Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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hansolo
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Re: Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Post by hansolo »

The Boogeyman wrote: 8 Sep 20, 12:10 Je serais curieux de connaitre le budget qui a servi à tourner la séquence des catamarans. La logistique mise en place et le temps de tournage pour même pas 3/4 minutes dans le film.
La scène est très esthétique, ça la dessus il n'y a rien a en dire. Mais elle n'a absolument aucune fonction, aucune "utilité" autre que son esthétisme.
Quel que soit le cout, je pense que c'est un bon investissement.
En dehors de son esthétisme; le film a bien peu d'atouts.
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Grant Boyer
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Re: Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Post by Grant Boyer »

Coxwell wrote: 7 Sep 20, 21:03
G.T.O wrote: 7 Sep 20, 13:06 Merci Coxwell. :D
Sinon, je n’ai pas vu ta note sur le film ? T’en penses quoi ?
C'est clairement pas mon Nolan préféré, mais je lui trouve quelques qualités, notamment dans ce côte bancal et cryptique justement. (...) il a un côté abrupt et repoussant qui est assez attirant. Difficile à formuler, mais c'est un drôle d'objet pour lequel j'ai une certaine affection.
je rebondi sur un commentaire plus ou moins positif, parce qu’ils sont rares par ici.
je ne suis pas un grand fan de Nolan, mais je partage la fascination pour ce film.
C’est drôle, parce que je suis d’accord avec tous les avis négatifs qui sont très bien écrit ici. Néanmoins je garde une grande jubilation pour ce film, plus que pour beaucoup de Nolan précédents.
c’est un film fou. Pas un film « malade » au sens de Truffaut, parce que je pense que Nolan a fait le film qu’il voulait, mais un film fou qui n’aurait jamais dû voir le jour.
Il a effectivement tous les défauts dont on l’assène, mais il reste cette vision d’un adolescent fan de science-fiction qui a pu porter son délire à l’écran, uniquement grâce a la position qu’il s’est faite à Hollywood.
Et si oublie le Nolan démiurge et sérieux, et qu’on qu’on voit ce film comme celui d’un ado un peu attardé fan de son idée, au point d’un certain aveuglement de tous ses défauts, on est porté par la passion juvénile qui le porte bout en bout.
Et comme souvent avec le caractère de ce qui est juvénile, c’est grossier, c’est plus porté par les idées que par les personnages, par la forme que le fond, par le sérieux épris d’absolu plus que par la légèreté que ca aurait demandé, mais il y a une naïveté confondante à l’idée que ça puisse tenir debout, et ça tient au final bizarrement debout comme un chien à trois pattes dont on arriverait pas à détourner les yeux tellement il fait d’efforts pour faire ses tours.
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Re: Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Post by TheGentlemanBat »

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Watkinssien
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Re: Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Post by Watkinssien »

Et ce n'est même pas le Gorafi! :?
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tenia
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Re: Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Post by tenia »

Ca ne sauvera probablement pas les résultats du film, qui vient de se bouffer un -57% en 2e semaine et devrait du coup finir autour des 2m, voire en dessous, derrière Sonic et 1917.
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Re: Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Post by hansolo »

Watkinssien wrote: 9 Sep 20, 19:27 Et ce n'est même pas le Gorafi! :?
Disons que Nolan l'a bien cherché; en rendant son film encore plus opaque et incomprehensible qu'a son habitude.
tenia wrote: 9 Sep 20, 20:52 Ca ne sauvera probablement pas les résultats du film, qui vient de se bouffer un -57% en 2e semaine et devrait du coup finir autour des 2m, voire en dessous, derrière Sonic et 1917.
C'etait drolement visible dès le debut de la 2e semaine.
Le film ne semble pas avoir les reins solides. Même avec un nombre de salles conséquent, il se contentera de dépasser Bad Boys 3 au BO France ...
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tenia
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Re: Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Post by tenia »

J'ai surtout l'impression que Warner a tout misé sur la 1ere semaine avec un dispositif démesuré et que le bouche à oreille leur donne raison.
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harry
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Re: Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Post by harry »

tenia wrote: 9 Sep 20, 20:52 Ca ne sauvera probablement pas les résultats du film, qui vient de se bouffer un -57% en 2e semaine et devrait du coup finir autour des 2m, voire en dessous, derrière Sonic et 1917.
Ok, mais c’est 2 films « pré-confinement », ça fausse un peu le calcul, non?
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tenia
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Re: Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Post by tenia »

Ce sont surtout 2 scores pas terribles du tout (et 1 très mauvais film). Une année normale, ce serait plutôt le milieu voire la fin du top 10.
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harry
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Re: Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Post by harry »

Comme tu le dis c’est 2020, y’a quoi de normal en 2020?
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hansolo
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Re: Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Post by hansolo »

harry wrote: 9 Sep 20, 22:41 Comme tu le dis c’est 2020, y’a quoi de normal en 2020?
Rien :?
- Une année "classique", il y a 50 films qui font le million d'entrées en France.
- En 2020, on aura grand max une 15aine de films passant cette barre.

Les désastres pré-COVID au Box office France que sont Le Voyage du Dr Dolittle et L'Appel de la forêt sont dans le Top 10, c'est dire ...

Mais il est certain que Warner et Nolan esperaient plus que les 2 millions d'entrées; même dans les conditions actuelles (avec un volume d'entrées certes divisé par 3 ou 4 chaque semaine, mais aussi zéro concurrence blockbusterienne)
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Re: Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Post by Rick Deckard »

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Watkinssien
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Re: Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Post by Watkinssien »

Jean-Baptiste Thoret a adoré ( :mrgreen: ) :

Contrairement à ce qui s’écrit/dit ça et là, l’histoire de Tenet est extrêmement simple, voire simpliste : afin d’éviter une troisième guerre mondiale, un agent secret se lance sur les traces d’un méchant russe qui détient quelque chose comme du plutonium. Puis il tombe amoureux de la femme de ce dernier. Ensemble, et avec quelques personnages d’appoint, ils parcourt le monde afin d’éviter que le désastre se produise. C’est maigre mais c’est tout. Côté acteurs, le bad guy est joué par Kenneth Brannagh (qui reprend le rôle qu’il tenait dans The Ryan Initiative), sa femme, par la surprenante Elizabeth Debicki (même chose : c’est Thandie Newton dans M :I 2) et le héros sans nom, par John David Washington, un acteur tout frais qui prouve que le charisme n’est pas génétique. Côté décors, l’escapisme frénétique du film empêche qu’on en explore vraiment aucun. C’est donc une Jamesbonderie catastrophe de plus comme Hollywood en a produit et en produit encore des palanquées, en réalité plus proche de la série ultra B (moins la modestie et le charme) que de ce blockbuster d’auteur qui, paraît-il, va sauver le cinéma. D’ailleurs, au bout de 2h40, on est plus sûr de vouloir le sauver. Le scénario, lui, travaille naturellement en sens inverse de son histoire chétive. Il s’agit de faire croire que le film est beaucoup plus intelligent qu’il n’y paraît en agitant partout des chiffons couteux qui, c’est le but, feront oublier qu'au fond du chapeau, pas la moindre trace de lapin. Nolan et son scénariste, le même Nolan, brouillent donc les cartes à partir d’un principe tout bête : tout ce qui est simple est, en réalité, très compliqué. Et l’inverse : c’est ce qui déclenchera la fièvre herméneutique de certains spectateurs convaincus que la souris , si on l'autopsie en détails, était finalement un bœuf. Le fameux syndrome de la toupie. Il faut donc remplir, ou masquer le néant à la manière de ces fumigènes qui, dans les films de SF cheap des années 50 et 60, recouvraient d’un aura mystérieuse des rochers et des bestioles en carton pâte. Il faut étirer les séquences dans tous les sens, les montrer deux fois (même les plus mauvaises : l’interminable baston entre le héros et son double casqué dans les couloirs d’un hangar) et disséminer partout des petites graines à picorer (le carreau brisé d’un rétroviseur !) qui feront la joie des geeks et des pigeons. Stratégie que Nolan avait déjà mise en œuvre dans Inception : quand un film ne pense rien, il faut produire l’illusion qu’il réfléchit à tout. Comment faire : noyer cette toute petite histoire dans un jargon scientifique très sérieux, faire débiter aux acteurs, qui n’ont rien d’autre à jouer, des dialogues hallucinants avec un sérieux papal, emberlificoter le tout de paradoxes temporels et de petits casse-têtes logiques dignes de ceux qu’on trouve au rayon ado de chez Nature et Découvertes (si ça existe encore). Tout cela ne rend pas le film moins accessible, bien au contraire, mais l’ouvre sur une indifférence qui, pour le coup, nous laisse le temps de réfléchir à ce qu’on voit vraiment. Car si Nolan semble s’amuser beaucoup en compagnie de ses jouets, pour nous, il n’accomplit rien. Même musculeux, son pachyderme reste un gringalet bêta. L’opération d’enfumage se retourne même contre le film, à mesure que celui-ci avance, tant Nolan s’avère incapable d’articuler ses petits dispositifs scientifiques à une vision d’ensemble, à des affects, ou à des personnages réduits ici à des automates bien sapés. Comme pour les enfants, le monde de Tenet s’arrête aux limites du petit terrain de jeu de son auteur. Après tout, les histoires simples n’ont jamais empêché les bons films, pas plus que le jeu sur le temps – sur un thème similaire, Déjà Vu de Tony Scott (que Nolan a dû étudier attentivement) et le formidable Danger planète inconnue de Robert Parrish (1968) écrasent Tenet. Encore faut-il avoir quelque chose à dire, une émotion à faire ressentir, éventuellement une idée. Ne jouons pas les naïfs : Nolan reste tel qu’en lui-même. Le film va vite mais est interminable. Et c’est son paradoxe le plus savoureux : il joue sur et avec le temps mais ne sait pas le prendre (ce qui aurait pu être un beau sujet). Il l’expédie. Tout est déjà là, défile, rien n’existe vraiment. Mais là où le film surprend, et déçoit peut-être le plus, c’est dans son incapacité de faire tenir des séquences toutes simples (les conversations découpées à la truelle : une réplique/un plan), de mettre un décor en espace, de fabriquer une séquence d’action solide - le film prouve, encore une fois, combien le cinéma d’action est un genre exigeant qui requiert de l’inventivité et de la précision. Imaginons seulement la séquence de l’autoroute réalisé par Mc Tiernan, J. Cameron, les Washowski ou G. Miller. Nolan n’avait sans doute, dans son énorme besace, qu’un seul truc qu’il utilise ad nauseam : montrer l’effet avant la cause, filmer une balle qui retourne dans son canon, une voiture qui se remet à l’endroit, un immeuble qui se reconstitue, etc…. C’est pauvre mais why not ? Or même ce petit dispositif ne fonctionne pas. Même pas le plaisir de l’œil. Pourquoi ? Hypothèse : le principe du suspense, sur lequel le film est malgré tout fondé, repose précisément sur la jouissance de l’attente anxieuse d’un effet dont on connaît la cause. Or en inversant la cause et l’effet, le film désactive le mécanisme même à partir duquel il veut avancer. À réfléchir peut-être du côté du burlesque.
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Re: Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Post by Coxwell »

C’est assez intéressant - et symptomatique - toutes ces petites phrases débitées façon spicatto désordonné issu d’une réaction émotive et inflammatoire. Tenet et Nolan ont au moins ce mérite. Les urticaires des uns et des autres sont souvent aussi désordonnés que les reproches adressés a son cinéma.

(Assieds-toi et respire Jean-Baptiste :arrow:)
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Re: Tenet (Christopher Nolan - 2020)

Post by harry »

Oui, on retrouve le même millefeuille de petites phrases assassines (GTO, Thoret même combat) mais qui a du mal à articuler pourquoi c’est mauvais à leur yeux.
Je croyais Thoret plus futé que ça, Inception qui ne « pense rien » c’est pas mal. Et puis la mauvaise foi caractérisée avec Danger Planète Inconnue: un sympathique film de SF 60s mais qui ne va pas plus loin que son concept; y’a une 2ème Terre de l’autre côté du Soleil et... c’est tout.
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