Bertrand Tavernier

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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shubby
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Re: Bertrand Tavernier

Post by shubby »

Bertrand Tavernier sera à Beaune.
ballantrae
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Re: Bertrand Tavernier

Post by ballantrae »

Le passage de Bertrand Tavernier à Ribérac fut une fête:festival de discussions sur des centaines de films ( certes Les croix de bois, sa carte blanche mais aussi le ciné français des années 30, des films de Lewis ou N Ray,le cinéma roumain,le fantastique, Cl Miller, Cimino, etc...), anecdotes sur les tournages notamment des films programmés (La vie et rien d'autre et Capitaine Conan), rigolades.Il est toujours aussi incroyable...
C'est un très grand cinéaste, un cinéphile hors pair et d'abord et avant tout un magnifique être humain.
Amis de Beaune, foncez le voir! Vous passerez des moments exceptionnels!!!
Frank 'Spig' Wead
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Frank 'Spig' Wead »

Jeremy Fox wrote:Suite de notre cycle Tavernier avec Un Dimanche à la campagne. Moi-même à la chronique, Antoine Royer à la technique.
"En grand c'est plus facile... Comme en peinture"
C'est vrai que c'est un petit miracle de film. Cette façon de regarder l'existence par le petit trou de la serrure m'a fait penser à Gens de Dublin qui lui est postérieur, et à Les Fraises sauvages, qui lui est antérieur. Et quelle interprétation!
Federico
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Federico »

Nouveau passage de BT dans l'émission Mauvais Genres sur France Culture où l'équipe revient avec lui sur son oeuvre en suivant la chronologie des époques abordées par le cinéaste.

[edit] Vraiment passionnant de bout en bout ce long entretien avec BT. Le bonhomme déçoit de toute façon rarement. Il explique par ex. certains détails qui paraissent évidents et pourtant sont loin d'être toujours appliqués comme le fait que le mobilier ne doit jamais être d'époque dans les films situés plusieurs générations en arrière (car la plupart des gens utilisaient des meubles hérités de leurs parents voire grands-parents). Et que certaines trouvailles proposées par lui et ses collaborateurs dans ses films historiques ont été reconnues ensuite comme tout à fait plausibles par les historiens.
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Max Schreck
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Max Schreck »

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L.627, 1992
Enfin découvert ce film. Je ne sais pas pourquoi, mais sa promotion m'avait marqué à sa sortie. On le présentait comme un film solide et novateur, Charlotte Kady de RécréA2 qui jouait dedans. Et je trouvais l'affiche surprenante et percutante.* Vu aujourd'hui, le film est incroyablement perturbant et destabilisant, donc fort. On sent qu'ici encore le réalisateur s'est énormément documenté. Il livre un film pratiquement dénué de vrai scénario, un polar sans vraie enquête, mais plutôt une chronique de commissariat, avec des personnages complexes, qui ne demandent pas à être soutenus tout du long par le spectateur. C'est d'une vitalité constante, très ambitieux dans cette approche documentaire et parfaitement mis en scène par une caméra qui se fait complètement oublier. Derrière ce souci de vérisme, on pourra quand même considérer que l'interprétation conserve une dimension un peu théâtrale. Entendons-nous bien : les acteurs sont tous très bons, mais par leurs bons mots et leurs gestes il ne font pas oublier qu'ils sont acteurs. J'ai adoré Didier Bezace, acteur décidément trop rare, franchement inattendu dans ce rôle mais je suis vraiment content qu'il se le soit vu proposé parce que sa composition est d'une finesse incroyable.

Ce qui est chouette aussi, c'est de voir ce film comme le portrait d'une époque révolue (les fringues, les bagnoles, les rues). Ça me fait maintenant le même effet que quand je regardais fasciné le cinéma des années 60-70, sauf que maintenant c'est pour une époque dans laquelle j'ai vécu. Du coup, mon regard se ballade souvent dans les arrière-plans.


* c'est une époque où je trouvais que les affiches de Tatave avaient particulièrement la classe :

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Jeremy Fox
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Jeremy Fox »

Max Schreck wrote: Ce qui est chouette aussi, c'est de voir ce film comme le portrait d'une époque révolue (les fringues, les bagnoles, les rues). Ça me fait maintenant le même effet que quand je regardais fasciné le cinéma des années 60-70, sauf que maintenant c'est pour une époque dans laquelle j'ai vécu. Du coup, mon regard se ballade souvent dans les arrière-plans.
Je me retrouve tout à fait là-dedans 8)

Et si ce n'est déjà fait, tente Polisse de Maiwenn que je trouve encore plus puissant dans le même style ainsi que Le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois. Les 3 grands films policiers "réalistes" français à mon avis.
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Joshua Baskin
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Joshua Baskin »

Jeremy Fox wrote:
Max Schreck wrote: Ce qui est chouette aussi, c'est de voir ce film comme le portrait d'une époque révolue (les fringues, les bagnoles, les rues). Ça me fait maintenant le même effet que quand je regardais fasciné le cinéma des années 60-70, sauf que maintenant c'est pour une époque dans laquelle j'ai vécu. Du coup, mon regard se ballade souvent dans les arrière-plans.
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Thaddeus
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


L’horloger de Saint-Paul
Le premier film de Tavernier affirme le ton de sa carrière : la collaboration fusionnelle avec Philippe Noiret (un bonheur, surtout lorsqu’il est associé à Jean Rochefort en inspecteur compréhensif), une attention très sûre aux lieux et aux milieux sociaux, une pugnacité, une franchise d’accent et une absence de sophistication qui ne sont pas monnaie courante dans le cinéma français. En transposant à Lyon un roman de Simenon, il ne fait pas que s’indigner contre la lâcheté, la bonne conscience et le conservatisme de certains Français, il révèle surtout un conflit de générations, le vide relationnel entre un père et son fils, la détresse et la remise en question que sa prise de conscience engendrent, et le rapprochement tardif que le drame finit par favoriser. 4/6

Que la fête commence
Première incursion de Tavernier dans les derniers temps de la Renaissance et dans le décor haut en couleurs de la cour royale à l’aube de la Révolution. Lors des années de régence, nobles et bourgeois sont contaminés par la fièvre de la spéculation et la frénésie des plaisirs. On vole, on pille, on complote, on escroque dans une orgie de dentelles précieuses, de déguisement triviaux et de petits soupers qui prennent des allures de bacchanales. La fresque est pleine de verve, cocasse, irrévérencieuse, iconoclaste, se livrant au démontage d’une société du paraître minée par l’hypocrisie, l’immoralité et la vanité de ses intrigues dérisoires. Parcouru par un sens truculent de l’ironie, le portrait des frasques de l’époque appuie une réflexion sur l’histoire et les forces qui la parcourent. 5/6

Le juge et l’assassin
D’un fait divers survenu au début du siècle, le cinéaste tire une réflexion désabusée sur le déterminisme et l’éternelle manipulation des classes inférieures par les dominants. Galabru, dans un rôle de trimardeur tourmenté et mystique, et Noiret, magistrat puritain et soutien indéfectible de l’ordre en place, y sont les figures d’un duel qui renvoie au mystère des êtres et s’attache à préserver la part immuable de leur (in)humanité. Le cas clinique de folie criminelle permet au cinéaste de traiter de la fascination réciproque de personnages que tout oppose et de l’irréductibilité des barrières sociales ; quant à son cadre historique, il favorise une inclination, voire un combat de gauche exprimé par les ultimes images et la très belle chanson de Caussimon, La Commune est en lutte. 4/6

La mort en direct
La seule incursion de Tavernier dans la science-fiction se fonde sur un postulat prometteur, fertile en développements sur le cinéma, le voyeurisme-spectacle et l’avènement de la télé-réalité. Au travers d’images spontanées, le septième art fait son mea culpa sans en avoir l’air, et le réalisateur raconte sa vie sans que l’on s’en doute une seconde. Car l’œil machinal qui observe l’héroïne était à l’époque déjà là, à portée de l’ennui ou de la curiosité du spectateur, petit écran de contrôle prêt à dicter ses sentiments ou à les violer. Hélas cette étrange déclinaison d’Orphée dans les décors fantomatiques de Glasgow échoue à véritablement intéresser ou émouvoir – la faute à un récit qui se traîne, à un discours peut-être trop distancié, et à un manque constant de lyrisme et de nervosité. Dommage. 3/6

Coup de torchon
Crapule ou inspecteur, un imbécile reste un imbécile. Faites le disposer du pouvoir et il devient un animal dangereux. Par son casting, sa bonne humeur corrosive, ses personnages débauchés, on pourrait croire cette décapante tragi-comédie signée Chabrol. Mais elle expose les saletés du monde à la brûlure d’un rire qui possède l’honnêteté de son auteur : Tavernier y transpose Jim Thompson dans l’Afrique coloniale des années trente, cloaque plombé par une aveuglante lumière. Le ton folingue est à l’ironie féroce, la logique meurtrière du polar glisse vers la métaphysique, et le cocktail d’angoisse existentielle et de comique grinçant évoque la force primitive de la littérature américaine du Sud (Faulkner, O’Connor), avec ses misérables veules hantés par la folie, le sang et l’irrationnel. Grande réussite. 5/6

Un dimanche à la campagne
Touches par touches, d’un pinceau dont les imperceptibles traits ne laissent rien dans l’ombre, Tavernier peint une chronique impressionniste toute en délicatesse et retenue, dans la manière et du côté de chez Renoir, les deux Renoir. Les comédiens éclairés par les lumières du jour et du soir donnent corps à une comédie dont les sensations, les sentiments, les états d’âme et les paroles font toute l’action. Le chaleureux portrait de famille recense ainsi un chapelet de petits moments qui constituent la saveur des instants suspendus, entre plénitude et nostalgie. Je l’ai vu il y a très longtemps, il ne m’en reste pas un souvenir très net, juste des impressions fugitives d’été déclinant, d’insouciance tranquille, d’images et de climats paisibles… L’impression de m’être un peu ennuyé aussi. 3/6

Autour de minuit
À l’opposé des caricatures puisant dans le folklore du jazz ses aspects les plus outranciers, Tavernier se réfère à l’humain. Il reconstitue dans le Paris des années cinquante, à Saint-Germain-des-Prés, le lieu d’une légende. Et pour magnifier celle-ci, il fallait une histoire exemplaire, celle qui raconterait l’amitié entre un jeune admirateur français éperdu et un saxophoniste new-yorkais au bord de la déchéance, échoué sur le rivage des lieux communs : l’alcool, la maladie, la désertion de soi-même. Voix caverneuse, yeux à l’envers, le vieil homme détruit oscille entre le silence et la frénétique envie de vivre, tandis que son fils spirituel se tue à lui rendre l’existence appréciable. Chronique douce-amère aux lumières de crépuscule, ballade atmosphérique et hors du temps, toujours sur le fil de la tristesse. 4/6

La vie et rien d’autre
La Grande Guerre n’en finit pas d’être finie. Au beau milieu du décompte fastidieux des soldats morts, un commandant colérique à la sauvagerie bougonne et une bourgeoise combative se rencontrent, motivés par la même recherche. Malgré cette quête macabre, le film se révèle un hymne à la vie et à tout ce qui va avec, y compris les douceurs et les tourments de l’amour. Et pour l’entonner à pleine poitrine, rien de telle que la connivence et la complicité entre le réalisateur et son acteur fétiche. On sent le cinéaste porté par son sujet, artisan d’une efficacité brute, directe, toujours porté par la foi et la sincérité. Tout Tavernier est là, dans le soin apporté à la véracité historique, la verve des dialogues, la charge du propos, le vigoureux pamphlet antimilitariste. 4/6

L.627
C’est un peu le mètre-étalon de toute une série de chroniques à forte consonance documentaire dans le milieu policier, telles qu’elles fleuriront de façon récurrente dans les années suivantes. Rassemblant un matériel brut et saignant, polémique et effrayant, il évite les pièges de la reconstitution et du plaidoyer manichéen et va un train d’enfer, au plus près des visages, en scènes courtes, nerveuses, dans des décors exigus : voitures à l’arrêt, bureaux crasseux, chambres d’hôtel borgnes. Bref, Tavernier réinvente le polar à la française, totalement habité par ce qu’il raconte, mû par une colère saine et stimulante. Illustrant le drame de la drogue, de sa violence et de l’impuissance institutionnelle à le maîtriser, il dessine une trajectoire fiévreuse, intense, passionnante, qui oscille entre l’utopie et l’indignation, l’espoir et la lucidité critique. 5/6
Top 10 Année 1992

La fille de d’Artagnan
Sauveur de qualité, Tavernier reprend le projet avorté du vétéran Riccardo Freda et s’offre un petit plaisir de cinéaste cinéphile, qui retrouve le souffle et l’insouciance des films de cape et d’épée. En inventant une fille énergique et fruitée à d’Artagnan, il navigue avec légèreté entre la parodie et l’exaltation d’un genre obsolète, s’amuse à agencer chevauchées, poursuites et combats à fleurets mouchetés dans une intrigue fertile en trahisons, en rebondissements, en saillies drolatiques fermentées sur le lit de l’Histoire. Les personnages sont bien dessinés, les acteurs se livrent à des numéros assez réjouissants (du rhumatisant Noiret à la drôlerie supérieure de Claude Rich, en passant par la loufoquerie mielleuse de Proietti), le rythme ne faiblit pas : bref, le plaisir est là. 4/6

L’appât
Tavernier revient au constat social, et il est glaçant. Il dessine un espace fantasmatique dans lequel tout s’achète ou se prend, où la panoplie fait l’homme, un espace peuplé de silhouettes vides, sans pensée ni valeur. Il n’y a pas de cruauté chez les jeunes gens que l’auteur décrit, juste une incroyable inconscience de la gravité de leurs actes. On peut le trouver un poil démonstratif (c’est son péché mignon) ; reste que la trajectoire empruntée par son trio de meurtriers suit un crescendo terrible, selon une logique de profit et de déshumanisation que le cinéaste va débusquer à la source – les dérives de notre société matérialiste, obsédée par la réussite et le profit instantané. C’est très noir, ça remue, ça questionne, et nous laisse avec l’impression persistante que les assassins sont parmi nous. 5/6

Capitaine Conan
Retour au charnier de la Première Guerre mondiale et opposition dialectique entre deux conceptions de la vocation et de la mission du soldat. D’un côté il y a les corps francs, ceux qui font le sale boulot ; de l’autre il y a les gradés, les stratèges – ceux qui gagnent la guerre et ceux qui la font. Le cinéaste accuse : l’armée et ses généraux-guignols, l’injustice du conflit qui fabrique des meurtriers pour les réprouver ensuite, la culpabilité et l’inactivité qui rongent. La reconstitution est millimétrée, tant dans le réalisme et la cruauté des scènes de bataille que dans la mise en relief des circonstances extrêmes et de leurs conséquences tragiques sur les comportements. Se dessine alors les portraits désabusés d’hommes sacrifiés à la logique guerrière, et de la part d’humanité qu’ils ont perdu dans les tranchées. 4/6

Ça commence aujourd’hui
Où l’on retrouve le Tavernier militant, énervé, celui de L-627. On le sent faire totalement corps avec son personnage d’instituteur engagé qui plaide sans cesse pour le devoir d’intrusion, avance à coups de grandes défaites et de petites victoires, de coups de gueule qui lui font monter les larmes aux paupières, lorsqu’il se fond surtout avec une gaieté attentive dans le chahut exigeant des gosses. Tout passe, tout prend sa place et son sens, parce que l’étonnant Torreton convainc d’un dévouement entier, et parce que l’ensemble vise les dysfonctionnements d’un système pour mieux exalter le combat éprouvant d’un homme pour ses convictions. La dissection fonctionnelle de l’école primaire, son rapport avec la vie familiale, le chômage, la misère, la violence banalisée, tout cela offre un aperçu poignant d’un certain pan de notre société. 5/6
Top 10 Année 1999

Laissez-passer
Pas un manifeste, ni un pamphlet, mais un bel hommage du réalisateur aux travailleurs du cinéma, ceux qui continuaient à faire leur métier dans la France occupée de 1942 où la Continental avait pour mission de produire des films distrayants. Avec une tendresse évidente, Tavernier filme une époque où cohabitaient toutes les compromissions et tous les courages. C’est une autre fresque intimiste comme il les affectionne, peuplée de portraits romanesques, pleine de respirations simples et apaisées, et à travers laquelle il paie son tribut à Jean Devaivre et Jean Aurenche, célèbre duo tombé en disgrâce après les anathèmes de la nouvelle vague. Touffu et foisonnant, précis et documenté, le film souligne la difficulté de rester fidèle à ses idéaux et à ses rêves en temps de trouble. 4/6

Holy Lola
La filmographie de Tavernier ressemble parfois à un inventaire de problèmes de société (sans connotation péjorative). Parfaitement servi par les très touchants Jacques Gamblin et Isabelle Carré, Holy Lola explore la question difficile de l’adoption dans tous ses aspects humains et juridiques, et magnifie l’obstination d’un couple confronté aux injustices d’un système archaïque, à la résistance kafkaïenne de l’administration, aux intermédiaires véreux, mais porté par un inépuisable amour et la volonté inébranlable de construire une famille. On se laisse envahir par la moiteur ambiante de ce Cambodge martyrisé, visité avec pudeur, on s’attache à ces deux protagonistes désarmés, comme orphelins de l’enfant qu’ils n’ont pas, on est saisi par la justesse du regard et très ému par l’ardeur de ce combat intime. 5/6

Dans la brume électrique
Rien de plus vénéneux et photogénique que les bayous de la Louisiane, cet espace spongieux et filandreux qui permet de filer toutes les métaphores, ces marais où rôdent de sombres démons qui sont aussi bien sont d’un homme que d’une ville ou d’un pays. Ça fait plaisir de voir le cinéaste s’éloigner de son inspiration sociale pour s’abandonner à un pur film de genre, en langue anglaise qui plus est, qui se délecte à retrouver l’atmosphère moite et alanguie des films noirs sudistes, tout en personnages troubles et non-dits vénéneux. C’est ici que le passif du Tavernier cinéphile s’avère payant : comme un poisson dans l’eau, il soigne le climat (envoûtant), mitonne le suspense (dense et captivant), et agence un réseau serré d’enjeux et d’intrigues, avec un brio souple et tranquille. J’aime beaucoup. 5/6
Top 10 Année 2009

La princesse de Montpensier
Retour au film en costumes, mais loin de la veine légère et insouciante de La Fille de d’Artagnan. Tavernier cherche à redonner ses lettres de noblesse à un cinéma de panache, d’affrontements verbaux et de querelles sentimentalo-politiques, depuis longtemps tombé en désuétude. En adaptant Mme de La Fayette, il s’inscrit dans un classicisme fougueux, plein d’assurance et de vitalité, et invente une ronde fiévreuse autour des notions de l’éducation, de la fidélité, du choix personnel. Entre libération féminine et vanités masculines, et sur les pas de personnages complexes (mention spéciale à Lambert Wilson, qui hérite d’un beau rôle romantique), cette Princesse impose une conviction vigoureuse, habitée, pleinement romanesque, une conviction à la Tavernier en somme. 4/6

Quai d’Orsay
Pas né de la dernière pluie, Tavernier a su éviter les pièges les plus dangereux de la satire en ne versant ni dans le cynisme de mauvais aloi, ni dans la caricature au pilon. L’énergie qu’il injecte à sa plongée grinçante au sein du bocal ministériel se nourrit à la vitalité d’un milieu explosif où s’agitent une flopée de cols blanc tous plus ou moins proches de l’incident de surchauffe. Si les mécanismes de l’ensemble affleurent parfois sous le brillant de la facture, la nervosité bouillonnante du récit s’accorde à une vigoureuse interprétation (grand numéro de Nils Arestrup), et l’on sait gré au cinéaste de rendre, au-delà d’un vaudeville frisant parfois le burlesque, un hommage sincère à l’action politique et à la volonté qu’il faut affirmer pour faire passer ses idées et tenter de rendre le monde meilleur. 4/6


Mon top :

1. L.627 (1992)
2. Ça commence aujourd’hui (1999)
3. Dans la brume électrique (2009)
4. Coup de torchon (1981)
5. Holy Lola (2004)

Cinéphile émérite et respecté, réalisateur adepte des grands sujets comme des plus nobles propositions populaires, Bertrand Tavernier est l’un de nos cinéastes les plus constants, talentueux, attachants. Nourrie par un vibrant sens du romanesque et par un engagement insatiable, son œuvre est celle d’un artiste généreux et enthousiaste, qui a toujours refusé les compromis. Je suis très attaché à ce réalisateur.
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Jeremy Fox
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Jeremy Fox »

Au vu de tes goûts, je suis prêt à parier qu'en le redécouvrant aujourd'hui, Un dimanche à la campagne pourrait intégrer ton Top 100.
Federico
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Federico »

Jeremy Fox wrote:
Max Schreck wrote: Ce qui est chouette aussi, c'est de voir ce film comme le portrait d'une époque révolue (les fringues, les bagnoles, les rues). Ça me fait maintenant le même effet que quand je regardais fasciné le cinéma des années 60-70, sauf que maintenant c'est pour une époque dans laquelle j'ai vécu. Du coup, mon regard se ballade souvent dans les arrière-plans.
Je me retrouve tout à fait là-dedans 8)

Et si ce n'est déjà fait, tente Polisse de Maiwenn que je trouve encore plus puissant dans le même style ainsi que Le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois. Les 3 grands films policiers "réalistes" français à mon avis.
Et Police de Pialat.
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Thaddeus »

Jeremy Fox wrote:Au vu de tes goûts, je suis prêt à parier qu'en le redécouvrant aujourd'hui, Un dimanche à la campagne pourrait intégrer ton Top 100.
Ouh la, comme tu t'avances. L'intégration dans mon Top 100, c'est rarissime, ça ne m'arrive pas tous les ans. Permets-moi donc d'être sceptique, d'autant plus pour un film que j'ai déjà vu. :mrgreen:
Mais je suis prêt à lui redonner une seconde chance, en espérant qu'il me plaise davantage.
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Jeremy Fox
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Jeremy Fox »

Thaddeus wrote:
Jeremy Fox wrote:Au vu de tes goûts, je suis prêt à parier qu'en le redécouvrant aujourd'hui, Un dimanche à la campagne pourrait intégrer ton Top 100.
Ouh la, comme tu t'avances. L'intégration dans mon Top 100, c'est rarissime, ça ne m'arrive pas tous les ans. Permets-moi donc d'être sceptique, d'autant plus pour un film que j'ai déjà vu. :mrgreen:
Mais je suis prêt à lui redonner une seconde chance, en espérant qu'il me plaise davantage.
J'y crois 8)
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Thaddeus »

Federico wrote:
Jeremy Fox wrote: Je me retrouve tout à fait là-dedans 8)

Et si ce n'est déjà fait, tente Polisse de Maiwenn que je trouve encore plus puissant dans le même style ainsi que Le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois. Les 3 grands films policiers "réalistes" français à mon avis.
Et Police de Pialat.
Le récent SK1 tentait de marcher sur ces plates bandes également... Sans la même réussite. Ce n'est pas un hasard si, à un moment du film, on voit l'affiche du Tavernier accrochée au mur du commissariat.
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Rick Blaine »

Toujours aussi interessant ! :D

Parmi les films que j'aime bien (je les aime tous en fait) il manque Une semaine de vacances et Des enfants Gâtés, ça vaut le coup de les voir, même s'ils ne bouleverseront peut-être pas ton top. :wink:
Thaddeus wrote: Le récent SK1 tentait de marcher sur ces plates bandes également... Sans la même réussite. Ce n'est pas un hasard si, à un moment du film, on voit l'affiche du Tavernier accrochée au mur du commissariat.
D'ailleurs Tavernier en a dit du bien. C'est un bon film mais loin de L.627 ou de Polisse.
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Jeremy Fox
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Re: Bertrand Tavernier

Post by Jeremy Fox »

Rick Blaine wrote:Toujours aussi interessant ! :D

Parmi les films que j'aime bien (je les aime tous en fait) il manque Une semaine de vacances et Des enfants Gâtés, ça vaut le coup de les voir, même s'ils ne bouleverseront peut-être pas ton top. :wink:
J'aurais tendance au contraire à penser qu'ils le pourraient. Pour ma part, je pense qu'ils entreraient dans mon top 5.

Sinon il manque aussi La Passion Béatrice mais il s'agit à mon avis d'un de ses plus gros ratages (le seul avec La Mort en direct).