Darren Aronofsky

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Thaddeus
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Darren Aronofsky

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


π
Être génial peut donner de violentes céphalées : c’est le constat auquel arrive Max lorsqu’il finit par s’aérer le crâne à la perceuse. Sans doute voulu comme le nec plus ultra du cinéma indépendant section underground hardcore (soit plans tarabiscotés, noir et blanc filandreux et intrigue absconse), le film raconte l’histoire d’un jeune mathématicien new-yorkais reclus chez lui en quête du chiffre absolu qui combinerait le savoir universel et la connaissance de Dieu. Entre visions lynchiennes (période Eraserhead) et arabesques ésotériques à la Egoyan, il trace son propre sillon, n’hésitant pas à plonger le suc acide d’une paranoïa hypertrophiée dans une mélasse de plus en plus épaisse qui suscite un onirisme cauchemardesque. Si on est loin du chef-d’œuvre, ce devoir de fin d’école reste assez réussi. 4/6

Requiem for a dream
On connaît tous les spots figurant sur les DVD pour mettre en garde le spectateur, à la faveur d’un montage stroboscopique et d’une musique technoïde, contre les méfaits du piratage. Aronofsy s’emploie à étirer ce genre de clips vidéo sur deux heures, et révèle d’un coup sa nature fondamentale de créateur : un cinéaste très sûr de ses effets, dont la fatuité permanente se donne des airs emphatiques, et dont la forme ampoulée ne laisse aucune marge de manœuvre au spectateur en essayant de forcer son ressenti à grands coups de massue tapageurs. Martelant cette idée-truisme selon laquelle la drogue c’est mal, il opte pour une forme de terrorisme audiovisuel aussi assommant que stérile, traitant une série de pathologies compulsives avec un primarisme qui révèle vite sa part d’esbroufe. 3/6

The fountain
Le fond du gouffre. On y voit un petit Saint-Exupéry rasé qui vole au milieu de sphères célestes debout dans sa bulle de savon, le plus souvent en position de yogi. Tout cela au nom de quoi ? De l’Amour, bien sûr. On peine à imaginer jusqu’à quelles profondeurs de kitsch et de ridicule descend le cinéaste dans sa quête du sublime, tous sourcils froncés. Pris d’une soudaine bouffée de mégalomanie illuminée, le Darren se proclame plus grand métaphysicien-poète du monde et livre une bouillabaisse mystique à mourir de rire, qui aligne les plans grandiloquents en même temps qu’il développe un propos dont le simplisme new-age et l’arrogance satisfaite (toute l’histoire de l’humanité, de la Bible au Cosmos, en une 1h30 s’il-vous-plaît) laissent coi. Pas un film nauséabond, juste une énorme daube. 1/6

The wrestler
De façon inattendue, le cinéaste met alors son ego en veilleuse et témoigne d’une belle humilité pour évoquer la trajectoire rugueuse de ce catcheur sur le retour. Il livre ainsi un superbe mélodrame sur le vieillissement des idoles et l’épuisement d’une époque (les 80’s) dont il fait le requiem vibrant et chagriné. Sans commettre l’erreur d’approcher intellectuellement un sujet sans complexité, sans chercher non plus à en cacher la dimension conventionnelle, le réalisateur revigore les développements autour de la chute, du sacrifice et du rachat de son personnage de père et d’athlète dépassé avec une sincérité brute, une finesse psycho-physique presque hustoniens. Servi par un Mickey Rourke prodigieux, cette œuvre très sensible a pu faire reprendre, contre toute attente, espoir en Aronofsky. Mais chassez le naturel… 5/6
Top 10 Année 2008

Black swan
Psychologie de comptoir, quincaillerie freudienne et puritanisme anesthésiant le moindre trouble par une sorte de glacis chic très contrôlé, sans grâce ni mystère. Aronofsky bouffe à tous les râteliers (Polanski, Cronenberg, Argento, Kon) sans arriver à la cheville de ses modèles, grossit ses effets, surligne tout au stabilo (peluches roses, mère gorgone, overdose de miroirs…), histoire de bien se faire comprendre par les trois spectateurs du fond qui n’auraient pas tout suivi. La pyrotechnie déballée se fait le plus souvent ridicule, puis parvient à susciter un certain souffle lors du très beau final, qui rattrape pas mal de choses. Mais le cinéaste se noie bel et bien dans la lourdeur de ses intentions et de son symbolisme grossier, confirmant son tempérament de bourrin avec un melon énorme. Pachydermique. 3/6


Mon top :

1. The wrestler (2008)
2. π (1998)
3. Black swan (2010)
4. Requiem for a dream (2000)
5. The fountain (2006)

Je n’ai jamais compris l’engouement pour ce gros malin d’Aronofsky, cinéaste tape-à-l’œil et peu subtil ; ou plus exactement, je le comprends en ce qu’il est un parangon d’une conception actuelle du cinéma très en vogue mais à laquelle je suis totalement étranger. Son Wrestler restera sans doute l’exception d’une filmo sans grand intérêt pour moi.
Last edited by Thaddeus on 13 Jan 19, 10:40, edited 2 times in total.
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Rockatansky
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Re: Darren Aronofsky

Post by Rockatansky »

J'aime beaucoup ses deux premiers films, je trouve qu'il y avait quelque chose d'hypnotique, la suite me laisse plus dubitatif, pas réussi à aller au bout de The Fountain sans dormir, le succès critique de The Wrestler reste une totale énigme pour moi, resucée déjà vu à la sauce Rocky, mais le pire restait à venir avec Noé nanard cul béni avec un Russel Crowe illuminé assez ridicule, pas vu les 2 autres films et pas vraiment envie de les voir.
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El Dadal
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Re: Darren Aronofsky

Post by El Dadal »

Requiem for a Dream, c'est l'archetype du film que je me passais en boucle ado mais que je n'ai pas revu depuis des années. A contrario, j'avais craché sur le grand guignol de The Fountain à sa sortie, mais le film joue depuis une petite musique de chambre dans ma tête. The Wrestler, je suis d'accord pour dire que c'est une anomalie dans la carrière de son réal. Une ré-vision récente m'a démontré que le film reste toujours aussi beau et touchant (merci Mickey et Marisa quand même). Black Swan c'est bidon et Noé c'est marrant quand il fait du raisin à poil. J'ai π dans ma liste des dvds non visionnés depuis plus de 15 ans!
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Re: Darren Aronofsky

Post by mannhunter »

Thaddeus wrote:ce gros malin d’Aronofsky, cinéaste tape-à-l’œil et peu subtil. Son Wrestler restera sans doute l’exception d’une filmo sans grand intérêt pour moi.
Un peu le même ressenti, j'avais été touché par "Requiem for a dream" à sa sortie cinéma en 2001 mais le film s'est un peu dégonflé pour moi à la revoyure, "Noé" bof bof, "The fountain" attachant mais assez raté, "Black swan" sans plus quant au petit dernier :| ...il y a quelque chose de bourrin et un peu fatigant dans son style et la construction paroxystique (christique?) de ses récits. "The wrestler" est peut-être avec le recul son meilleur film, en bonne partie grâce à la prestation de Mickey Rourke.
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Supfiction
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Re: Darren Aronofsky

Post by Supfiction »

Et merci aussi Evan Rachel Wood. The wrestler effectivement largement au-dessus du lot grace à ses 3 acteurs.
Oui il y a du Rocky dedans mais alors avec une noirceur sans égal meme dans Rocky Balboa.
aelita
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Re: Darren Aronofsky

Post by aelita »

j'adore Pi., je trouve Requiem for a dream très intéressant (pas vu depuis longtemps). Par contre, j'ai été déçue par Black swan et je n'ai pas compris le succès critique du film. Sans être aussi sévère que Thaddeus, je trouve que, comme film sur la folie (ou du moins les troubles psychiques), c'est plutôt "léger" (des scènes spectaculaires, mais pas beaucoup de fond). Et comme film sur la danse, c'est pire : le film réunit tous les clichés sur le sujet sans en oublier un seul.
Natalie Portman est bien, mais ce qu'elle a à jouer est tout de même très convenu.
The wrestler, c'est pas mal du tout (et le film reste dans le domaine du pur réalisme). Mais je crois que le film doit beaucoup à la présence de Mickey Rourke dans le rôle du catcheur en fin de course (genre l'acteur dont on pensait qu'il avait touché le fond et qui revient avec un bon rôle). Et je m'aperçois que j'avais quasiment oublié le film...
Pas vu les autres films.
Last edited by aelita on 16 Sep 17, 23:37, edited 2 times in total.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? (pensée shadok)
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G.T.O
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Re: Darren Aronofsky

Post by G.T.O »

Difficile de savoir ce qui chez Arnofsky vieillit finalement le plus vite ou le plus mal. Les velléités et la mise en scène conçue comme butoir, véritable usine à gaz, le type de montage paroxystiques ( Requiem for a dream), amoncellement prodigieux d'images ridicules ( son chef-d'oeuvre, le délicieusement nanardesque the Fountain), superficialité de l'approche, ou bien l'indifférence que suscite chacun de ses films, malgré leurs efforts incessants à vouloir impressionner et agitations. Avec toujours au final, ce sentiment de gâchis lié à la pompe de l'approche voulant traiter chaque sujet possiblement intéressant ( folie, mort, solitude, deuil, création, déconstruire certains mythes fondateurs) dans le style le plus spectaculaire et putassier possible. De beaux thèmes souvent périphériques mais totalement annihilé par le traitement hyperbolique, frontal et myope d'Aronofsky. Au fond, un cinéma qui n'a pas trop confiance dans ses images. Arnofsky ou quand le nec plus ultra de la mode devient le truc le plus ringard. Donne une idée de ce qui va advenir à Mister Refn...