Spike Lee

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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El Dadal
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Re: Spike Lee

Post by El Dadal »

Lee et Do the Right Thing font malheureusement toujours l'actualité:

http://www.newyorker.com/news/news-desk ... ric-garner

La vie humaine n'a décidément aucune valeur. Âmes sensibles s'abstenir:
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Chdx
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Re: Spike Lee

Post by Chdx »

El Dadal wrote:Lee et Do the Right Thing font malheureusement toujours l'actualité:

http://www.newyorker.com/news/news-desk ... ric-garner

La vie humaine n'a décidément aucune valeur. Âmes sensibles s'abstenir:
Spoiler (cliquez pour afficher)
Je suis passé devant ses bureaux le 02 aout et j'y ai pris ces 2 clichés:

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avant qu'il ne redécore sa façade le 5 avec les derniers mots de Eric Garner:

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et le 14 avec ceux de Mike Brown:

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AtCloseRange
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Re: Spike Lee

Post by AtCloseRange »

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Da Sweet Blood of Jesus - 2015
Spike Lee où on ne l'attendait pas: aux commandes d'un film de vampires!
Alors ça ne ressemble évidemment pas à l'habituel du genre. C'est un objet hétéroclite à tous les niveaux (la forme est parfois très relâchée, la musique de Bruce Hornsby côtoie du hip-hop et Milton Nascimento). C'est assez bavard (on est chez Spike Lee), pas particulièrement réussi mais suffisamment atypique pour avoir du charme.
En tout cas, ce n'est pas avec ce film que Spike Lee va revenir au premier plan.

A noter que c'est inspiré de Ganja & Hess, film de 73 de Bill Gunn, inconnu au bataillon en ce qui me concerne.
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Thaddeus
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Re: Spike Lee

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Nola Darling n’en fait qu’à sa tête
Nola n’a qu’un lit mais trois prétendants : un romantique qui croit aux valeurs de la fidélité, un cycliste hip-hop qui la fait rire, un macho narcissique et bodybuildé. Outsider : la bonne copine lesbienne ne désespérant pas elle non plus de la croquer. Et pour raconter ce désordre sentimental, le cinéaste demande à chacun de faire face caméra le récit de sa rencontre avec la belle, de justifier choix de vie, gestes et comportements. L’énoncé minimal fonctionne à plusieurs niveaux : d’abord comme un gag à répétitions, ensuite comme une signature, enfin comme l’appartenance à l’école du cinéma indépendant new-yorkais. Tel un La Bruyère de Brooklyn (ascendant Woody Allen black et branché), Lee réussit là un premier long-métrage mordant, sexy, inventif, dont le charme séduit autant que les accents de vérité. 4/6

Do the right thing
Brooklyn, un jour de canicule. Dans un climat électrique où les tensions communautaires s’exacerbent, Lee déroule une tragi-comédie colorée et rythmée comme un vidéo-clip. La mise en scène organise une partie de ping-pong scénographique entre les lieux, les personnages, les récits, prend la température du macadam new-yorkais, agence les points de vue autour du racisme ordinaire (du pacifisme hérité de Luther King à la virulence plus offensive) avec une équité démocratique qui n’exclut pas l’engagement. Gorgé d’humour, de tendresse, de chaleur, de culture black et hip-hop, le film agit tel une bombe à retardement, jusqu’à l’étincelle qui met le feu au poudre. Face à elle, le cinéaste exige de ses semblables le triomphe de la lucidité, préambule indispensable à toute forme d’action future. 5/6
Top 10 Année 1989

Mo’better blues
Lee semble faire muter son imagerie de la "blackitude" en la décapant, en lui donnant une dignité hollywoodienne. Tout ici respire son plaisir de filmer, sa virtuosité de styliste, son bonheur à s’ébrouer dans le glamour du spectacle : volupté tactile de la photographie, série de tons allant de l’orange au beige en passant par le rouge, jeu d’oppositions entre les couleurs chaudes (hot) et les couleurs froides (cool), transitions mélodieuses à la fluidité de poulpe. En résulte une ballade inondée de truculence et de sensualité, une chronique musicale faite d’ardeurs, de vitalité et de sentiments, tissée dans la chaleur douce des clubs, le cuivre doré des instruments et la carnation noire des peaux. Les deux heures fusent avec grâce, jusqu’à l’accélération assez folle d’une conclusion en forme de coda romanesque. 5/6
Top 10 Année 1990

Jungle fever
Les films de Spike Lee ont beau prendre le pouls de l’opinion publique sur des thèmes d’actualité sociale, ils agissent comme des tests pas du tout neutres et même consciemment provocateurs de révoltes imprévisibles contre le statu quo. La preuve avec ce tourbillon coloré qui remélange mille stéréotypes ethniques, enfonce le clou de la croissance chorale, des ruées horizontales ou verticales de la caméra, des insultes en slang truffant les dialogues comme des salves, logorrhées contre l’ennemi par laquelle chacun affirme son identité et fixe son territoire individuel. C’est le problème de l’incompatibilité et des préjugés interraciaux qui intéresse l’auteur, non son accommodement, et si son propos est parfois brouillon et schématique, le pessimisme de son constat s’exprime avec une séduisante combativité. 4/6

Malcolm X
La vigueur offensive et l’engagement des films précédents fermentent de toute évidence cette biographie ambitieuse du controversé leader de l’émancipation black des sixties. Ne cachant rien de sa profonde admiration pour son personnage, frisant parfois la complaisance hagiographique y compris dans ses côtés les plus problématiques (ultra-communautarisme et radicalisme proche du racisme), le cinéaste met sa sensibilité électrique au profit d’un récit ample et coloré. J’aime beaucoup la première heure, pleine de fraîcheur, de drôlerie et d’énergie (que l’on pense seulement à cette étourdissante séquence de comédie musicale qui prouve que l’auteur n’a rien perdu de sa verve) ; puis quand le récit gagne en gravité, qu’il se fait plus signifiant, il rentre un peu dans le rang. 4/6

Clockers
Comme toujours chez Lee, la rue est à la fois le monde, son théâtre sa justification : les conflits les plus intimes y sont exposés aux yeux de tous, abolissant la barrière fictive entre privé et public. Précipités dans cet univers rassemblant en mosaïque le bien et le mal, la réussite sociale et la déchéance, l’argent propre et l’argent sale, les vieux et les jeunes, les Noirs et les Blancs, les individus se dépouillent de leur singularité pour devenir les rouages d’un mécanisme collectif implacable. Et l’auteur de livrer une analyse en bonne et due forme de certains points de tension endémique, d’associer avec sûreté un style éclaté à une écriture ferme tout en respectant les codes du genre criminel, de troubler la perception des personnages par des révélations inattendues qui ne brisent jamais la cohérence de l’histoire. 4/6

Summer of Sam
Juillet 1977, dans le Bronx. Le disco affronte le punk, l’été est torride, et un labrador noir, agent d’un démon millénaire nommé Sam, intime l’ordre à Richard David Falco de tuer, en préférence les jeunes femmes brunes. La fièvre atteint son comble lorsqu’une énorme panne d’électricité plonge la ville dans le noir et le chaos. Climat d’apocalypse urbaine dépeint avec une énergique délectation par le cinéaste, qui brosse une fresque clinquante, séduisante, survitaminée, où la violence se mêle à la marginalité et le puritanisme à la débauche. Par-delà une matière romanesque à plusieurs étages, autour de laquelle il déploie deux heures de style glamour et de récits parallèles, il analyse les mécanismes de la peur et du désordre, le rapport de la norme et de la marge, l’exaspération sociale portée à son point de rupture. 4/6
La bande-annonce incendiaire, sexy et survoltée m'a longtemps fait de l'oeil... (je ne sais pas combien de fois j'ai pu la regarder, celle-ci)

La 25ème heure
New York est à terre, meurtrie dans une hébétude crépusculaire, exhibant les plaies ouvertes de Ground Zero. Le spleen chevillé au corps, Monty décide néanmoins de faire de sa dernière nuit avant la taule une tournée d’adieux portée par l’espoir. S’il n’est pas complètement abouti (je me serais bien passé du dernier quart d’heure interminable et violoneux), le film accroche et ne lâche plus. Lee suit l’ultime parcours crépusculaire mais rédempteur d’un homme confronté aux échecs de son existence. L’occasion d’un portrait complexe, fort, nuancé, d’une galerie de personnages vibrants d’humanité, qui confère à ce conte moral sur la force de l’amitié, la foi en la communauté et la fin de l’innocence, parachevé par quatre formidables acteurs, une photo et une musiques superbes, une belle amplitude émotionnelle. 5/6

Inside man
Délaissant ses grands sujets sociaux et psychologiques (si ce n’est quelques allusions discrètes au détour des dialogues), le cinéaste s’attelle à un pur film de genre et emballe la mécanique maline et alambiquée de son polar avec le savoir-faire classieux d’un artisan rompu à ce genre d’exercice. Il tente donc de faire sauter la caisse en filant le coup millimétré, exécuté au pas cadencé par un super-pro, pièce montée qui débarque au dessert triomphante sous ses feux de Bengale : le plan parfait. Sur un scénario blindé de fausses pistes et de rebondissements, au gré d’une mise en scène fluide qui fait la part belle à trois acteurs rivalisant de charisme (un vrai plaisir), le film s’impose comme un thriller grand luxe, dense, élégant, qui tient brillamment sa place dans la longue généalogie du film de braquage. 4/6

Blackkklansman
Qu’il soit désormais désormais sexagénaire n’empêche pas Spike Lee de se montrer toujours aussi énervé. Sa verve de polémiste semble pourtant s’être légèrement affadie : tantôt tenu en laisse par les conventions du buddy movie policier, tantôt aspiré par la tendance farceuse de la satire sociale, genres pour lesquels il ne prend jamais totalement parti, le film donne parfois l’impression de rester planté au milieu du gué. Mais sa facture relativement consensuelle n’enlève rien à la pertinence, à la drôlerie et à la colère d’un propos qui interroge l’Amérique d’hier et d’aujourd’hui, le poids de ses images, de ses fictions, de ses paroles sermonnantes, et qui réaffirme avec une ardente conviction la nécessité de la vigilance dans un pays toujours gangrené par le poison séculaire du racisme et de la discrimination. 4/6


Mon top :

1. La 25ème heure (2002)
2. Do the right thing (1989)
3. Mo'better blues (1990)
4. Nola Darling n'en fait qu'à sa tête (1986)
5. Summer of Sam (1999)

Coloré et politique, tendre et incisif, communautaire et revendicatif : tel est le style de celui qui, au tournant des années 80-90, offrit un visage neuf au jeune cinéma indépendant américain. Si sa filmographie comporte notoirement nombre d’œuvrettes mineures que je n’ai pas vu, ce que j’en connais témoigne d’un brio, d’une énergie, d’une inventivité, d’une force de séduction en tous points remarquables.
Last edited by Thaddeus on 7 Aug 19, 17:44, edited 8 times in total.
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Demi-Lune
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Re: Spike Lee

Post by Demi-Lune »

J'avoue ne vraiment pas comprendre la cote dont bénéficie Inside man. :|
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Thaddeus
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Re: Spike Lee

Post by Thaddeus »

Si l'on aime les films de casse cuisinés aux petits oignons, c'est un peu la qualité supérieure, non ?
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El Dadal
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Re: Spike Lee

Post by El Dadal »

J'avoue avoir beaucoup apprécié au ciné. Je n'attendais pas Lee aussi carré et solide côté divertissement, sans pour autant mettre totalement en sourdine le porte-parole. Bon, depuis j'ai acheté le dvd puis le blu, et je ne l'ai toujours pas revu... :?
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AtCloseRange
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Re: Spike Lee

Post by AtCloseRange »

El Dadal wrote:J'avoue avoir beaucoup apprécié au ciné. Je n'attendais pas Lee aussi carré et solide côté divertissement, sans pour autant mettre totalement en sourdine le porte-parole. Bon, depuis j'ai acheté le dvd puis le blu, et je ne l'ai toujours pas revu... :?
un peu pareil. C'est possible que le soufflé s'effondre un peu. J'avais juste été irrité par quelques choix visuels hasardeux.
Très chouette musique dans mes souvenirs.
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Thaddeus
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Re: Spike Lee

Post by Thaddeus »

Je me range également à l'avis d'El Dadal (et je n'ai pas revu non plus le film depuis ma découverte ciné, comme dans 99% des cas).
AtCloseRange wrote:Très chouette musique dans mes souvenirs.
Yep, je me souviens notamment d'un emballant générique.
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El Dadal
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Re: Spike Lee

Post by El Dadal »

Thaddeus wrote:
AtCloseRange wrote:Très chouette musique dans mes souvenirs.
Yep, je me souviens notamment d'un emballant générique.
Yes, Terence Blanchard power quoi. Faut dire qu'entre lui et Marsalis (je ne compte pas la BO de Stevie Wonder pour Jungle Fever, avec laquelle j'ai bizarrement du mal), l'oncle Spike a toujours bien su s'entourer musicalement, en plus d'avoir offert ce qui est pour moi LE film musical, ie Mo' Better Blues (dans mon top 10 jusqu'à ma mort). Ça fait du bien de répéter certaines évidences parfois.
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Re: Spike Lee

Post by AtCloseRange »

Sur le dernier, même si j'ai plutôt apprécié l'ensemble de la BO, ça reste un peu trop hétérogène à mon goût.
J'ai été étonné de retrouver Bruce Hornsby au générique. Heureusement, les morceaux hip-hop sont bien choisis et il y a 3 morceaux de Milton Nascimento mais par rapport aux BOs de Terence Blanchard, tu sens quand même qu'il a sans doute de moins en moins de moyens.
Enfin, c'est comme ça que je l'ai ressenti.
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Re: Spike Lee

Post by Gounou »

El Dadal wrote:Yes, Terence Blanchard power quoi. Faut dire qu'entre lui et Marsalis (je ne compte pas la BO de Stevie Wonder pour Jungle Fever, avec laquelle j'ai bizarrement du mal), l'oncle Spike a toujours bien su s'entourer musicalement, en plus d'avoir offert ce qui est pour moi LE film musical, ie Mo' Better Blues (dans mon top 10 jusqu'à ma mort). Ça fait du bien de répéter certaines évidences parfois.
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Re: Spike Lee

Post by G.T.O »

Demi-Lune wrote:J'avoue ne vraiment pas comprendre la cote dont bénéficie Inside man. :|
Pareil.
Une petite baudruche ce film.
Gounou
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Re: Spike Lee

Post by Gounou »

G.T.O wrote:
Demi-Lune wrote:J'avoue ne vraiment pas comprendre la cote dont bénéficie Inside man. :|
Pareil.
Une petite baudruche ce film.
j'en ai également un souvenir bien tiède. Et Washington y était particulièrement agaçant de cabotinage. :|
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Re: Spike Lee

Post by Rick Blaine »

Thaddeus wrote:Si l'on aime les films de casse cuisinés aux petits oignons, c'est un peu la qualité supérieure, non ?
Absolument d'accord avec ça.