Paul Thomas Anderson

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Thaddeus
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Paul Thomas Anderson

Post by Thaddeus »

Parce que, sauf erreur de ma part, le cinéaste n'avait pas encore de topic pour lui tout seul, et qu'il est placé en très haute estime par bien des membres de ce forum. Jeremy le prend pour le nouveau Kubrick, Gounou estime qu'il est le plus grand cinéaste de ce siècle (après Hang Sang-soo et David Lynch), ACR pense qu'il est le seul à pouvoir sauver un cinéma américain en état de quasi mort cérébrale, El Dadal n'en peut plus de proclamer son amour infini pour Inherent Vice... Classements, assertions générales et opinions sur l'ex-wonderboy devenu grand.

Les liens vers les topics consacrés aux films :

Boogie Nights
Magnolia
Punch-drunk Love
There Will Be Blood
The Master
Inherent Vice
Phantom Thread


Pour ma part :


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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Boogie nights
Bien sûr Anderson pompe les trois quarts de ses procédés et de ses effets chez Scorsese, évidemment son deuxième film souffre de débordements et de coquetteries en tous genres, mais ces péchés de jeunesse sont véniels en regard de l’énergie et de la verve dont il témoigne à travers cette chronique proliférante de l’âge d’or du porno et de son industrie marginale. À la cour pagayeuse d’un roi du X s’agite tout un petit monde pittoresque et pathétique, une microsociété obsolète sur laquelle le cinéaste, aux antipodes de la gaudriole et du voyeurisme, porte un regard mi-tendre mi-amusé : belles filles paumées mimant l’orgasme, naïfs bercés d’illusions, candides bouffés par les dérives (mauvais goût, stupre et luxure) de la libération sexuelle. Une vraie réussite, pleine de scènes mémorables. 5/6

Magnolia
Le débit frénétique du précédent film est appliqué à une fresque sociale plus ample et ambitieuse, qui chasse assez clairement sur les terres d’Altman, la férocité et la distanciation ironique en moins. Anderson est doué et virtuose (il le clame d’ailleurs avec un peu trop d’insistance), et son soap-opera de luxe emporterait nettement le morceau s’il ne croulait sous la lourdeur démonstrative de ses intentions (Culpabilité, Pardon et Rédemption en mode XXL, attention les enfants), non dénuées d’un puritanisme moralisateur. Mais le patchwork psycho-philosophique embobine à l’usure : le rêve américain est dynamité au sein d'une Californie sans palmiers, les personnages sont complexes et fascinants, le foisonnement polyphonique en impose, et certaines séquences, tel le déluge final, impressionnent. 4/6

Punch-drunk love
Ce repli à un registre low-fi témoigne d’une démarche intelligente, qui cherche à élargir sa palette et à défricher de nouveaux terrains. Puisant ses références chez Jacques Tati et Blake Edwards, mais aussi dans les clichés de la comédie romantique, qu’il tord et rafraîchit par tout un jeu de dissonances incongrues, le réalisateur organise une romance poétique au climat insolite, pratiquant l’excentricité sans jamais s’appesantir en adoptant le point de vue décalé d’un introverti inhibé par ses phobies, sanglé dans un costume bleu électrique et accusant les coups du sort avec flegme. Du surréalisme au spectacle musical, du cas clinique à la ballade décalée, le film fonctionne par ruptures déroutantes, bifurcations impulsives, dispense un charme singulier à défaut d’être complètement accompli. 4/6

There will be blood
À rebours des épanchements spectaculaires, le cinéaste offre sa vision de la ruée vers l’or, dont le souffle épique se nourrit de tension contemplative, malade et tourmentée. Le chromo du rêve américain s’évanouit au profit d’une âpreté cruelle et désenchantée, à l’ironie noire : absolument prodigieux, Daniel Day-Lewis compose la figure terrible d’un self-made man damné, dont la richesse sonne comme une déchéance. Sous les patronages prestigieux de Stroheim et Kubrick, le cinéaste dénude les racines de la rapacité, de l’ambition et de la misanthropie destructrices, plonge dans le ventre d’une Amérique bâtie sur le capitalisme dévorant et la religion mystificatrice. Le drame atteint des dimensions bibliques, le portrait de l’antihéros consumé fascine, le lyrisme sec et sans emphase emporte telle une lame de fond. Grand film. 5/6
Top 10 Année 2007

The master
Anderson aurait pu se contenter de récolter les dividendes du précédent film mais il choisit de prendre à rebours son sujet et oppose à la satisfaction immédiate du spectateur une fuyante et déroutante odyssée intérieure dans l’Amérique faussement prospère des années cinquante. Toute en décrochages dissonants et confrontations incongrues, elle offre un visage singulier à une folie ordinaire qui fait de l’aliénation servile et de la soumission désirée le terreau d’une étrange forme d’amitié et d’interdépendance. S’il n’engage que peu d’émotion, le film, ponctué de trouées parfois cocasses, parfois hypnotiques, et narré sur un tempo très particulier fait d’ellipses et d’attentes, témoigne d’une maîtrise intacte, d’un refus constant de se laisser dominer par les attentes et les lieux communs. 4/6

Inherent vice
On mesure parfois les réussites à la manière dont son auteur assaisonne une tambouille parfaitement identifiée pour lui apporter sa saveur toute personnelle. Anderson en offre un bel exemple et livre un film noir emberlificoté comme du Chandler, nonchalant comme le classique d’Altman (en moins ironique) et décontracté comme le film-culte des Coen (en moins délirant). Si l’on apprivoise son faux rythme volontaire, sa fantaisie déceptive, sa pointe de désenchantement qui prévient le cliché psychédélique et solde les idéaux d’une époque grignotée par les puissances de l’ordre et de l’argent, c’est un plaisir complet de se laisse happer par ce polar nébuleux aux senteurs de floraison karmique, cette comédie touffue et mélancolique, ce film joyeux mais laissant une drôle d’impression peu triste. 5/6

Phantom thread
De l’histoire conventionnelle du Pygmalion autoritaire et de la muse transfigurée par son regard créateur, le cinéaste tire un labyrinthe d’énigmes et d’illusions, une pièce d’orfèvrerie magnifiquement retorse qui travaille et tisse sa propre perfection. La couleur des étoffes et du taffetas, le bruissement de la soie, le tombé des traînes constituent l’écrin d’une passion vécue comme une valse oscillatoire entre le pouvoir du despote et la soumission de l’admiratrice, la vulnérabilité de l’enfant blessé et les dons curatifs de l’amante dickensienne. C’est bien de l’alchimie de cette relation singulière, qui voit deux êtres emprunter des voies équivoques pour s’accorder en un pur consentement, un mutuel épanouissement, qu’émanent son mystérieux romantisme, son étrangeté magnétique, son insolite mais très entêtante beauté. 5/6
Top 10 Année 2017


Mon top :

1. There will be blood (2007)
2. Phantom thread (2017)
3. Boogie nights (1997)
4. Inherent vice (2014)
5. The master (2012)

De tous les réalisateurs américains apparus depuis les années quatre-vingt-dix, il est sans doute considéré aujourd’hui comme l’un des plus précieux. Sa désormais grande notoriété, encore accrue par la relative rareté de sa production, est bien légitime. Car si la première partie de sa carrière a pu laisser planer un doute sur la nature de son indiscutable talent, la profondeur, la maturité et la richesse de ses derniers films portent à croire qu’il laissera sa marque dans l’histoire du cinéma contemporain.
Last edited by Thaddeus on 2 Feb 20, 01:51, edited 4 times in total.
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Watkinssien
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Re: Paul Thomas Anderson

Post by Watkinssien »

Pour ma part, il fait déjà partie des plus belles révélations de ces 20 dernières années et je le considère depuis longtemps comme un maître du cinéma.

Anderson a démontré qu'il n'était pas seulement un prodige malin et ambitieux dans sa science de la mise en scène, mais également un virtuose dans ses différentes approches, capables de filmer aussi bien l'intimité que le spectaculaire, tout en montrant constamment un contrôle, une personnalité (même blindée d'influences ou de références).

J'ai été soufflé par Boogie Nights ou Magnolia, qui comportent des séquences qui m'ont réellement secoué. Mais quand est arrivé There will be Blood, je me suis immédiatement dit que j'étais en train de voir un chef-d'oeuvre, qui appartenait à ceux qui était exigeants, qui se "méritaient", qui ne vieilliront pas.
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Jeremy Fox
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Re: Paul Thomas Anderson

Post by Jeremy Fox »

Dans le désordre le plus total en fonction de ce que j'ai retrouvé à droite à gauche :

Inherent Vice

Du Chandler sous acides pour un film de situations, de personnages et de dialogues dans lequel l'intrigue (pas si aussi obscure que ça ; la preuve, je suis arrivé à reconstituer le puzzle) n'est pas ce qu'il y a de plus important. Mise en scène d'une maîtrise incroyable une fois de plus avec, comme dans les films de Tati, des tas de choses qui se déroulent à l'arrière plan et qu'il faudra plusieurs visions pour en découvrir toutes les richesses. Un Joaquin Phoenix qui prouve une nouvelle fois qu'il est le plus étonnant acteur de sa génération, une bande originale fabuleuse et un casting de malade (le Omar de the Wire, superbe Joanna Newson, un Martin Short hallucinant, un Josh Brolin drolissime...) Un film au ton unique entre The Long Goodbye, Tex Avery et The Big Lebowski. Je pense encore mieux l'apprécier lors d'une future revision ; en revanche je ne le conseillerais pas à tout le monde car je comprends qu'on puisse s'y ennuyer à mourir, le film étant constitué presque exclusivement de très longues séquences dialoguées.... Sans oublier une mémorable Katherine Waterston ; à peine deux séquences mais quelles séquences ! Notamment la seconde qui ravira les amateurs de Foot Fetish :mrgreen:

8/10

The Master

Vous mélangez les avis de El Dadal et de Gounou en page 3 du topic consacré au film avec, comme Ratatouille une admiration sans bornes pour la BO absolument phénoménale, et vous aurez à peu près mon ressenti sur ce film qui, également du point de vue de la mise en scène et de l'interprétation (Joaquin Phoenix est décidément l'un des plus grands comédiens actuels) m'a paru d'une maîtrise confondante. Un film qui m'a envouté et que je suis loin d'avoir trouvé froid et désincarné, tout au contraire. Sa richesse thématique, ses ellipses et ses zones d'ombres me font penser que de multiples visions ne seront pas de trop pour l'appréhender dans son ensemble. Chef-d’œuvre !

9.5/10


Boogie Nights

Impressionnant, aussi drôle que virtuose, fabuleusement rythmé -le travail sur la musique est une nouvelle fois assez phénoménal-, génialement interprété... déroutant à mi-parcours par son changement presque total de ton mais tellement culotté que -même si par la suite PTA fera à mon goût encore mieux- Boogie Nights s'avère être un deuxième film d'une maitrise confondante. Me reste à découvrir Hard Eight et j'aurais vu -et adoré- tous ses films ; PTA est mon Kubrick des années 2000.

7.5/10

Punch-Drunk Love

J'y allais en trainant un peu la patte et quelle surprise de voir une comédie romantique d'une telle originalité. Un OVNI qu'il est difficile d'appréhender au départ et dont la petite musique finit par accrocher pour ne plus nous lâcher (au moins en ce qui me concerne). Les deux acteurs principaux sont vraiment très bien (Quel bonheur de retrouver Emily Watson), le scénario jouissivement surréaliste et la mise en scène constamment virtuose. Ajoutez à ça une bande sonore et musicale étonnante et attachante et vous n'aurez pas le film du siècle mais une vraiment excellente découverte.

13 ans plus tard :

La comédie romantique la plus originale de l'histoire du cinéma et un travail sur la musique assez phénoménal signé John Brion. Quant à Emily Watson, elle continue à me faire craquer ; le dialogue lors de la scène d'amour est des plus culottés. Aussi drôle qu'unique !

7.5/10


Magnolia

Quelle densité dans les thèmes abordés ! Quelle virtuosité de l'écriture et de la mise en scène ! Quelle fabuleuse direction d'acteurs une fois encore ; Tom Cruise est même arrivé à me faire pleurer. Quelle partition de Jon Brion ! Un film dont il me faudra plusieurs visionnages pour en épuiser toutes les richesses, un film d'une formidable puissance émotionnelle. Un chef-d’œuvre de plus pour ce cinéaste surdoué.

8.5/10


There Wiil Be Blood

La puissance phénoménale des images, le fabuleux muet premier quart d'heure, le talent de Paul Dano et Daniel Day Lewis, celui de Jonny Greenwood (moins marquant néanmoins chez Anderson que Jon Brion), la maitrise parfaite du scope et des cadrages n'empêche pas ce film impressionnant niveau mise en scène de me laisser assez froid, de ne presque jamais me captiver surtout dans sa seconde partie qui m'a semblé ne plus finir, succession de séquences bien trop étirées à mon goût. Et puis je ne pardonne pas à Anderson son utilisation ridicule du concerto pour violon de Brahms. Bref, c'est clair que ce n'est pas un film de débutant, c'est d'une virtuosité confondante... et pourtant c'est de loin le film de PTA que j'apprécie le moins, ne m'étant qu'assez peu intéressé à l'intrigue ainsi qu'au sort des personnages.
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Zelda Zonk
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Re: Paul Thomas Anderson

Post by Zelda Zonk »

Jeremy Fox wrote:Autant dire que je me réserve There Will Be Blood pour bientôt ; vu une seule fois pour l'instant et pas apprécié plus que ça faute à un état de fatigue avancé ; mais comme il s'agit d'un des dix films préférés de Mme Fox, je lui fais entièrement confiance et ça devrait le faire.
Ah oui, là ça va pas du tout Jeremy ! S'endormir devant un tel monument, non mais... :P
Un des plus grands films du 21e siècle, pour ma part, même si on n'est certes qu'en 2017... :wink: (clin d'œil au topic d'à côté sur les chefs-d'œuvre du XXIe siècle)
Max Schreck
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Re: Paul Thomas Anderson

Post by Max Schreck »

Hard Eight, 1996
Premier long-métrage, inédit en France, d'un jeune prodige du cinéma américain contemporain (26 ans), réalisé avec le soutien du Sundance Institute. Anderson développe ici le point de départ de son précédent court-métrage, aboutissant à un film noir à la mélancolie sourde, situé dans un Vegas plein de couleurs qu'il nous montre un peu par la porte de service. Et puis soudain, des choses étranges arrivent, comme seule la vie est capable d'en produire, toujours surprenante et pas forcément signifiante. Et le film nous emmène ainsi sans qu'on sache vraiment où, bifurquant brutalement au moment où on s'y attend le moins, et ce plusieurs fois. Involontairement — il fut contraint de raccourcir — Anderson ose laisser dans sa narration des trous béants qui ne seront jamais comblés, et qui renforcent le mystère et le poids de ses personnages. Dans ce monde de casinos, de tristesse et de rêves d'argent facile, on n'est jamais à l'abri d'un coup du sort. Tout est possible et c'est magnifiquement montré, jamais cruel. L'émotion qui en sort au final est d'une belle intensité.

Comment décrire la véritable fascination que le cinéaste parvient à faire naître de ses images ? Les 10 premières minutes captivent d'emblée par cette pleine maîtrise d'un langage : cadres soigneusement composés, plans qui durent, emploi affirmé de la musique (Michael Penn et Jon Brion) et des effets sonores. En plus d'une écriture brillante et d'un vrai sens du portrait, l'évidente virtuosité de la mise en scène, en même temps qu'elle ravit l'oeil, est comme un écrin de rêve pour les performances de ses acteurs. Et puis quel plaisir de voir déjà constituée une partie de cette troupe qu'on appréciera de retrouver par la suite : J.C. Reilly et Philip Baker Hall bien sûr, personnages vraiment sublimés. Mais aussi Philip Seymour Hoffman qui fait un numéro mémorable, et même Melora Walters qui apparaît le temps d'une très courte scène (et on ne sera guère étonné d'entendre la voix de Aimee Mann sur la chanson du générique de fin). Je retiens également une scène assez marquante qui réunit notamment Reilly, Baker Hall et Gwyneth Paltrow dans une chambre de motel, morceau de bravoure en temps réel pendant quasiment une bobine. Bref, Anderson fait preuve d'un appétit de cinéma qui me comble et permet au film de supporter les multiples visions. Une vraie réussite.



Boogie nights, 1997
Un film rempli à ras-bord mais pas fourre-tout pour autant. Et qui surtout parvient à s'emparer d'une sujet sulfureux sans verser dans le mauvais goût, le moralisme ou la caricature (quand bien même il aborde précisément ces questions). Ça donne une fresque somptueuse et fiévreuse, en scope couleurs et porté par une bande son à l'énergie purement scorsesienne. Portrait d'une époque qui bascule dans une autre, film-choral, Boogie nights se présente aussi comme un réservoir d'acteurs ahurissant. Même dans des petits rôles, croiser Luis Guzman, Seymour Hoffman ou W.H. Macy suffit déjà à me mettre en joie. Le film a aussi redonné un beau rôle à un Burt Reynolds presque oublié, et en plus d'avoir révélé à mes yeux Julianne Moore a quand même fait démarrer la carrière de Marky Mark sur un terrain franchement pas évident. J'aime continuer à retrouver à l'occasion cet acteur dans des films d'auteurs (alors qu'on a complètement perdu Heather Graham). Tous les comédiens sont ici magnifiques, et malgré un temps de présence forcément réduit, leurs persos sont vraiment bien traités, avec bienveillance mais tout en assumant aussi la dimension parfois grotesque qu'implique le milieu dans lequel ils travaillent.

Mise en scène et montage imposent l'admiration tant tout est fluide. Un grand film qui n'a pas fini de dévoiler de nouvelles richesses, et dont j'adore tous les moments, y compris la période tragicomique lorsque Wahlberg et Reilly se font braqueurs amateurs.



Magnolia, 1999
On a là l'aboutissement de ce qu'on pourra rétrospectivement considérer comma la première période du cinéaste. Cette fois la durée du récit s'affranchit des contraintes commerciales. Grâce à une mise en scène bluffante qui enchaîne les moments d'anthologie, et un montage complètement calé sur la musique qui ne s'arrête jamais, et qui joue des raccords dans le mouvement pour passer d'une histoire à l'autre, on ne sent pas passer les 3h de cette éprouvante soirée. J'ai toujours été inexplicablement sensible à tout ces notions de hasard et de coïncidences, ici comme chez le Demy des Demoiselles de Rochefort, qui me semble une référence tellement évidente.

J'aime tous ses magnifiques personnages, je me régale de ces interprétations grandioses, les chansons d'Aimee Mann me serrent le cœur et même si j'ai vu le film un paquet de fois, je vibre avec les personnages, et ne souhaite que leur bonheur. Et le metteur en scène démiurge a en plus le bon goût de ne pas se montrer inutilement cruel et de laisser passer la lumière. J'arrête là le blabla, j'adore tout simplement ce foutu film, qui reste mon préféré du cinéaste s'il fallait hierarchiser. Et c'est aussi l'un des plus beaux derniers plans que je connaisse du cinéma mondial, osmose parfaite entre son, image et émotion.



Punch-drunk love, 2002
Un ovni absolu. Un de mes plus grands chocs visuels et émotionnels l'année de sa sortie. J'en trépignait de bonheur lorsque les lumières se sont rallumées. A chaque fois que je revois, je n'en reviens pas qu'un truc aussi bizarre et audacieux ait pu être librement tourné (impression qui se banalisera en se répétant sur les films suivants, tout aussi hors-catégories). Dès l'ouverture du film, ce qui nous est donné à voir est tellement singulier, quasiment avant-gardiste que j'étais conquis. A la fois par son côté imprévisible, ses audaces de mise en scène, cette volonté de bizarrerie d'autant plus troublante que finalement le film ne raconte rien de réellement improbable ou fantaisiste. Au contraire même, puisqu'en son cœur il y a une véritable histoire d'amour. Et puis c'est aussi très drôle. Bref, on se fait agréablement promener par divers états.

C'est le film qui fait qu'alors que sa carrière ne m'a jamais intéressé, je conserve un minimum de sympathie pour Adam Sandler. Le couple qu'il forme ici avec Watson est d'une grâce bouleversante. Pour moi, c'est un vrai chef-d'oeuvre tellement à part que j'aurais du mal à trouver les mots pour en parler. Je pense qu'on peut le rejetter en bloc ou y adhérer fusionnellement, mais en tous ces on ne peut rester insensible devant cette proposition.



The Master, 2012
J'adore sans réserve tous les précédents films du cinéaste. Mais si ici je ne me suis pas ennuyé (le film est beau et imprévisible, donc fascinant tout du long), je n'ai pas été convaincu par la démarche d'Anderson. L'histoire, le parcours des personnages sont relativement lisibles, malgré une vraie volonté de fabriquer de l'hermétisme. Mais je n'ai pas eu suffisamment de points d'accroche. Un peu l'impression que le réalisateur a éliminé tout ce qui pourrait ressembler à des scènes pivots, des moments qui font avancer ou basculer le récit. Et que ce qui reste sert surtout de super véhicule (comme disent les anglo-saxons) pour les comédiens, au premier rang desquels Joaquin Phoenix est méconnaissable. Le film a quand même réussi à m'émouvoir, et cette émotion a évidemment été permise par toute la patiente construction du metteur en scène. Et il se peut que ce soit le genre de film qui gagne à mûrir dans la tête, dans le souvenir. Mais à ce stade, non seulement je n'ai pas vraiment d'arguments pour le défendre ou me l'approprier mais surtout il a presque quitté ma mémoire, contrairement à tous les autres titres.

There will be blood était aussi à sa façon une sorte d'objet filmique singulier, s'efforçant de créer de nouveaux codes. Mais j'y avais trouvé davantage mon compte. Restrospectivement, les dialogues m'y semblent mieux écrits, les personnages mieux incarnés, le récit plus romanesque (donc plus immédiatement séduisant).



Inherent vice, 2014
Un genre de The Big Lebowski lynchien (la présence de Del Toro qui revient faire l'avocat zarbi, renvoyant également à l'univers de Las Vegas parano). Joaquin Phoenix m'énerve à force de se montrer aussi constant dans le génie, tout en proposant à chaque fois une composition différente. Drôle mais sans jouer la bouffonnerie, donc foncièrement touchant, son personnage incarne ici plus que jamais l'âme du film, tout le récit donnant l'impression de se passer dans sa tête. En effet, pratiquement tous les éléments de son enquête (noms de personnages, de lieux) semblent lui être fournis par le hasard des rencontres : à moins d'avoir raté un truc, les personnages de Tariq et Hope prennent eux-même l'initiative de le contacter, et comme par hasard leur problème s'avère être une pièce du puzzle sur lequel il enquête (et même quand Sashta vient lui parler de Wolfmann, il avait lu son nom dans le journal). Ajoutons à ça, la sensation étrange que la chronologie des faits ne semble pas toujours rigoureusement agencée, et on finit par se dire que le film pousse à interroger constamment les apparences, et donc à précisément favoriser l'identification avec ce personnage de privé défoncé qui assume par conséquent pleinement le risque de paranoïa et d'hallucination. On est dans cette Amérique de Nixon où les flics et les feds traquent les hippies drogués de Californie (celle dépeinte par un Philip K. Dick). Mais même sous influence, et même s'il passe par des moments douloureux, le héros s'avère redoutablement compétent, et c'est assez touchant de le voir réagir et redéfinir ses priorités en fonction de ses découvertes et de son sens réel de la justice.

En fait, j'ai rien capté au film, mais me suis laissé porter par son atmosphère. La musique est cool, y'a du beau monde (coucou Martin Short !). Au-delà de tout ça, ce que j'ai adoré c'est d'assister à l'évolution du cinéma d'Anderson, ce film semblant finalement proposer une nouvelle direction après l'hermétisme glaçant de The Master, qui faisait lui-même suite à la rigueur implacable de There will be blood, qui lui-même faisait suite à la recherche d'une narration anticonventionnelle de Punch-drunk love. Ici, donc, la mise en scène apparaît moins léchée, caméra souvent portée, près des visages, mais ça reste d'une constante fluidité alors que le récit se déroule de façon totalement imprévisible (décidément un mot-clé dans l'œuvre du cinéaste), tant par son rythme que par son sujet. Ce n'est donc pas une rupture, ni une progression, c'est juste que ça vit (de même pour Jonny Greenwood qui a mis de l'eau dans son vin). J'aime bien les cinéastes qui refont toujours le même film, dont l'univers formel rassure, mais c'est aussi passionnant de suivre ceux qui se réinventent, même si ça ne touche pas toujours.
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Truffaut Chocolat
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Re: Paul Thomas Anderson

Post by Truffaut Chocolat »

Ses films me laissent totalement froid et abordent des sujets qui me passent au-dessus de la tête.
Même un Punch-drunk love, qui a tout pour me plaire, m’emmerde profondément.
J’ai pas de problème avec l’ambition au cinéma, j’estime même que c’est nécessaire, mais pour moi il lui manque l’émotion et un point de vue personnel sur les histoires qu'il raconte.
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cinephage
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Re: Paul Thomas Anderson

Post by cinephage »

Pour jouer les complétistes, quelques vidéoclips qu'il a réalisés.
Try, de Michael Penn

On y retrouve un indéniable gout pour les plans séquences. Le clip a été tourné par l'équipe de Boogie Nights, et Philip Seymour Hoffman y fait une courte apparition...

Save Me, d'Aimee Mann

Avec l'équipe de Magnolia, acteurs compris.

Paper Bag, de Fiona Apple

(mais là je n'ai pas trouvé de lien avec ses films)
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
Pour caler mes bennos
MJ
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Re: Paul Thomas Anderson

Post by MJ »

cinephage wrote:(mais là je n'ai pas trouvé de lien avec ses films)
Avec sa vie puisqu'il a eu le bon goût de la fréquenter quelques années.

Il a un talent particulier pour le clip, effectivement.

+ Joanna Newsom



+ Radiohead (mais surtout Thom Yorke)

"Personne ici ne prend MJ ou GTO par exemple pour des spectateurs de blockbusters moyennement cultivés." Strum
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Flol
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Re: Paul Thomas Anderson

Post by Flol »

Thaddeus wrote:Parce que, sauf erreur de ma part, le cinéaste n'avait pas encore de topic pour lui tout seul, et qu'il est placé en très haute estime par bien des membres de ce forum. Jeremy le prend pour le nouveau Kubrick, Gounou estime qu'il est le plus grand cinéaste de ce siècle (après Hang Sang-soo et David Lynch), ACR pense qu'il est le seul à pouvoir sauver un cinéma américain en état de quasi mort cérébrale, El Dadal n'en peut plus de proclamer son amour infini pour Inherent Vice...
Tu peux aussi me compter parmi les adorateurs de PTA. J'ai mis du temps à l'appréhender, même si les découvertes à l'époque de Boogie Nights et Punch Drunk Love m'avaient scotché.
Puis There Will Be Blood m'avait décontenancé, je m'étais senti comme écrasé par l'ampleur du truc, qui m'avait paru trop conscient de son propre statut de chef-d'oeuvre autoproclamé. Ce film m'avait donc à la fois impressionné et laissé un peu sur le carreau. Je ne l'ai pas revu depuis sa découverte en salle, j'ai le bluray qui m'attend depuis des années sur mon étagère...un jour je m'y replongerai. Et je me prendrais très probablement sa grandeur en pleine face et serais obligé de reconnaitre que j'étais sans doute mal luné la 1ère fois*.

*fun fact : je l'avais découvert un samedi soir...et l'après-midi même, je m'étais pris un râteau d'une nana que j'appréciais beaucoup. Ça doit peut-être expliquer certaines choses...
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Re: Paul Thomas Anderson

Post by El Dadal »

J'avais été très impressionné par There Will Be Blood à sa sortie, et j'aime toujours autant l'intro silencieuse, un vrai monument. Mais le jeu hénaurme de Day-Lewis a par moments du mal à passer, et c'est effectivement un film très cadenassé. J'aime tout ce qu'il a tenté à ce jour, mais j'avoue être infiniment plus touché par le côté foutraque/pot-pourri des opus plus libres.

Et +1000 avec Thad, le dernier plan de Magnolia est sans doute au panthéon des plus beaux derniers plans du cinéma.
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Jeremy Fox
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Re: Paul Thomas Anderson

Post by Jeremy Fox »

John (John C. Reilly) semble totalement démuni lorsque Sidney (Philip Baker Hall) le rencontre assis à la devanture d’un café. Ce dernier, un élégant homme d’âge mûr, l’invite à boire un coup et au fur et à mesure de leur discussion lui propose de le prendre sous son aile afin de lui faire gagner la somme de 6000 dollars dont il a besoin pour pouvoir décemment enterrer sa mère. Tous deux partent pour les casinos de Reno où, sous les conseils avisés et la tutelle de ‘ce père adoptif’, John devient rapidement un efficace joueur professionnel. Deux ans plus tard, ils ne se sont pas quittés et John est toujours collé aux basques de Sidney ; il va tomber amoureux d’une serveuse de bar désabusée, la jeune Clementine (Gwynetht Paltrow), qui pour ne pas perdre son emploi, accepte de temps à autre de se prostituer. Comme il l’avait fait avec John, Sidney décide de la sortir de son inconvenante situation et de la protéger. Tout semblerait aller pour le mieux pour cet improbable trio sauf que l’engrenage va se gripper faute à un joueur un peu malsain (Philip Seymour Hoffman)…

Alors qu’en cette année 2018, Phantom Thread, le dernier opus de ce jeune prodige qu’est Paul Thomas Anderson -PTA pour les intimes- recueille les louanges quasi unanimes de la presse et du public, son coup d’essai aujourd’hui un peu oublié est repris en salles dès ce mois de novembre : un film noir sentimental et contemplatif au ton unique et d'une immense tendresse pour ses personnages ; une belle occasion de découvrir les débuts d’un des réalisateurs les plus doués et passionnants de sa génération. Lorsqu’il réalise ce Hard Eight avec le soutien du Sundance Institute, le jeune cinéaste n’a alors que 25 ans ; il reprend à peu de choses près le point de départ d’un de ses courts métrages (Cigarettes & Coffee), le développe pour en faire avec un petit budget de 3 millions de dollars son premier long que l’on peut classer dans la catégorie de ce que l’on a appelé durant cette décennie 90 les néo-polars. En à peine vingt ans, Anderson ne signera pas moins que quelques-uns des plus grands films américains de ce début du 21ème siècle ainsi que quelques clips d’artistes aussi reconnus que Joanna Newson, Fiona Apple, Haim ou Radiohead. Si Hard Eight est passé un peu inaperçu -non sans raisons malgré ses indéniables qualités- son deuxième film, Boogie Nights, le propulsera directement sous le feu des projecteurs, ceci étant tout aussi amplement justifié tellement sa maitrise sera dès lors totale, aussi bien concernant sa réalisation, la qualité de son écriture ainsi et surtout que sa direction d’acteurs.

Suivront le ‘cultissime’ Magnolia, Punch-Drunk Love, l’une des comédies romantiques les plus originales et jubilatoires de l’histoire du cinéma, l’ample et intimidant There will be Blood déjà considéré par beaucoup comme l’un des plus grands chefs d’œuvre de ce siècle, l’impressionnant et captivant The Master, la réjouissante comédie policière qu’est Inherent Vice et enfin l’adulé Phantom Thread. Hard Eight, -aussi connu sous les titres Sidney ou encore Double mise- est évidemment en deçà de tous les longs métrages qui suivront et je ne pense sincèrement pas que ce soit dû au seul fait que les producteurs lui aient demandé de réduire la durée de son film d’environ une heure, la ténuité de l’intrigue et du scénario étant encore le principal point faible de ce galop d’essai de 90 minutes pourtant non exempt de quelques longueurs et lenteurs un peu gratuites. Le film n’en est pas moins une œuvre toute aussi attachante que très prometteuse, le réalisateur faisant d’emblée montre d’une grande maestria, et ce dès la première séquence pré-générique : cadrages au cordeau, entrées incongrues ou (et) brutales d’objets dans le plan (ici un camion qui traverse lentement le 2.35 de gauche à droite), fascination pour les longs plans séquences parfois fixes ainsi que pour les travellings, efficacité des effets sonores, originalité de la musique de Jon Brion à l’orchestration aussi sobre qu’unique, qui ne trouve certes pas ici son plein épanouissement -celle qu’il écrira pour Punch-Drunk Love sera d’une toute autre trempe- mais qui est déjà sacrément encourageante pour la suite.

Une première séquence étirée qui fait également beaucoup penser à Quentin Tarantino dans la manière qu'il a de ne pas se précipiter et au contraire à prendre son temps pour poser ses marques. L’on fait dès lors la connaissance de deux des principaux protagonistes, un jeune homme prostré devant l’entrée d’un bar qu’un homme d’âge mûr va inviter à prendre un café. Comme le faisait déjà à l’époque le réalisateur de Reservoir Dogs, Paul Thomas Anderson va piano pour les présenter, scrute attentivement son duo, les fait parler lentement, laissant expressément de côté plusieurs zones d’ombre et n’ayant pas non plus peur des moments de silence, les regards et les gestes étant souvent aussi évocateurs que n’importe quelles répliques. John est un looser gentil mais naïf qui a besoin de 6000 dollars pour enterrer décemment sa mère. Sidney va lui proposer de le prendre sous son aile, de lui apprendre quelques ruses et astuces pour se faire de l’argent facile dans les casinos. Pour quelles raisons une telle prise en charge ? Quelles sont ses véritables intentions ? Est-il le bon samaritain qu’il parait-être ou cet apparent bienfaiteur a-t-il quelques mauvaises idées derrière tête ? Bluffe t’il comme lorsqu’il joue ? Nous ne le saurons jamais vraiment avant les révélations finales, d’où naitront entre temps des interrogations et une sorte de constant suspens, le tout manquant cependant d’un peu de tension, la douceur de l’interprétation de Philip Baker Hall ne nous donnant pas beaucoup d'illusions quant à sa possible méchanceté, nous faisant au contraire bien plus penser qu’il s’agit d’une sorte d’ange gardien tout droit sorti d’un film de Frank Capra. Impression renforcée lorsque deux ans après nous le verrons s’occuper avec la même délicatesse, la même bienveillance et à priori le même désintéressement d’une serveuse de bar qui s’étonne lorsqu’il l’amène chez lui qu’il ne veuille même pas coucher avec elle.

Cette mise en place, et principalement la description des relations qui se tissent entre ces trois personnages, ne s'étendra pas moins que durant toute la première moitié du film avant qu’un dérapage ne se produise, épisode dramatique qu’attendaient peut-être avec impatience la plupart de ceux venus voir un polar : une idée incongrue de la part du couple formé par John et Clementine qui va gripper la machine en provoquant une situation assez absurde qui va en quelque sorte déclencher une petite escalade de violence qui prendra fin à la toute dernière et abrupte séquence. On regrette néanmoins dans cette deuxième partie que le film perde un peu de son originalité et enquille quelques séquences et retournements de situations finalement assez conventionnels et sans grandes surprises. D’un long préambule au ton et à l’atmosphère assez uniques, l’on débouche sur un polar sympathique mais qui ne dépareille pas vraiment avec ceux qui sortent à l’époque, d’autant qu’il lui manque un peu d’intensité. Nous aurons néanmoins pu nous régaler de la mise en scène inventive et virtuose du réalisateur et surtout de sa direction d’acteurs, la plupart de ses futurs comédiens récurrents étant déjà réunis ici pour notre plus grand plaisir, les excellents John C. Reilly, Philip Baker Hall, ainsi que Philip Seymour Hoffmann dans quelques séquences seulement mais au cours desquelles, déjanté, il se révèle mémorable. Tout aussi réjouissant de croiser Samuel L. Jackson semblant être tout droit sorti d’un film de son pote Tarantino ainsi qu’une toute jeune et déjà talentueuse Gwyneth Paltrow.

Assez anecdotique, pas tout à fait abouti notamment concernant l’écriture narrative ou la gestion du rythme, pas dépourvu de maladresses mais néanmoins extrêmement singulier, sympathique et attachant, voyant surtout l’émergence d’un cinéaste brillant au potentiel immense qui commence à se dévoiler ici et sur qui il allait bientôt falloir compter avec déjà en germe des thématiques récurrentes comme la transmission d’enseignements, la paternité, le pouvoir de l’argent... Nous noterons également quelques références cinéphiliques assez savoureuses, Sidney appelant par exemple sa protégée My Darling Clementine. Un film noir sentimental, nocturne et mélancolique qui par intermittences fascine, captive et émeut par les relations quasi filiales qui s’instaurent entre Sidney et ses deux protégés, et enfin qui n’hésite pas à prendre de brutaux chemins de traverses au moment où on l’attend le moins. Un film modeste et prometteur, un beau brouillon.
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The Boogeyman
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Re: Paul Thomas Anderson

Post by The Boogeyman »

La découverte de Phantom Thread aura été l'occasion de me replonger dans la filmo de P.T. Anderson ces derniers jours.
Un Top basé sur les révisions et non sur les souvenirs
(qui plaçaient There will be blood en haut du podium et qui aurait placé Inhérent Vice en tout dernier)

Confirmation que ce réalisateur et son (ses) univers sont des plus fascinant.

1 • Magnolia - 1999 / 10
2 • There Will Be Blood - 2007 / 10
3 • Punch-Drunk Love - 2002 / 9
4 • Boogie Nights - 1997 / 9
5 • Inherent Vice - 2015 / 8
6 • The Master - 2012 / 8
7 • Phantom Thread - 2018 / 7,5

Inherent Vice aura - étonnamment* - été son oeuvre qui m'aura demandé le plus de “travail”. Une découverte en salle plutôt laborieuse ou l'ennui avait pris le pas sur tout le reste, faisant des 148 mn un long chemin épuisant. Une deuxième vision quelques mois après la sortie salle qui avait réussi à me captiver durant la 1ere heure pour finalement de nouveau complètement me perdre sur la suite. La troisième (en octobre dernier) aura été une illumination. Le film se faisant plus clair dans mon esprit, plus fluide dans sa narration. L'intrigue se faisant moins tortueuse et vaporeuse. L'intérêt et l'appréciation coulants de source et l'idée d'être passé 2 fois complètement à coté de ce qui paraissait évident. Une œuvre qui ne demandait qu'a infuser pour en apprécier chaques saveurs. Ce qui pourrait s'appliquer à chaque nouveau film du réalisateur depuis The Master. Une deuxième partie de carrière qui demande beaucoup plus d'implication de la part du spectateur, où la recherche du ressenti des émotions doit se faire plus profonde et exige une forme de compréhension, là ou des films comme Magnolia, Boogie Night et Punch Drunk Love se font plus "immédiat" (sans que cela soit un défaut, bien au contraire).

* étonnamment car sur la forme, The Master et There Will Be Blood peuvent paraitre plus froids et hermétiques par exemple, là ou Inhérent Vice plus coloré, fou et d'une certaine manière dynamique pourrait laisser penser être plus facilement abordable.

Ne manque plus qu'à y ajouter la découverte de son tout premier film Hard Eight, qui pour le moment ne pourra se faire. Il existe pourtant bien un DVD Français, mais les prix sur les marketplace sont indécents.

Quant à son dernier - Phantom Thread - si j'ai été vraiment emballé par les interprétations (créateur - muse - confidente), le "classicisme" général de la réalisation ne m'a pas totalement convaincu ni transporté. C'est encore une fois visuellement magnifique, et cette approche classique totalement voulue, juste une question de ressenti. A voir comment celui ci évoluera avec le temps.

Qu'une hâte, que P.T.A. reparte en tournage rapidement.
" Accélère minouche !" - Michel Poiccard /// “When you have to shoot shoot don't talk” - Tuco Benedicto Pacifico Juan Maria Ramirez /// "Alors tu vois où elles nous ont menées tes ondes négatives, tu devrais avoir honte.” - Oddball dit Le Cinglé /// "Wake up !... Time to die" - Leon Kowalski /// "C'est quoi minouche ?" - Patricia Franchini
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Flol
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Re: Paul Thomas Anderson

Post by Flol »

Allez hop, top mis à jour :

1. Boogie Nights
2. Magnolia
3. Punch Drunk Love
4. Phantom Thread
5. Inherent Vice
6. The Master
7. There Will Be Blood
8. Hard Eight

Sachant que 7 de ces films sont des 8/10 minimum.
Last edited by Flol on 20 Feb 18, 13:50, edited 1 time in total.
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Commissaire Juve
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Re: Paul Thomas Anderson

Post by Commissaire Juve »

Je vais passionner la foule...

Hier soir, en remontant la rue de Monceau (8e arr.), j'ai croisé un groupe de djeunz à la terrasse d'un café (ça devait être "Le Monceau"). Une fille, debout, s'adressait au groupe. En passant, je l'ai entendue dire :
... un film de Paul Thomas Anderson...
J'ai pensé : "Ben dis donc, en voilà qui ont de saines discussions !"
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...
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Jeremy Fox
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Re: Paul Thomas Anderson

Post by Jeremy Fox »

Avec la découverte de Hard Eight, son premier essai, film noir au ton unique, d'une immense tendresse pour ses personnages, j'ai enfin vu l'intégralité de la filmographie de PTA et c'est vraiment un sans-faute.