Richard Donner

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Kevin95
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Richard Donner

Post by Kevin95 »

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SCROOGED - Richard Donner (1988) découverte

Derrière la parodie d'un conte de Charles Dickens, une satire de la télévision et de l’esthétique guimauve des films de Noël. Bill Murray et sa troupe font mine de se faire beau pour l'occasion mais démontent en deux mouvements la commande via une fausse intro génialissime (guest starring Lee Majors) et un dégout sensible des costards cravates (alors en pleine déroute). La fin des 80's marque la naissance d'un ras-le-bol du fric sur patte et des cockés en haut des buildings. Scrooged est d'ailleurs presque plus à rapprocher du Wall Street d'Oliver Stone que d'une bêtise pour toute la famille. Ultra dynamique, rempli de clins d'œil, de caméos dingues (même Robert Mitchum ou Miles Davis viennent y faire un tour) et d'un esprit de sale môme. Seul le retour à l'ordre du dernier quart d'heure vient ramollir la bête mais sans ça, Scrooged c’est de la petite bière.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Alexandre Angel
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Re: Richard Donner

Post by Alexandre Angel »

Et tu ouvres, en plus, un topic Donner???? :D Feu!!!
mannhunter
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Re: Richard Donner

Post by mannhunter »

"Ladyhawke"..."la malédiction"..."Superman"...et pis c'est tout. :)
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shubby
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Re: Richard Donner

Post by shubby »

mannhunter wrote:"Ladyhawke"..."la malédiction"..."Superman"...et pis c'est tout. :)
+ l'arme fatale, les goonies, la malédiction, Maverick, Complots. Un sacré conteur. C'est bien qu'on en cause avant un énième RIP à la con :)
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AtCloseRange
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Re: Richard Donner

Post by AtCloseRange »

A part Superman et La Malédiction, une filmo peu emballante mais j'aimerais bien découvrir son Rendez-Vous chez Max
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Rockatansky
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Re: Richard Donner

Post by Rockatansky »

Perso j'aime bien Superman, La malédiction, Ladyhawke, les 2 premiers Armes fatale, après c'était un bon maker qui t'en donnait pour ton argent la plupart du temps
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Alexandre Angel
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Re: Richard Donner

Post by Alexandre Angel »

Je n'ai aucun souvenir de Rendez-vous chez Max et serais très très curieux de le redécouvrir.
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Thaddeus
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Re: Richard Donner

Post by Thaddeus »

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La malédiction
Plus qu’à L’Exorciste, c’est à Rosemary’s Baby que renvoie cet avatar des films traitant de l’enfance maléfique. Époque oblige, celle d’une Amérique fraîchement traumatisée par le Watergate, où sorciers et démonologues font autant de recettes que les psychiatres et où Billy Graham ne connut jamais autant de conversions, la parabole politique et les oppositions religieuses prédominent une histoire à forte coloration protestante (importance primordiale de la Bible, prêtres corrompus et inefficaces, refrain eschatologique sur l’air de Rome, nouvelle Babylone). L’habile agencement de chaque épisode, la musique anxiogène de Jerry Goldsmith, le crescendo dramatique d’un récit qui ne craint ni le grand-guignol ni d’occire violemment ses personnages contribuent à l’efficacité de cette série B fort bien troussée. 4/6

Superman
Il serait inconvenant de reprocher à Donner de se plier exactement à ce pour quoi il a été embauché : la transcription cinématographique très consensuelle d’un mythe national qui est lui-même l’exaspération la plus lisse, lénifiante et moralisante de la bonne conscience américaine. Innocence, fraîcheur, naïveté délibérée que tout cela : certes. C’est aussi le rôle du cinéma que de donner à rêver, d’exciter les imaginations. Mais il existe un seuil au-delà duquel l’enfantillage devient infantilisme, et la candeur rouerie suspecte. À trop faire l’archange, Superman peut faire la bête. Si l’on parvient à surmonter toutes ces grosses réserves, on peut apprécier les qualités purement fonctionnelles de ce divertissement carré et fédérateur. Brando et Hackman, eux, ont le bon goût de jouer dans un tout autre film. 3/6

Ladyhawke, la femme de la nuit
Pièges fatals, preux chevalier, évêque diabolique, angoisses ancestrales. Sans brûler du feu mystérieux qui illuminait l’Excalibur de Boorman, ce beau film d’aventures fantastiques honore une veine perdue du cinéma médiéval. Donner trouve une respiration originale entre réalisme historique (si l’on excepte un synthé-rock particulièrement kitsch) et envolées oniriques, et peaufine un conte merveilleux aux enluminures gracieuses, d’autant que la photographie de Storaro offre à la passion de l’homme-loup et de la femme-faucon les flamboyantes nuances contradictoires d’un gothique glacé. Narré avec un vrai sens du romanesque, alternant séquences d’action et intermèdes poétiques avec la même inspiration délicate, le spectacle enchante. Et Michelle Pfeiffer est vibrante, jolie comme un cœur. 4/6

Les Goonies
Donner cherche à réactiver l’esprit du Club des Cinq le long d’une chasse au trésor dont le pittoresque constitue le seul horizon et qui touille les vestiges d’une littérature où non-sens, cruauté et naïveté se conjuguaient pour effacer la banalité des situations. Un coup on croise un simili-Elephant man, un autre on passe du côté de Superman, la seconde suivante on voit la caricature de Ma Baker, chef de gang flanquée d’une stupide progéniture. La mayonnaise est lourde, l’humour pataud, la scénario un ramasse-miettes qui superpose les clichés sans leur insuffler d’élan, sans autre envie que de satisfaire ce que l’Amérique compte comme types de bambins : les gentils, les timides, les grognons, les insupportables. Certes l’ensemble est sans prétention, mais mieux vaut le découvrir avant d’atteindre douze ans. 3/6

L’arme fatale
Schéma archiconnu. Deux flics : l’un est blanc, veuf, seul et suicidaire, l’autre est noir, père de famille, propret et pantouflard. Enquêtant sur la mort d’une call-girl droguée, ils triompheront de l’adversité au terme d’un monticule de cadavres, de corps disloqués et de voitures cramant gaiement avec leurs occupants. L’enchaînement des actions vise à un vaste déploiement de prouesses physiques et d’éclats, la mise en scène est souvent une simple technicité appuyée par des collaborateurs très compétents, avec parfois une idée, un effet qui prouve que Donner est juste un peu plus baroque que ses confrères. La complémentarité du duo antinomique, le mariage assez heureux de suspense explosif, de caractérisation sommaire et d’humour font de cet archétype de polar à la nitro un solide divertissement. 4/6

L’arme fatale 2
On prend les mêmes et on recommence. Flanqués d’un escroc sympa qu’ils sont chargés de surveiller, nos deux compères trouvent du fil à retordre avec un diplomate sud-africain qui exerce pépère son activité de trafiquant de drogue. Qu’ajouter au précédent commentaire ? Que la recette éprouvée fonctionne encore assez bien, et sans doute davantage puisque les impératifs hollywoodiens ne sauraient déroger à la règle fondamentale de la surenchère. Que Donner sait prendre le temps de respirer, ponctuant les décharges de castagne et de pétarades tous azimuts d’un humour bien tranchant. Mais qu’à tout prendre, si cette suite est aussi distrayante que son modèle, on peut regretter (en s’en fichant complètement) qu’elle s’éloigne des velléités psychologisantes manifestées dans ce dernier. 3/6

L’arme fatale 3
Bon… Le concept se décline mécaniquement et confine à la recette. Point nouveau, cependant : l’arrivée d’une femme séduisante et combattive, qui bien sûr noue une idylle musclée et sado-maso, davantage qu’attendrie, avec ce chien fou de Riggs. L’aspect comédie semble gagner encore quelques points, à l’image d’un Pesci plus volubile que jamais, crachant des "OK" aussi vite qu’une mitrailleuse : de là un aspect cartoon qui manie l’autodérision et fait progresser le récit à coup d’invraisemblances sans que cela gêne à aucun moment le spectateur de toutes manières peu concerné. Ça défouraille, ça bastonne, ça explose dans tous les coins, selon un schéma industriel parfaitement rodé. Pour le dire simplement, le passe-temps est peut-être estimable mais il m’en touche l’une sans faire bouger l’autre. 2/6

Maverick
Une voleuse dépouille un joueur de poker qui la rattrape et obtient d’elle excuses et aveu d’amour, avant qu’elle ne le plume à nouveau puis reprenne la fuite, et ainsi de suite. Tout le film est fondé sur cette incertitude : chacun se trahit avec un grand sourire, c’est à qui trompera la mieux l’autre, à commencer par le spectateur qui, tel le corbeau de la fable, jure qu’on ne l’y prendra plus mais se retrouve l’instant d’après floué et content de l’être. Cherchant à retrouver le charme et la légèreté d’un certain divertissement passé de mode, type Butch Cassidy et le Kid, Donner et ses acteurs rendent un hommage à la fois respectueux impertinent au western, s’en donnent à cœur joie dans le registre du pastiche parodique, et enroulent une arnaque soignée aux allures de comédie picaresque. Un cocktail plaisant. 4/6


Mon top :

1. Ladyhawke, la femme de la nuit (1984)
2. La malédiction (1976)
3. L’arme fatale (1987)
4. Maverick (1994)
5. Superman (1978)

Vieux routard de l’industrie hollywoodienne, Donner est de ces réalisateurs sans grande personnalité qui ont parfaitement assimilé les règles de l’entertainment à l’américaine. J’y prends parfois du plaisir, parfois moins.
Last edited by Thaddeus on 15 Jan 19, 22:46, edited 1 time in total.
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AtCloseRange
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Re: Richard Donner

Post by AtCloseRange »

Thaddeus wrote:Superman
Il serait inconvenant de reprocher à Donner de se plier exactement à ce pour quoi il a été embauché : la transcription cinématographique très consensuelle d’un mythe national qui est lui-même l’exaspération la plus lisse, lénifiante et moralisante de la bonne conscience américaine. Innocence, fraîcheur, naïveté délibérée que tout cela : certes. C’est aussi le rôle du cinéma que de donner à rêver, d’exciter les imaginations. Mais il existe un seuil au-delà duquel l’enfantillage devient infantilisme, et la candeur rouerie suspecte. À trop faire l’archange, Superman peut faire la bête. Si l’on parvient à surmonter toutes ces grosses réserves, on peut apprécier les qualités purement fonctionnelles de ce divertissement carré et fédérateur. Brando et Hackman, eux, ont le bon goût de jouer dans un tout autre film. 3/6
Si tu pouvais préciser, parce que là, je ne vois pas.
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Thaddeus
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Re: Richard Donner

Post by Thaddeus »

Du peu que je connais de l'univers des super-héros, j'ai toujours considéré Superman comme le plus fade et monolithique de tous. Je ne vois pas la moindre ambigüité, la moindre anicroche, la moindre aspérité à ce personnages grand, fort et bête, rassurant jusqu'à la nausée une société (américaine) victime de son crétinisme le plus chronique. L'approche la moins préjudiciable de Superman est bien sûr de la figure christique, mais je dois avouer trouver cette lecture assez limitée et surtout peu gratifiante. Il suffit de comparer deux secondes avec les contradictions et les complexités de Batman ou des X-Men pour constater le fossé. Cette transposition cinématographique a bien du mal à mes yeux à justifier le vide sidéral que semble contenir la boîte crânienne de son héros, d'autant mieux qu'une idylle (d'une exemplaire chasteté, propre à susciter d'interminables digressions sur le sexe des hommes-volants outre celui des anges) tient une part non négligeable dans le scénario : le seul sentiment dont on affuble Superman ne fait qu'accentuer sa mièvrerie congénitale. Mais si tu trouves ce personnages/mythe intéressant (et surtout : son traitement dans le film), je veux bien que tu m'expliques à ton tour.
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Re: Richard Donner

Post by AtCloseRange »

Mais justement, personnellement, je n'attends pas (surtout à l'époque) cette complexité dont tu parles. Et si c'est pour mettre en avant l'insupportable ton solennel des Batman de Nolan, je ne te suivrai pas.
Superman, c'est justement une image d'Epinal et c'est pour ça que c'est formidable. C'est de l'Americana et le traiter autrement serait ridicule.
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Thaddeus
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Re: Richard Donner

Post by Thaddeus »

Je suis très loin de mettre sur un piédestal l'approche de Nolan, pour la raison que tu exprimes, et si j'évoquais Batman c'était plutôt en ayant Tim Burton en tête. A choisir cependant, je trouve les films de Nolan (nettement) plus intéressants que celui de Donner. Mais entre l'infantilisme lisse et l'enclume sentencieuse, il y a une grosse marge de manoeuvre. Au fond, je suis d'accord avec toi sur la nature de Superman, sauf que je le formule autrement dans mon commentaire. Cette image d'Epinal que tu prends plaisir à voir vivre à l'écran, je la trouve juste ennuyeuse. Il faut un sacré talent derrière la caméra pour tirer quelque chose de ce genre de cliché verrouillé - et je doute fort que Richard Donner le porte en lui.
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Supfiction
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Re: Richard Donner

Post by Supfiction »

AtCloseRange wrote:Mais justement, personnellement, je n'attends pas (surtout à l'époque) cette complexité dont tu parles. Et si c'est pour mettre en avant l'insupportable ton solennel des Batman de Nolan, je ne te suivrai pas.
Superman, c'est justement une image d'Epinal et c'est pour ça que c'est formidable. C'est de l'Americana et le traiter autrement serait ridicule.
Oui, je suis d'accord avec ça. Americana qu'on retrouve dans la séquence de la jeunesse de Clark et le père adoptif incarné par Glenn Ford.
A propos de ridicule, je viens de voir la scène la plus ridicule depuis .. au moins celle du virus informatique dans independence day, lorsque Superman et Batman réalisent que leurs mères respectives s'appellent Martha (ils arretent alors de se cogner et deviennent copains).
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Alexandre Angel
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Re: Richard Donner

Post by Alexandre Angel »

Richard Donner est un artisan dont il convient de souligner les particularités qui font qu'un topic pourrait se justifier. Shubby a mentionné un certain talent de conteur. Mais il y aurait aussi à dire un petit quelque chose de positif sur un sens du spectacle qui s'est avéré remarquable. Dans le domaine du spectaculaire, Donner n'a pas la faconde ultra-stylisée de Steven Spielberg ni le visionnaire grandiose de James Cameron, mais il a démontré un aplomb dans ce domaine qui a imprégné, telle une jurisprudence, les manières de John McTiernan, Jonathan Mostow, James Mangold, Martin Campbell, Sam Mendes, sans oublier quelques franco-épigones tels Jérôme Salle, Florian Emilio-Siri, Jean-François Richet (et je suis sûr que j'en oublie plein). J'entends que Donner a élevé un certain spectaculaire fonctionnel en le baroquisant, sans sur-découpage, avec dynamisme et même invention. Prenons L'Arme Fatale 4, avec Jet Li, qui n'a pas été cité. La poursuite sur l'autoroute est assez digne des meilleurs moments de Mad Max: quelle bonne idée d'axer sa mise en scène autour d'un habitat en kit avec ses bâches en plastiques rendues folles! J'ai toujours remarqué chez Donner cette propension à imaginer des scènes d'action qui, ne se contentant pas d'être efficaces, se parent d'atours baroques.
Superman, à quelques transparences près, est d'une excellence technique encore tout à fait confondante et sa mise en scène est d'un dynamisme roboratif (et accessoirement, une des meilleures adaptations cinématographiques d'une bande dessinée, ce qui est toujours ça de pris).
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Alexandre Angel
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Re: Richard Donner

Post by Alexandre Angel »

Thaddeus wrote:Du peu que je connais de l'univers des super-héros, j'ai toujours considéré Superman comme le plus fade et monolithique de tous. Je ne vois pas la moindre ambigüité, la moindre anicroche, la moindre aspérité à ce personnages grand, fort et bête, rassurant jusqu'à la nausée une société (américaine) victime de son crétinisme le plus chronique.
Pas pu résister (désolé pour les sous-titres espagnols)