Alan J. Pakula (1928-1998)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Kevin95
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Alan J. Pakula (1928-1998)

Post by Kevin95 »

SEE YOU IN THE MORNING - Alan J. Pakula (1989) découverte

Nat King Cole, un divorce et un suicide alors que le film n'a commencé que depuis une dizaine de minutes. On nage donc dans le gros fun, l'ambiance reflète la transition entre des 80's inconsciente et des 90's sinistres. See You in the Morning est un drama en imperméable, où un couple essaye de se (re)former après un trauma (séparation ou veuvage) dans le froid de l'automne et les quartiers chics de New-York. Derrière ses films politiques, Alan J. Pakula a toujours caché une tendance sentimentalo-mélodramatique, quelle soit camouflée dans une comédie Woody Allen-ienne (Starting Over) ou dans la fresque épique (Comes a Horseman). Ici, le réalisateur ne prend plus la peine de camoufler son gout pour le violon et mitraille dans les larmes, les mises au point au coin d'un lac, les discussions devant un feu de cheminé avec un verre de vin. On a connu le réalisateur plus à l'aise, son âge d'or est derrière lui et c'est en tirant la tronche qu'il entame la dernière partie de sa filmo. See You in the Morning est surtout soutenu par des comédiens tous excellents, à commencer par Jeff Bridges (qui fait super bien Cupidon). Un métrage de secours quand on a rien à regarder ou si on collectionne les apparitions d'enfants stars (la brochette Drew Barrymore, Lukas Haas et Macaulay Culkin a votre disposition). A voir un dimanche après-midi pluvieux... forcément.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Thaddeus
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Re: Alan J. Pakula (1928-1998)

Post by Thaddeus »

Ok, Pakula, très bien, pas de problème, allons-y.


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Klute
Ce remarquable polar paranoïaque, aux prises avec les palpitations, les névroses, les balbutiements d’une époque en mutation, fait la preuve de la richesse du genre quand l’intuition d’un cinéaste le met en synchronisme avec son temps. Servi par le superbe clair-obscur de Gordon Willis, Pakula filme New York, ses immeubles d’affaires, ses appartements sordides, ses baies vitrées, comme une menace perpétuellement inquiétante, où alternent l’être et le paraître, le clinquant et le sombre, et dont le cloisonnement métaphorise une société schizophrène. Quant à Jane Fonda, radieusement belle jusque dans les cernes de l’angoisse, tour à tour femme fatale emplumée puis paumée au nez qui coule, elle offre à ce portrait de femme en plein processus de conscience toute sa magnétique sensibilité. 5/6

À cause d’un assassinat
Paranoïa : délire chronique systématisé avec conservation de la clarté et de l’ordre dans la pensée. Avec ses apparences de maîtrise intellectuelle, son ambiance inquiétante et légèrement kafkaïenne et qui vise à créer une angoisse latente, ce film s’inscrit dans cette logique et semble divaguer à la manière d’Ambrose Bierce. Malgré la part très belle qu’il fait à l’architecture moderne, il est construit comme une symphonie (post) romantique : il en a les motifs réapparaissants et le sentiment fataliste. De ce point de vue, la maîtrise de Pakula est indéniable, et son récit en boucle, faisant du héros la victime malgré lui d’une logique systémique qui l’exploite et le cannibalise, est impeccable. Hélas, je suis resté trop souvent distant, un peu extérieur face à cet exercice de style. 3/6

Les hommes du président
Ce n’est pas l’ombre de Nixon qui veille sur le film, c’est son suaire. Un frisson de bonheur parcourt ainsi l’échine d’une Amérique qui, parfois, s’étonne de son propre courage. Car au-delà des péripéties, il y a dans ce travail la frénésie de perpétuer ce qu’il est bien convenu d’appeler un exemple politique. Jalon incontestable du grand cinéma d’investigation des années 70, plus concret et factuel que le titre précédent, plus attaché également à l’efficacité strictement narrative d’un scénario passionnant, le film gagne aussi en puissance de contestation. Hérauts de la quête de vérité, Sisyphes sans vie privée qui entretiennent le mythe ô combien plaisant de la presse libre capable de faire plier les puissants, Robert Redford et Dustin Hoffman confèrent une belle présence humaine à la démonstration. 4/6

Le choix de Sophie
On sent ici une veine plus appliquée. D’une certaine manière, le trio fou de vie et de mort radicalise celui du célèbre Jules et Jim. Refusant les effets du mélo, rendant plus urgents les affrontements vécus par les protagonistes, le cinéaste s’attaque sur les mobiles, sur cet indicible qui est au cœur du drame de l’héroïne, devenue son propre bourreau, l’image de la tragédie des camps. Peut-être intimidé par le roman de William Styron, Pakula aplanit quelque peu sa sensibilité critique et offensive au profit d’un style moins reconnaissable, davantage inféodé à la force naturelle du sujet et des interprètes. Forcément, lorsque c’est Meryl Streep qui s’y colle, en rescapée des ghettos à l’accent polonais parfaitement restitué, le risque est minime. Un beau film, un peu trop académique peut-être. 4/6


Mon top :

1. Klute (1971)
2. Les hommes du président (1976)
3. Le choix de Sophie (1982)
4. À cause d’un assassinat (1974)

Pas vu grand-chose, donc, de ce réalisateur intéressant et cohérent, qui ne m’a pas toujours totalement transporté mais qui reste très symptomatique d’une certaine époque du cinéma américain.
Last edited by Thaddeus on 26 Jan 19, 18:28, edited 1 time in total.
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7swans
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Re: Alan J. Pakula (1928-1998)

Post by 7swans »

Kevin95 wrote:...Un métrage...
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Sinon, je ne connaissais pas ce film. ça me rend curieux.
Le titre français à l'air d'annoncer la couleur "À demain mon amour", full ballon sur la guimauve, mais pourquoi pas.
There's no such thing as adventure. There's no such thing as romance. There's only trouble and desire.
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AtCloseRange
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Re: Alan J. Pakula (1928-1998)

Post by AtCloseRange »

Jamais entendu parler non plus.
Triste fin de carrière quand même après Le Choix de Sophie.
Allez, je sauve un peu l'Affaire Pélican parce que ça passe bien un dimanche de pluie.
Faut peut-être revoir Orphans mais je me souviens d'un truc assez théâtral.
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AtCloseRange
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Re: Alan J. Pakula (1928-1998)

Post by AtCloseRange »

Thaddeus wrote:Ok, Pakula, très bien, pas de problème, allons-y.


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Klute
Ce remarquable polar paranoïaque, aux prises avec les palpitations, les névroses, les balbutiements d’une époque en mutation, fait la preuve de la richesse du genre quand l’intuition d’un cinéaste le met en synchronisme avec son temps. Servi par le superbe clair-obscur de Gordon Willis, Pakula filme New York, ses immeubles d’affaires, ses appartements sordides, ses baies vitrées, comme une menace perpétuellement inquiétante, où alternent l’être et le paraître, le clinquant et le sombre, et dont le cloisonnement métaphorise une société schizophrène. Quant à Jane Fonda, radieusement belle jusque dans les cernes de l’angoisse, tour à tour femme fatale emplumée puis paumée au nez qui coule, elle offre à ce portrait de femme en plein processus de conscience toute sa magnétique sensibilité. 5/6

À cause d’un assassinat
Paranoïa : délire chronique systématisé avec conservation de la clarté et de l’ordre dans la pensée. Avec ses apparences de maîtrise intellectuelle, son ambiance inquiétante et légèrement kafkaïenne et qui vise à créer une angoisse latente, ce film s’inscrit dans cette logique et semble divaguer à la manière d’Ambrose Bierce. Malgré la part très belle qu’il fait à l’architecture moderne, il est construit comme une symphonie (post) romantique : il en a les motifs réapparaissants et le sentiment fataliste. De ce point de vue, la maîtrise de Pakula est indéniable, et son récit en boucle, faisant du héros la victime malgré lui d’une logique systémique qui l’exploite et le cannibalise, est impeccable. Hélas, je suis resté trop souvent distant, un peu extérieur face à cet exercice de style. 3/6

Les hommes du président
Ce n’est pas l’ombre de Nixon qui veille sur le film, c’est son suaire. Un frisson de bonheur parcourt ainsi l’échine d’une Amérique qui, parfois, s’étonne de son propre courage. Car au-delà des péripéties, il y a dans ce travail la frénésie de perpétuer ce qu’il est bien convenu d’appeler un exemple politique. Jalon incontestable du grand cinéma d’investigation des années 70, plus concret et factuel que le titre précédent, plus attaché également à l’efficacité strictement narrative d’un scénario passionnant, le film gagne aussi en puissance de contestation. Hérauts de la quête de vérité, Sisyphes sans vie privée qui entretiennent le mythe ô combien plaisant de la presse libre capable de faire plier les puissants, Robert Redford et Dustin Hoffman confèrent une belle présence humaine à la démonstration. 4/6

Le choix de Sophie
On sent ici une veine plus appliquée. D’une certaine manière, le trio fou de vie et de mort radicalise celui du célèbre Jules et Jim. Refusant les effets du mélo, rendant plus urgents les affrontements vécus par les protagonistes, le cinéaste s’attaque sur les mobiles, sur cet indicible qui est au cœur du drame de l’héroïne, devenue son propre bourreau, l’image de la tragédie des camps. Peut-être intimidé par le roman de William Styron, Pakula aplanit quelque peu sa sensibilité critique et offensive au profit d’un style moins reconnaissable, davantage inféodé à la force naturelle du sujet et des interprètes. Forcément, lorsque c’est Meryl Streep qui s’y colle, en rescapée des ghettos à l’accent polonais parfaitement restitué, le risque est minime. Un beau film, un peu trop académique peut-être. 4/6


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1. Klute (1971)
2. Les hommes du président (1976)
3. Le choix de Sophie (1982)
4. À cause d’un assassinat (1974)

Pas vu grand-chose, donc, de ce réalisateur intéressant et cohérent, qui ne m’a pas toujours totalement transporté mais qui reste très symptomatique d’une certaine époque du cinéma américain.
Pour une fois, je suis tout à fait d'accord! :mrgreen:
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Demi-Lune
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Re: Alan J. Pakula (1928-1998)

Post by Demi-Lune »

Les hommes du Président, c'est quand même son meilleur film (même si Klute est remarquable).
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AtCloseRange
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Re: Alan J. Pakula (1928-1998)

Post by AtCloseRange »

Rangeons un peu
AtCloseRange wrote:De façon surprenante, il n'y a pas de sujet sur Pakula donc je vais parler ici de Merci d'Avoir été Ma Femme (Pakula - 1979) qui est le premier scénario de Brooks pour le cinéma (et le seul qu'il n'ait pas réalisé).
Je l'avais vu il y a très longtemps sur Canal + et je crois bien qu'à l'époque, ça m'était un peu passé au-dessus de la tête. Aujourd'hui, j'y ai été bien plus sensible ne serait-ce que par l'attention que j'ai porté au scénario de Brooks où on retrouve clairement sa marque que ce soit dans les dialogues ou dans les situations.
On peut s'étonner de retrouver Pakula aux commandes d'un film sentimental de cet acabit qu'on aurait davatage imaginé chez Mazursky (on y retrouve d'ailleurs Jill Clayburgh) ou un Woody Allen doux amer (la photo de Sven Nykvist renvoyant d'ailleurs à leur future collaboration). Même surprise pour la distribution puisque c'est Burt Reynolds qui essaie ici de casser son image de mâle triomphant des 70s dans le rôle d'un homme quitté par sa femme. C'est d'ailleurs un peu la faiblesse du film à cause du registre trop limité de Reynolds (il sera plus convaincant dans un rôle semblable dans L'Homme à Femmes de Blake Edwards).
A conseiller donc aux complétistes de James Brooks.
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Gounou
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Re: Alan J. Pakula (1928-1998)

Post by Gounou »

Demi-Lune wrote:Les hommes du Président, c'est quand même son meilleur film (même si Klute est remarquable).
Deux grands films. Et Pelican Brief un bon thriller de dimanche pluvieux comme le dit ACR... le fait est qu'on en voit plus beaucoup d'une telle facture, quel que soit le prix qu'on y accorde.
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G.T.O
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Re: Alan J. Pakula (1928-1998)

Post by G.T.O »

Demi-Lune wrote:Les hommes du Président, c'est quand même son meilleur film (même si Klute est remarquable).
Même si j'aime bien Les hommes du président et garde un bon souvenir de Klute, je considère A cause d'un assassinat comme son plus grand film. C'est un thriller paranoiaque post watergate assez bizarre, protéiforme, avec une photo superbe et Warren Beatty impressionnant. Beaucoup plus étrange et fascinant perso que le procédural Les hommes.
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Boubakar
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Re: Alan J. Pakula (1928-1998)

Post by Boubakar »

Demi-Lune wrote:Les hommes du Président, c'est quand même son meilleur film (même si Klute est remarquable).
Disons que si tu l'as vu après La classe américaine, le souvenir est si fort qu'il est impossible de prendre Les hommes du président au sérieux :mrgreen:
En partie à cause de ça, mon préféré du réalisateur reste A cause d'un assassinat.
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Demi-Lune
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Re: Alan J. Pakula (1928-1998)

Post by Demi-Lune »

AtCloseRange wrote:Triste fin de carrière quand même après Le Choix de Sophie.
Allez, je sauve un peu l'Affaire Pélican parce que ça passe bien un dimanche de pluie.
Ennemis rapprochés n'est pas si mal, dans mon souvenir. Rien de renversant, et il faut se pincer pour se dire que c'est le mec qui a fait les grands thrillers paranos des 70's qui est derrière la caméra, mais en tant que film du dimanche soir pluvieux ( :mrgreen: ), je crois que ça remplissait honnêtement son office. C'est peut-être le dernier film où Ford a l'air de s'impliquer encore un minimum...

Edit : très peu de souvenirs en revanche de Présumé innocent, si ce n'est Greta Scacchi, et la fin...
Last edited by Demi-Lune on 27 Jul 17, 17:32, edited 2 times in total.
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Re: Alan J. Pakula (1928-1998)

Post by AtCloseRange »

Demi-Lune wrote:
AtCloseRange wrote:Triste fin de carrière quand même après Le Choix de Sophie.
Allez, je sauve un peu l'Affaire Pélican parce que ça passe bien un dimanche de pluie.
Ennemis rapprochés n'est pas si mal, dans mon souvenir. Rien de renversant, et il faut se pincer pour se dire que c'est le mec qui a fait les grands thrillers paranos des 70's qui est derrière la caméra, mais en tant que film du dimanche soir pluvieux ( :mrgreen: ), je crois que ça remplissait honnêtement son office. C'est peut-être le dernier film où Ford a l'air de s'impliquer encore un minimum...
A vrai dire il y a les films qu'il a fait avec Gordon Willis et les autres (même si je n'aime guère A Cause d'un Assassinat - surtout à cause de son scénario mal fichu).
J'avais oublié son incursion dans le western, Le Souffle de la Tempête (passé sur la 5 à l'époque, je crois bien). Pas un mauvais souvenir, mon DVD traîne toujours en attente de visionnage... depuis 10 ans.
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Watkinssien
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Re: Alan J. Pakula (1928-1998)

Post by Watkinssien »

G.T.O wrote: Même si j'aime bien Les hommes du président et garde un bon souvenir de Klute, je considère A cause d'un assassinat comme son plus grand film. C'est un thriller paranoiaque post watergate assez bizarre, protéiforme, avec une photo superbe et Warren Beatty impressionnant. Beaucoup plus étrange et fascinant perso que le procédural Les hommes.
Je ne cracherai jamais sur ce remarquable The Parallax View et il a été longtemps mon Pakula préféré car ne ressemblant au final à aucun autre thriller paranoïaque. Mais les révisions récentes de All the President's Men m'a fait pencher la balance sur ce dernier, car au-delà de la précision du sujet traité, c'est la mise en scène qui m'a encore plus bluffé. Elle est dotée d'une virtuosité formelle d'autant plus impressionnante qu'elle est quasiment "invisible", on ne note pas de suite à quel point techniquement le film est d'un haut niveau, d'autant plus que cela s'accorde brillamment avec son intrigue et ses enjeux.
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Thaddeus
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Re: Alan J. Pakula (1928-1998)

Post by Thaddeus »

AtCloseRange wrote:J'avais oublié son incursion dans le western, Le Souffle de la Tempête (passé sur la 5 à l'époque, je crois bien). Pas un mauvais souvenir, mon DVD traîne toujours en attente de visionnage... depuis 10 ans.
Merci de me rappeler l'existence de ce film qui m'a vaguement fait de l'oeil pendant un temps. Un jour peut-être...
En fait Pakula c'est surtout l'auteur de deux-trois jalons remarquables dans les années soixante-dix et puis c'est tout, non ? C'est déjà beaucoup, me direz-vous.
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Michel2
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Re: Alan J. Pakula (1928-1998)

Post by Michel2 »

Pas que, en fait : même s'il simplifie beaucoup des aspects du roman de William Styron, Le choix de Sophie n'en reste pas moins un film estimable. Et il ne faut pas non plus oublier que dans les années 60, Pakula a été le producteur de Robert Mulligan avant de passer à la réalisation.

Même si ce n'est pas le meilleur film de Pakula, je nourris une certaine tendresse pour Présumé innocent, que je revois assez régulièrement. Le fait que j'y prenne toujours le même plaisir alors que j'en connais toutes les péripéties et le twist final démontre bien qu'il y a davantage dans cette affaire qu'un simple film de procès banal et formaté, d'autant que les films de procès ne me passionnent pas plus que ça à la base. Plus que l'intrigue, c'est l'atmosphère à la fois amère et mélancolique du film qui me parle, et la musique de John Williams n'y est sans doute pas pour peu. Je vois ça moins comme un whodunit à la "alors,il a tué sa maîtresse ou pas ?" que comme une méditation sur le désir évanoui et la sensation de vide et de regret qu'il laisse derrière lui. Au fond, le personnage d'Harrison Ford était moins amoureux de la femme fatale Greta Scacchi que du désir qu'il éprouvait pour elle, d'où son obsession pour un passé envolé qu'il ne peut s'empêcher de ressasser et dans le souvenir duquel il va constamment se réfugier.

Et c'est aussi un film plus subtil qu'il n'y paraît, peut-être même un peu trop subtil pour son bien. Je me souviens qu'il avait été descendu à sa sortie au motif qu'il s'agissait d'une énième oeuvre moralisatrice d'obédience reaganienne qui exaltait la fidélité dans le mariage et condamnait l'adultère comme un péché cardinal qui ne peut conduire qu'à la damnation et la mort. Or si on regarde la chose d'un peu près, on s'apercevra que non seulement la peinture du mariage n'y est pas si rose qu'on a bien voulu le dire mais que...
Spoiler (cliquez pour afficher)
... le personage de l'épouse tient davantage de la prédatrice obsessionelle qui étouffe son conjoint que de la femme au foyer bafouée qui reste digne dans l'humiliation. Elle a abandonné son doctorat après son mariage parce que son mari était devenu le centre de son existence, elle ne fait rien de sa vie hormis coller en permanence à son époux pour ne vivre que pour et par lui, et lui-même semble s'être rendu compte assez vite que quelque chose ne tournait pas rond chez sa femme. Certaines des répliques du personnage de Barbara durant le premier acte prennent un sens totalement différent quand on connaît le fin mot de l'affaire, et la manière même dont elle a tué Carolyn démontre qu'elle est potentiellement pire que sa victime : Carolyn était une arriviste manipulatrice et sans scrupules mais Barbara bascule sans hésiter dans la folie meurtrière dès qu'elle a le sentiment que le cocon qu'elle a construit autour de son mari est menacé. Le ton limite catatonique sur lequel elle livre sa confession finale montre bien à quel point il y a quelque chose de quasi-psychotique chez elle. Et dans cette optique, le soi-disant happy-end n'en est plus un du tout : le personnage d'Harrison Ford est certes innocenté mais il se retrouve condamné à vivre avec sa vampire d'épouse dont il sait qu'elle est folle, mais sans pouvoir la dénoncer.
Last edited by Michel2 on 27 Jul 17, 20:33, edited 1 time in total.