Pierre Jolivet

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Supfiction
Howard Hughes
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Pierre Jolivet

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http://www.telerama.fr/cinema/mon-cinem ... 124998.php



Simple mortel :
http://www.dvdclassik.com/forum/viewtopic.php?t=8562

Filles uniques :
http://www.dvdclassik.com/forum/viewtopic.php?t=2291

1985 : Strictement personnel
1986 : Le Complexe du kangourou
1989 : Force majeure
1991 : Simple mortel
1993 : À l'heure où les grands fauves vont boire
1997 : Fred
1998 : En plein cœur
1999 : Ma petite entreprise
2002 : Le Frère du guerrier
2003 : Filles uniques
2005 : Zim and Co.
2007 : Je crois que je l'aime
2008 : La Très Très Grande Entreprise
2011 : Mains armées
2015 : Jamais de la vie
2017 : Les Hommes du feu
2019 : Victor & Célia
Last edited by Supfiction on 9 Sep 20, 20:17, edited 1 time in total.
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Supfiction
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Re: Pierre Jolivet

Post by Supfiction »

Mon Top Pierre Jolivet :

1. Jamais de la vie
2. Je crois que je l'aime
3. Fred
4. Le frère du guerrier
5. Ma petite entreprise
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Watkinssien
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Re: Pierre Jolivet

Post by Watkinssien »

En apparence simple, j'ai toujours été séduit par le cinéma de Jolivet que je considère comme l'un des meilleurs cinéastes français émergeant des années 80. Ce n'est pas qu'il ait une puissance stylistique incomparable, mais son art a toujours été au service d'une narration maîtrisée, avec des observations sociales aiguës, même dans des tons en apparences plus légers. Son éclectisme est à saluer, car il n'empêche aucunement d'y voir une personnalité qui s'interroge sur des thématiques autant sociales que psychologiques.

Il a réussi pour moi une des rares tentatives de thriller surnaturel à la française avec l'excellent Simple Mortel et permet de montrer un réel talent pour raconter une histoire pas facile sur le papier et a la rendre totalement haletante. Cinéaste classique, se fondant dans ses intrigues parfois brillamment écrites, je trouve que Jolivet a montré beaucoup de caractère et d'évidence rythmique dans des films comme Filles Uniques (petit chef-d'oeuvre de la comédie française, à côté de tout ce qui fait dans le genre depuis 20 ans), Je crois que je l'aime, La très très Grande Entreprise ou encore assez récemment avec Jamais de la Vie.
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Thaddeus
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Re: Pierre Jolivet

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Force majeure
Morale, responsabilité, héroïsme… De bien grands mots sans doute, dans un débat où les dés sont légèrement pipés et un rien de facilité s’insinue parfois. Il n’empêche : Jolivet réussit une œuvre grave, généreuse, maîtrisée, où l’osmose est bel et bien trouvée entre le scénario, la mise en scène et l’interprétation. Sans lourdeur démonstrative, il autopsie un terrible cas de conscience en des termes limpides et efficaces, aptes à amener chaque spectateur à s’interroger. La réussite humble et simple du film réside dans sa faculté à dévoiler tous les paramètres du choix cornélien qui s’impose aux protagonistes (de leur vécu psychologique à leur environnement social) pour mieux scanner le spectre qui va du courage à l’intégrité, et sans jamais tomber dans l’écueil du manichéisme. 4/6

Simple mortel
Quelque part dans la galaxie, quelqu’un joue aux billes. Par d’étranges sommations en gaélique ancien, il dicte sa conduite à un jeune linguiste, fait de lui le dernier fusible avant l’explosion de la Terre. Ni vaisseaux ni petits hommes verts, nul trucage d’aucune sorte, simplement une voix qui emprunte le canal de toute une quincaillerie électronique devenue le paysage de notre paysage quotidien. Et Jolivet de filmer la peur d’un simple mortel face à des mystères qui le dépassent, d’un fou lucide s’identifiant au bras armé ou au porte-action d’une puissance irresponsable. Avec ce film inquiet et inquiétant, où se formule une angoisse métaphysique n’ayant pas de nom, il prouve que le cinéma français est capable d’offrir un fantastique prenant, intelligent, apte à combler les lecteurs de Bradbury ou de Siodmak. 4/6

Fred
C’est l’histoire éternelle d’un type embarqué dans une grosse galère et qui se démène pour en sortir, une intrigue ordinaire de polar que le cinéaste inscrit dans un cadre social très précis, celui de la précarité quotidienne et du milieu des défavorisés. Pas de flingues, pas de métaphysique de café de commerce ni d’intellectualisme appliqué : Jolivet tient le regard de son héros de bout en bout, et lorsqu’il refuse l’unicité du point de vue c’est pour faire pénétrer dans la réalité sensible afin de proposer encore plus de matière et d’épaisseur. La chronique de la banlieue morose, tristement engluée dans la crise, fournit une authenticité touchante et des accents de blues au parcours poisseux suivi par ce Fred, masse d’humanité tendre et bourrue, qui offre à la série noire son émotion touchante. Un bon gros 4/6.

Ma petite entreprise
On retrouve la générosité chaleureuse qui animait le film précédent dans cette autre saisie en coupe de la réalité contemporaine, qui revêt cette fois les habits guillerets de la comédie tandis que tout le monde (famille, employés, copains du héros) s’associe au sauvetage de la petite entreprise calcinée. Encore une fois Jolivet se montre concerné par le désarroi et les difficultés des victimes de la crise économique, ciselant une galerie de personnages criants de vérité, avec une lucidité et un humour qui en feraient presque un Ken Loach français – ou un pendant hexagonal du génial Full Monty. C’est drôle, sensible, emmené par des acteurs épatants, c’est le social sans larmes, la dignité du travail exaltée sans pathos, le rire pris au sérieux, le plaisir d’un cinéma à hauteur d’hommes. J’aime beaucoup. 5/6

Le frère du guerrier
Pour une fois, le cinéaste s’éloigne de ses préoccupations contemporaines et se lance dans une époque rugueuse, la France du XIIIème siècle. Il faut saluer l’originalité rafraîchissante de ce western médiéval et intimiste, chevauchant à travers d’immenses paysages, nourri d’humanisme et d’écologie, qui revisite le Moyen-âge avec une austérité âpre et un vrai souci d’authenticité. Car il décline un propos d’une belle pertinence sur le sacrifice, la naissance du livre, la force des femmes, le bonheur ambigu d’être frères, l’accès à la connaissance, la transmission du savoir et de la culture, autant de choses dites avec simplicité, peu de mots et des corps en mouvement. Cependant la facture très modeste de l’ensemble frise parfois l’anecdote et ne le prévaut pas d’un certain ennui. 4/6

Jamais de la vie
Vingt ans après Fred, Jolivet en fait une sorte de remake officieux qui prend à nouveau le pouls d’une réalité sociale implacable et sinistrée. Toutes proportions gardées, il a su assimiler les leçons d’un certain cinéma noir américain (celui du Huston de Quand la Ville dort) et conjugue la dimension fatale d’un destin condamné d’avance à une lutte quotidienne pour la survie que n’étouffent jamais complètement l’acharnement de la mouise et la détresse économique. La conduite du récit suit un déroulement classique, la typologie des personnages est assez rude, Gourmet fait du Gourmet (mais il le fait bien) : des ces éléments connus et éprouvés le cinéaste tire pourtant un polar toujours sous tension, dont la sincérité d’engagement et la justesse du regard suscitent une totale adhésion. 5/6


Mon top :

1. Jamais de la vie (2015)
2. Ma petite entreprise (1999)
3. Fred (1996)
4. Simple mortel (1991)
5. Force majeure (1988)

Un cinéaste humble, sans génie évidemment mais dont le regard généreux, juste et précis attire une franche sympathie.
Last edited by Thaddeus on 23 Mar 19, 17:12, edited 2 times in total.
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AtCloseRange
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Re: Pierre Jolivet

Post by AtCloseRange »

Force Majeure, Simple Mortel et Fred laissaient espérer bien mieux que la carrière qui a suivi.
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odelay
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Re: Pierre Jolivet

Post by odelay »

Perso, j'ai découvert Pierre Jolivet avec cet objet. Je pense que je dois toujours l'avoir.

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Alexandre Angel
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Re: Pierre Jolivet

Post by Alexandre Angel »

Mon rapport avec Pierre Jolivet est super bizarre. D'abord, parlons peu mais parlons bien : je n'ai vu aucun de ses films. Comme ça c'est dit. Ensuite, je "vois" le genre : classiquement artisanal, habité, sans génie comme dit Thaddeus mais intelligent. A l'instar (?) du plus jeune Stéphane Brizé, par exemple (je me souviens que MA PETITE ENTREPRISE est sorti dans les mêmes eaux que LE BLEU DES VILLES).
Et régulièrement, on a des nouvelles de ce réalisateur. Nouvelles contemporaines baignées de l'air du temps.
Mais ce qui crée chez moi un effet de distorsion temporelle assez fascinant est le duo comique qu'il formait avec son frère Marc. Car nettement avant Récho et Frigo, je suis sûr de les avoir vus, en noir et blanc, sur la première chaine, faire des sketchs, sans doute en 73 ou 74. C'est loin!
Contemporanéité du cinéma de Pierre Jolivet, méconnaissance personnelle de ses films, souvenirs antédiluviens de ses premières apparitions TV avec son frère, jeunesse relative des intéressés qui ne sont nés qu'au début des années 50... Top weird..
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AtCloseRange
Mémé Lenchon
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Re: Pierre Jolivet

Post by AtCloseRange »

Alexandre Angel wrote:Mon rapport avec Pierre Jolivet est super bizarre. D'abord, parlons peu mais parlons bien : je n'ai vu aucun de ses films. Comme ça c'est dit. Ensuite, je "vois" le genre : classiquement artisanal, habité, sans génie comme dit Thaddeus mais intelligent. A l'instar (?) du plus jeune Stéphane Brizé, par exemple (je me souviens que MA PETITE ENTREPRISE est sorti dans les mêmes eaux que LE BLEU DES VILLES).
Je pense que des films comme Force Majeure ou Simple Mortel en sont justement très éloignés. Il y avait alors une âpreté et une conviction que je n'ai jamais retrouvé après.
S'il n'y a pas de génie (le génie est très rare de toute façon), il y a une singularité très forte.
Le cinéaste de Ma Petite Entreprise est déjà quelqu'un de très différent.
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la_vie_en_blueray
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Re: Pierre Jolivet

Post by la_vie_en_blueray »

AtCloseRange wrote:Force Majeure, Simple Mortel et Fred laissaient espérer bien mieux que la carrière qui a suivi.
Pareil.
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Jeremy Fox
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Re: Pierre Jolivet

Post by Jeremy Fox »

Pas moi puisque je considère Jamais de la vie comme son plus beau film.
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Pomponazzo
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Re: Pierre Jolivet

Post by Pomponazzo »

odelay wrote:Perso, j'ai découvert Pierre Jolivet avec cet objet. Je pense que je dois toujours l'avoir.

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Itou. Génération Brok & Chnok :fiou:
Ils ont gagné ma sympathie à ce moment-là et ça dure. J'aime beaucoup Jamais de la Vie et Ma Petite Entreprise, du bon cinoche.
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Supfiction
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Re: Pierre Jolivet

Post by Supfiction »

Pomponazzo wrote:Génération Brok & Chnok
:D

Le nom "Recho et Frego" ne me rappelait rien mais la photo oui, en revanche.

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Pour ses 40 ans de métier, Marc Jolivet annonça en 2010 qu'il rendra hommage à Recho et Frigo en interprétant lors de son spectacle à la salle Gaveau un petit clin d’œil à ce vestige du passé télévisuel. C'est alors Guy Laporte qui y jouera le rôle de Frigo, Pierre Jolivet n'étant plus amusé par l'idée et n'ayant pas souhaité revenir délirer avec son frère pour ce court instant nostalgique.
mannhunter
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Re: Pierre Jolivet

Post by mannhunter »

Jeremy Fox wrote:je considère Jamais de la vie comme son plus beau film.
Je suis curieux de le voir parce que j'ai été un peu déçu par les deux Jolivet qui l'ont encadré, "mains armées" et le dernier "les hommes du feu".
J'aime bien "Simple mortel" et je garde un bon souvenir de "Fred" et "force majeure".
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Michel2
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Re: Pierre Jolivet

Post by Michel2 »

Je ne considère pas Jolivet comme un "grand" metteur en scène (il lui manque quand même une certaine ampleur formelle pour prétendre à ce titre), mais j'aime bien le regard qu'il porte sur le monde et sur les personnages de ses films, ce qui fait que je le suis depuis déjà un bon moment. Son éclectisme, qui le fait passer du cinéma de genre au film social néo-réaliste plaide aussi en sa faveur à mes yeux : ça passe ou ça casse, mais le bonhomme prend des risques et ne refait pas le même film depuis vingt-cinq ans.

Le frère du guerrier était une tentative assez ambitieuse de se colleter au film historique médiéval, et je trouve que le positif (la capacité à faire vivre un monde et des personnages à la fois proches et éloignés de nous) l'emporte largement sur le négatif (un léger manque de souffle dans la mise en scène, le jeu un poil trop moderne de Mélanie Doutey et un Guillaume Canet pas très convaincant - mais je reconnais que je ne suis pas fan de l'acteur). Contrairement à beaucoup d'entre vous, j'ai pris un plaisir certain à Mains armées, que j'ai trouvé bien troussé - la présence de Roschdy Zem n'y est sans doute pas pour rien non plus.

Les hommes du feu m'a également beaucoup plu, mais là encore, je crois que je suis dans la minorité.
mannhunter
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Re: Pierre Jolivet

Post by mannhunter »

Le nouveau Jolivet démarre timidement au box office à l'instar de ses derniers opus. Personne l'a vu?

http://jpbox-office.com/fichfilm.php?view=2&id=19315