Bertrand Tavernier

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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cinéfile
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Re: Bertrand Tavernier

Post by cinéfile »

Coup de Torchon est un des films qui a forgé ma cinéphilie, et de ce fait je le considérerai toujours à part. D'ailleurs, il faudrait que j'en dise un mot sur le topic "le film qui a déclenché votre cinéphilie". Que la fête commence forme avec ce dernier un formidable diptyque. Le cinéaste me semble au sommet de sa verve "acide" à ce moment-là.

Un dimanche à la campagne, et puis un peu après La Vie et Rien d'autre, le font accéder à une plus grande reconnaissance institutionnelle (je me souviens que l'affiche de ce dernier ainsi que celle de Capitaine Conan étaient agrafées dans les salles d'Histoire de mon collège), ce qui marque une seconde partie de carrière qui a pu décevoir les admirateurs de la première heure (Alexandre ?). Starfix avait je crois défendu bec et ongle Coup de Torchon à sa sortie puis accueillit très froidement le palmé Un dimanche à la campagne.

Je ne serai pas aussi définitif, même si certains films très admirés de la seconde "période" m'inspirent davantage du respect que de l'enthousiasme. Je n'en qualifierais aucun de mauvais.

A y réfléchir de plus près, l'autre Tatave qui m'avait "ébloui", terme peu adapté compte tenu du sujet, c'est le magnifique documentaire La Guerre sans Nom. Mais vu une seule fois, à l'occasion des 50 ans de la signature des accords d'Evian.

Sur les dernières années, j'ai vraiment bien aimé Quai d'Orsay (en y allait un peu à reculons au départ). Il y a une réplique de T. Lhermitte dont je ne me suis toujours pas remis: au moment de l'incident militaire impliquant l'armée française, alors en manœuvres d'exercice dans les eaux territoriales d'un état belliqueux, il sort un truc du genre "Mais ils auraient pas pu faire ça au large de Porquerolles ces abrutis !" :lol:

Des enfants gâtés est un de ceux qui j'aimerais découvrir en priorité.
Last edited by cinéfile on 30 Sep 20, 21:21, edited 1 time in total.
kiemavel
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Re: Bertrand Tavernier

Post by kiemavel »

Alexandre Angel wrote: 30 Sep 20, 15:13 Quand, par exemple, parlant de Des Pas dans le brouillard, d'Arthur Lubin, il remarque que l'aisance des comédiens (Stewart Granger, Jean Simmons) a du certainement être générée par la décontraction américaine qu'apportait Lubin sur ce plateau british : je trouve ça vraiment exquis.
C'est bien beau tout ça mais quand tu es dans cette en forme là, je me sens démuni :wink:
Tout ce que tu dis est bien senti et très bien exprimé. Je ne rebondis que là dessus. Je ne sais pas si sur ce point là il voit juste et là je vais faire le critique ciné de Point de vue, images du monde mais Granger et SImmons était un couple et peut-être qu'ils n'avaient pas eu l'occasion de bcp tourner ensemble jusque là (Young Bess ... et puis ? ) ; d'où leur satisfaction de travailler ensemble et c’est vrai qu'ils sont remarquables tout deux, lui étant même assez étonnant dans un registre où on l'a peu vu. Et puis, vu la carrière qu'ils menaient et les moyens de transport de l'époque, ils ne s'étaient peut-être tout simplement pas vus depuis des semaines ! Si ça se trouve le seul rôle joué par Henry Levin fut de pousser la prude production à accepter de les loger ensemble et que le couple ait une grande caravane avec un grand lit à baldaquin quitte à gêner le voisinage en raison des manifestations de joie des mariés (ah là c’est sûr que le niveau n’est pas le même)

Bon, pour ne pas passer que pour ça ...Même enthousiasme pour la veine acide de Tavernier et à l'adolescence, 3 films ont été vraiment déterminants dans cette veine là ... et déterminants tout court : Série noire, Buffet froid, Coup de torchon. Énorme claque dans la g.... à chaque fois. Forcément.
J'aime tous les films avant celui là ... et, pour l’anecdote, j'ai arpenté le quartier Saint Paul à Lyon à l'été 2019.
Par la suite, j'ai beaucoup aimé : Un dimanche à la campagne. Capitaine Conan. La vie et rien d'autre. 'Round Midnight. L 627. ça commence aujourd'hui. laissez-passer. Ceux auquel je marche le moins, ce sont ses films en costume.
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Alexandre Angel
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Alexandre Angel »

kiemavel wrote: 30 Sep 20, 21:18 Granger et SImmons était un couple et peut-être qu'ils n'avaient pas eu l'occasion de bcp tourner ensemble jusque là (Young Bess ... et puis ? ) ; d'où leur satisfaction de travailler ensemble et c’est vrai qu'ils sont remarquables tout deux, lui étant même assez étonnant dans un registre où on l'a peu vu. Et puis, vu la carrière qu'ils menaient et les moyens de transport de l'époque, ils ne s'étaient peut-être tout simplement pas vus depuis des semaines ! Si ça se trouve le seul rôle joué par Henry Levin fut de pousser la prude production à accepter de les loger ensemble et que le couple ait une grande caravane avec un grand lit à baldaquin quitte à gêner le voisinage en raison des manifestations de joie des mariés (ah là c’est sûr que le niveau n’est pas le même)
Ah mais c'est tout à fait marrant, imaginatif et plausible, ton interprétation et là, tu fais la pige à Tavernier! :D
Reste, tu l'auras compris, que c'est le fait qu'il le dise qui me fait jubiler, pas qu'il ait raison. J’aimerais trouver d'autres illustrations mais là, ça vient pas.
cinéfile wrote: 30 Sep 20, 19:07 Un dimanche à la campagne, et puis un peu après La Vie et Rien d'autre, le font accéder à une plus grande reconnaissance institutionnelle (je me souviens que l'affiche de ce dernier ainsi que celle de Capitaine Conan étaient agrafées dans les salles d'Histoire de mon collège), ce qui marque une seconde partie de carrière qui a pu décevoir les admirateurs de la première heure (Alexandre ?).
Non, c'est un sentiment général. Il n'y a pas de déception chez moi et j'aime bon nombre de ses films et tu as tout à fait raison pour La Guerre sans nom.
Mais je suis obligé de constater que j'éprouve peu le besoin de revenir vers son œuvre. Je crois que c'est une affaire d'écriture : ses films, dans l'ensemble, me paraissent passionnants, sensibles mais je peine à me sentir porté cinématographiquement par eux. Je vois des acteurs superbes, de beaux dialogues, de belles musiques et des sujets forts mais pas tellement de trouvailles de cinéma, de moments de génie, de fulgurances.
Et je ne raffole pas d' Un dimanche à la campagne.
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odelay
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Re: Bertrand Tavernier

Post by odelay »

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La Passion Béatrice (1987).

Que la bête meurt. Ç'aurait aussi pu être l'autre titre de ce film de Tavernier qui semble pour l'instant avoir disparu de la circulation pour des raisons obscures. J'espère seulement que ce n'est pas simplement par manque d'intérêt. Comme souvent chez le réalisateur, les trois qualités principales sont la reconstitution, la direction d'acteurs et le propos. Pour le premier, Tavernier réussit parfaitement à reconstituer l'ambiance de cette fin du Moyen âge dans cet endroit isolé (oui c'est plus pratique quand il n'y a pas de foule, mais ça n'est pas moins efficace), où il y a plein de petits détails de la vie de tous les jours qui nous plonge de manière subtile dans cette époque sans qu'on ait la sensation d'assister à un cours d'histoire pesant.

L'autre aspect, celui des comédiens, fourmille de bonnes idées comme celle d'engager dans le rôle de l'ignoble seigneur Bernard Pierre Donnadieu, acteur trop souvent cantonné aux seconds rôles de tronches, qui là impose une autorité naturelle et même un côté pathétique qui provoque le dégoût du point du vue du spectateur qui va adopter celui de Béatrice. Justement, la fille de ce seigneur, Béatrice, va être formidablement être interprétée par une Julie Delpy qui trouvait là son premier grand rôle. L'échec du film l'a poussée à faire des choix de carrière qui ont été très intelligents mais qui du coup l'ont éloignée du cinéma français. D'ailleurs, on peut comprendre pourquoi le film n'a pas marché, c'est qu'il n'est pas franchement aimable. Il est à l'image de cette époque très austère, où la tyrannie d'une rigueur imposée peut faire aujourd'hui écho aux tentatives de certains dans la société du XXIème siècle. Et c'est là le propos de cette oeuvre. Mais malgré le côté sec du film, celui-ci n'en est pas moins passionnant car très bien écrit même s'il peut demander des efforts pour entrer dans cet environnement.

A noter l'excellente idée de prendre Robert Dhéry pour un vieil homme un peu dépassé par tout ce qui se passe, Monique Chaumette en mère fautive punie par la société et son fils, et aussi tout un tas de petits rôles, notamment des enfants qui ont des trognes tout à fait adaptées à cette époque où une beauté comme Béatrice ne pouvait être que remarquable. Quant au décalage d'avoir Ron Carter et sa contrebasse frappante à la musique, là aussi cela montre tout le talent de Tavernier pour oser des choses qui ne semblent pas évidentes sur le papier, car cette musique fonctionne parfaitement et sort le film des sentiers battus.

Comme je l'ai dit plus haut, le film mériterait de ressortir aujourd'hui car il ne serait pas si éloigné que ça de l'actualité.
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Demi-Lune
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Demi-Lune »

Dire que l'on aime La passion Béatrice revient souvent à s'exposer aux quolibets, j'en ai fait les frais :mrgreen: alors bravo à toi, odelay! Tu trouveras en moi un soutien sans faille concernant ce film admirable, dont la déconsidération reste, pour moi, un mystère total. J'y vois le meilleur accomplissement de Tavernier cinéaste.
Père Jules wrote:Vers la réhabilitation du film le plus catastrophique de Tavernier ? :lol:
Demi-Lune wrote:Catastrophique ?
Pour toi qui admires le Macbeth de Polanski, ça me sidère totalement.
Film d'une noirceur et d'une sauvagerie insondables, en même temps qu'un précis de reconstitution historique (je ne parle pas que de décors, mais de restitution de mentalités, de croyances, de psychologies - Le Goff admirait le film). Delpy et Donnadieu sont au firmament de leur art, même si le reste du cast n'est pas au même niveau.
Quitte à blasphémer, ça te ringardise Le Seigneur de la guerre de Schaffner direct. Là il n'y a rien d'hollywoodien, on va dans l'horreur à pieds joints et il n'y a aucune rédemption au bout de tout ça (la fin est absolument inoubliable, elle t'emmène dans une abîme de ténèbres et jette la clé).
A l'exception d'Autour de minuit, je n'aime guère le cinéma de Tavernier que je trouve régulièrement trop classique et anodin par rapport au choix des sujets et l'ambition affichée. Mais là, il s'est complètement lâché. Je comprends que ce soit son film le plus dévalorisé, parce que c'est son plus déprimant, son plus austère, son plus déroutant, son plus "bergmanien". Mais peut-être, son plus grand aussi. Michael Kolhlhaas d'Arnaud des Pallières a, de toute évidence, été profondément marqué par La passion Béatrice.
:mrgreen:
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odelay
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Re: Bertrand Tavernier

Post by odelay »

Ah ouais carrément ? Je ne pensais pas. Il faudrait que les gens le revoient ou même le voient.
J’assume, après tout c’est moi qui ai créé ce topic 😁
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Frances
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Frances »

odelay wrote: 25 Oct 20, 15:51 Ah ouais carrément ? Je ne pensais pas. Il faudrait que les gens le revoient ou même le voient.
J’assume, après tout c’est moi qui ai créé ce topic 😁
Je l'ai vu à sa sortie. J'en garde un souvenir flou mais celui aussi d'une émotion très forte liée à un film âpre et sans concession. Ça fait des années que j'espère une édition digne de ce nom. On sait pourquoi il n'est pas édité ?