Xavier Dolan

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Billy Budd
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Re: Xavier Dolan

Post by Billy Budd »

Jusqu'à une récente soirée à Cannes, il ne savait pas qui était Morrissey.
Last edited by Billy Budd on 22 Apr 20, 13:23, edited 1 time in total.
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Federico
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Re: Xavier Dolan

Post by Federico »

Billy Budd wrote:Jusqu'à une récente soirée à Cannes, il ne savait pas qui est Morrissey.
Paul ou le Moz ? Les deux, peut-être...
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Jeremy Fox
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Re: Xavier Dolan

Post by Jeremy Fox »

Billy Budd wrote:Jusqu'à une récente soirée à Cannes, il ne savait pas qui est Morrissey.
C'est grave ? A son âge, je pense que je n'en avais non plus jamais entendu parler. Encore aujourd'hui je ne le connais que de nom, pas même son visage et encore moins sa musique.
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Jeremy Fox
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Re: Xavier Dolan

Post by Jeremy Fox »

Laurence Anyways - 2012

L'histoire d'amour entre une jeune femme et son compagnon, écrivain, qui lui apprend après quelques années de vie commune qu'il ne s'est jamais senti vraiment bien dans la peau d'un homme. Les difficultés de continuer à avoir une vie de couple dans cette situation, le poète souhaitant désormais assumer ses penchants et se montrer avec des atours féminins...

3ème opus du surdoué et génial Xavier Dolan qui, après qu'on ait pu très justement lui trouver des parentés avec Pialat, Almodovar, Kar-Wai ou Godard, fait désormais du pur Dolan. Une intrigue très mince pour un film de 160 minutes jamais ennuyeuses, hymne passionné à la différence, à la tolérance et plus simplement, à l'amour sous toutes ses formes. Un film expérimental bouillonnant, un exercice de style d'une virtuosité époustouflante mais jamais froid au cours duquel au contraire le jeune cinéaste se lâche sans peur du ridicule avec notamment une utilisation de la musique totalement réjouissante. Et il a bien raison de foncer tête baissé car, si certaines séquences auraient pu être coupées, l'ensemble fonctionne parfaitement bien. Une idée de mise en scène par minutes, une photo étonnante, un déluge de couleurs, des cadrages toujours très recherchés (à l'intérieur du 4/3, Dolan rapetisse encore souvent ses cadres qui préfigurent le sublime Mommy, son chef-d’œuvre) pour un véritable bloc d'émotion.

Dolan s'avérant être l'un des directeurs d'acteurs les plus doués de ces dernières décennies, Melvil Poupaud (bouleversant) et Suzanne Clément sont tout bonnement formidables dans la peau de personnages très touchants ; les séquences les réunissant sont les plus fortes et jamais depuis Pialat je n'avais vu de scènes conflictuelle aussi intenses. Pas entièrement satisfaisant sur la durée mais le talent de Dolan fait vite oublier les menus défauts de son film.

Parmi les idées que je trouve splendides, pas mal de métaphores visuelles, certes pas toujours fines, mais qui fonctionnent parfaitement comme par exemple, pour simuler les pleurs, cette cascade d'eau coulant littéralement dans le salon de Suzanne Clément lorsqu'elle découvre les poèmes de son ex-amant.

Je peux comprendre qu'on puisse détester le cinéma de Dolan (j'étais même le premier à m'en méfier) mais cependant il me saute aux yeux que le réalisateur a du talent à revendre, une inventivité et un culot incroyables.
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Jeremy Fox
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Re: Xavier Dolan

Post by Jeremy Fox »

Tom à la ferme : 2014

4ème long métrage de ce surdoué du cinéma qu'est Xavier Dolan, Tom à la ferme quitte le registre de l'émotion brute et plonge vers le thriller psychologique assez glaçant au cours duquel on peut penser à Hitchcock. Et c'est à nouveau selon moi non seulement un exercice de style virtuose mais une franche réussite au niveau de l'écriture. Etrange, curieux, inquiétant et constamment captivant, le film de Dolan est non seulement parfaitement scénarisé mais d'une inventivité folle sur la forme et toujours interprété à la perfection. On retrouve ici son sens aigu de la composition et du cadrage (s'amusant comme un fou mais discrètement des changements de formats avec cette fois un étirement en superscope lors des séquences de conflits), de la photo, ainsi que ses habituels effets de mise en scène ne nuisant jamais à l'ensemble. N'ayant rien lu auparavant sur le film, je ne sais pas si ça a été ou pas abordé mais Tom à la ferme fourmille (expressément ou pas) de références et de ressemblances au Shining de Kubrick, non seulement dans ses éléments scénaristiques mais également au niveau de la mise en scène.
Bref, j'ai adoré, tout comme la musique de Gabril Yared qui louche avec malice vers des ambiances à la Bernard Herrmann.

Et puis, pour avoir désormais vu tous ses films, je suis persuadé que dans 30 ans on parlera de ce petit génie qu'est Dolan comme on parle aujourd'hui de Kubrick. Que l'on aime ou pas, une chose est certaine (toujours à mon un humble avis) : c'est un surdoué à tous les niveaux, que ce soit à la réalisation, aux dialogues, au scénario et en tant que directeur d'acteurs.

Mon ordre :

1- Mommy : 9/10
2- Tom à la ferme : 7.5/10
3- Laurence Anyways : 7.5/10
4- J'ai tué ma mère : 7/10
5- Les amours imaginaires : 7/10
Jihl
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Re: Xavier Dolan

Post by Jihl »

Jeremy Fox wrote: Et puis, pour avoir désormais vu tous ses films, je suis persuadé que dans 30 ans on parlera de ce petit génie qu'est Dolan comme on parle aujourd'hui de Kubrick.
En terme de précocité, Dolan est effectivement très impressionnant. Si on compare avec Kubrick, il lui reste neuf ans pour réaliser trois films du niveau des Sentiers de la Gloire, de Spartacus et de Lolita, qui même si j'aime beaucoup Mummy sont trois films supérieurs pour moi à Mummy. Pour moi Dolan est aujourd'hui un cinéaste du niveau d'Almodovar, ce n'est déjà pas rien et cela suffira à ce que l'on parle de lui dans trente ans.
Après Kubrick, c'est pour moi encore une autre dimension. Mais c'est tout le mal que je lui/nous souhaite :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Xavier Dolan

Post by Jeremy Fox »

Jihl wrote:
Jeremy Fox wrote: Et puis, pour avoir désormais vu tous ses films, je suis persuadé que dans 30 ans on parlera de ce petit génie qu'est Dolan comme on parle aujourd'hui de Kubrick.
En terme de précocité, Dolan est effectivement très impressionnant. Si on compare avec Kubrick, il lui reste neuf ans pour réaliser trois films du niveau des Sentiers de la Gloire, de Spartacus et de Lolita, qui même si j'aime beaucoup Mummy sont trois films supérieurs pour moi à Mummy. Pour moi Dolan est aujourd'hui un cinéaste du niveau d'Almodovar, ce n'est déjà pas rien et cela suffira à ce que l'on parle de lui dans trente ans.
Après Kubrick, c'est pour moi encore une autre dimension. Mais c'est tout le mal que je lui/nous souhaite :wink:
En fait je citais Kubrick (car Tom à la ferme m'avais rappelé Shining) mais j'aurais pu parler de n'importe quel cinéaste reconnu pour avoir eu une importance dans l'histoire du cinéma. Je ne les comparais pas en fait. Je voulais juste dire que dans 30 ans, il aura probablement sa place parmi les plus grands. D'ailleurs, comme le rappelait AtCloseRange, il n'a pas tardé à faire son apparition dans le Petit Robert ; ce qui n'est pas anodin à mon avis.

Aujourd'hui, il agace un peu par sa prétention (il a pris un peu la grosse tête mais ça peut se comprendre), beaucoup en sont jaloux (et ils peuvent l'être d'autant que Dolan a tout pour plaire y compris son physique de beau gosse) mais quand la question de son jeune âge sera derrière lui, il restera je pense. Ce n'est pas une question de mode.
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Re: Xavier Dolan

Post by O'Malley »

J'ai découvert Xavier Dolan au début de l'année avec Les amours imaginaires que j'ai considéré comme un exercice de style creux, vain : celui d'un jeune cinéaste à l'ego surdimensionné, qui n'a pas grand chose à raconter et qui se regarde surtout filmer...

et puis il y a eu quelque jours la claque Laurence Anyways, superbe fresque intimiste où l'ensemble des défauts que je reprochais à Dolan semblait porter à incandescence cette histoire de libération, d'acceptation de soi envers et contre tous...peut-être un des films les plus forts que j'ai du voir ces dix dernières années...
et puis cette séquence-clip de soirée sous fonds de Fade to Grey de Visage: j'en avais rêvé, Dolan l'a fait...



Donc au final, très curieux d'éplucher le reste de sa filmo, entre fascination, crainte et un peu d'agacement.
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Jeremy Fox
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Re: Xavier Dolan

Post by Jeremy Fox »

O'Malley wrote: et puis cette séquence-clip de soirée sous fonds de Fade to Grey de Visage: j'en avais rêvé, Dolan l'a fait...
pareil :)
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Addis-Abeba
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Re: Xavier Dolan

Post by Addis-Abeba »

Pas mal impressionné par la vitalité de J'ai tué ma mére, je vais continuer dans l'ordre chronologique avec Les amours imaginaires, c'est vrai que c'est prometteur tout ça...
"On va voir King-Kong au cinéma avec les collègues, tu viens avec nous ? Non j'aime pas les films Chinois..."
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Alambic
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Re: Xavier Dolan

Post by Alambic »

Vu Laurence Anyways il y a quelques jours. Mon premier Dolan.
Si je me suis laissé emporter par la conviction générale, le rythme du récit est un peu bancal. J'ai eu l'impression de voir arriver le générique de fin au bout de 2 heures; à ce moment-là, il reste 40 minutes de film... Certaines parties auraient pû être plus ramassées.

La séquence où Fred annonce à Laurence qu'elle n'est plus amoureuse est géniale (l'addition s'il vous plait !) : simple, brève, sans emphase. La séquence Fade to Grey est superbe (si on aime ce tube increvable), mais un peu facile aussi. Quand à son utilité ou sa pertinence... Celle encore où Fred hurle sur une serveuse un peu indélicate est limite génante.

Les cadrages sont imaginatifs, quasiment tout le temps. Parfois un peu lourd - je pense aux trucs symétriques façon Kubrick. Il en va de même pour les dialogues : Dolan maîtrise, mais on n'échappe pas à quelques répliques artificielles et irritantes
Spoiler (cliquez pour afficher)
- la réplique finale qui donne son titre au film, par exemple.


Bref, convaincu des talents de Dolan, mais pas entièrement par le film.
Alambic
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Re: Xavier Dolan

Post by Alambic »

Jeremy Fox wrote:Parmi les idées que je trouve splendides, pas mal de métaphores visuelles, certes pas toujours fines, mais qui fonctionnent parfaitement comme par exemple, pour simuler les pleurs, cette cascade d'eau coulant littéralement dans le salon de Suzanne Clément lorsqu'elle découvre les poèmes de son ex-amant.
Je suis d'accord avec tout ce que tu as dit du film (quoique un peu moins emballé que toi au final), mais cette séquence m'a fait pensé à celle où Amélie Poulain se liquéfie littéralement en lisant une lettre. Et j'avais déjà trouvé l'idée pas très finaude chez Jeunet...
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AtCloseRange
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Re: Xavier Dolan

Post by AtCloseRange »

Alambic wrote:
Jeremy Fox wrote:Parmi les idées que je trouve splendides, pas mal de métaphores visuelles, certes pas toujours fines, mais qui fonctionnent parfaitement comme par exemple, pour simuler les pleurs, cette cascade d'eau coulant littéralement dans le salon de Suzanne Clément lorsqu'elle découvre les poèmes de son ex-amant.
Je suis d'accord avec tout ce que tu as dit du film (quoique un peu moins emballé que toi au final), mais cette séquence m'a fait pensé à celle où Amélie Poulain se liquéfie littéralement en lisant une lettre. Et j'avais déjà trouvé l'idée pas très finaude chez Jeunet...
Je crois qu'il faut plutôt trouver la paternité de ce genre d'idées chez Ally McBeal :mrgreen: même si on peut sans doute trouver des exemples semblables plus anciens.
Last edited by AtCloseRange on 26 May 15, 12:07, edited 2 times in total.
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Alambic
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Re: Xavier Dolan

Post by Alambic »

AtCloseRange wrote:
Alambic wrote: Je suis d'accord avec tout ce que tu as dit du film (quoique un peu moins emballé que toi au final), mais cette séquence m'a fait pensé à celle où Amélie Poulain se liquéfie littéralement en lisant une lettre. Et j'avais déjà trouvé l'idée pas très finaude chez Jeunet...
Je crois qu'il faut plutôt la paternité de ce genre d'idées chez Ally McBeal :mrgreen: même si on peut sans doute trouver des exemples semblables.
Aussi, oui. :mrgreen:
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Addis-Abeba
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Re: Xavier Dolan

Post by Addis-Abeba »

Addis-Abeba wrote:Pas mal impressionné par la vitalité de J'ai tué ma mére, je vais continuer dans l'ordre chronologique avec Les amours imaginaires, c'est vrai que c'est prometteur tout ça...
Plus mitigé sur son deuxième métrage, Dolan aime Wong kar-wai (il va nous faire le coup qu'il ne connait pas, faut arrêter de croire tout ce que raconte ce jeune homme 8) ) mais contrairement à l'esthète hongkongais les ralentis chez Dolan sont parfois plus qu'irritants, l'abus de ceux-ci pour les scènes de sexes sur font de musique classique ça va cinq minutes.
Une première partie acidulée, pop (trop), parfois écoeurante, et une deuxième légérement plus sombre (presque la méthode du cinéma indien) mais s'il rate pas mal de truc dans sa mise en scène je reconnais que par moment il a des instants de pure poésie dans celle-ci, et puis chaque fois qu'on entend le bang bang de Dalida on est transporté, bref inégal mais attachant.
De toute façon je garde (apparemment) le meilleur pour la fin.
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