Jonathan Demme (1944–2017)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Watkinssien
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Re: Jonathan Demme

Post by Watkinssien »

Un cinéaste particulier, éclectique et dans ses meilleurs passionnants.

The Silence of the Lambs est pour moi un chef-d'oeuvre, je le place tout en haut de sa filmographie.

Ses premiers films des années 70 sont des propositions bizarres, fauchées et inspirées par moment.
Je me souviens qu'il a réalisé un excellentissime épisode de Columbo également.

Et je retiendrais également le formidable The Agronomist, de loin sa meilleure oeuvre documentaire, toujours à mes yeux.
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Flol
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Re: Jonathan Demme

Post by Flol »

Jeremy Fox wrote:Dangereuse sous tous rapports par Olivier Bitoun. Test du Bluray Wild Side par Stéphane Beauchet.
J'espère que votre nécro est prête...
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shubby
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Re: Jonathan Demme

Post by shubby »

Salut !

Meurtres en cascades (1979)

J'ai un trip Roy Scheider . Police puissante 7 (The Seven-ups, 1973) & Paiement cash (52 Pick-up, 1986) m'attendent sur la pile.

J'ai passé un très bon moment. On a là un film carré, très bien filmé, bien joué. Roy et une jolie dame assurent l'accroche, c'est ludique et joliment hitchcockien. Tout au plus pourra-t-on trouver le scénario aussi capillotracté que vieillot. Tordu parce que fausses pistes et paranoia ambiante aboutissent à un canevas appréciable mais connu - il ne faut point trop en dire - et vieillot parce que le tout parait désormais assez sage, presque naïf. C'en devient charmant finalement.

Nota : j'ai cru repérer un clin d'oeil à The Seven-ups quand Roy scrute un mur sur lequel est collée une pub pour "7ups" avec taggé juste au-dessus le mot "Rock".
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Kevin95
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Re: Jonathan Demme

Post by Kevin95 »

RACHEL GETTING MARRIED (Jonathan Demme, 2008) découverte

Ça fait mal de voir Jonathan Demme ramer depuis Philadelphia et son adoubement critique. Ici, il tente le come-back hipster mais n'arrive qu'à produire une parodie grossière du cinéma indépendant US. On a le droit à tout le défilé des artifices tocs du genre : shaky cam, recadrages outranciers, caméra qui roule sur le sol sans qu'on sache vraiment pourquoi, montage haché, flous artistiques et tout le toutim. On en arrivera presque à penser à l'horrible Festen tant la forme de Demme se fait voir jusqu'au dégout. Le fond n'est pas mieux, on se retape pour la énième fois la trentenaire en crise (Anne Hathaway qui comme toutes ses collègues s'est fait un costume de Winona Ryder, toute en noir, clope au bec, grossièretés toutes les deux phrases, regard dans le vide, passé psychotique... bon je m’arrête vous avez compris le topo), la famille BCBG, le conflit entre sœurs entre l'une et son balais bien rangé et l'autre qui met ses coudes sur la table, les blagues sur le gluten, un type joue de la sitar ou autre chose je ne sais plus trop... Fatiguant au bout d'un quart d'heure, les fourmis dans les jambes on attend l'heure de la récré tout en se disant qu'on aurait préféré revoir Silver Linings Playbook. Coup de bol une coupure de courant stoppe le DVD. On le remet ? C'est cela oui...
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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AtCloseRange
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Re: Jonathan Demme

Post by AtCloseRange »

Kevin95 wrote:RACHEL GETTING MARRIED (Jonathan Demme, 2008) découverte

Ça fait mal de voir Jonathan Demme ramer depuis Philadelphia et son adoubement critique. Ici, il tente le come-back hipster mais n'arrive qu'à produire une parodie grossière du cinéma indépendant US. On a le droit à tout le défilé des artifices tocs du genre : shaky cam, recadrages outranciers, caméra qui roule sur le sol sans qu'on sache vraiment pourquoi, montage haché, flous artistiques et tout le toutim. On en arrivera presque à penser à l'horrible Festen tant la forme de Demme se fait voir jusqu'au dégout. Le fond n'est pas mieux, on se retape pour la énième fois la trentenaire en crise (Anne Hathaway qui comme toutes ses collègues s'est fait un costume de Winona Ryder, toute en noir, clope au bec, grossièretés toutes les deux phrases, regard dans le vide, passé psychotique... bon je m’arrête vous avez compris le topo), la famille BCBG, le conflit entre sœurs entre l'une et son balais bien rangé et l'autre qui met ses coudes sur la table, les blagues sur le gluten, un type joue de la sitar ou autre chose je ne sais plus trop... Fatiguant au bout d'un quart d'heure, les fourmis dans les jambes on attend l'heure de la récré tout en se disant qu'on aurait préféré revoir Silver Linings Playbook. Coup de bol une coupure de courant stoppe le DVD. On le remet ? C'est cela oui...
C'est en effet assez mauvais et le contre-emploi de Hathaway n'aide guère.
Par contre, pas touche à Winona! J'imagine que tu penses à Girl, Interrupted. On ne peut pas dire qu'elle ait beaucoup œuvré dans ce registre.
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Kevin95
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Re: Jonathan Demme

Post by Kevin95 »

Plus à son style en général qui continue d'influencer les comédiennes voulant se donner une image destroy.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Re: Jonathan Demme

Post by El Dadal »

Je viens tempérer un peu tout ça histoire que vous nous tourniez pas trop vite en rond. Ce que j'en disais:
El Dadal wrote:Rachel se marie (Jonathan Demme - 2008)

Finalement, j'ai été un peu mauvaise langue car c'est pas si mal.
Si Demme fout des reaction shots un peu pute dans des scènes dramatiques et rend le tout plutôt bancal avec une mise-en-scène à l'arrachée qui dissipe un peu l'attention vis-à-vis des vrais enjeux du film, force est d'admettre que l'œuvre développe sa petite musique qui lui est propre. On frôle le cliché indé à chaque moment, mais on n'y tombe que rarement. Les comédiens sont plutôt bons, et la BO (Robyn Hitchcock et les super musiciens qui interprètent la musique tout du long et se font même invectiver dans une scène - très bonne idée en passant) apporte pas mal de légèreté. Les personnages sont bien entendu de vrais têtes à claques, avec leur mentalité upper-middle class condescendante/sentencieuse, mais il en ressort quelques petites vérités. Toute la dernière scène au petit matin (les au revoir ajournés, le baiser en bas des escaliers) est même vraiment belle et apaisée, avant de boucler le récit avec un éclairage rétrospectif bien trouvé et le générique de fin est étrangement le plus beau moment du film, notamment grâce à l'exceptionnel morceau qui l'accompagne



Honorable.
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Karras
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Re: Jonathan Demme (1944–2017)

Post by Karras »

Jonathan Demme est décédé à l’âge de 73 ans. Sa filmographie compte une vingtaine de longs-métrages de fiction, ainsi qu’une demi-douzaine de documentaires.

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Supfiction
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Re: Jonathan Demme

Post by Supfiction »

mannhunter wrote:Vu VEUVE MAIS PAS TROP (beau titre français de MARRIED TO THE MOB :) ) hier soir et j'ai trouvé ça très sympa...un ton décalé et fantaisiste, des acteurs qui s'amusent, un rythme assez enlevé...recommandé!
Je vais le commander. Je crois que je ne l’ai jamais vu, je confonds tout le temps avec Dangereuse sous tous rapports et Série noire pour une nuit blanche .
C’est la vision de ce film qui a décidé Scorsese à prendre Michelle Pfeiffer pour Le temps de l’innocence.
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Thaddeus
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Re: Jonathan Demme (1944–2017)

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Dangereuse sous tous rapports
Archétype du cadre yuppie, Charles s’ennuie, comme l’Amérique shootée à la réussite par le travail et l’ascension sociale. Sa rencontre avec la fantasque et incendiaire Lulu lui fait entamer un drôle de voyage : d’abord l’étape de l’envoûtement et de l’initiation charnelle (motel au bord de l’autoroute), puis celle de la morale bien pensante (mère ravie, rêve de midinette et fête d’anciens du lycée), enfin celle de la transgression, qui oblige à briser le moule de l’apparence (retour infernal de l’ex-mari ultra-violent). Le film procède de la même façon, par brusques changements de tons, par dérapages narratifs rattrapés avec brio, pratiquant la collusion des situations et des registres (ballade sentimentale, comédie romantique, satire, thriller), cultivant un humour débridé qui joue à subvertir les clichés. 4/6

Veuve mais pas trop
En bonne histoire de gangsters, celle-ci est aussi une histoire de famille(s). Demme le facétieux la fait glisser du côté du pastiche et atteindre un degré supérieur de comique vaudevillesque. Bâti sur un rythme allegro évoquant celui qu’aurait une bille d’acier lancée dans une spirale sans fin, son film balaie avec malice tout un funk américain qui va du salon de coiffure jamaïcain au bal portoricain en passant par les hôtels luxueux et vulgaires de Miami. Il anticipe ainsi les peintures démystificatrices de Scorsese et de David Chase, épinglant férocement un mode de vie qui n’a que son apparence pour exister, tout en cultivant en moraliste le zeste de romantisme qui garde la caricature à distance. Au sommet d’un casting savoureux : la toujours ravissante Michelle, trésor de charme, d’abattage et de sensibilité. 5/6

Le silence des agneaux
Demme réussit davantage qu’un coup de maître : cet effroyable et fascinant thriller freudien a déplacé les perspectives habituelles du genre et demeure un modèle inégalé. L’angoisse, insidieuse, pénétrante, y naît des regards, des silences, des secrets, de confrontations feutrées. Le cinéaste se livre à la plus vertigineuse exploration du Mal, imageant de façon suggestive et glaçante un arc de pulsations vénéneuses et de pistes psychanalytiques troubles, penchées par-dessus l’abîme. La muselière d’Hannibal Lecter, le corps crucifié sur la cage de verre, le face-à-face final dans le noir total sont autant d’instants qui gravent la mémoire, à l’instar des compositions magistrales et complémentaires d’Hopkins, dont le charisme flamboyant envoûte et terrorise, et de Foster, toute en concentration intense et butée. 6/6
Top 10 Année 1991

Philadelphia
Sur le modèle éprouvé de l’homme seul qui se bat contre un système au nom de la justice et de la dignité, le cinéaste élabore un plaidoyer humaniste d’une indéniable force militante, qui engage tous ses moyens narratifs au service d’un suspense mélodramatique prenant. Pour briser un tabou hollywoodien, raconter au grand public une histoire qu’il n’a a priori pas envie qu’on lui raconte, il passe habilement du schématique (les préjugés majoritaires) à l’emblématique (l’homophobe versus l’homosexuel) puis à l’individuel (l’avocat et son client). L’ensemble n’échappe pas à la règle du film de procès (on a sa ration d’"Objection, votre honneur !", de retournements de situation et de plans perplexes sur des jurés indécis), mais aborde avec tact les drames du sida et de ses corollaires, la discrimination et l’exclusion. 4/6

Un crime dans la tête
Sur fond de manipulations psychiques, d’abus de pouvoir et d’occultes manœuvres politiques, le cinéaste convoque avec un savoir-faire sans génie les peurs paranoïaques des années soixante, les actualise à la mentalité américaine post-11 septembre : le doute citoyen, la toute-puissance des images, les lobbies idéologiques et économiques, la sournoise coalition entre gouvernement et multinationales alimentent un inquiétant tableau de politique-fiction. Mais s’il customise le suspense en développant une intrigue complexe qui évoque aussi les lavages de cerveaux et autres dérives scientifiques, s’il déploie une certaine ingéniosité visuelle lorsqu’il plonge dans l’esprit assailli de cauchemars du héros, Demme peine le reste du temps à conférer au thriller l’énergie réellement brindezingue qu’il méritait. 4/6


Mon top :

1. Le silence des agneaux (1991)
2. Veuve mais pas trop (1988)
3. Dangereuse sous tous rapports (1986)
4. Philadelphia (1993)
5. Un crime dans la tête (2004)

Je n’ai vu que cinq films : peut-être est-ce insuffisant pour juger de la carrière (très protéiforme, si l’on en croit sa réputation) du bonhomme. Jonathan Demme restera pour moi le grand artisan d’une œuvre géniale, matricielle, un véritable coup de maître devenu un classique, mais également d’une paire de comédies parmi les plus vives, élégantes et intelligentes des années 80. Comme bilan, il y a pire.
Last edited by Thaddeus on 6 Aug 19, 14:49, edited 4 times in total.
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Torrente
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Re: Jonathan Demme (1944–2017)

Post by Torrente »

Ceci dit, c'est déjà énorme et plus que 90% de ses confrères...