Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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7swans
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Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Post by 7swans »

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Linklater plonge dans sa propre histoire, ses récits d’étudiant et livre une attachante chronique de fin d’été. Exploration sur 3 jours d'une fraternité d'étudiants-joueurs de baseball, à l'orée de leur première année de fac, du début d'une riche vie estudiantine.

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Prenant tour à tour la forme du Frat House Movie, du film de sport (une belle scène de baseball, nouant toutes les problématiques du film) ou de la comédie romantique, Linklater n’a surtout pas son pareil pour croquer en « quelques coups de pinceaux » les portraits attendrissants, doux et jamais condescendants d’une certaine jeunesse américaine. Tous les protagonistes existent, parfois avec peu de choses, peu de scènes mais leur caractérisation sonne juste. Tout se jouant sur les interactions, la qualité des dialogues et une interprétation (presque) sans faille (juste des réserves sur le personnage principal, un peu plus fade, mais quelle belle idée de ne caster que des inconnus!).
Film générationnel, d’une autre génération (on est en tout début des 80’s), beaucoup des réflexions semblent paradoxalement encore très pertinentes en 2016.
Il y a souvent chez Linklater, aussi, cette nostalgie du temps qui nous file entre les doigts, et cette envie de revivre ces beaux moments en creux qui éparpillent nos vies, ceux marquants, qui nous définissent et nous définiront.
Everybody Wants Some a son personnage qui refuse de grandir, comme Ethan Hawke, le trop jeune papa de Boyhood et surtout comme McConaughey dans Dazed And Confused, même si ici, il faut tricher/mentir pour avoir le droit de gouter encore un peu aux charmes de l’insouciante adolescence (
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Willoughby le trentenaire, qui falsifie ses dossiers d’inscription pour prolonger ses années de fac
).

Chez les acteurs, Glen Powell (Finn) a un sacré charisme et un petit (GROS) coup de cœur pour la charmante Zoey Deutch.

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Marrant de voir, aussi, que les barbes et moustaches des 80’s ne choquent plus en 2016. :mrgreen:

Linklater est aussi un des rares réalisateurs à promouvoir intelligemment un message positif (qu'on pourrait trouver naïf, ailleurs) à travers chacun de ses films.
Ici, c'est à la craie et sur un tableau noir, que le dernier message du film nous est adressé :
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"Frontiers are where you find them"
Pertinent également de remarquer que les questionnements et raisonnements de l'ado "artiste" de Boyhood ne sont pas si éloignés de ceux des sportifs de Everybody, mettant à mal tous les clichés possibles. Dans le Linklater-universe, chaque rencontre peut produire une reflexion (le réalisateur poussant cette idée à son extrême dans Waking Life) et surtout cette "philosophie du quotidien" est l'apanage de tous. Baseball players included.

Pour garder la banane après la séance, un petit conseil : Restez pendant le générique de fin! :wink:

---

Et je rajoute une tentative de TOP LINKLATER :

8.5-8-7.5/10
2004 Before Sunset
1993 Dazed and Confused
2001 Waking Life
2014 Boyhood
2001 Tape
2013 Before Midnight
2016 Everybody Wants Some
1995 Before Sunrise

7/10
2006 A Scanner Darkly
2003 School of Rock

6/10
2008 Me and Orson Welles

< 5/10
2006 Fast Food Nation
1998 The Newton Boys
2005 Bad News Bears
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7swans
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Re: Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Post by 7swans »

Ce topic est indestructible! :mrgreen:
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Demi-Lune
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Re: Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Post by Demi-Lune »

Immortelles 80's.
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Thaddeus
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Re: Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Post by Thaddeus »

Et les personnages, ils sont pas trop débiles ?
Et la fibre nombrilo-passéiste sur "nos belles années de jeunesse", elle est pas trop relou ?

Tant qu'à faire... :mrgreen:
Duke Red
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Re: Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Post by Duke Red »

Thaddeus wrote:Et les personnages, ils sont pas trop débiles ?
Si !

(Tu fais exprès de pas lire mes messages ? :evil: )

(Après, j'ai pas vu Dazed and confused pour comparer... Mais perso je les ai trouvés plutôt gonflants et superficiels, ces joueurs de base-ball)
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Thaddeus
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Re: Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Post by Thaddeus »

Ah mais si, bien sûr que j'ai lu ton message d'à-côté.
C'était juste pour recentrer le sujet ici, et aussi pour poursuivre le côté "remake" du topic.
(merci pour ta réponse :wink: )
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Flol
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Re: Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Post by Flol »

Il est vachement bien, ce film.
Duke Red
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Re: Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Post by Duke Red »

Thaddeus wrote:Ah mais si, bien sûr que j'ai lu ton message d'à-côté.
C'était juste pour recentrer le sujet ici, et aussi pour poursuivre le côté "remake" du topic.
(merci pour ta réponse :wink: )
Bien.

Que ça ne se reproduise plus :twisted:

(Sinon, pour répondre à ta deuxième question, Linklater reste léger dans le côté "nostalgie" - il capte sur quelques jours une certaine ambiance, une atmosphère insouciante, mais il n'est pas à radoter "Ah que c'était le bon temps, messieurs-dames...")
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Demi-Lune
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Re: Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Post by Demi-Lune »

Ce putain de bug n'allait pas condamner l'avis de 7swans à rester tout seul sur ce thread, qui était si bien engagé. J'ai tout réécrit tant que ma mémoire était encore fraîche, ha ha. :o Dans ton cul, le bug !
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Demi-Lune
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Re: Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Post by Demi-Lune »

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Une des grandes forces de ce film, pour moi, c'est de ne pas chercher à obéir à une scénarisation. Les enjeux et les nœuds rabâchés de film de fac, Linklater, il s'en fout. A quoi bon introduire de telles conventions dans une tranche de vie de trois jours que les personnages improvisent avec insouciance ? Ce n'est pas une histoire au sens conventionnel et signifiant du terme, mais celle écrite à la seconde par une bande de potes dont l'enthousiasme et la turbulence finit par transcender le simple cadre du film, et lui donner une ampleur de témoignage générationnel par sa force d'évocation et de conviction. Le rapport au temps de Linklater est l'un des plus fascinants qui soient : ça n'a beau ne durer que trois jours, tout ça est tellement vivant et orgiaque que le temps semble comme étriqué par la fougue de ces jeunes : trois jours, qui sont les plus belles années de leurs vies. Rarement la chronique aura à ce point cerné son point de fuite au cinéma ; je m'enflamme peut-être, mais on aurait presque là une sorte d'équivalent campus-80's de la synergie des Affranchis. On ne sent pas la plume qui chercherait à construire tout ça, à lui donner du sens, et c'est ça qui est formidable. Le film est un agrégat de moments, d'instants, une épiphanie de complicités, de rigolades, de discussions stériles, d'avachissements dans le living-room commun, de jeux, de virées en boîtes, de cul, de vinyles, et par-dessous, de caractérisations.
Linklater te mitonne une galerie de personnages tous plus vrais que nature, bon ok, un poil trop âgés pour leurs rôles, mais qui produisent un miracle tel qu'acteur et personnage finissent par ne faire plus qu'un dans le regard du spectateur. De récente mémoire, je n'avais plus vu une telle alchimie dans une tribu de comédiens inconnus au bataillon, c'est juste grisant. T'as envie de traverser l'écran, Danny-Madigan-style, de les côtoyer et de faire partie de leur bande. Si vous n'aimez pas le portraitisme, passez votre chemin ; sinon, l'aspect feel-good battra d'autant plus son plein qu'à mes yeux, ce voyage dans le temps génère moins une nostalgie (passive) qu'une envie (combattive) - celle de rêver à nouveau quand on est jeune (comme disait El Dadal, le plan final cerne tout). Le décorum 80's, c'est à la fois la cerise sur le gâteau (tout ça est représenté comme un véritable âge d'or, ce qui équivaut à prêcher à un convaincu) et l'ambivalence d'une amertume qui commence à poindre, sans que les personnages ne s'en rendent encore compte : combien de temps durera cet âge d'or ? De la même manière que le couple Delpy/Hawke, on a ainsi envie d'aller au-delà du générique de fin, de poursuivre l'aventure, de savoir, malgré les incertitudes de la vie. C'est cet aspect volatile, qui dissimule une touche de mélancolie sous tout l'enrobage festif, qui rend Everybody wants some!! si addictif, et en même temps si attachant. Putain de bon film.

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Demi-Lune
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Re: Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Post by Demi-Lune »

Donc là, il y avait Duke Red qui disait qu'il avait été très déçu, tout ça, personnages antipathiques, du genre à humilier les plus faibles au lycée, et à propos desquels il ne s'est jamais dit qu'ils étaient authentiquement amis.

Encore une fois, l'action se passe sur trois jours. Certes, ces trois jours donnent l'impression de durer plus longtemps (effectivement et symboliquement), mais dans le cadre de la cohérence interne du film, on ne peut pas retenir à charge le fait que les liens ne soient pas (encore?) de la vraie et pure amitié, mais de la camaraderie de chambrée chahuteuse. Les mecs en sont tout bonnement au stade où ils se jaugent. Le devenir et la vraie nature de cette camaraderie, ça, ça fait partie de ces choses en suspens, en pointillés, qui excèdent le périmètre du film, comme pour chaque fin de film de la trilogie "Before" qui nous laisse au bord de quelque chose. Ici, on a des mecs qui apprennent à faire connaissance trois jours avant la rentrée à l'université, donc c'est cohérent (et intègre, parce que franchement, dans la vie on ne se crée pas de vrais amis en trois jours) qu'on ait affaire à des petits coqs qui paradent et jouent in fine à celui qui a la plus longue. Dans le tas, il y a des gens bien, et y a sûrement de vrais connards aussi. Il faut se souvenir de l'accueil réservé à Jake au début, quand il arrive : tout le monde le prend de haut, et les rivalités objectives (les postes dans l'équipe de baseball) servent aussi plus globalement de révélateur à une entrée dans la cour des grands.
Après, je ferai preuve de beaucoup plus de mansuétude que toi à leur égard. Je les trouve attachantes, moi, ces grandes gueules. Faut voir les techniques de drague foireuses de Finn, le degré de pathétisme du "chien enragé", la supercherie de Willoughby, l'arrogance de McReynolds, Roper "j'ai le plus beau cul de tout le campus", etc. Ils ont beau choper des écervelées et bander des muscles, il y a quand même beaucoup de poudre aux yeux. Regarde Bueter, le Texan avec son chapeau de cowboy. Tout le monde se fout de sa gueule, c'est la tête de Turc de service, mais au final c'est l'un des personnages les plus matures et certainement pas con (cf. la scène de la piaule qu'il refuse de prêter et celle du vestiaire). Quant à Jake, comme l'avait dit Profondo Rosso, il a l'air de chercher au travers de Beverly autre chose que la testostérone du groupe (elle est cultivée, intelligente, et lui aussi). Le soupçon d'ambiguïté du film, qui lui assure sa densité au-delà du strict capital feel-good immédiat, se noue donc dans cet entredeux, l'insouciance et la déconne d'une part, et ce qui se noue souterrainement, indistinctement : des rapports de force qui menacent d'éclater pour de bon, un chacun pour soi, ou une cohésion de groupe qui transcenderait tout ("Tu fais cavalier seul, l'équipe prévaut sur toi !" s'emporte McReynolds contre Jay "Chien enragé" dans un accès de colère qui rappelle la rivalité bien 80's Maverick/Iceman dans Top Gun). Là encore, le contexte des 80's n'est pas qu'un simple décorum.
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Re: Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Post by AtCloseRange »

Je fais une version courte de mon post:
Les 80s reconstituées, pourquoi c'est bien?
Développez :mrgreen:
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Supfiction
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Re: Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Post by Supfiction »

Demi-Lune wrote:J'ai tout réécrit tant que ma mémoire était encore fraîche, ha ha.
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Re: Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Post by AtCloseRange »

Supfiction wrote:
Demi-Lune wrote:J'ai tout réécrit tant que ma mémoire était encore fraîche, ha ha.
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Un jour, on étudiera le cerveau de Demi-Lune.
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Demi-Lune
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Re: Everybody Wants Some (Richard Linklater - 2016)

Post by Demi-Lune »

Supfiction wrote:
Demi-Lune wrote:J'ai tout réécrit tant que ma mémoire était encore fraîche, ha ha.
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Mais carrément, j'y ai pensé tout au long de la séance ! Ce film est aussi jouissif que Risky business (coucou ACR :D ).

Merci Supfiction. :mrgreen: