Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jack Griffin
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Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Post by Jack Griffin »

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Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : "Prends garde à Crimson Peak". Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse "imagination", Edith est tiraillée entre deux prétendants: son ami d’enfance et le docteur Alan McMichael.

Del Toro suit consciemment et humblement le canevas ultra classique du film gothique enchainant tour à tour références et clins d'oeil sans pour autant tomber dans la farce. On reste dans un premier degré dans lequel il manque folie et émotion pour réellement atteindre au vertige. Pas désagréable mais un peu trop propret avec une esthétique batarde (beaux décors en dur et fantômes laids en sfx), finalement trop fade malgré deux trois éclats gores.
mannhunter
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Re: Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Post by mannhunter »

Jack Griffin wrote:fantômes laids en sfx
fantômes laids en CGI ou SFX? :mrgreen:
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Jack Griffin
Goinfrard
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Re: Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Post by Jack Griffin »

mannhunter wrote:
Jack Griffin wrote:fantômes laids en sfx
fantômes laids en CGI ou SFX? :mrgreen:
Oups! CGI :)
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Flol
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Re: Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Post by Flol »

C'est du del Toro, donc c'est forcément splendide, racé et élégamment mis en scène. Mais c'est plus un film de chef décorateur qu'autre chose. Oui c'est un véritable festin de tous les instants pour les yeux, mais le scénario est d'un tel classicisme, sans la moindre surprise (du moins si on a déjà vu des films de la Hammer), qu'on a le sentiment de voir une (très) jolie coquille vide où rien n'est incarné.
Et quand ça l'est, c'est d'une lourdeur...Jessica Chastain a dû beaucoup s'amuser à le jouer, mais son personnage qui n'évolue JA-MAIS est totalement inintéressant. Quant à celui de Tom Hiddleston, il ne dégage pas grand-chose non plus. Et Mia Wasikowska fait ce qu'elle peut, mais elle semble constamment engoncée dans ses robes et nuisettes (qu'elle n'a pas peur de porter dans une baraque où l'isolation laisse clairement à désirer). Donc pour ce qui est de l'aspect tragique recherché par del Toro, lui qui aimerait tellement faire son propre Dracula (celui de Coppola), on repassera.
Le plus mauvais Del Toro depuis Mimic (que j'aime pourtant assez, malgré ses nombreux défauts). Je lui préfère encore Pacific Rim.

4.5/10
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Profondo Rosso
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Re: Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Post by Profondo Rosso »

Un train fantôme en surpoids qui ne fonctionne pas. Tellement stylisé et chichiteux visuellement que cela finit par faire toc par effet d'empilement (de décors gothiques, de couleurs et d'effets maniérés) malgré la direction artistique impeccable. Del Toro en a mis partout pour compenser une intrigue cousue de fil blanc qui un comble est nettement plus intéressante dans sa première partie victorienne et dénué de surnaturel. Le reste de la trame gave aussi par ce melting-pot de références (Rebecca, Jane Eyre, Les Hauts de hurlevent...) qui provoque l'ennui poli dès que l'on arrive au manoir puis le franc agacement sur la dernière partie grand guignol expédiée. Jessica Chastain survoltée et Tom Hiddleston en amoureux tragique amènent un peu de vie mais malgré le brio de la mise en scène par moments c'est vraiment une coquille vide où Del Toro n'amène sa personnalité que dans un apparat superficiel. Il rate tout ce qu'avait réussi Amenabar avec Les Autres bien plus équilibré et à la vraie montée en puissance horrifique (quand au bout de 5 minutes Del Toro en a déjà étalé partout en vain) et bien plus subtil dans son côté référencé
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(la seule force émotionnelle de l'histoire faisait marcher un twist venant pourtant juste après Sixième Sens)
qui le faisait égaler les grands classiques du genre. Là malheureusement comme dans Pacific Rim Del Toro semble s'amuser tous seul avec ses jouets. Décidément à part Blade 2 que j'adore et le premier Hellboy rarement convaincu par le réal malgré son grand capital sympathie... 2/6
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nobody smith
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Re: Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Post by nobody smith »

Beaucoup aimé pour ma part et je sens que ça va être une minorité sur le forum. C’est loin d’être sans défaut certes. Il y a clairement un déséquilibre entre la première partie à l’accent romantique et la seconde partie dans le manoir. Le film y cède à quelques jump-scares pas finauds (il y a cela dit quelques-uns aussi dans la première moitié) et plusieurs facilités énormes (je sais que la maison est immense mais ils n’ont jamais eu l’opportunité d’ouvrir ce fichu placard ?). Pour autant, ça n’a pas entaché mon plaisir envers cette histoire avec un fantôme et non une histoire de fantôme.
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La bande annonce m’a d’ailleurs joliment induit en erreur. Si celle-ci laissait clairement deviner des morceaux de l’intrigue (la relation incestueuse entre Chastain et Hiddleston), je me suis fait avoir par mes propres déductions. J’avais clairement deviner que le fantôme jouant du piano était Jessica Chastain (la robe était très similaire à celle portée sur les autres images). Du coup, je me disais que le film construirait son mystère autour du fait que Chastain et Hiddleston étaient des fantômes depuis le début de l’histoire. Ça n’est pas le cas dans les faits mais c’est pourtant l’idée que Guillermo Del Toro creuse tout le long du film. Chastain et Hiddleston sont depuis le départ des êtres dépourvues de vie. Reproduisant constamment les mêmes gestes, ils demeurent prisonniers de leur demeure et s’attachent à perpétuer un passé aristocratique révolu. L’argument de Ratatouille sur l’absence d’évolution de Chastain m’apparaît absurde et ridicule. Le drame du personnage provient justement de son incapacité à concevoir de nouvelles perspectives de futur et son obsession envers un ancien mode de vie aussi décadent soit-il.
Dans l’esprit, on est clairement proche d’un Rebecca à la seule différence que Del Toro accepte le surnaturel contrairement à Hitchcock. Outre ce dernier, on sent également énormément l’influence de Mario Bava. J’ai notamment beaucoup pensé à Le Corps Et Le Fouet par cette manière de décupler la portée d’une histoire modeste par un travail visuel remarquable. ça fait toujours du bien de pouvoir des couleurs pétantes et harmonieuses dans notre actuelle atmosphère grisâtre post-nolanienne (l’idée de la terre rouge à cause des gisements d’argile est aussi savoureuse pour l’esthétique que pertinent dans sa signification). Malgré ses défauts qui rendent compréhensible son rejet, Crimson Peak m’apparaît comme un fort charmant film fantastique.

Au passage, les fantômes ne sont pas en full-CGI contrairement à ce qui est dit plus haut. C’est un mélange assez évident de maquillage et de CGI (comme pouvait l’être Santi dans L’Echine Du Diable). Perso, j’ai bien aimé ce look grotesque d’écorché vif avec une démarche tordue (on sent que le cinéaste bossait en parallèle sur un épisode de Silent Hill).
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poet77
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Re: Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Post by poet77 »

Autant je me suis ennuyé durant la séance de "The Visit" de Shyamalan, autant ce film de Guillermo del Toro m'a séduit, captivé, horrifié, fasciné. Le seul point faible, ici, ce sont les apparitions de fantômes proprement dites. Je ne sais quel procédé del Toro a utilisé, mais ce n'est pas une grande réussite. Cela étant dit, tout le reste du film est tellement extraordinaire que ce seul défaut ne lui nuit guère. D'ailleurs, dans ce genre de film, le plus important, c'est l'atmosphère et non les apparitions de fantômes. Or, de l'atmosphère, ici, il y en a, et comment! Des décors fabuleux, des personnages troubles et inquiétants à souhait, une histoire qui reste constamment du niveau des meilleurs romans gothiques. Le film est débordant des sentiments les plus contradictoires, amour et horreur mêlés comme on l'attend dans les films de cette sorte. "L'amour monstrueux engendre des monstres", comme le dit l'un des personnages. Guillermo del Toro a mis tout son talent de metteur en scène au service d'une histoire des plus horrifiques et néanmoins des plus fascinantes. Du grand art. 8/10
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Re: Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Post by blaisdell »

Un film visuellement superbe. J'ai rarement eu le sentiment d'avoir vu ces dernières années un film possédant une direction artistique aussi cohérente, aussi classieuse, sacrifiant assez peu sur la longueur aux effets spéciaux, malgré quelques fantômes de temps en temps.

Mais le classicisme admirable de la mise en scène se retourne contre le film: mon dieu, que c'est long 2 heures pour raconter cette histoire là...Le grand-guignol des dernières séquences m'a laissé sur le carreau. Et l'interprétation est assez fade hormis Jessica Chastain.
5/10
mannhunter
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Re: Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Post by mannhunter »

Rockatansky wrote:Je me suis fait chier comme un rat mort. Le chef op ne s'en sort pas trop mal. Mon avis n'apportera pas grand chose de neuf par rapport à ceux exprimés précédemment, le scénario est d'une indigence profonde, 1h20 d'installation où on se demande qui va faire quoique ce soit, et une dernière demi heure grotesque avec une Jessica en roue libre
Idem. :mrgreen:
Bon j'ai aimé aussi la photo et les décors, et également la lumière et la direction artistique...bon ok ok, je :arrow:
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Re: Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Post by Rockatansky »

Si tu pouvais me faire parler pour les bons films ça serait bien
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Flol
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Re: Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Post by Flol »

nobody smith wrote:
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L’argument de Ratatouille sur l’absence d’évolution de Chastain m’apparaît absurde et ridicule.
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Rien que ça. Perso, le fait qu'elle soit méchante au début, puis méchante au milieu, avant de terminer le film en étant méchante, ça me fait un peu chier. J'y vois une absence d'évolution, excuse-moi.
Je comprends ce que tu as pu y trouver, mais pour moi il ne s'agit pas d'une évolution en tant que telle au sein du récit. Ce sont les intentions du personnage, ce à quoi elle aspire, et ça on l'a tous très bien compris. Mais ce drame, je ne le trouve jamais incarné, sa "tragédie" m'apparait toc (mais chic, ça faut le reconnaitre). Et je ne vois qu'un personnage qu'on nous montre comme étant très méchant dès le début, et dont le trait de caractère n'évoluera pas d'un poil pendant 2 heures.
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nobody smith
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Re: Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Post by nobody smith »

Ratatouille wrote:
nobody smith wrote:
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L’argument de Ratatouille sur l’absence d’évolution de Chastain m’apparaît absurde et ridicule.
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Rien que ça. Perso, le fait qu'elle soit méchante au début, puis méchante au milieu, avant de terminer le film en étant méchante, ça me fait un peu chier. J'y vois une absence d'évolution, excuse-moi.
Je comprends ce que tu as pu y trouver, mais pour moi il ne s'agit pas d'une évolution en tant que telle au sein du récit. Ce sont les intentions du personnage, ce à quoi elle aspire, et ça on l'a tous très bien compris. Mais ce drame, je ne le trouve jamais incarné, sa "tragédie" m'apparait toc (mais chic, ça faut le reconnaitre). Et je ne vois qu'un personnage qu'on nous montre comme étant très méchant dès le début, et dont le trait de caractère n'évoluera pas d'un poil pendant 2 heures.
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Que tu considères la tragédie comme toc, c'est un avis que je peux comprendre et ça n'est pas vraiment la question. Ce que je peine à concevoir, c'est qu'il faudrait forcément une évolution du personnage pour assurer la réussite de l'oeuvre. Pourquoi le personnage ne pourrait pas demeurer ce qu'il est de la première à la dernière image ? Si je prends au hasard un film comme Robocop, Dick Jones, Clarence Boddicker et toute la bande sont des salopards du début à la fin. Je pourrais également citer le Immortan Joe de Mad Max : Fury Road comme exemple plus récent (et plébiscité). Est-ce qu'ils rendent leurs films plus mauvais à cause de cela ? J'en doutes sérieusement. Je ne crois pas que Del Toro aurait forcément créer plus d'empathie pour Chastain si il l'avait montré toute mimi au début et révéler petit à petit sa monstruosité. En faite, ça aurait entraîné un doublon avec le parcours d'Hiddleston. En l'état, la place de Chastain a un sens et on peut tout à fait y être sensible ou pas. Mais dire que l'absence d'évolution entraîne inéluctablement la médiocrité ou à l'inverse que la présence d'une évolution du personnage provoque indubitablement de la qualité (ce que sous-entendait l'accentuation JA-MAIS), ça me chagrine.
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Colqhoun
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Re: Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Post by Colqhoun »

Alors que j'attendais ses films avec impatience après le trio gagnant de The Devil's Backbone, Blade II et Hellboy, mon intérêt pour le cinéma de Del Toro s'est peu à peu effrité, depuis Hellboy II puis Pacific Rim (qui restent les deux plaisants mais mis à mal par des scripts paresseux, voir complètement couillons). Au point de craindre certaines dérives qui prenaient de plus en plus de place au fur et à mesure que ses budget s'accroissaient. Force et de constater que la règle semble s'établir avec rigueur dans ce nouveau film, sorte de croisement bâtard entre un super conte gothique sorti tout droit de la Hammer et un train-fantôme de parc d'attraction bouffi et idiot.

Bon, comme tout le monde semble être d'accord sur un point, je ne vais pas trop m'étaler, mais oui, le film est assez beau. Certaines séquences sont ciselées avec énormément de finesse, où la densité des couleurs, des noirs, se développent pleinement, donnant une patine au film -à quelques reprises- qui rappelle certains films d'il y a 40-50 ans. Cela dit, sur la durée, on n'évite pas la surenchère de démesure gothique, qui peut finir par jouer en défaveur du film. La séquence où Mia Wasikowska prend son bain et voit apparaître un premier fantôme démontre une maîtrise de la lumière et des cadrages qui scotche au siège. C'est splendide, sans pour autant être trop démonstratif.

Guillermo Del Toro, comme sur Pacific Rim, tente ici de livrer un film total. Une sorte d'expérience ultime d'un certain type de cinéma, qu'il veut transcender par un récit archétypal, tout en soignant l'esthétique avec une précision maniaque. Pacific Rim nous avait donné un aperçu de cette manière de faire et de la problématique que cela pouvait générer, puisque le film s'écroulait sous le poids d'un script anémique et idiot. Avec Crimson Peak, Del Toro, fidèle à lui-même, ne fait pas dans la demie-mesure. Le décor est démentiel, les détails qui le caractérisent sont tous appuyés (les feuilles qui tombent du toit sans discontinuer, la pourriture du sol qui contamine la maison, le vent qui hurle dans les pièces, etc..) et cherche ainsi à atteindre ce statut de film-somme, qui convoque tout un pan de cinéma d'horreur gothique à se synthétiser dans cette oeuvre totale (au point même d'appeler son personnage principal Cushing...ouh, le petit clin d'oeil facile).

Et si le réalisateur semble avoir mis tous ses efforts dans la création d'une belle image, il semble surtout avoir un ronflé au moment de l'écriture. La première demie-heure en Amérique fait illusion, marquée par la mort violente du père de l'héroïne, séquence choc qui marque la transition vers la demeure anglaise. Et alors que le film devrait prendre son envol une fois les protagonistes arrivés dans la demeure anglaise, le soufflé retombe et enfile les lieux communs du film de fantôme (secret de famille, morts suspectes, fantômes qui débarquent au petit bonheur la chance). Pourtant Del Toro partait avec cette belle idée d'une héroïne accoutumée à l'existence des fantômes (celui de sa mère tout du moins) et qui malgré sa peur récurrente, était à même d'être à leur écoute. Alors bon, ok, on peut se contenter d'une histoire d'horreur gothique tout ce qu'il y a de plus classique, mais même là Del Toro se fout dans le mur. Il balance du teasing à droite à gauche, nous offre des images qui génèrent une attente et n'en fais rien (l'apparition dans le bassin au sous-sol) et surtout a toutes les peines du monde à donner de la substance à ce trio de personnages. Un manque de substance qui laisse vite sa place à, là encore, des banalités, des lieux communs ennuyants, entre la jeune ingénue, la soeur au bord de la crise de nerf et le noble anglais qui transpire et écarquille les yeux pour nous rappeler qu'il cache un secret terrible. Un problème en révèle un autre et l'on réalise assez rapidement que le film accuse de gros soucis de casting, notamment dans les deux rôles féminins. Jessica Chastain semble soit perdue dans ce monde, soit surjoue un personnage en furie tandis que Mia Wasikowska n'est capable de produire qu'une seule expression tout au long du film: celui d'une carpe qui agonise sur un bord de rivière. Ce petit monde s'éreinte sur un récit fainéant, qui ira même jusqu'à se conclure sur une pauvre confrontation à coup de pelle dans la tronche, tout juste digne d'un Steven Seagal.

A vouloir à tout prix exploiter un décor monumental et à jouer avec avec des images chargées de symbolique, Del Toro se perd en route, oublie ses fantômes (qui n'ont finalement presque aucune utilité) et tue dans l'oeuf toute possibilité au film de réclamer sa place au sein d'un genre autrement plus riche et retors que son film. Et si la puissance visuelle du film n'est pas à remettre en cause (malgré ses fantômes en cgi dégueulasses), l'entièreté du film peine à créer une quelconque mythologie autour de cette maison et de ses drames familiaux. De plus, je ne sais pas si certaines personnes ont eu la même pensée, mais en voyant le film, j'ai eu à plusieurs reprises des images de The Frighteners de Peter Jackson à l'esprit. Et ce dernier, bien que partisan d'un humour potache, réussissait à la fois à créer un drame crédible autour de son personnage principal, ainsi qu'une réelle mythologie sur ce monde où vivants et morts s'entrecroisent.

Pour faire court: c'est beau, mais qu'est-ce que c'est con.
mannhunter
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Re: Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Post by mannhunter »

Colqhoun wrote:une pauvre confrontation à coup de pelle dans la tronche, tout juste digne d'un Steven Seagal.
J''ai pensé à la fin de "Psychose 2", comme quoi chacun ses références :mrgreen: ...ce qui est sûr c'est que le côté grand guignol et frénétique de la dernière partie jure avec le reste et notamment le rythme languissant avant ça.
Jericho
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Re: Crimson Peak (Guillermo Del Toro - 2015)

Post by Jericho »

nobody smith wrote:
Ratatouille wrote:
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Rien que ça. Perso, le fait qu'elle soit méchante au début, puis méchante au milieu, avant de terminer le film en étant méchante, ça me fait un peu chier. J'y vois une absence d'évolution, excuse-moi.
Je comprends ce que tu as pu y trouver, mais pour moi il ne s'agit pas d'une évolution en tant que telle au sein du récit. Ce sont les intentions du personnage, ce à quoi elle aspire, et ça on l'a tous très bien compris. Mais ce drame, je ne le trouve jamais incarné, sa "tragédie" m'apparait toc (mais chic, ça faut le reconnaitre). Et je ne vois qu'un personnage qu'on nous montre comme étant très méchant dès le début, et dont le trait de caractère n'évoluera pas d'un poil pendant 2 heures.
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Que tu considères la tragédie comme toc, c'est un avis que je peux comprendre et ça n'est pas vraiment la question. Ce que je peine à concevoir, c'est qu'il faudrait forcément une évolution du personnage pour assurer la réussite de l'oeuvre. Pourquoi le personnage ne pourrait pas demeurer ce qu'il est de la première à la dernière image ? Si je prends au hasard un film comme Robocop, Dick Jones, Clarence Boddicker et toute la bande sont des salopards du début à la fin. Je pourrais également citer le Immortan Joe de Mad Max : Fury Road comme exemple plus récent (et plébiscité). Est-ce qu'ils rendent leurs films plus mauvais à cause de cela ? J'en doutes sérieusement. Je ne crois pas que Del Toro aurait forcément créer plus d'empathie pour Chastain si il l'avait montré toute mimi au début et révéler petit à petit sa monstruosité. En faite, ça aurait entraîné un doublon avec le parcours d'Hiddleston. En l'état, la place de Chastain a un sens et on peut tout à fait y être sensible ou pas. Mais dire que l'absence d'évolution entraîne inéluctablement la médiocrité ou à l'inverse que la présence d'une évolution du personnage provoque indubitablement de la qualité (ce que sous-entendait l'accentuation JA-MAIS), ça me chagrine.
Oui bah pareil, c'est débile d'espérer que son perso évolue...
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Le frère le fait déjà, pas besoin d'en rajouter avec elle.
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