Barbet Schroeder

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Demi-Lune
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Barbet Schroeder

Post by Demi-Lune »

J'avais envie de dire un petit mot au sujet d'Inju, la bête dans l'ombre (2008) et je constate qu'il n'y a pas de topic sur le cinéaste.

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Dès le début, on sent que quelque chose cloche, et bingo, plus ça va, plus mon compteur Geiger du nanar frétille.
Malgré le prestige de l'équipe technique (Luciano Tovoli à la photo, Milena Canonero en consultante costumes...), on est effaré face à la facture complètement cheap de ce thriller japonisant tellement mal foutu qu'on en vient à se demander si c'est du lard ou du cochon, De Palma style (mais le De Palma de Passion, malheureusement). Parce que merde, c'est pas possible que le mec qui a fait Maîtresse ou Barfly puisse faire preuve d'un tel dilettantisme en toute conscience. L'ouverture avec le film dans le film à base de têtes décapitées, Benoît Magimel mauvais comme cochon tout comme ses acolytes nippons, les dialogues à se pisser dessus, l'impression de regarder un Argento des années 2000, le doigt de pied sucé, les rebondissements téléphonés, jusqu'à la toute dernière scène d'explication honteuse... pratiquement tout relève du ratage. Et pourtant, bizarrement le doute subsiste. Schroeder n'a sûrement pas voulu faire un film nul exprès, mais il y a une part d'ironie (ne serait-ce que dans les tenants et les aboutissants de l'intrigue) et de décalage (ex : le siège en cuir vu de dos, avec les volutes de fumée, tendance Docteur Mad dans Inspecteur Gadget) qui parviennent à poindre et à rendre la vision du film, à défaut d'être convaincante, en tout cas agréable. Deux-trois séquences oniriques inquiétantes, et la persistance évocatrice de ce portrait à la Munch de l'auteur que personne n'a jamais vu, ouvrent même à un léger frisson qui laisse frustré. Surtout, il y a Lika Minamoto, pas forcément bonne actrice, mais dont la partition en geisha réussit à semer un certain trouble communicatif. Il y avait matière à faire mieux sur cette fascination de l'homme occidental pour ce raffinement féminin.
A noter que c'est tiré d'un bouquin de Rampo Edogawa, auteur également adapté au cinéma avec La bête aveugle de Masumara. Je n'avais pas aimé non plus (mais c'était beaucoup moins nanardesque, juste chiant dans ses déviances).
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Watkinssien
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Re: Barbet Schroeder

Post by Watkinssien »

Un des plus mauvais films de Schroeder, celui-là.

Par contre, un mot me vient à l'esprit concernant le cinéaste : éclectique. Dans le style, les genres, les nationalités de ces histoires.

Je pense que mon préféré est l'incontournable Général Idi Amin Dada: Autoportrait, documentaire absolument passionnant et dingue.
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bruce randylan
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Re: Barbet Schroeder

Post by bruce randylan »

Demi-Lune wrote: La bête aveugle de Masumara. Je n'avais pas aimé non plus (mais c'était beaucoup moins nanardesque, juste chiant dans ses déviances).
Ca va que tu fais l'effort de venir découvrir Im Kwon-taek sinon j'avais 2-3 sévices à te faire subir !
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bronski
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Re: Barbet Schroeder

Post by bronski »

Co-fondateur (avec Rohmer il me semble) de la compagnie "Les Films du Losange".

Oui réalisateur très éclectique, que ce soit sur la forme ou sur le fond (emploi de la vidéo sur La Vierge des tueurs, très beau film franco-colombien tourné à Medellin), je ne connais par contre pas trop sa période US. Il y a aussi Maîtresse avec un tout jeune Depardieu, ou le documentaire sur le singe Koko le gorille qui parle.
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Père Jules
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Re: Barbet Schroeder

Post by Père Jules »

Watkinssien wrote:Un des plus mauvais films de Schroeder, celui-là.

Par contre, un mot me vient à l'esprit concernant le cinéaste : éclectique. Dans le style, les genres, les nationalités de ces histoires.

Je pense que mon préféré est l'incontournable Général Idi Amin Dada: Autoportrait, documentaire absolument passionnant et dingue.
Dans ses docus, son portrait de Vergès est remarquable également.
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Demi-Lune
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Re: Barbet Schroeder

Post by Demi-Lune »

Watkinssien wrote:Par contre, un mot me vient à l'esprit concernant le cinéaste : éclectique. Dans le style, les genres, les nationalités de ces histoires.
J'ai quand même toujours du mal à me dire que le Schroeder de la période américaine est le même gars qui a fait More, La vallée, Maîtresse et ces deux documentaires réputés que sont Général Idi Amin Dada : Autoportrait et Koko, le gorille qui parle. Encore un cinéaste européen pour qui la greffe chez l'Oncle Sam n'aura pas été vraiment probante, Barfly mis à part.
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Thaddeus
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Re: Barbet Schroeder

Post by Thaddeus »

J’ai justement découvert More il y a moins de deux jours. Film que je ne suis pas loin d’avoir beaucoup aimé, et qui décrit sans complaisance, dans une fausse indifférence finalement plus accusatrice que les déclarations (ou la fausse objectivité), le prosélytisme d’une toxicomane et chez son partenaire la peur puérile de refuser une "expérience". La rencontre de Stephen et d’Estelle est celle de deux êtres vulnérables, mais dont l’un est plus "âgé" et meurtri que l’autre. Le récit prend sa pleine mesure sur l’île d’Ibiza où les deux personnages se perdent dans un étrange processus d’extase et d’autodestruction. - SPOILERS - Le sentiment de l’irrémédiable, l’un des plus esthétiques qui soit, car il fait de la vie un spectacle, et ici du spectacle une prosopopée en circuit fermé, devient particulièrement sensible. C’est une grande qualité à porter au crédit du film que de parvenir à rendre inquiets des péripéties d’une suite que l’on peut prévoir. Les rapports de ses personnages dénudés avec le vent, le soleil, la mer sont le contraire d’une diversion. La machine infernale mise en route ne s’arrêtera plus. À l’alternance des scènes heureuses en plein air et des moments de claustration succède, dès le retour forcé en ville, l’effritement du couple. Le L.S.D. apparaît alors comme l’ultime recours : les amants tentent de jouer les moines tibétains faisant naître l’aurore par leurs sourdes invocations. Dans ces scènes de trip, très parcimonieuses et presque à contre-courant de l’approche quasi-naturaliste qui prévaut ailleurs, la texture de l’univers se révèle en plans non déformés ni accélérés, à peine ombrés par instants, de grossissements scientifiques : nacre, écailles de papillons, larves grouillantes… Tout est mis sur le même plan épidermique que le reste du film. Mais cette expérience s’avère un échec. Rongé par l’atonie, le couple, malgré ses velléités de fuite, se satisfait d’un dérisoire cri de liberté. La dégradation qui suit est extrêmement rapide : une dernière dose, doublée et prise en cachette dans le tunnel où naguère il s’était enfoncé avec Estelle, foudroie Stephen. Les obsèques s’achèvent par une remontée rapide de la caméra vers le soleil, enfin "fixé" tandis qu’on entend le bruit du cercueil tombant dans la fosse. More relève davantage de la catharsis que de l’exorcisme, mais sa force pathétique n’en est pas moins réelle. Très belle photo de Nestor Almendros également.
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AtCloseRange
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Re: Barbet Schroeder

Post by AtCloseRange »

Demi-Lune wrote:
Watkinssien wrote:Par contre, un mot me vient à l'esprit concernant le cinéaste : éclectique. Dans le style, les genres, les nationalités de ces histoires.
J'ai quand même toujours du mal à me dire que le Schroeder de la période américaine est le même gars qui a fait More, La vallée, Maîtresse et ces deux documentaires réputés que sont Général Idi Amin Dada : Autoportrait et Koko, le gorille qui parle. Encore un cinéaste européen pour qui la greffe chez l'Oncle Sam n'aura pas été vraiment probante, Barfly mis à part.
J'aime beaucoup son JF partagerait appartement.
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Kevin95
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Re: Barbet Schroeder

Post by Kevin95 »

Reversal of Fortune et Desperate Measures sont loin d'être honteux.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Demi-Lune
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Re: Barbet Schroeder

Post by Demi-Lune »

AtCloseRange wrote:
Demi-Lune wrote: J'ai quand même toujours du mal à me dire que le Schroeder de la période américaine est le même gars qui a fait More, La vallée, Maîtresse et ces deux documentaires réputés que sont Général Idi Amin Dada : Autoportrait et Koko, le gorille qui parle. Encore un cinéaste européen pour qui la greffe chez l'Oncle Sam n'aura pas été vraiment probante, Barfly mis à part.
J'aime beaucoup son JF partagerait appartement.
Je trouve ça insignifiant.
A part pour la prestation d'Irons, c'est un peu le même tarif pour Le mystère Von Bulow. Calculs meurtriers c'est nul. L'enjeu, c'est efficace et anecdotique.
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cinéfile
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Re: Barbet Schroeder

Post by cinéfile »

Ya aussi son remake de Kiss of Death avec Nicolas Cage et David Caruso.

Vu il y a quelques années, je n'en garde quasiment aucun souvenir. C'est peut être mauvais signe...
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Joshua Baskin
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Re: Barbet Schroeder

Post by Joshua Baskin »

Je trouve aussi que ses films US sont particulièrement efficaces et JF partagerait appartement est la quintessence du urban thriller des années 90 dont j'avais fait un topic il y a quelques temps.
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Jeremy Fox
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Re: Barbet Schroeder

Post by Jeremy Fox »

Entre les "jeudis rouges" et les "samedis westerniens", un nouveau mini cycle s'ouvre aujourd'hui, les vendredis Schroeder/Carlotta par Jean gavril Sluka. On débute avec The Charles Bukowski Tapes qui vient de sortir en DVD.
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Thaddeus
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Re: Barbet Schroeder

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


More
Ni apologie ni acte d’accusation, le film, comme son titre l’indique, est le témoignage d’une volonté de dépassement qui s’achève tragiquement. Son protagoniste se détache de la génération hippie, fidèle à une conception pathétique de l’existence, à la recherche d’une sensualité douloureuse, de l’initiation et du mystère. Il est pris au piège de la nature et d’une femme, davantage qu’à celui de la drogue, au fil d’une descente aux enfers qui se peint de sable d’or et s’éclaire de l’atroce brûlure du soleil d’Ibiza. Constat d’une neutralité parfaite sur la spirale de la dépendance et les leurres dramatiques qu’elle suscite, l’œuvre impose un romantisme quasi nervalien, exhale une beauté mortifère, et marie le dépouillement du style à une certaine préciosité. Quant à Mimsy Farmer, elle dégage un charme assez fou. 4/6

La vallée
Thèse : plus rien à attendre de notre monde pourri. Les paradis verts et les peuplades primitives de la Nouvelle-Guinée vous apprendront donc ce qu’est la vraie vie, et si vous croisez un groupuscule hippie en mal d’horizons perdus et de vie communautaire, c’est le nirvana assuré. Antithèse : un Occidental blanc le restera et n’y peut rien changer, touriste à jamais, vache de Rousseau. Synthèse : à toi spectateur de conclure et de trouver ta petite vallée personnelle. Propos un peu court pour un film assez mou, vaguement ennuyeux, mais qui par-delà les mythes de Shangri-La cherche à écarter les pièges crispés de l’intériorité afin de renvoyer l’incommunicabilité entre les cultures, l’affabulation ou les chimères d’un idéal. C’est oublier qu’il n’y a pas d’engagement authentique sans idées claires et choix appréciés. 3/6

Maîtresse
Cette maîtresse est une dominatrice professionnelle qui exerce une activité fort lucrative : flagellation, écartèlement, garrottage, musèlement, baîllonnage et même conversation par laquelle elle perd soudain son contrôle, effrayée par ses propres pulsions. Elle est dans ses perruques et son latex comme tortue, les émotions la suffoquent, car depuis que la consomption n’existe plus, les dames aux camélias modernes défaillent avec le même succès dans les costumes en cuir de Lagerfeld. Et l’idée topographique est de mettre les masos (l’inconscient ?) un étage au-dessous de l’amour. L’absence de regard, l’assèchement clinique auquel se plie le sujet rendent le tout assez ennuyeux, en plus d’être parfois insoutenable à regarder (on se serait bien passé du cloutage de pénis et de l’abattage de cheval en live). 3/6

Barfly
Du bar à la piaule, de la piaule au bar : tel est l’unique trajet de ces épaves imbibées dont la démesure se joue dans le double sens d’une réduction de l’espace et d’une expansion au quotidien de leur sereine rage de vivre. Ce qui les lie et fait consister leur univers, ce sont les rites sociaux, privés et intimes qu’ils s’inventent pour ne pas se laisser absorber et détruire par les autres. Ils préfèrent s’enfermer dans le vertige de l’ivresse, le cercle nécessairement vicieux de leur passion, de leur cérémonie plus ou moins secrète, choisir leur mode de destruction qui est aussi leur mode de vie marginale. En transcrivant à l’écran la prose écorchée et éthylique de Bukowski, le cinéaste a su éviter le sordide et l’apitoiement pour privilégier une forme de poésie en accord avec la folie héroïque de ces êtres-anges. 4/6

Le mystère von Bülow
Scott Fitzgerald le savait bien, les riches sont différents. Tiré d’un scandale qui excita follement l’Amérique dans les années 80, le film exerce d’abord l’attrait d’une étude en noir que l’on contemple ravi et vaguement mal à l’aise. Milieu : la jet society, microcosme feutré, plein de dissimulations et de non-dits. Thèmes : l’argent, le sexe, le pouvoir. Ton : ironie, ambigüité et morsures diverses. Pour disséquer ce cas criminel, Schroeder oblige le spectateur à sortir des sentiers routiniers du film-dossier en explorant un espace composé de différentes irisations, mais sans rupture contrastée à l’intérieur du dédale. Teint pâle, menton droit, œil fuyant, mise irréprochable, Irons incarne avec une formidable conviction un personnage raffiné, cultivé, séducteur, en qui se mêlent machiavélisme et innocence. 4/6

JF partagerait appartement
Devant cette histoire de vampirisation psychique et de folie féminine meurtrière, il est une fois de plus impossible de faire l’économie d’une analyse sur le rapport au genre, d’autant plus que le cinéaste reconnaît et assume pleinement sa dette à ce qu’il convient d’appeler le film-Vertigo. Avec une indéniable habileté, il insère au sein d’un suspense voulu vénéneux un certain nombre de lignes de fuite, tant dans la conduite du récit que dans le propos, et s’ingénie à susciter un trouble, une désorientation progressifs en jouant de la gémellité perturbante de ses deux actrices, des jeux de miroirs signifiants, de l’attirance érotique et du désir secret qui se métamorphosent en pulsion de mort. Mais le résultat, non dénué d’effets grandiloquents, est presque trop roublard pour être vraiment pénétrant. 4/6

Kiss of death
Si l’on considère Schroeder davantage comme un cinéaste que comme un auteur, c’est-à-dire plus préoccupé d’expérimenter de nouvelles voies, de jouer des jeux inédits ou de relever des gageures que de se livrer à tout prix à travers un film, alors il était prévisible qu’il sacrifie corps et bien au polar pur et dur, tout simplement pour le plaisir de l’expérience. De ce point de vue, ce film tranchant et sans coquetterie est parfaitement réussi, qui privilégie un hyperréalisme tantôt métallique, tantôt électrisé, de toute façon déshumanisé, qui explore la frontière ondulante entre le bien et le mal, maintient les zones d’ombre de ses personnages sans pour autant obscurcir le récit, agence des images urbaines quasi oniriques, et allie la rigueur des classiques du genre avec la distance d’un regard ironique. 4/6

La vierge des tueurs
L’homosexualité comme un fait acquis, le meurtre comme une banalité, la violence en overdose de réalité, et cette certitude qui se glisse sous la peau : dehors c’est la peste et dedans c’est le choléra. Situé dans le chaos sanglant et la fureur assourdissante de Medellin, le film contourne les écueils de l’exotisme, du misérabilisme, de l’exploitation de la misère sociale aux seules fins du spectacle, bref, la complaisance. Il inocule une pincée d’humour et de tendresse dans l’histoire d’amour qui se noue entre un écrivain en perte de repères et un adolescent levé dans un bordel, la décline en situations leitmotivs et en variations chromatiques, en même temps qu’il insère des trouées fantasmagoriques au sein d’un ballet de mort où chaque assassin est condamné à occuper tôt ou tard la place de sa dernière victime. 4/6

Calculs meurtriers
L’héroïne est une inspectrice de police assez déséquilibrée, qui n’a pas exorcisé un vieux traumatisme et excelle ainsi à se mettre à la place des criminels. Bla-bla freudien convenu, assez symptomatique du schématisme plombant quelque peu une intrigue inspirée de la fameuse affaire Leopold-Loeb, dont Hitchcock avait également tiré sa Corde : deux étudiants, homosexuels refoulés, y sont contaminés par une douteuse philosophie pseudo-nietzschéenne, attirés par le mal, le crime gratuit et la manipulation mentale. Les concessions apparentes à la logique commerciale ont beau être parfois perverties par le brouillage des pistes, rien dans la mise en scène ou le propos ne transcende vraiment ce matériau honnêtement artisanal, emballé néanmoins avec un savoir-faire sans afféteries. 3/6

L’avocat de la terreur
L’auteur dresse ici un genre de biographie non autorisée, le portrait d’un être insaisissable, à la fois fascinant et détestable : Jacques Vergès. L’itinéraire même de l’homme est passionnant de sa par sa longueur (il puise ses sources dans la guerre d’Algérie) et son contenu particulièrement problématique : conversions successives (maoïsme, islam), partis pris nauséabonds (antisémitisme), péripéties personnelles, jusqu’au mystère savamment entretenu du "trou noir" biographique pendant les années 70. Au fil de témoignages et de recoupements contradictoires se dessine une figure complexe, très difficile à juger, qui interroge la notion de justice et questionne notre point de vue sur des événements et des idéologies que la confrontation avec le sulfureux avocat tend à remettre en question. 4/6

Le vénérable W.
On dit du bouddhisme qu’il est la religion la plus pacifique et tolérante du monde. Prompt à remettre en question les idées reçues autant qu’à interroger ses propres certitudes, le cinéaste se livre à un portrait inattendu : celui d’Ashin Wirathu, bonze birman dont la placidité n’égale que l’implacable détermination, prophète d’un nationalisme radical et fanatique, d’une islamophobie haineuse que n’effraient pas les perspectives génocidaires. Pour éclairer la réalité d’un crime contre l’humanité encore largement méconnu par la conscience internationale, pour analyser et comprendre l’engrenage de la peur irrationnelle et de la violence convulsive qui en découle, il procède par une sorte de pédagogie des racines et de la mécanique du mal, sans que jamais la clairvoyance du propos n’en atténue la révolte effarée. 4/6


Mon top :

1. More (1969)
2. Kiss of death (1994)
3. Le mystère von Bülow (1990)
4. Le vénérable W. (2017)
5. Barfly (1987)

À l’instar de Louis Malle, cinéaste français ayant réussi à exercer une carrière américaine et hybridé ses différentes formes d’approche avec d’autres influences, Schroeder est un artiste assez difficile à cerner. Il est indéniable que sa place se situe en marge du système, et que son inspiration s’épanouit dans la variété des projets, en évitant les chemins balisés.
Last edited by Thaddeus on 26 Jun 18, 17:36, edited 2 times in total.
Max Schreck
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Re: Barbet Schroeder

Post by Max Schreck »

Barfly, 1987
Une magnifique retranscription de l'univers de Bukowski, bien plus convaincante que l'adaptation glacée et soporifique des Contes de la Folie ordinaire par Ferreri. Je ne l'ai vu qu'une seule fois, et il y a déjà longtemps, mais j'en garde vraiment un souvenir fort et fasciné. Certes, Mickey Rourke a une un peu trop belle gueule dans le rôle d'Hank Chinaski, alter ego de l'auteur censé être une épave pathétique (aka un "vieux dégueulasse"), mais ça restera l'occasion d'un de ses plus beaux rôles. C'est cru, c'est drôle, c'est triste, c'est violent. Une histoire toute simple de piliers de comptoir qui s'efforcent malgré tout de vivre. Décors, photographie et mise en scène sont au diapason pour filmer ces virées nocturnes faites de bars qui ferment et de bouts de trottoir. Schroeder a vraiment fait du beau boulot, associant de près l'auteur.

Je recommande d'ailleurs vivement la lecture du roman que Bukowski a consacré au tournage du film, Hollywood. Les noms des intervenants ont été changés mais c'est transparent. Tous les passages mettant en scène les méthodes de travail de Golan/Globus sont irrésistibles.



Reversals of fortune (Le Mystère Von Bülow), 1990
Glenn Close et Jeremy Irons au sommet d'un film de procès qui se la joue première classe. C'est bien fabriqué, et à chaque fois que j'ai eu l'occasion de tomber dessus, je me suis laissé happer. Mais ce n'est pas pour autant un film qui me touche particulièrement, ou vers lequel j'ai envie de revenir.



Single white female (J.F. partagerait appartement), 1992
Pas revu depuis sa sortie. Je reste sur le souvenir d'un film de psychopathe relativement basique et inoffensif, mais efficace, où Bridget Fonda et Jennifer Jason Leigh trouvaient de quoi s'amuser. Retrospectivement, par son esthétique comme par sa structure, le film me donne l'impression de s'inscrire dans une mouvance du thriller typiquement 90's qui compterait des titres modestes comme Sliver ou Fenêtre sur pacifique.



Before & after (Le Poids du déshonneur), 1996
Très joli film intimiste qui s'intéresse de front aux bouleversements subis par une famille à la suite de la mise en accusation du fiston pour assassinat. Le film raconte comment la cellule voit mise à l'épreuve la solidité de ses liens et de ses valeurs face au soupçon de crime. Et c'est bien cette interrogation sur le mal et sur la culpabilité intrinsèque à l'humanité qui irrigue profondément une bonne part de l'œuvre du cinéaste. Schroeder adopte un point de vue très réaliste, observant chaque étape du processus et les réactions qu'elles occasionnent, essentiellement chez les parents (Liam Neeson, très grand, et Meryl Streep toujours impressionnante). C'est un film très sobre, qui fait oublier sa mise en scène, et qui parvient à émouvoir par sa justesse de ton. Les personnages, forcément paumés, ne savent quelle attitude adopter, font des erreurs, espèrent les rattraper. Bref, c'est complexe comme dans la vie, et ici le problème devient moral, éthique, voire métaphysique (référence au sacrifice d'Abraham).

Plus que le poids du déshonneur auquel fait référence le titre français passe-partout, il est finalement davantage question ici du poids de la vérité et du mensonge. En fait, on n'est très loin du film de procès et du Mystère Von Bülow, Schroeder s'arrangeant pour systématiquement éluder ces scènes attendues de prétoire pour se concentrer sur ses personnages, avant et après. Alfred Molina est très très bon en avocat, et c'est l'époque où Edward Furlong jouait encore dans des bons films (ou avait encore un bon agent). Enfin, Howard Shore donne à ce drame une ampleur orchestrale assez inattendue. Le film se déroule dans une atmosphère enneigée proche de ces autres très bons faux polars glacés et vrais drames que sont Un Plan simple et Affliction (et Fargo pas loin évidemment), et qui semblait alors avoir la côte.



Desperate measures (L'Enjeu), 1998
Duel au sommet entre Andy Garcia et Michael Keaton. Sous ses apparences de produit hollywoodien qui sacrifie ses prétentions sur l'autel du divertissement, c'est un film incroyablement prenant et nerveux, basé sur un postulat tordu mais bien solide : Keaton joue un dangereux prisonnier psychopathe qui s'avère être le seul donneur de moelle osseuse capable de sauver le fils du flic Garcia, atteint d'une leucémie. Donc Keaton doit à tout prix rester vivant. Ce qui fait qu'on sort pas mal du schéma-type entre le chasseur et sa proie.

Schroeder utilise ingénieusement ses très beaux décors pour suggérer que Garcia pénètre en fait dans la tête de Keaton, passe de l'autre côté du mal pour sauver la vie de son fils. Les allusions en ce sens sont suffisamment nombreuses : à l'image de la passerelle qu'il détruit pour permettre l'ultime face à face qui aura lieu sur un pont suspendu, après avoir parcouru des kilomètres de couloirs, fait d'incessants allers-retours, glissé dans des conduits d'ascenseur, dans les égouts, etc. Dès la scène d'ouverture où Garcia pirate les fichiers du FBI pour obtenir la liste des donneurs compatibles, tout fonctionne ici par effraction, par rapport aux lois comme par rapport à la morale (les réactions de l'enfant sont particulièrement étonnantes). Le rythme reste formidablement soutenu du début à la fin. Bref un spectacle sans faille, qui se revoit avec le même plaisir.



La Virgen de los sicarios (La Vierge des tueurs), 2000
Après plus de dix ans passés à l'intérieur du système hollywoodien, quand bien même il parvenait à traiter des sujets qui nourrissait sa fascination pour le mal, je n'attendais pas Schroeder sur ce terrain-là. Après Bukowski, le cinéaste relève un nouveau challenge en adaptant le récit de Fernando Vallejo, qui est un texte fort, dérangeant et puissamment poétique. Le résultat est un film choc, courageux tant par le sujet qu'il ose traiter que par les conditions de tournage qu'il accepte de s'imposer, au cœur de Medellin. Le choix de la vidéo pouvait laisser craindre une approche bricolée, or sa mise en scène est d'une rigueur constante, et ça aboutit à quelque chose d'impressionnant qui est totalement raccord avec la prose de Vallejo.



Murder by numbers (Calculs meurtriers), 2002
Evidemment, après l'expérience colombienne, ce titre-ci apparaît comme une sorte de retour au bercail sans prise de risques. Le côté Clint Eastwood du personnage de Sandra Bullocks (flic torturé-traumatisé) est un peu forcé mais plutôt réjouissant au sein d'une telle production, en féminisant ainsi ce qui a fini par devenir un personnage-cliché. Modernisant l'affaire qui inspiré Hitchcock pour La Corde, le film se tient plutôt très bien dans son déroulement, mais je n'ai pas pu m'empêcher de regretter un final grotesque et bourrin (le genre de truc qui me gavait aussi dans le final du Cape fear de Scorsese). On est plutôt là dans la lignée de JF partagerait appartement : du bon divertissement et c'est déjà pas mal.
« Vouloir le bonheur, c'est déjà un peu le bonheur. » (Roland Cassard)
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