Le Pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Demi-Lune
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Le Pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Post by Demi-Lune »

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J'ai énormément de mal à coucher mes sentiments sur ce nouveau Spielberg...
Film d'une classe princière, Le pont des espions pose pourtant aussi le problème de l'avenir du cinéaste, à mes yeux.
C'est quelque chose qui me tourmente depuis de nombreuses années et que la beauté crépusculaire de Lincoln, film magistral à tous points de vue, n'a paradoxalement pas aidé à apaiser : qu'est-ce qui fait encore courir Steven Spielberg à bientôt 70 ans ? Pour le dire plus abruptement et de façon un peu provocatrice (mais on parle de l'homme qui m'a fait aimer le cinéma), Spielberg est-il toujours GRAND ?
J'ai déjà eu l'occasion de faire part de mes craintes voire de mon amertume, mais reprenons un instant pour faire le point. Des projets prometteurs abandonnés ou annulés, le temps entre chaque sortie qui s'espace, un côté formule (même prestigieuse) qui finit par s'installer avec les effets de Kaminski et la routine lénifiante de Williams, de futures réalisations à l'inverse bien peu enthousiasmantes sur le papier tant elles paraissent contradictoires avec la trajectoire du cinéaste, et depuis dix ans des déceptions, certaines plus rudes que d'autres... sur grand écran ou pas, donc. Cela fait dix ans que Spielberg cherche à retrouver le feu sacré qu'il a consumé sur Munich, film rageur de toutes les récapitulations, mais quelque chose s'est éteint dans son cinéma et je n'arrive pas à dire quoi. Bien sûr, il continue de maîtriser l'art de la mise en scène comme personne. Je suis véritablement gonflé d'admiration devant le génie inentamé de la manière dont il pense le cinéma. Le pont des espions en est une nouvelle démonstration par A+B : c'est un précis de mise en scène, de placement de caméra et d'acteurs dans le cadre, d'élégance des mouvements, des échelles, de fluidité, de tout ce qu'on veut. On voit qu'il aura toujours le cinéma dans le sang, jusqu'à son dernier souffle. Mais à la mesure de son vieillissement et de ce qui reste pour moi cette crise d'orientation post-Munich, je trouve que la virtuosité spielbergienne se drape de film en film d'une sagesse de vieux maître du cinéma paisible qui ne cherche plus à faire de vagues, et qui délivre son art avec une humilité aussi désarmante que frustrante. Parce que merde, c'est bien là la question : doit-on se contenter de ça ? La facture du Pont des espions a beau être quasi parfaite, le film reste pourtant en tant que tout relativement oubliable : comment un tel paradoxe peut-il être possible ? Ça l'est parce que pour moi le cinéma de Spielberg a perdu une parcelle d'âme, d'envie, d'appétit... c'est très difficile à exprimer, je ne sens plus chez lui cette niaque, cette vision innée qui permettait de marquer de suite l'Histoire du cinéma et cette grandeur qui fait de lui Steven Spielberg. On dirait qu'il cherche le low-profile maintenant, comme pour échapper à soi-même, comme pour s'excuser... c'est très étrange. Cela donne des films qui continuent de porter indubitablement sa marque (il est de ces cinéastes dont on reconnaît le style en seulement deux plans) mais qui semblent maintenant condamnés à être régulièrement bancals, à la fois trop et pas assez élaborés : Cheval de guerre, Le pont des espions... Je m'étrangle moi-même de pouvoir faire de tels reproches incohérents mais dans Le pont des espions tout est devenu trop fluide, trop retenu, ça ronronne d'humilité, de brio feutré qui se regarde faire. Et voilà, film suivant. Le dernier s'efface déjà malgré son standing. Moi je veux redevenir grisé par l'art de Spielberg ! Je veux ne pas être seulement admiratif, je veux me sentir embarqué, revoir des films qui vibrent de l'intérieur et qui transcendent tout par le pouvoir de l'image, des films qui respirent le cinéma pas seulement parce que c'est juste hyper bien gaulé. Alors oui, Spielberg ne refera plus les films qu'il était capable de faire des années 70 aux années 90, je m'en suis fait une raison, il vieillit, c'est dans l'ordre des choses. Mais diable, est-ce par contre déraisonnable d'espérer à nouveau la passion, que l'élégance s'anime, que la vie reprenne ses droits dans son cinéma ? Pourquoi ne parvient-il pas à filmer simplement une histoire du temps présent ? C'est quand même quelque chose de particulièrement troublant, ce truc.

Bon, après mon coup de gueule/cri du cœur, que peut-on dire rapidement du film en lui-même ? La première demi-heure est très bonne grâce à son traitement tout en économie (zéro musique) et à ses transitions inspirées, qui ménagent le suspense (la mise en parallèle Adolf/Powers). La photo de Kaminski est encore une fois magnifique, mais sans surprise, et je suis maintenant de plus en plus convaincu qu'un changement de chef op' (plus exactement, que cette palette désaturée soit abandonnée) ramènerait de la vie chez Spielberg. Après quelques années de vaches maigres, Tom Hanks a ici l'occasion de briller à nouveau avec une aisance que partage une grande partie du casting (l'influence des Coen se sent parfois sur certains seconds rôles). Leur scénario se montre à la fois intelligent et inabouti car la tentation de l'absurde se marie finalement assez mal avec ce qu'essaie de faire Spielberg à l'écran (toute l'ambiance hivernale cafardeuse - la reconstitution est d'une manière générale exemplaire, le type devrait avoir l'Oscar). Ça ne veut pas dire que certains traits d'esprit ne font pas mouche, seulement traiter cette affaire d'espionnage sous ce ton chaud/froid contribue à la dédramatisation du récit... le résultat est atypique (le film est-il une comédie?) mais pas forcément pertinent si l'on se rappelle, encore une fois, la rectitude qui guidait l'installation de l'intrigue et qui est très singulière dans l’œuvre de Spielberg. A cet égard, la partie à Berlin-Est s'apparente à un lent soufflé qui se dégonfle, offrant peu de tension et considérant toutes ces rencontres et ces tractations avec désinvolture... un espèce de Luna Park où le drame de la construction du Mur de Berlin n'impressionne seulement qu'au détour de quelques plans. Mais rien ne prépare à ces dernières minutes catastrophiques. Le film qui n'en finit plus et qui s'enfonce dans la niaiserie (ce tableau de la famille...). Quant à Thomas Newman, c'est simple, le film utilise tellement peu de musique qu'à chaque fois qu'on entend la daube qu'il a composée, on a des envies de meurtre.
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Supfiction
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Re: Le pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Post by Supfiction »

Demi-Lune wrote:du cinéma paisible qui ne cherche plus à faire de vagues
Je n'ai jamais considéré que Spielberg ai jamais cherché à "faire des vagues".
Demi-Lune wrote: Et voilà, film suivant.
Cela s'applique aussi à Woody Allen. Deux maîtres qui sans que l'on puisse parler de travail baclé enchainent les films peut-être un peu trop facilement en s'appuyant sur leur maîtrise sans faille de la mise en scène.
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Colqhoun
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Re: Le pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Post by Colqhoun »

Bon bah je ne savais pas quoi en dire, mais je te rejoins entièrement dans ton propos.
Très enthousiasmé par la première partie, un peu moins par la seconde, malgré la classe de la reconstitution et de certains plans qui rappellent le film noir 50s (les personnages qui deviennent tous des silhouettes qui disparaissent dans la nuit). Un jeu de montage, de transitions de scènes d'un rythme sans pareil, des jeux de miroir, de parallèles entre quantité de scènes et de nombreux moments qui désamorcent le drame qui se joue pour, in fine raconter autre chose. C'est peut-être aussi ce qui m'a réellement plu dans ce film. Spielberg démonte assez vite certaines attentes en amenant son film ailleurs. Il ne veut pas en faire un film de tribunal ou d'espionnage, il cherche à parler de choses plus grandes, de justice, de ce qui définit un homme qui sait que ce qu'il fait est juste face à un mur d'opposition (le personnage de Hanks passe d'un mur symbolique aux USA à un mur réel à Berlin), d'Histoire qui se répète. Mais oui, cette partie à Berlin manque le coche, à jouer un suspens sur des choses évidentes (la scène du pont, trop attendue) au lieu de prendre à bras-le-corps toute la complexité de cette ville déchirée. Mais l'humour permet au film d'éviter le ton professoral trop plombant ou ronflant dans lequel il aurait pu aisément tomber. En sortant du cinéma, j'avais surtout à l'esprit cette classe intemporelle dont se pare le cinéma de Spielberg, avec cette précision absolue de la mise en scène, toujours vive et pleine d'idée, jamais académique et qui pour le coup magnifie un sujet en demie-teinte et pas aider par la souper à Thomas Newman. J'ai mes réserves, mais il y a cette touche d'artisanat maniaque qui l'a finalement emporté.
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Re: Le pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Post by Truffaut Chocolat »

J'aime bien ce que tu dis dans la 1e partie, Demi-Lune.
C'est tout à fait normal d'arriver à ce genre de constat... et tu le dis toi-même ! :o
Peut-être aussi que tes goûts changent sans que tu t'en aperçoives.
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Demi-Lune
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Re: Le pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Post by Demi-Lune »

Supfiction wrote:
Demi-Lune wrote:du cinéma paisible qui ne cherche plus à faire de vagues
Je n'ai jamais considéré que Spielberg avait jamais cherché à "faire des vagues".
Quand je dis ça, ce n'est pas dans l'idée qu'il ne serait plus un cinéaste iconoclaste ou provocateur. Quand je dis ne plus vouloir faire de vagues, c'est dans l'idée de la fougue qu'on a perdue au profit de cette cette espèce de hauteur humble et bienveillante qu'il a maintenant sur ses sujets et qui rendent ses films plus ou moins rouillés. Ce souffle perdu auquel des millions de spectateurs à travers le monde ont été réceptifs pendant trois décennies.
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Re: Le pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Post by Rockatansky »

Imagine ceux qui ressentent ça depuis à minima Catch me if u can :mrgreen:
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Watkinssien
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Re: Le pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Post by Watkinssien »

Spielberg va enchaîner deux films a priori beaucoup plus dans la mouvance qui manque à Demi-Lune.

D'ailleurs ses interrogations sur le cheminement artistique de Spielberg sont intéressantes mais me paraissent un peu trop hâtives, voire peut-être erronées. Spielberg marche avec des sujets qui le fascine (à de très rares exceptions près). Il a toujours fait et le fera probablement encore.

Le pont des espions vient après une fable sur la guerre et l'hommage à une stature américaine. Ces deux films viennent après un rollercoaster en performance capture, qu'on croirait filmé par le Spielberg des années 80. Je ne vois pas de "règles de conduite" dans les choix du cinéaste, et je ne m'inquiète pas plus que cela sur ses choix. On peut déceler que Spielberg a su rester un auteur à part entière (son génie de la mise en scène peut apparaître autant dans l'intime que dans le spectaculaire). Il y a le cinéaste qui, parfois, devient le "fils prodige" d'un Hitchcock (Duel, Jaws, d'un Ford (Lincoln, Cheval de guerre) ou autres dans des séquences éparpillées un peu de partout.

Quand je vois Le pont des espions, j'y vois le fils d'un Capra. Tout en restant personnel dans ses choix de mise en scène et sa maîtrise du langage cinématographique. Il aurait dû être plus jusqu’au-boutiste (il avait pensé ne pas mettre de musique du tout à son film, cela aurait été bien mieux). Mais en l'état le film, dans son aspect suranné, est bel et bien la marque d'un artiste qui réfléchit sur son époque. Il revient à une forme de cinéma engagé et "naïf" et j'insiste sur les guillemets, tel que les cinéastes des années 30/40 pouvaient mettre en oeuvre pour essayer de parler des troubles sociopolitiques de leur temps tout en amenant une sorte d'évasion.

Contrairement à Munich, qui était d'un pessimisme implacable, Le pont des espions montre une forme d'engagement idéaliste et positif, même si l'on sent les auteurs non dupes de ces positions que le cinéma peut élever le temps d'une projection.

Bref, j'ai aimé Le pont des espions, parce que c'est avant tout un bon film, une sorte de tragi-comédie brillamment dialoguée et interprétée plus qu'un film d'espionnage inutilement compliquée ou spectaculaire. Mais cela ne veut pas dire, en tout cas à mes yeux, que Spielberg a perdu quelque chose dans son cinéma de plus créatif ou vivant ou qui ne remue plus son spectateur.
Cheval de guerre m'a bousculé, The Adventures of Tintin m'a procuré un enthousiasme aventurier que seul son cinéma est arrivé à me procurer.

Son dernier film m'a ému alors que je ne pensais pas l'être avant le visionnage. On peut lui reprocher une approche qui semble plus sage, plus apaisante, mais ses cadres parlent, son découpage fluide apporte des idées. Bref, ce film peut passer inaperçu dans sa filmographie, mais on aurait tort, je pense.
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Thaddeus
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Re: Le pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Post by Thaddeus »

J'ai parcouru en diagonale parce que je ne veux pas me faire spoiler mais il semble que Critikat livre un papier élogieux, parlant de "chef-d'oeuvre tranquille". Ce dernier adjectif exprime peut-être ce que regrette Demi-Lune, d'ailleurs...
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Flol
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Re: Le pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Post by Flol »

Thaddeus wrote:J'ai parcouru en diagonale parce que je ne veux pas me faire spoiler mais il semble que Critikat livre un papier élogieux, parlant de "chef-d'oeuvre tranquille".
C'est vrai qu'il y a un peu de ça. Bon je n'irais tout de même pas jusqu'à crier au chef-d'oeuvre, mais il y a effectivement un aspect très posé, que regrette Demi-Lune, et que personnellement j'accepte.
Il faut se faire une raison, les films de Spielberg transpirent toujours autant le cinéma, c'est un véritable plaisir pour les yeux (moins pour les oreilles, en l'occurrence)...mais c'est vrai aussi qu'il manque un peu d'amour du cinéma.
C'est très beau (toujours aussi fan du boulot de Kaminski), la narration est d'une extrême fluidité, la mise en scène est époustouflante de précision (+1 aussi à l'excellente première demi-heure)...mais ça ronronne un peu, même si moins que Lincoln (passionnant sur le fond, moins sur la forme).
En revanche, je ne vois pas ce que la dernière séquence familiale a de si honteux. Ça va quand même faire 40 ans qu'on attaque Spielberg là-dessus, mais rien ne change. D'autant plus que ce n'est pas si appuyé que ça
Spoiler (cliquez pour afficher)
pas de véritables retrouvailles familiales ici, Donovan filant discretos dans sa chambre pour s'affaler sur le lit
Mais bon, les valeurs familiales, c'est visiblement toujours aussi caca.
Sinon, quelqu'un pour enfermer Thomas Newman et lui confisquer ses crayons, baguettes et pupitres ? Le ciné US de 2015 vous remercierait. :|
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Demi-Lune
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Re: Le pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Post by Demi-Lune »

Ratatouille wrote:En revanche, je ne vois pas ce que la dernière séquence familiale a de si honteux. Ça va quand même faire 40 ans qu'on attaque Spielberg là-dessus, mais rien ne change. D'autant plus que ce n'est pas si appuyé que ça
Spoiler (cliquez pour afficher)
pas de véritables retrouvailles familiales ici, Donovan filant discretos dans sa chambre pour s'affaler sur le lit
Mais bon, les valeurs familiales, c'est visiblement toujours aussi caca.
J'espère que tu ne me mets pas dans ce sac-là. Je pense avoir suffisamment défendu les valeurs du cinéma de Spielberg.
Si je trouve cette réunion familiale ratée et niaise, ce n'est pas parce que c'est une réunion familiale en tant que telle. Je n'ai absolument aucun problème avec ça (même si j'aurais préféré que le film se conclue sèchement sur le dernier plan du pont) et je comprends que le cinéaste veuille offrir en postface quelque chose de plus "juste" au personnage de Hanks que la vision incertaine de Rudolf Abel mis sur la banquette arrière d'une bagnole par les Russes. Comme disait Watkinssien, nous sommes du côté de chez Capra avec Le pont des espions, c'est Mr Smith goes to East-Berlin. Il y a un aspect fable humaniste. Cette fin, je la trouve ratée et niaise parce qu'on a l'impression de revoir ces fins Colgate des films des années 40 ou 50, Papa qui rentre à la maison et les enfants tous assis dans le canapé "mais maman, t'avais pas dit que Papa était parti à la pêche au saumon ?" (rires enregistrés), maman qui monte silencieusement à l'étage et reste plantée là avec le chapeau de son mari affalé dans les mains... même chose avec la scène du métro et l'échange de regard avec la bonne femme qui lit le journal, répétition inversée d'une scène précédente. C'est téléphoné, lourdingue. Ça ne défigure pas la prestance de tout ce qui a précédé, et peut-être que je bloque dessus, mais je trouve que ça jure, quand même.
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Re: Le pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Post by Jeremy Fox »

Ratatouille wrote: Sinon, quelqu'un pour enfermer Thomas Newman et lui confisquer ses crayons, baguettes et pupitres ? Le ciné US de 2015 vous remercierait. :|
C'est bizarre parce qu'auparavant, il a écrit quand même de très belles choses, notamment pour Sam Mendes. Mais c'est vrai qu'en en restant à sa BO de Spectre, il ne semble plus rien avoir à dire.
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Flol
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Re: Le pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Post by Flol »

Demi-Lune wrote:J'espère que tu ne me mets pas dans ce sac-là. Je pense avoir suffisamment défendu les valeurs du cinéma de Spielberg.
Si je trouve cette réunion familiale ratée et niaise, ce n'est pas parce que c'est une réunion familiale en tant que telle. Je n'ai absolument aucun problème avec ça (même si j'aurais préféré que le film se conclue sèchement sur le dernier plan du pont) et je comprends que le cinéaste veuille offrir en postface quelque chose de plus "juste" au personnage de Hanks que la vision incertaine de Rudolf Abel mis sur la banquette arrière d'une bagnole par les Russes. Comme disait Watkinssien, nous sommes du côté de chez Capra avec Le pont des espions, c'est Mr Smith goes to Berlin-East. Il y a un aspect fable humaniste. Cette fin, je la trouve ratée et niaise parce qu'on a l'impression de revoir ces fins Colgate des films des années 40 ou 50, Papa qui rentre à la maison et les enfants tous assis dans le canapé "mais maman, t'avais pas dit que Papa était parti à la pêche au saumon ?" (rires enregistrés), maman qui monte silencieusement à l'étage et reste plantée là avec le chapeau de son mari affalé dans les mains... même chose avec la scène du métro et l'échange de regard avec la bonne femme qui lit le journal, répétition inversée d'une scène précédente. C'est téléphoné, lourdingue. Ça ne défigure pas la prestance de tout ce qui a précédé, et peut-être que je bloque dessus, mais je trouve que ça jure, quand même.
Je suis d'accord avec toi : moi aussi j'aurais préféré que ça se termine après l'excellente séquence finale du pont. Le reste tire un peu en longueur, mais aussi bien le retour dans le cocon familial que l'échange de regards dans le métro, il m'a semblé que ces quelques moments apaisés participaient à l'aspect relativement "apaisant" du film (Spielberg fait quand même son hommage à Capra, faut pas l'oublier).
Et puis Steven restera toujours Steven : il était IMPOSSIBLE qu'il n'y ait pas une conclusion optimiste et orientée sur la famille. Et ce malgré cette scène du parallèle entre les gamins qui jouent en escaladant les grillages VS ces hommes et femmes qui tentent de sauter par-dessus le mur de Berlin au péril de leur vie (2 séquences particulièrement glaçantes).
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Watkinssien
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Re: Le pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Post by Watkinssien »

C'est une des forces de son cinéma ces mises en parallèle, d'ailleurs. Les valeurs familiales lui sont chères personnellement et s'il n'hésite pas à les idéaliser, il ne reste pas crédule sur sa place dans le monde. Idéalisation versus violence absurde.
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Colqhoun
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Re: Le pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Post by Colqhoun »

Il me semble pourtant nécessaire que le film se termine par les retrouvailles avec la famille de Donovan, après un film entier qui parle de gens séparées de leurs proches.
D'autant plus chez Spielberg, où la famille reste un noyau central de son cinéma. Après, là où j'ai coincé c'est plutôt sur le parallélisme un peu lourdaud de la scène du métro aérien à la fin.
Le regard de la lectrice du journal, les enfants qui sautent la barrière. C'est trop appuyé et pas franchement indispensable.
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Re: Le pont des espions (Steven Spielberg - 2015)

Post by Colqhoun »

Bon sinon j'espère vraiment que Mark Rylance gagnera des prix pour son rôle de Rudolf Abel, parce qu'il bouffe complètement l'écran et s'impose sans soucis comme le meilleur acteur de tout le film.