Michel Hazanavicius

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Supfiction
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Michel Hazanavicius

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La classe américaine
http://www.dvdclassik.com/forum/viewtop ... 3&start=45

OSS 117
http://www.dvdclassik.com/forum/viewtop ... =3&t=20697

OSS 117 : Rio ne répond plus
http://www.dvdclassik.com/forum/viewtop ... 6&start=15

The artist
http://www.dvdclassik.com/forum/viewtop ... 0&start=75

Le redoutable
http://www.dvdclassik.com/forum/viewtop ... c#p2634780

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The Search (2014)

Difficile de reconnaître la paternité de Michel Hazanavicius dans cette réalisation tant le film constitue un tournant (ou un ovni, l'avenir nous le dira) dans la filmographie du cinéaste.
La patte Hazanavicius, c'est surtout son audace et sa liberté. En l’occurrence, il est comme un joueur de Casino, ayant touché le jackpot sur un coup de dés et qui décide de remettre ses gains en jeu pour tenter un coup impossible pendant qu'il a la main : une production française de 22 millions en trois langues sur un conflit dont tout le monde se moque(la guerre de Tchétchénie de 1999), un film de guerre réaliste, sans patriotisme, sans héros, juste sale.
La réalisation ne fait pas dans l'esbroufe, ce qui compte ce sont vraiment les personnages. Sur ce point, c'est une réussite qui s'évertue à montrer les ravages de cette guerre, tant sur les victimes que sur les bourreaux à travers la lente descente aux enfers d'un jeune russe arrêté dans la rue pour avoir fumé un joint et contraint pour éviter la prison de s’enrôler dans l'armée et de partir pour ces "opérations anti-terroristes" comme l'ONU les a qualifiées. Peu à peu il se transforme en monstre. Il y a quelque-chose de Full Metal Jacket (une scène est d'ailleurs sans équivoque sur cette parenté) dans ce segment du film un peu coupé en deux. En parallèle, nous suivons l'histoire d'un petit garçon fuyant le front et qui fini par être recueilli en ville par Carole, une chargée de mission pour l'Union européenne. C'est dans la relation entre Hadji, le gamin longtemps muet mais vraiment touchant et le personnage de Bérénice Bejo que le film emporte l'adhésion. Depuis The Artist, l'actrice a atteint une puissance de jeu supérieure. Il faut dire qu'il faut qu'elle assure face au jeune Abdul Khalim Mamatsuiev saisissant de naturel et d'intensité. C'est dans la direction d'acteur que Michel Hazanavicius se bonifie à chaque film. Vivement le prochain.

http://www.festival-cannes.com/assets/I ... 0cc93c.pdf
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Watkinssien
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Re: Michel Hazanavicius

Post by Watkinssien »

Pour ma part, l'un des meilleurs cinéastes français de ces 15 dernières années.

Hazanavicius me semble un être artiste totalement libre de ses choix, de ses envies et de ses audaces. C'est un réalisateur talentueux, montrant sa capacité à travailler le caractère formel de ses films en de nombreuses variations, tout en ne tombant jamais dans l'esbroufe. C'est un cinéaste aussi respectueux qu'iconoclaste avec les sujets et figures culturelles qu'il aborde. Un amoureux du cinéma qui ne se laisse pourtant pas vampiriser.

J'oserai presque dire que OSS 117: Le Caire, nid d'Espions est un chef-d'oeuvre de pastiche, parfaitement mis en scène, techniquement irréprochable et, pour ma part, totalement drôle.

J'adore également sa suite, je trouve The Artist toujours aussi réussi, The Search injustement sous-estimé, sans doute parce qu'il est radicalement différent de ce à quoi il nous avait habitués.
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Supfiction
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Re: Michel Hazanavicius

Post by Supfiction »

Oui The Search est radicalement à part dans sa filmographie et pourtant c’est tout aussi réussi dans son genre. Apres l’échec du film, il a sans doute eu besoin de revenir aux fondamentaux de son cinéma, à savoir de la comédie très soignée dans la forme et du cinéma méta. Et c’est de nouveau une réussite pour ma part, un film très drôle mais qui ne plaira peut-être pas aux inconditionnels de Godard, tant ce dernier passe pour un connard génial et ridicule à la fois.
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Karras
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Re: Michel Hazanavicius

Post by Karras »

A rajouter éventuellement dans la liste : Les infidèles, film à sketchs dont l'épisode La Bonne Conscience est réalisé par Michel Hazanavicius (programmé ce soir sur W9).
hansolo
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Re: Michel Hazanavicius

Post by hansolo »

Ne pas oublier La Classe américaine qui a su se faire une place de téléfilm culte, ce qui est assez rare; surtout sans présence de support physique et une unique diffusion en 25 ans.
Alors certes Internet a permis la découverte du film pour de nouvelles générations et sa diffusion quasiment sans limites, mais son succès transgénérationnel - malgré les extraits de films perçus comme "vieux" pour bcp de spectateurs - à un sens.

Un bijou de mashup qu'on arrive à voir d'une traite malgré sa durée et dont de nombreuses séquences sont à pleurer de rire.
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Watkinssien
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Re: Michel Hazanavicius

Post by Watkinssien »

hansolo wrote:Ne pas oublier La Classe américaine
Un bijou de mashup qu'on arrive à voir d'une traite malgré sa durée et dont de nombreuses séquences sont à pleurer de rire.
John Wayne qui glisse et qui lance un "Nardin' restera un de mes gros fous rires. Oui bien entendu, une oeuvre assez irrésistible, bien en phase avec ce qu'il proposera dans le futur.
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hansolo
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Re: Michel Hazanavicius

Post by hansolo »

Watkinssien wrote: John Wayne qui glisse et qui lance un "Nardin' restera un de mes gros fous rires. Oui bien entendu, une oeuvre assez irrésistible, bien en phase avec ce qu'il proposera dans le futur.
Quand William Abitbol brûle la politesse à Lana Turner puis cherche de quoi "éponger" (et sort entre autres un drapeau à croix gammée :wink:)

Au moins une trouvaille visuelle par plan / dialogue: savoureux même après de multiples visionnages :D
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AtCloseRange
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Re: Michel Hazanavicius

Post by AtCloseRange »

je comprends le culte, il y a suffisamment de scènes qui restent en mémoire et qui sont entrés dans la culture populaire mais en tant qu'objet-film parfois ça patine pas mal.
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Flol
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Re: Michel Hazanavicius

Post by Flol »

AtCloseRange wrote:je comprends le culte, il y a suffisamment de scènes qui restent en mémoire et qui sont entrés dans la culture populaire mais en tant qu'objet-film parfois ça patine pas mal.
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7swans
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Re: Michel Hazanavicius

Post by 7swans »

Très très fan de La Classe Américaine et de Ça détourne (ou Le Triomphe de Bali Balo, ou La Splendeur de la honte, ou L'Invasion des pervers polymorphes, ou Le Lapin connaît la musique).
Le reste, c'est plus ou moins mauvais.
There's no such thing as adventure. There's no such thing as romance. There's only trouble and desire.
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Kevin95
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Re: Michel Hazanavicius

Post by Kevin95 »

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LE REDOUTABLE (2017) découverte

Amusante variation autour du cinéma (et par extension la personnalité) de Jean-Luc Godard. L'exercice pisse pas loin, mais le charme 60's, comme le cache-cache Godard/Hazanavicius (le dernier filme son ainé dans une position inconfortable, incompris et constamment ramené à ses premières succès, soit exactement la position du cadet après le bide de The Search) font une grande partie du boulot. Michel Hazanavicius mitraille en références, chaque séquence (ou presque) renvoie à un film en particulier et le jeu tient éveillé sur une heure de péloche. Après cela, le film patine, comme perdu dans le trop plein de sujets qui s'offrent à lui (Godard, le cinéma, mai 68, une romance impossible…), comme dans l'incapacité de dépasser une référence, dans l'incapacité de rendre plus pop un objet déjà rempli à ras bord en la matière (difficile de faire plus méta et ironique que le cinéma de JLG). Le projet commence doucement à se déchirer, la thématique 68 tourne un tantinet en rond quand 20 minutes avant la fin, Le Redoutable prend son envol et touche à quelque chose de terriblement touchant. Hazanavicius baisse les armes, avoue une admiration profonde pour le cinéma/l'homme JLG et - au-delà de toutes les vannes du film - respecte sincèrement l'attitude punk du réalisateur suisse, savoir envoyer paître tout une œuvre respectée et respectable pour en construire une autre plus chaotique, plus incertaine. Le dernier plan, sur la musique d'À bout de souffle, est une ode vibrante à Godard. Les gardiens du temple Godard-ien ou certains critiques ne l'ont pas vu, préférant rester sur thèse confortable Hazanavicius vs. Godard (soit le populisme face à l'intellect pour la faire courte). C’était joué d’avance, tant pis, rien que pour le dernier acte, Le Redoutable n'a pas à s'excuser.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Thaddeus
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Re: Michel Hazanavicius

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


La classe américaine
Je l’ai découvert dans des circonstances assez particulières, à une projection inédite à Beaubourg en avril 2009, où les réalisateurs étaient conviés, et en présence d’une salle chauffée à bloc qui récitait les dialogues en même temps qu’ils étaient dits à l’écran. Ce préambule pour expliquer qu’il m’est difficile d’émettre un jugement sur un film qui de toute façon n’en est pas vraiment un, plutôt un happening totalement foutraque mais cohérent dans son délire proliférant, alignant les situations et les répliques les plus improbables, et dont le principe de détournement fera office de mètre-étalon pour les années à venir. Si on rentre dans le trip (le fait d’être cinéphile aide beaucoup, au vu du concept), c’est souvent hilarant – et j’avoue m’être bien poilé, sans doute emporté par l’humeur contagieuse de la salle, donc. 4/6

OSS 117 : Le Caire, nid d’espions
La classe américaine, Hubert Bonnisseur de la Bath l’a incontestablement – sourire volé à Sean Connery, démarche de Cary Grant, attitudes de Belmondo. Mais au playboy ravalé bouffon succède le guignol en smoking d’alpaga : cette figure mouvante de beauf crétin et de fin limier est à l’image de la plasticité générale d’un film qui articule à merveille registres de représentation et registres de discours. La surface est splendide, imitant les films d’espionnage vintage avec un soin maniaque de la photographie, des costumes, des accessoires. Le propos d’une finesse exquise met à l’amende vingt ans de comédie française, stigmatisant par l’absurde l’esprit colonialiste le plus bête et condescendant. L’humour, enfin, se déploie en trésors de répliques hilarantes, de notations burlesques et de dérapages délirants. En bref, la jubilation est de tous les instants. 5/6
Top 10 Année 2006

OSS 117 : Rio ne répond plus
Même formule, même intelligence citationnelle, même acuité dévastatrice avec laquelle sont dépeints les travers d’une France gaulliste qui a pris dix ans de passéisme réac depuis le premier volet. Le monde bouge, mais pas OSS 117, arc-bouté sur un relativisme historique maousse, bloqué dans la répétition du même et comme figé dans son horizon rance et rassis. Ce que cette suite perd en surprise, elle le gagne outrance, en gonflant par l’absurde, les gags et situations les plus poilants, en déclinant un art de la redite et du titillement qui fonctionne depuis la fabrication du film (sa beauté-pastiche hyper soignée), son oralité malade, jusqu’à son ambition satirique volontiers malaisante. Quant à Dujardin, il peaufine un jeu décalé fait d’élasticité ahurie et de dérision à triple fond qui confine au génie. 5/6

The artist
Avec ce film-phénomène au glorieux destin que l’on sait, Hazanavicius confirme ses dons d’alchimiste-réinterpéte des chromos d’antan, et dont la sincérité vibrante dépasse largement le simple talent de copiste. Film muet d’aujourd’hui donc, au regard et un ton résolument modernes, et dont l’absence totale de cynisme, la foi en un premier degré fervent enchantant : une belle histoire, de beaux personnages, un humour désopilant, une émotion simple et forte, une croyance irréductible en la magie intemporelle du cinéma, autant de qualités comme revivifiées par la conscience expressive d’un style qui manie avec le même bonheur la drôlerie poétique et le mélodrame pathétique. Dujardin est égal à lui-même, Bérénice Béjo pétillante et radieuse, et la tombée du générique donne envie d’applaudir. 5/6

Le redoutable
De l’échec de La Chinoise au tournage de Vent d’est, le cinéaste retrace avec une délectable ironie l’engagement et la radicalisation dogmatico-politique d’une icône culturelle vénérée entre toutes. Son sens du pastiche et de la dérision se fond idéalement dans ce détournement fantaisiste devant lequel on ne rit jamais grassement mais qui suscite le sourire de la connivence, le plaisir de la désacralisation, et où une élite intellectuelle confrontée à ses contradictions est sarcastiquement mise en boîte. Quant au grand numéro de Louis Garrel, il contribue à faire de ce JLG odieux et burlesque, détestable et touchant, immature mais d’un courage à la recherche et au renoncement qui suscite une certaine admiration, le formidable héros multi-face d’une comédie réjouissante mais plus amère qu’elle n’y paraît. 5/6


Mon top :

1. OSS 117 : Le Caire, nid d’espions (2006)
2. The artist (2011)
3. OSS 117 : Rio ne répond plus (2009)
4. Le redoutable (217)
5. La classe américaine (1994)

Beaucoup ne voient en Hazanavicius qu’un imitateur plus ou moins doué mais condamné à ne s’épanouir que dans les limites étroites de la référence et de la citation. Personnellement je ne suis pas loin de le considérer comme le cinéaste le plus brillant et stimulant apparu en France dans le domaine de la comédie depuis bien longtemps, tant le soin apporté à la forme de ses entreprises ne me semble jamais prendre le pas sur la substance d’un propos volontiers féroce et démystificateur.
Last edited by Thaddeus on 17 Jan 19, 22:09, edited 1 time in total.
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Re: Michel Hazanavicius

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Bon .. et The Search alors ? :mrgreen:
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Thaddeus
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Re: Michel Hazanavicius

Post by Thaddeus »

Euh... J'avoue que son accueil catastrophique m'avait refroidi.
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Watkinssien
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Re: Michel Hazanavicius

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Thaddeus wrote:Euh... J'avoue que son accueil catastrophique m'avait refroidi.
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:wink:
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