou 25 :o ). Reste la question de savoir qu'elle est la "vraie" version, celle voulue par Tarko. Ce ne semble pas être la version longue du Criterion (dont le statut n'est pas si clair ; dvdbeaver en dit: "also referred to as the 'Scorsese version' as it was with his efforts that it was snuck out of Russia") d'autant que que celle de RusCico (la durée du film sur mon DVD Artificial Eye est de 3h et 2 ou 3 minutes) fut la version d'exploitation. La préférence de Tarko allait apparemment à la version plus courte. Je le cite : "Nobody has ever cut anything from Andrei Rublov. Nobody except me. I made some cuts myself. In the first version the film was 3 hours 20 minutes long. In the second — 3 hours 15 minutes. I shortened the final version to 3 hours 6 minutes. I am convinced the latest version is the best, the most successful. And I only cut certain overly long scenes. The viewer doesn't even notice their absence. The cuts have in no way changed neither the subject matter nor what was for us important in the film. In other words, we removed overly long scenes which had no significance." (voir le site nostalghia.com).

Bref, je garde mon Artificial Eye. De toute façon, ces histoires de versions différentes m'ont toujours donné des noeuds au cerveau. :mrgreen:
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Re: Andrei Tarkovski (1932-1986)

Post by gnome »

Strum wrote:
gnome wrote:Le artificial eye est identique au MK2 et Potemkine qui sont tous des refontes du RUSCICO. Ils présentent la version de 2h54 minutes du film. Le criterion propose une version de 3h25. -> http://www.dvdbeaver.com/film/Reviews/a ... lev.htm#ar :wink:
Merci pour le lien. :wink: Tu as raison donc, la version du criterion est plus longue (3h20 ou 25 :o ). Reste la question de savoir qu'elle est la "vraie" version, celle voulue par Tarko. Ce ne semble pas être la version longue du Criterion (dont le statut n'est pas si clair ; dvdbeaver en dit: "also referred to as the 'Scorsese version' as it was with his efforts that it was snuck out of Russia") d'autant que que celle de RusCico (la durée du film sur mon DVD Artificial Eye est de 3h et 2 ou 3 minutes) fut la version d'exploitation. La préférence de Tarko allait apparemment à la version plus courte. Je le cite : "Nobody has ever cut anything from Andrei Rublov. Nobody except me. I made some cuts myself. In the first version the film was 3 hours 20 minutes long. In the second — 3 hours 15 minutes. I shortened the final version to 3 hours 6 minutes. I am convinced the latest version is the best, the most successful. And I only cut certain overly long scenes. The viewer doesn't even notice their absence. The cuts have in no way changed neither the subject matter nor what was for us important in the film. In other words, we removed overly long scenes which had no significance." (voir le site nostalghia.com).

Bref, je garde mon Artificial Eye. De toute façon, ces histoires de versions différentes m'ont toujours donné des noeuds au cerveau. :mrgreen:
Personnellement, j'ai les deux versions, mais il est clair quand on lit un peu sur le film que la version "voulue" par Tarko est la courte. Ceci dit, il avait fait le film expressément long pour pouvoir couper dedans et contourner les problèmes de censures. Je te conseille tout de même d'essayer de voir la version Criterion. Comme le dit Tarkovski, il ne manque rien à la courte, mais la longueur donne encore plus d'ampleur au film.
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Re: Andrei Tarkovski (1932-1986)

Post by Mama Grande! »

De Tarkovski, j'aime toute la période russe sans réserve. L'enfance d'Ivan m'a peut-être un peu moins marqué, mais à part ça je me souviens avec émotion des chocs que furent les découvertes de Stalker, Andrei Roublev, le Miroir et plus tard Solaris.

C'est donc avec excitation que je me suis rendu à une projection de Nostalghia, dans une salle correcte sur une copie 35mm correcte. Et malgré le fait que ça reste Tarkovski et qu'il y ait des moments magnifiques, c'est l'ennui et l'agacement qui l'ont emporté. Il y a toujours eu du discours chez Tarkovski, et il n'a jamais hésité à partager ses réflexions théoriques sur le monde et l'art à travers ses dialogues. On peut trouver cela un peu lourd, et ce fut parfois mon cas, mais même là une poésie brute et libre emportait tout. Dans Le Miroir par exemple, certains passages ou choix pouvaient sembler abscons (je ne l'ai vu qu'une fois), mais tout ce qui tourne autour de la mère et de l'enfance était tellement sublime que je ne m'étais pas ennuyé. Dans Nostalghia, j'ai eu l'impression que tout était sursignifiant. Chaque réplique, chaque mouvement se doit d'être interprété de manière symbolique pour comprendre l'œuvre, que ce soit une fille qui trébuche ou un ermite qui pédale, une inondation ou que sais-je encore. J'ai trop souvent eu l'impression de voir une auto caricature de Tarkovski, au point d'en être parfois gêné. Alors oui, il reste des séquences et des plans sublimes, mais cette fois dans mon cas la magie n'a pas pris, et ce sont les lourdeurs symboliques qui ont pris le dessus sur la poésie pure. Dommage :(
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Thaddeus
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Re: Andrei Tarkovski (1932-1986)

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L’enfance d’Ivan
S’il s’insère dans le cinéma russe dit du dégel, dénonçant la guerre et les erreurs politiques comme autant d’entraves aux vies et aux promesses d’avenir, Tarkovski impose d’emblée un humanisme plus fort que toutes les motivations patriotiques et idéologiques. Ivan, jeune garçon lié à deux officiers par une profonde affection mais dont l’héroïsme suicidaire reflète un esprit de vengeance aliénant, rêve de la douceur caressante de la mère assassinée, des humeurs labiles du passé, des sensations aqueuses, baignées de soleil, qui l’habitent en des souvenirs lancinants. Déjà l’auteur éblouit par la beauté envoûtante des travellings, la charge panthéiste des plans où la nature tient une place centrale, à l’image de ces sous-bois inondés et traversés par les soldats dans une nuit sillonnée par les fusées d’éclairage. 5/6
Top 10 Année 1962

Andreï Roublev
Une montgolfière qui survole le monde avant de s’écraser au sol, une cérémonie païenne où s’expriment des forces occultes, le massacre barbare d’une population au nom de Dieu… Je me sens comme un nain face à ce film, à son ampleur allégorique, sa vastitude épique, sa noblesse nourrie à la sève de la grande tradition du cinéma soviétique. À travers un hymne grandiose à la conscience du créateur face à l’Histoire et à sa responsabilité devant les hommes, Tarkovski réinvente un Moyen-âge âpre et mystique, proche en cela du Septième Sceau de Bergman, mais sur lequel souffle toute l’âme d’un peuple. Une somptueuse méditation sur la condition humaine, dont l’élévation spirituelle et la grandeur picturale n’égalent que la poésie, et dont les trois heures réverbèrent l’essence de l’art à travers l’histoire de la nation russe sous le joug tartare. 6/6
Top 10 Année 1966

Solaris
Tarkovski a notoirement réalisé ce film en réponse à 2001, dont il n’appréciait pas le matérialisme. De ce point de vue, son approche est plus éthérée, loin de la rigueur concrète et réaliste du cinéaste américain. Parabole sur le divorce science et conscience, sur l’expansionnisme cosmique militaro-politique, sur la condamnation par la raison de toute réalité "différente", sur la rémanence mémorielle et la présence des êtres disparus, l’œuvre s’inscrit parfaitement, sous couleur de science-fiction, dans la filmographie de l’artiste : c’est la connaissance du moi qui forme le sujet du propos, et la planète bouillonnante agit comme la double métaphore turbulente d’une divinité imparfaite et du divan d’un psychanalyste. Le travelling final, dans ce qu’il révèle de notre rapport intuitif au monde, est extraordinaire. 4/6

Le miroir
Peut-être l’œuvre la plus intimiste, la plus abstraite, la plus radicale de son auteur. La narration classique n’y existe plus, éclatée en une mosaïque ensorcelante d’impressions mémorielles, de souvenirs épars, de fulgurances poétiques, visant une sensorialité exacerbée et cherchant à restituer les vibrations intimes du monde, ses images, ses sons, ses palpitations de labyrinthe-forêt. C’est une sorte d’autoportrait mental et chaotique, de journal intime directement imprimée de la conscience de son auteur à la pellicule, qui tourne autour de motifs énigmatiques et frémissants : réminiscences d’une enfance bienheureuse, impressions tactiles et sonores, mélange de séquences oniriques et de documents d’époque, image obsédante de la mère, qui enveloppe le film telle une fée bienfaitrice... Somptueux et envoûtant. 6/6
Top 10 Année 1975

Stalker
Retour à la science-fiction. Tarkovski invente un futur lugubre et désespéré où l’homme est mû par une constante volonté d’élévation spirituelle. Le film se présente comme un voyage initiatique, une appréhension sensitive de soi et du monde, une quête intérieure où les personnages se cherchent dans un labyrinthe imaginaire, une somme de virtualités subjectives offrant à chaque spectateur un espace d’interprétation infini quant à la nature de ce qu’il perçoit – visible ou invisible, matérialité ou divinité, science ou miracle. La méditation est complexe, intense, profondément cérébrale, mais la beauté majestueuse de la mise en scène, la densité des plans et leur composition, le rythme organique des séquences, l’intensité atteinte par chaque étape du parcours maintiennent toute austérité à distance. 5/6
Top 10 Année 1979

Nostalghia
Lieu d’exil volontaire dont les beautés anesthésiantes semblent filtrées au travers de multiples procédés de mises à distance, l’Italie filmée par Tarkovski est une terre brumeuse faite de bâtiments en ruines, de colonnades écrasantes et de bains sulfurés perdus dans la vapeur, qui exhalent des relents de morbidité. C’est le pays de Visconti et de Fellini, et on peut trouver des réminiscences de Mort à Venise ou de 8 ½ dans cette lente mélopée chantant la beauté perdue du passé, et exprimant la mélancolie ressentie à l’égard d’un pays natal qui n’existe plus que dans les déformations du souvenir. La perception d’un absolu inaccessible, l’impossibilité d’unifier les cultures et les sensibilités habitent chaque image d’un film à la poétique très élaborée mais assez froid, et n’évitant pas toujours l’écueil de la solennité. 4/6

Le sacrifice
Voici venu le temps de l’apocalypse, mais l’apocalypse n’est pas une fatalité. Le film-testament du cinéaste, peut-être le plus ardu et exigeant, déploie une forme d’autant plus somptueuse qu’elle atteint un minimalisme dépouillé : cadrages hiératiques, travellings d’une suprême fluidité, temporalité ralentie accentuant l’attention et la disponibilité du spectateur, ellipses suggérant la coexistence de réalités contradictoires... Avec sa mixture de pensée païenne et magique et de problématique chrétienne, l’œuvre est conçue comme une prière, un récital en faveur de l’humanité et de l’espoir, constamment marquée d’une respiration cosmique qui se nourrit de l’attention aux éléments (terre, eau, ciel). Si elle a la durée et la puissance d’une illumination, son indéniable grandeur laisse un chouïa sur le carreau. 4/6


Mon top :

1. Andreï Roublev (1966)
2. Le miroir (1975)
3. Stalker (1979)
4. L’enfance d’Ivan (1962)
5. Solaris (1972)

Sept films seulement auront réussi à imposer Andreï Tarkovski comme l’un des cinéastes les plus célébrés et les plus prestigieux de l’histoire. L’un des paradoxes de cette œuvre est d’être à la fois très russe et totalement universelle. Sa grandeur intellectuelle, sa beauté plastique, son exigence artistique atteignent des dimensions dont seule une poignée de réalisateurs (Kubrick, Bergman notamment) peut se prévaloir. Il est sans doute l’un des grands poètes de l’écran, et a su exprimer une spiritualité et une profondeur de réflexion que peu de cinéastes ont réussi à approcher.
Last edited by Thaddeus on 11 Jan 20, 19:38, edited 5 times in total.
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Jack Carter
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Re: Andrei Tarkovski (1932-1986)

Post by Jack Carter »

Integrale Tarkovski au 45eme festival de La Rochelle debut juillet 2017

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gnome
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Re: Andrei Tarkovski (1932-1986)

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Si ça pouvait annoncer l'intégrale blu ray chez Potemkine...