Noah Baumbach

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jeremy Fox
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Noah Baumbach

Post by Jeremy Fox »

Alors que Mistress America, son dernier opus, sort demain en salles, retour sur la carrière du réalisateur par Jean-Gavril Sluka
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Thaddeus
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Re: Noah Baumbach

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Les Berkman se séparent
Nourri d’un intellectualisme sans pédanterie, adoptant un réalisme psychologique qui acclimate aux cieux de Brooklyn le pedinamento cher à Zavattini, Baumbach démantèle la forteresse familiale à travers les affres d’un divorce ordinaire. Papa est un ogre arrogant, aigri, enfermé dans le mépris de tout ce qui lui est étranger – le fils aîné lui voue une admiration sans borne. Maman déploie ses ailes, se démarque de l’ombre écrasante de son ex-époux, tempère l’égotisme parental par une douce attention – le fils cadet boit ses paroles. Partant de ces tensions inconciliables, le film dresse un très beau portrait de l’adolescence, flirte avec l’acidité sans jamais juger ni rogner sur la compassion, et scanne avec une grande justesse la gueule de bois des idéaux libertaires et baba cool, en ce cœur des années 80. 5/6
Top 10 Année 2005

Greenberg
Baumbach traverse le continent, prend la température du microcosme bourgeois de Los Angeles et suit le retour au bercail d’un ex-prodige bilieux et misanthrope, adolescent de quarante ans, bobo dépressif miné autant par ses échecs que par sa peur de l’engagement. Le cinéaste a l’œil pour la notation précise et mordante, le goût du détail grinçant, et toujours cette faculté à dépeindre sans les adoucir tous les travers d’êtres qui, par peur ou par égoïsme, se condamnent à leurs propres frustrations. Il a surtout un réel talent pour souffler le chaud et le froid, ou modérer la rugosité du trait par des accès inattendus de lumière, car c’est bien lorsque l’amertume asociale du personnage-titre se craquelle au contact d’un amour possible que le film, entre Allen et Altman, atteint une jolie force d’émotion. 4/6

Frances Ha
On pourrait craindre les afféteries d’un irritant mumblecore saturé de poses arty et de clins d’œil à Godard, Carax ou Jarmusch. On aurait tort, parce que Baumbach décrit son milieu avec une ironie chargée d’autodérision, et parce que le montage staccato, les traits d’esprit pétillants, le charme particulier de Greta Gerwig fournissent une ravissante fraîcheur à cette chronique d’une amitié quasi conjugale, où il est question de passer définitivement à l’âge adulte, de trouver sa place, son équilibre et son bonheur. Par sa multitude de petites bulles conviviales, ses êtres paumés ou bienveillants, son inclination au lien et à l’échange, sa curiosité de la rencontre, elle s’offre même comme un radieux traité de philanthropie, qui marie la drôlerie la plus vive et la sincérité la plus vraie. On en émerge sur un nuage. 5/6
Top 10 Année 2012

While we’re young
Où Baumbach suggère que la fréquentation de la jeunesse constitue à la fois un aiguillon nécessaire pour insuffler aux quadras la force d’avancer et une source d’effroi informulée. Sa réflexion sur la peur du remplacement générationnel, l’intégrité contre l’imposture artistiques, la réversion de l’amitié en rivalité, l’effritement de tous les murs porteurs de l’existence éprouvé lors de la middle-life crisis, n’est pas sans potentiel. Mais la profusion des pistes s’avère contre-productive, soulignant la superficialité de leur traitement, l’inaptitude à en creuser les enjeux. L’acidité mesquine du regard accroît l’inintérêt pour ces personnages médiocres et antipathiques, obnubilés par leur seul nombril. Et la conclusion conservatrice (point d’épanouissement sans enfant) enfonce le clou. N’est pas Woody Allen qui veut. 3/6

Marriage story
Si quarante ans ont passé depuis le classique oscarisé de Robert Benton, on aurait tort de ne voir qu’une mise à jour dans cette douce mais douloureuse chronique d’un divorce, où les ex-époux s’épuisent à endiguer la violence de leur déliaison et des rudes conditions de sa négociation. Elle témoigne d’un art précis de l’imbroglio exposé avec la netteté d’une dramaturgie limpide, délivre une émotion poignante que le récit ténu et sentimental et la finesse de la mise en scène, tissée de plans rapprochés, laissent advenir sans la provoquer. Quant à Scarlett Johansson et Adam Driver, ils défendent avec le plus généreux engagement des personnages profondément humains et aimables, contraints de prendre acte que l’amour s’est transformé et que la vie désormais se consumera dans le deuil de ce qui a été perdu. 5/6
Top 10 Année 2019


Mon top :

1. Marriage story (2019)
2. Les Berkman se séparent (2005)
3. Frances Ha (2012)
4. Greenberg (2010)
5. While we’re young (2014)

On sait le bonhomme très proche de Wes Anderson, dont il partage l’héritage culturel, le goût pour les itinéraires blessés, l’aisance harmonieuse à naviguer entre gravité et comédie. Mais Noah Baumbach possède une identité bien à lui, sans doute moins colorée et excentrique, mais presque aussi attachante. Il est sans doute l’un des auteurs indépendants américains les plus doués de sa génération, aujourd’hui.
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Jeremy Fox
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Re: Noah Baumbach

Post by Jeremy Fox »

Thaddeus wrote:Par curiosité, ce monsieur Sluka intervient-il sur le forum ?
Il s'agit de MJ :wink:

Quant à Baumbach, vu pour l'instant que son précédent film qui ne m'avait guère emballé.
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Thaddeus
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Re: Noah Baumbach

Post by Thaddeus »

Jeremy Fox wrote:Il s'agit de MJ :wink:
Aaaah, ok ! J'aime bien mettre des pseudos sur les rédacteurs du site. :wink:
Duke Red
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Re: Noah Baumbach

Post by Duke Red »

Je crois que je suis amoureux de Greta Gerwig :oops:
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AtCloseRange
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Re: Noah Baumbach

Post by AtCloseRange »

Duke Red wrote:Je crois que je suis amoureux de Greta Gerwig :oops:
Non, c'est moi!
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Duke Red
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Re: Noah Baumbach

Post by Duke Red »

AtCloseRange wrote:
Duke Red wrote:Je crois que je suis amoureux de Greta Gerwig :oops:
Non, c'est moi!
De toutes façons, faut se faire une raison - elle est promise à Baumbach :cry:
"On est juste une bande de glands qui n'a rien trouvé de mieux à faire de sa vie." (Colqhoun)
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Jeremy Fox
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Re: Noah Baumbach

Post by Jeremy Fox »

Je viens de revoir Marriage Story et je crois que Noah Baumbach aura réalisé ma séquence préférée de 2019, Adam Driver chantant du Steven Sondheim avec Being Alive ; bouleversant !
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Flol
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Re: Noah Baumbach

Post by Flol »

Jeremy Fox wrote:Je viens de revoir Marriage Story et je crois que Noah Baumbach aura réalisé ma séquence préférée de 2019, Adam Driver chantant du Steven Sondheim avec Being Alive ; bouleversant !
Excellente scène. Driver sait décidément tout faire, même chanter (je crois qu'on l'entendait déjà dans Inside Llewyn Davis, d'ailleurs). Super énervant, le mec.
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Re: Noah Baumbach

Post by Spongebob »

Flol wrote:
Jeremy Fox wrote:Je viens de revoir Marriage Story et je crois que Noah Baumbach aura réalisé ma séquence préférée de 2019, Adam Driver chantant du Steven Sondheim avec Being Alive ; bouleversant !
Excellente scène. Driver sait décidément tout faire, même chanter (je crois qu'on l'entendait déjà dans Inside Llewyn Davis, d'ailleurs). Super énervant, le mec.
Manquerait plus qu'il soit BG.
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Kiké
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Re: Noah Baumbach

Post by Kiké »

Flol wrote:
Jeremy Fox wrote:Je viens de revoir Marriage Story et je crois que Noah Baumbach aura réalisé ma séquence préférée de 2019, Adam Driver chantant du Steven Sondheim avec Being Alive ; bouleversant !
Excellente scène. Driver sait décidément tout faire, même chanter (je crois qu'on l'entendait déjà dans Inside Llewyn Davis, d'ailleurs). Super énervant, le mec.
Oui, il participe à la chanson ridicule "Please Mister Kennedy" de Llewyn Davis!

Sinon je viens de découvrir "The Meyerowitz Stories", dont je n'avais jamais entendu parler, et c'est une très bonne surprise.
Le canevas rappelle assez la Famille Tenenbaum notamment avec le père malade. Rien de révolutionnaire dans cette thématique des liens familiaux à reconstruire, mais par contre beaucoup d'humanité dans les personnages, et un très bon équilibre entre moments légers et graves. Les scènes entre Ben Stiller et Adam Sandler fonctionnent très bien, de leur dialogue dans l'ascenseur où Sandler répond chaque fois à côté jusqu'à la bouleversante scène du vernissage et du discours de Stiller. Rien que pour la direction d'acteur, le film vaut la peine!
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7swans
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Re: Noah Baumbach

Post by 7swans »

Recopie (avec légères modifications) d'un autre topic :
7swans wrote:Je dirais qu’il faut, pour se faire une idée de son cinéma, avoir vu Les Berkman se séparent, Greenberg, Frances Ha, Marriage Story et Kicking and Screaming (son premier film). Pas forcément mes préférés, mais les plus côtés.

Petit tour sur les plateformes de SVOD :
Netflix : Kicking and Screaming, The Meyerowitz Stories, Marriage Story, Les Berkman se séparent
Amazon Prime : Margot at the Wedding

Mon Top Baumbach perso :
1 – Greenberg
2 – Kicking and Screaming
3 – Les Berkman se séparent
4 – The Meyerhowitz Stories (News and Selected)
5 – While We’re Young
6 – Mistress America
7 – Marriage Story
8 – Frances Ha

Je n’ai pas vu Margot at the Wedding (qui n’a pas très bonne réputation), Mr. Jealousy et Highball sont deux screwball comedies à petit budget, difficilement visibles et à moitié reniées par le réalisateur (les Berkman est une renaissance cinématographique, avec succès populaire et critique, qui lança réellement la carrière du bonhomme).

Bonus : Son Doc sur De Palma, paresseux sur la forme et avare en informations (pour peu qu’on ait lu le bouquin d’interviews menées par Blumenfeld).
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Kiké
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Re: Noah Baumbach

Post by Kiké »

Je me permets d'en remettre une couche sur The Meyerowitz Stories, parce que je viens de me rendre compte que le Nerdwriter en a fait une bonne vidéo. Il parle du traitement des dialogues et de la communication entre les personnages, et analyse notamment la séquence de l'ascenseur dont je parlais plus haut, et je partage bien entendu son enthousiasme!

https://www.youtube.com/watch?v=CHp639vhUJg
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