Etrange festival

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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1kult
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Etrange festival

Post by 1kult »

Bon, je re-ouvre un nouveau topic sur l'Etrange sans mettre d'années cette fois, ça permettra de ne pas avoir à en rouvrir un tous les ans, vu qu'on est à peu près toujours les mêmes à suivre les infos qui tomberaient et à suivre les festivités...

Et voilà, on peut vous révéler les premiers titres en podcast, une nouveauté de la team (avec du Bruce Randylan dedans, du Guillaume Perrin et du mézigue) :

http://www.mixcloud.com/1kult/pod1kast- ... -festival/

Mais comme peut-être l'audio ne botte pas tout le monde :

COMPET :

1- "Poésie sans fin" de Alejandro Jodorowsky
2- "The Lure" de Agnieszka Smoczynska
3- "Girl Asleep" de Rosemary Myers
4- "Transfiguration" de Michael O'Shea

NOUVEAUX TALENTS :

1- "Grave" de Julia Ducournau
2- "The Plague at the Karatas Village" de Adilkhan Yerzhanov
3- "Psiconautas, the Forgotten Children" de Pedro Rivero & Alberto Vazquez

MONDOVISION :

1- "Hime-Anole" de Yoshida Keisuke
2- "When geek meets serial killer" de Remus Kam, Chin Pei-Chen & Eric Cheng
3- "Un rêve solaire" de Patrick Bokanowski

DOCUMENTAIRES :

1- "The art of being Sion Sono" de Arata Oshima
2- "Horse Being" de Jérôme Clément-Wilz

Focus à FRANK HENENLOTTER - en sa présence - avec les films :

- Frère de sang
- Elmer, le remue-méninges
- Frankenhooker
- Frères de sang 2

Et plein d'autres suppositions/souhaits dans le podcast.

:wink:
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Re: Etrange festival

Post by 1kult »

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bruce randylan
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

Patchwork (Tyler McIntyre - 2015)
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Une modeste et assez inoffensive comédie gore qui aurait pu charger un peu plus loin la critique sociale (dictature de l'apparence ou machisme omniprésent d'une gente masculine bien égoïste).
En fait, le film ne dépasse jamais vraiment son concept où trois filles qui ne se connaissent pas sont kidnappés, taillés en rondelle par un scientifique fou pour n'en constituer qu'une seule. Le problème c'est que leur trois cerveaux co-habitent dans un seul et même corps. Il va sans dire que les 3 caractères correspondent à des stéréotypes bien définis : la brune froide accro au boulot, la blonde superficielle et immature, la (fausse) rousse timide et mal dans sa peau...
Cela dit les scènes où les 3 filles sont à l'images sont encore assez amusantes.
Sinon, l'humour n'est pas très original, le scénario découpé en chapitre parvient à sortir du linéaire, le gore ne tâche pas beaucoup (ça me va très bien), la fin est prévisible et la réalisation assez anecdotique (si ce n'est un peu plan-séquence honnête), musique pop-rock un peu maladroite. Mais bon le trio féminin et quelques passages amusants (la drague avec l'anglais ; le chat-hibou) en font une toute petite production attachante (en étant indulgent).

Psycho Raman (Anurag Kashyap - 2016)
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Le réalisateur de Gang of Wasseypur et Ulgy revient avec un nouveau polar sordide et torturé qui veut encore pousser plus loin l'image glauque de l'Inde et ses tabous. Sauf que ça va tellement loin dans le trait forcé qu'on a l'impression d'être face à un Olivier Marchal local. Le flic se drogue, abat froidement plusieurs personnes, multiplie les plans-culs dont une régulière qu'il pousse à avorter à plusieurs reprises, il ne respecte pas ses parents, fait tabasser les suspects etc...
En face de lui, il y a un tueur en série à peine mieux loti mais sa froideur et ses motivations en font un personnage plus intéressant et complexe. Par contre, dans l'ensemble ses séquences sont bien trop longues et au lieu de créer le malaise voulu, la tension est vite noyée dans l'invraisemblance généralisée.

On dirait que Kashyap cherche à suivre les traces d'un Lumet (on pense beaucoup à The offence) sans atteindre jamais pouvoir approcher son brio et son intelligence.
Grosse déception qui fatigue très rapidement. Il va vite falloir qu'il se renouvelle le Mr.


Les chevaux de dieux (Nabil Ayouch - 2012)
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J'étais totalement passé à côté de ce film marocain retraçant le parcours des terroristes à l'origine des attentats de Casablanca en 2003. Un peu comme dans l'excellent la désintégration de Philippe Faucon, on suit une bande de jeunes vivant dans un quartier défavorisé (un vrai bidon-ville) et la manière dont ils vont se radicaliser.
Cette partie est loin d'être aussi pertinente que chez Faucon car je n'ai jamais vraiment senti la raison pour ainsi dire "existentielle" qui incite les jeunes à se tourner aussi naturellement vers la religion. Du coup leur fanatisme ne fonctionne qu'à moitié même si la rivalité entre deux frères permet de créer une compétition dans leur "dévotion" expliquant en partie leur gestes.
En revanche toute la longue partie qui précède et qui décrit leur enfance puis adolescence est vraiment très bien retranscrite pour un drame social sans pathos, beau discours ou thèses militantes. De plus la réalisation est d'une très belle tenue avec une excellente utilisation des drones.
Ca reste un film courageux, audacieux et très intègre dans sa démarche. Vraiment recommandable en tout cas.

Hime-anole (Keisuke Yoshida - 2016)
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L'un des premier coups de cœur de ce début de festival :)

Mais un film bien délicat à évoquer puisqu'une grande partie de son intérêt réside dans le développement de cette comédie romantique décalée et terriblement attachante, qui manie second degré auto parodique (façon soap opéra) et beaucoup de tendresse. Les jeux de séductions de ce ménage à trois sont savoureux à plus d'un titre avec ses personnages loufoques et flegmatiques pour un humour qui fait mouche à chaque fois.
Et puis une fois qu'on finit la première moitié
Spoiler (cliquez pour afficher)
Le générique commence enfin (après donc 45 minutes !) où parmi les informations du générique, on aperçoit en bas de l'image le logo qui signifie "interdit au moins de 15 ans" :shock:
Et en effet, la musique se fait immédiatement plus angoissante et oppressante tandis que la photographie délaisse son rendue numérique un peu cheap pour trouver une texture autrement plus soignée et cinématographique. Il s'avère qu'un personnage secondaire est un tueur en série devenue socio-psychopathe à cause des brimades et des nombreuses humiliations subies durant ses années au lycée.
S'en suit de nombreuses scènes de meurtres qui parviennent à mêler très rapidement un humour noir assez efficace à une violence très froide, brutale et dérangeante comme lors de la visite d'un policier en patrouille dans une maison (dont on sait que les propriétaires ont été abattus) et qui s'étonne de voir la terre fraîchement retournée dans le jardin... avant de se faire poignarder cruellement par le méchant.
Le dosage est extrêmement habile avec notamment un brillant montage alternée entre la première nuit d'amour des deux amoureux et les premiers meurtres avec certains détails qui savent faire naître le malaise et le ridicule comme la victime s'urinant dessus.
Les meurtres s'enchaînent alors sans "temps mort" tandis que les personnages conservent cette candeur cocasse qui les caractérisait préalablement. On s'amuse autant qu'on est tétanisé et autant qu'on frissonne sur le dénouement du récit puisque tout peut arriver.
Vraiment un excellente découverte qui sait parfaitement ménager ses surprises ! (après, c'est un peu chef d'œuvre non plus)
J'ai trouvé ça plus habile par exemple que My ordinary love story (Lee Kwon - 2013) comédie romantique coréenne qui fonctionnait un peu sur le même procédé.
Last edited by bruce randylan on 2 Jan 17, 13:05, edited 1 time in total.
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

Sam was here (Christophe Deroo - 2016)
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Un démarcheur envoyé en mission en plein désert californien ne tombe que sur des habitations désertes. Découragé, il décide de rentrer chez lui mais des problèmes de voiture l'immobilisent dans la région. Et il commence à s'inquiéter de voir aucun signe de vie.

Typique de la petite prod qu'on aime bien voir à l'étrange. :)
Filmé à l'économie (12 jours de tournages pour 75 minutes au compteur), Deroo écrit un premier film utilisant avec intelligence son budget famélique pour mieux joué de l'isolement de son personnages principal, seul à l'écran durant la première moitié du film. Un scénario bien ficelé qui monte en puissance avec un bon dosage (même si la structure aurait pu être mieux équilibré). Il y a quelque chose de la quatrième dimension dans cette histoire absurde qui vire de plus en plus dans le cauchemar éveillé paranoïaque. Rien de révolutionnaire non plus, mais c'est assez prenant, efficace et surtout la fin se tient plutôt assez bien tout en évitant d'être trop explicatif.
Il y a aussi quelques défauts (l'acteur manque un peu de charisme, la musique trop "Carpenter-like", mise en place un poil longuette) mais c'est une bonne surprise.
Et en plus c'est une production française (tourné aux USA en anglais) !

interchange (dain iskandar said - 2016)
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Le cinéma malaisien étant presque inexistant, ce film de genre était forcément une des curiosités de cette édition. Et à juste titre ! Il s'agit d'un un policier surnaturel très atypique qui possède un univers très original basée sur une ancienne tribu aujourd'hui disparue.
Avec son rythme assez lent et un scénario assez foutraque, le film a déçu une partie du public. Il est vrai que la première moitié n'est pas dès plus passionnante mais une fois que le scénario se met vraiment en place, le film devient de mieux en mieux jusqu'à un dénouement poétique et non dénué de suspens. Une jolie découverte, certes inégale et maladroite mais qui mérite d'avoir sa chance.

Basket case / Frères de sang (Frank Henelotter - 1982)
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Avec un peu de retard, je fais seulement connaissance avec le cinéaste :oops:
Bon, certes il s'agit d'un premier film tourné dans des conditions rudimentaire mais ça a tout de même pris un sal coup de vieux. Rythme inexistant, l'humour ne fonctionne qu'occasionnellement et les acteurs sont assez médiocres. Pas vraiment accroché donc mais si le cinéaste et l'approche sont forcément attachant
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Re: Etrange festival

Post by Demi-Lune »

Toute première séance que je fais dans le cadre de l’Étrange festival : une reprise du Désir meurtrier de Shohei Imamura.
Après trois quarts d'heure, le projo qui bugue, des stries bien dégueulasses sur l'image, des sous-titre en crypté Canal... on arrête le film et on attend.
Bon, vu que le film était en train de devenir bien chiant après une bonne entame, j'en ai profité pour me barrer. Mais pour une première approche avec le festival, ça la fout mal.

:|
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

Demi-Lune wrote:Toute première séance que je fais dans le cadre de l’Étrange festival : une reprise du Désir meurtrier de Shohei Imamura.
Après trois quarts d'heure, le projo qui bugue, des stries bien dégueulasses sur l'image, des sous-titre en crypté Canal... on arrête le film et on attend.
Bon, vu que le film était en train de devenir bien chiant après une bonne entame, j'en ai profité pour me barrer. Mais pour une première approche avec le festival, ça la fout mal.
:|
7ème année que je viens à l'EF et je n'ai jamais eu de problème de ce genre ! (y-a rarement des problèmes de manière général même si on peut avoir des films de remplacement à cause de copies paumées par UPS - ca a failli arriver hier :lol: ).
ET sinon, c'est dommage d'être sorti pendant Désir meurtrier, c'est l'un de mes titres préférés du cinéaste, peut-être pas le plus évident certes mais incroyablement forte et à la réalisation souvent stupéfiante :wink:


Et pour enchaîner sur la journée d'hier assez déçu par le Crypto-cinéma de Jodorowsky, conférence de 90 minutes où Jodo lui-même vient analyser sous le prisme de l'ésotérisme le magicien d'Oz. Il y a quelques trucs qui tiennent la route (le nombre 7 ; le sens des pierres précieuses) mais dans l'ensemble, c'est souvent arbitrairement déformé pour plier à sa vision et d'autres symboles sont curieusement oublié (des figures géométriques). Reste quelques délires amusant comme la drogue (la neige, c'est de la coke qui permet aux héros de se réveiller :mrgreen: ).

The bodyguard (Yue Song - 2016)
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Un artiste martial est engagé par un riche industriel pour protéger sa fille d'une association criminelle.

Ah le con putain :lol:
Séance bonus à la nuit nanarland, The bodyguard est un film d'arts-martiaux 100% chinois, écrit, chorégraphié, réalisé et interprété par un Yue Song qui semble ravir la couronne du plus gros melon à Donnie Yuen ! C'est dire l'ego du bonhomme.
Reste à la question de savoir si cela est du second ou premier degré tant certaines séquences tiennent du grand WTF à commencer par son duo avec la fille qu'il doit protéger. La narration est surréaliste durant la première moitié avec plein de mini scénettes affligeantes avec son humour lourdo-vulgos, aucun lien dans l'agencement de séquences et des passages surréalistes. On se tape une course poursuite entrer Yue Song et une voiture port-nawak et surtout une séquence clipée avec tous les pires clichés du genre (chevaux sur la plage, perso sur la proue d'un bateau etc...). C'est assez hilarant je dois avouer et ça colle la banane.
Faut dire que malgré une influence nette vers le cinéma hong-kongais de la grande époque, l'exubérance et le kitsch poseur fait plus penser aux blockbusters tamouls. :D
Le revers de la médaille sont des scènes d'actions bien trop surdécoupé et monté à la hache qui massacre bien plus les chorégraphies que les figurants qui s'en prennent plein la tronche. Il y a une vraie fascination du Yue pour les ralentis sur les visages déformés de ses adversaire lorsqu'il se prenne des coups vraiment portés.
Du coup, on est toujours partagé entre l'excitation des combats over the top et très bourrin (genre 1 contre 40 !) et une lisibilité réduite qui annihile tout l'intérêt de la chose.
Bon, je m'y suis beaucoup amusé et c'est le principal (peu importe le dégré)

[youtube]X6YPUJ5fvVw [/youtube]

Transfiguration (Michael O'Shea - 2016)
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Encore une bonne surprise avec ce drame socio-psychologique qui pose un regard assez original sur le vampirisme ou plutôt la fascination envers le vampirisme avec un adolescent traumatisé par le suicide de sa mère qui s'est ouverte les veines. Comme le rappelle son personnage spécialiste du film du genre, la préférence tend plus vers Martin de Romero que Twilight ou True Blood. Beaucoup de choses intéressantes dans le scénario malgré quelques facilités par-ci par-là (et une fin bien trop explicative qui aurait dû rester plus ambiguë). En tout cas, le cinéaste a une approche et un traitement aussi louable que juste.
Le film sortira en février 2017 chez nous :)

Bad Cat (Ayse Unal & Mehmet Kurtulius - 2015)
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Très sympathique dessin-animé turc qui adapte une bande-dessiné local très politiquement incorrect. A l'instar de Fritz, ce chat picole comme un trou, drague tout ce qui passe, jure à tout va, pratique le vol comme un sport national... Etc On a même droit à plusieurs morts assez violentes au début :o
L'animation est très fluide, quelques gags sont très amusants, les petites scènes d'actions tiennent bien la route et l'esprit punk fait plutôt plaisir à voir. Après ça aurait plutôt mérité un bon moyen-métrage qu'une durée de 80 minutes car ça tourne en rond au bout d'un moment (le zombi-vengeresque revient pas moins de 3 fois !). La morale est inévitablement de passage sur la fin mais heureusement sans renier les ambitions initiales. Le générique de fin est d'ailleurs très fun.

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Re: Etrange festival

Post by Demi-Lune »

bruce randylan wrote:ET sinon, c'est dommage d'être sorti pendant Désir meurtrier, c'est l'un de mes titres préférés du cinéaste, peut-être pas le plus évident certes mais incroyablement forte et à la réalisation souvent stupéfiante :wink:
Je confesse que la journée avait été fatigante et que cette interruption du film a été le coup de grâce, ce sans quoi je serais resté. Car effectivement, rayon mise en scène, le film d'Imamura a de solides atouts : le travelling circulaire avec la caméra au niveau du plafond après le viol, la "danse de la chemise volante", les arrêts sur image pré-scorsésiens... Je connais mal la Nouvelle Vague japonaise, mais sur le plan technique le film joue à couteaux tirés avec ceux de Teshigahara, par exemple. Mais j'ai senti, avec le retour du mari, que le film commençait à marquer le pas.
Et pour enchaîner sur la journée d'hier assez déçu par le Crypto-cinéma de Jodorowsky, conférence de 90 minutes où Jodo lui-même vient analyser sous le prisme de l'ésotérisme le magicien d'Oz. Il y a quelques trucs qui tiennent la route (le nombre 7 ; le sens des pierres précieuses) mais dans l'ensemble, c'est souvent arbitrairement déformé pour plier à sa vision et d'autres symboles sont curieusement oublié (des figures géométriques). Reste quelques délires amusant comme la drogue (la neige, c'est de la coke qui permet aux héros de se réveiller :mrgreen: ).
Hey, j'y étais aussi ! J'étais perplexe au début, parce que j'avais comme toi le sentiment que Jodorowsky pliait commodément l’ésotérisme (auquel je reste fermé) à son interprétation. En gros, ça tournait à la fumisterie, mais le personnage est loquace et malicieux (87 ans, tout de même!), et l'exercice a fini par être plaisant.
Enfin, c'était surtout l'occasion de le rencontrer. Lui, et toute sa tribu : il y avait son épouse Pascale Montandon - l'assistante sur scène -, son fils Brontis (qui aurait dû jouer Paul Atreides dans Dune), sa charmante compagne (j'imagine) cheveux très noirs et yeux bleus... il y avait même une nana qu'on aurait crue échappée de La montagne sacrée, avec son crâne rasé et ses yeux cernés de khôl. C'était marrant. Y avait Gaspar Noé, aussi, avant le début de la conférence. Il cherchait quelque chose et avait l'air un peu sous pression. Je n'ai pas osé l'arrêter. :)
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

Demi-Lune wrote:Je connais mal la Nouvelle Vague japonaise, mais sur le plan technique le film joue à couteaux tirés avec ceux de Teshigahara, par exemple.
C'est le cas de beaucoup de cinéaste japonais de cette période là, pas toujours officiellement estampillé nouvelle vague car certains cinéastes plus âgées pouvait livrer des films terriblement moderne et audacieux. J'imagine que les chef op et techniciens devaient y etre pour beaucoup.
Tu as aussi Masahiro Shinoda, Yasuzo Masumura, certains Kanedo Shindo, les Ko Nakahira, Koreyoshi Kurahara, Shohei Imamura, plusieurs Tai Kato, Nagisa Oshima, quelques Wakamatsu, certains Fukasaku...
La richesse de leur cinéma durant cette période ne cesse ne me surprendre et pourtant, je commence à en avoir vu un paquet.
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Re: Etrange festival

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Re: Etrange festival

Post by Flol »

bruce randylan wrote:Transfiguration (Michael O'Shea - 2016)
Image
Encore une bonne surprise avec ce drame socio-psychologique qui pose un regard assez original sur le vampirisme ou plutôt la fascination envers le vampirisme avec un adolescent traumatisé par le suicide de sa mère qui s'est ouverte les veines. Comme le rappelle son personnage spécialiste du film du genre, la préférence tend plus vers Martin de Romero que Twilight ou True Blood. Beaucoup de choses intéressantes dans le scénario malgré quelques facilités par-ci par-là (et une fin bien trop explicative qui aurait dû rester plus ambiguë). En tout cas, le cinéaste a une approche et un traitement aussi louable que juste.
Le film sortira en février 2017 chez nous :)
Vu à Cannes et je confirme : c'est pas mal du tout.
Un peu trop poseur/atmosphérique pour rien par moments, mais le réal' a une voix particulière et l'audace de traiter d'un thème archi rebattu (les difficultés d'un jeune ado qui se cherche) sous le prisme "vampirique". En gros, c'est comme si Fresh de Boaz Yakin était mélangé à Martin.
Et puis un film qui préfère mettre en avant Murnau et Romero, tout en taclant les Twilight, ça fait toujours plaisir.
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Re: Etrange festival

Post by cinephage »

Je suis pour ma part complètement scotché par La région sauvage, d'Amat Escalante. Le temps, et sans doute les mots, me manque hélas pour en parler correctement, mais c'est un film à la fois magnifique et totalement perturbant, et en même temps très pertinent par son récit d'émancipation. Un tour de force, et ma plus belle surprise de ce festival.
I love movies from the creation of cinema—from single-shot silent films, to serialized films in the teens, Fritz Lang, and a million others through the twenties—basically, I have a love for cinema through all the decades, from all over the world, from the highbrow to the lowbrow. - David Robert Mitchell
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

cinephage wrote:Je suis pour ma part complètement scotché par La région sauvage, d'Amat Escalante. Le temps, et sans doute les mots, me manque hélas pour en parler correctement, mais c'est un film à la fois magnifique et totalement perturbant, et en même temps très pertinent par son récit d'émancipation. Un tour de force, et ma plus belle surprise de ce festival.
Ah j'ai pas osé le tenter, des amis m'ont assez refroidi avec ses précédents films sulfureux/provoc'.

Je tenterai peut-être si ça sort en salles.

Jeeg Robot (Gabriele Mainetti - 2015)
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Un peu de fraicheur et d'originalité dans le monde des super-héros. D'ailleurs, super-héros est un terme mal choisi car si le personnage a bien des supers pouvoirs, il n'a rien d'héroïque : un petit escroc asocial, adepte des pornos et des yaourts. Ses nouveaux dons lui servent d'ailleurs surtout à piller des distributeurs d'argents ou attaquer des fourgon blindé. Face, à lui, rien d'extraordinaire si ce n'est un criminel narcissique qui se voit déjà un grand nom du banditisme. Le tout évolue dans des tours d'HLM sordides, de "mules" qui transitent de la drogue ou des règlements de compte expéditifs.
On est bien loin donc de Marvel et son univers lisses et sans caractère. Jeeg Robot est plus proche du drame social intimiste que du blockbuster pété de tunes.
A part quelques fausses notes dans le personnage féminin (assez intéressant mais sa caractérisation manque de cohérence), les personnages sont plutôt fouillé sans être vraiment inédits mais la relecture des stéréotypes est plutôt astucieuse. Par exemple le méchant égocentrique est un ancien candidat de la télé-réalité qui ne supporte pas le retour à l'anonymat. Avec ce genre de background, le film aborde mine de rien quelques thèmes assez pertinents de la société italienne.
Avec quelques jolis notes d'humour, de poésie et de de justesse dans l'évolution du héros, le film est vraiment attachant. Dommage que la fin se fourvoie un peu dans le discours made in Nolan sur les responsabilités du héros machin-patacouffin.

Au-dessus des lois (John Michael McDonagh - 2016)
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Un bon petit buddy-movie qui carbure au politiquement incorrect et qui tire sur tout ce qui bouge comme son titre US l'indique : War on everyone. Les héros sont racistes, alcooliques, drogués, ne respectent rien ni personne, ne suivent aucune procédure, n'en font qu'à leur tête etc...
Le duo Alexander Skarsgård/Michael Peña s'en donne à cœur joie avec une mauvaise foi par moment franchement hilarante (faut les voir harceler une femme qui vient de poignarder son mari et qui n'arrive pas à s'exprimer distinctement :mrgreen: ).
Le début est tordant mais le rythme faiblit inévitablement et demeure après un peu en dent de scie mais certains gags/situations viennent souvent relancer la machine (le passage en Islande ; le running gag de Glenn Campbell ; les références culturelles très Monty python où l'on parle Simone de Beauvoir et Mishima).
Inégale mais on sort avec la banane. Ca devrait sortir en début d'année 2017 chez nous ;)
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

Buongiorno, notte (Marco Bellocchio - 2003)
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Première vraie rencontre avec Bellocchio après avoir tenté le saut dans le vide il y a une quinzaine d'année (stoppé au bout de 30 minutes :fiou: ). Là, c'est beaucoup plus intéressant avec cette évocation du kidnapping et de l'assassinat de l'homme politique Aldo Moro par les brigades rouges.
C'est en majeur partie un huit clos dans l'appartement où est retenu captif l'otage avec un parti pris assez réussi de reproduire l'effet d'enfermement sur la manière de filmer les personnages : beaucoup de gros plans en longues focales pour effacer l'arrière plan (ou le premier). Ca créé rapidement une sorte de climat de claustrophobie psychologique où le personnage central, la femme ayant louée l'appartement, commence a douter de la pertinence de leur action. Il y a d'ailleurs une utilisation vraiment adroite des images d'archives comme si elles représentaient un imaginaire mentale et symbolique. C'est assez troublant d'ailleurs quand l'héroïne songe aux exécutions des communistes par les fascistes alors que leur otage vient d'être déclarer coupable et condamné à mort.
C'est aussi une manière assez subtile pour Bellocchio de prendre parti sans verser dans la prise de position tranchée. C'est avant tout les dilemmes moraux qui motivent sa narration. C'est une qualité mais aussi un peu la limite du projet qui choisi l'enfermement plutôt que d'avoir une vision plus large et complexe d'une période noire pour l'Italie.
Ca me motive en tout cas pas mal à découvrir plus en détail le réalisateur avec la rétrospective qui arrivera le trimestre prochain à la cinémathèque. :)


Wet woman in the wind (Akihiko Shiota - 2016)
Image
Décidé à vivre comme un ermite dans une forêt pour retrouver l'inspiration, un acteur repousse une jeune femme excentrique. Celle-ci décide de se venger en créant entre eux une tension sexuelle tout en se refusant à lui.
Comme Antiporno, le film fait partie du revival Roman Porno initié par la Nikkatsu pour fêter les 50 ans du genre. Mais contrairement à l'iconoclaste Sono Sion, Shiota joue le jeu et livre un film bien plus ouvertement classique et donc érotique. Sauf qu'il contourne lui aussi les déviances misogynes et autres humiliations qui ont servis de font de commerce à quelques cinéastes pour se livrer à une relecture ludique, épanouie et revigorante de Théorème. Wet woman in the wind est donc avant tout une comédie de mœurs assez bien écrite qui laisse la part belle à ses comédiens pour de longs plans au service d'un humour flegmatique. L'érotisme pur arrive dans le tiers comme une véritable délivrance cathartique irresistible (et émoustillante aussi). Et il y a vraiment de très belles scènes (notamment celle avec la leçon de comédie qui se termine par une danse autour d'un bâton)

Un petit coup de cœur :D
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Demi-Lune
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Re: Etrange festival

Post by Demi-Lune »

bruce randylan wrote:Première vraie rencontre avec Bellocchio après avoir tenté le saut dans le vide il y a une quinzaine d'année (stoppé au bout de 30 minutes :fiou: ).
Ah oui mais là c'est normal. Ça avait été une douloureuse purge pour moi aussi, ce film.
Le plus incroyable, c'est que le film ait raflé en son temps à Cannes les deux prix d'interprétation (masculin et féminin).
Tu n'as jamais vu Les poings dans les poches ? En voilà, du très bon Bellocchio.
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

Demi-Lune wrote:
bruce randylan wrote:Première vraie rencontre avec Bellocchio après avoir tenté le saut dans le vide il y a une quinzaine d'année (stoppé au bout de 30 minutes :fiou: ).
Ah oui mais là c'est normal. Ça avait été une douloureuse purge pour moi aussi, ce film.
Le plus incroyable, c'est que le film ait raflé en son temps à Cannes les deux prix d'interprétation (masculin et féminin).
Tu n'as jamais vu Les poings dans les poches ? En voilà, du très bon Bellocchio.
Et non, pas vu. Il est passé plusieurs fois à la CF mais je l'ai raté à chaque fois (bon, au début, un peu sciemment à cause de la mauvaise expérience du Saut dans le vide)

Et je continue
Under the Shadow (Babak Anvari - 2016)
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Alors que Téhéran subit des bombardements irakiens depuis 8 ans, une femme se retrouve à vivre seule avec sa fille dans un immeuble. Un jour un nouveau type de missile traverse le toit du bâtiment sans exploser. Pour cette femme blacklistée pour son passé d'activiste politique, c'est le début de phénomènes angoissant.

J'ai adoré cette relecture très personnelle des histoires de maisons hantées. La sensibilité est bien pus proche des Hideo Nakata que des représentants américains. On retrouve pourtant pratiquement toutes les composantes du genre (y compris des scare jumps par toujours pertinents) mais l'approche est transcendée par ses différents sous-textes entre la maternité, la difficulté d'être une femme indépendante en pays intégriste, la proximité de la guerre. Ca en devient passionnant avec des idées brillantes comme lorsque l'héroïne sursaute croyant voir un spectre alors qu'il ne s'agit que de son reflet dans un miroir, portant un voile intégrale qu'on lui a imposé. Il y a plusieurs autres idées symboliques assez fortes.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Si elle ne veut pas être privée de son enfant "enlevé" par des Djinns (les esprits maléfiques locaux donc une certaine idée d'un conservatisme passéiste), elle doit se débarrasser de son livre de médecine, dernier vestige de ses ambitions de carrière ; elle doit aussi aller chercher sa famille prisonnière d'un immense voile tentaculaire.
Le film y gagne une étonnante profondeur assez subtile par ailleurs (certains spectateurs ont pas compris grand chose d'ailleurs à ces métaphores :mrgreen: ) tout en restant un très efficace thriller fantastique avec des moments d'effrois qui m'ont vraiment fichu la chaire de poule (mais je reste une proie facile)

The darkness (Daniel Castro Zimbrón - 2016)
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A quelques jours du début du festival, le distributeur de Rupture (Steven Shainberga) a fait marche arrière et ce fut The Darkness qui fut désigné comme remplaçant. Pas sûr que le choix soit si pertinent pour un film d'ouverture car c'est vraiment le genre de projet indépendant qui divise fortement.
Pour ma part, j'ai plutôt bien aimé cette ambiance fantastique, troublante et paranoïaque où un père protège ses enfants d'un monstre rôdant dans une vaste forêt noyée dans un brouillard toxique. Leur modeste chalet est le seul endroit rassurant et où la vie semble d'ailleurs encore possible.
Menace sourde, présence invisible, disparation inexpliquée, cauchemar étrange... Beaucoup de mystères planent dans l'univers de ce film où l'ambiguïté règne en maître. Le cinéaste fait le pari du huit clos à 3-4 personnages plutôt que le post-apocalypse explicatif avec en plus des choix picturaux très inspirés de la peinture flamande pour une très belle photographie.
C'est un peu le genre de film qui vous parle ou qui vous laisse sur le bas-côté à cause de son rythme assez lent, peu de dialogue et un dernier tiers où les informations ne cessent de se contredire pour mener les personnages dans une impasse pleine de dilemmes et d'apparences trompeuses.
Ca a tendance à m'agacer (genre je sais pas comment finir mon film donc je fais une fin ouverte), mais là ça passait plutôt bien.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"