Kenneth Branagh

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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AtCloseRange
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Kenneth Branagh

Post by AtCloseRange »

Je n'ai pas trouvé de topic réalisateur pour Kenneth Branagh.
Erreur réparée donc pour parler de Peter's Friends, revu hier.
Tourné à une époque où le réalisateur était encore considéré comme un futur grand (on peut dire qu'on a déchanté), je n'avais pas été super convaincu à l'époque par ce Big Chill anglais (référence évidente). Ce genre de film est toujours assez payant (des amis qui se retrouvent pour un événement après s'être éloignés pendant des années) mais le côté caricatural de l'ensemble est un peu lourd et le côté jukebox 80s est un peu facile (on a vraiment droit au tout venant des charts de l'époque).
Le film reste globalement plaisant et efficace grâce à l'abattage des comédiens (même si Branagh lui-même est assez moyen).

Et un petit top Branagh pour l'occasion:
1 Henry V
2 Dead Again
3 Beaucoup de Bruit pour Rien

Autrement dit, la messe était dite assez tôt.
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Jeremy Fox
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Re: Kenneth Branagh

Post by Jeremy Fox »

AtCloseRange wrote: Autrement dit, la messe était dite assez tôt.
Pour moi elle était dite dès le début ; je n'ai aimé aucun de ses films et pourtant je pense en avoir vu plus de la moitié, le pire ayant été son insupportable version de Frankenstein. Ceci dit, je n'en ai revu aucun après leurs sorties ; donc il se pourrait que j'en réévalue certains à l'occasion, sans en être convaincu.

En tant que comédien, je l'ai souvent trouvé tout aussi horripilant. Bonne surprise néanmoins pas plus tard que la semaine dernière : son interprétation plutôt sobre de Laurence Olivier dans My Week with Marilyn
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AtCloseRange
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Re: Kenneth Branagh

Post by AtCloseRange »

Jeremy Fox wrote:
AtCloseRange wrote: Autrement dit, la messe était dite assez tôt.
Pour moi elle était dite dès le début ; je n'ai aimé aucun de ses films et pourtant je pense en avoir vu plus des 3/4, le pire ayant été son insupportable version de Frankenstein. Ceci dit, je n'en ai revu aucun après leurs sorties ; donc il se pourrait que j'en réévalue certains à l'occasion, sans en être convaincu.
Henry V est le seul que je trouve vraiment bon mais je ne l'ai pas revu depuis sa sortie.
Dead Again est assez brillant mais aurait eu beaucoup plus d'impact sans un humour un peu à côté de la plaque.
Beaucoup de Bruit pour Rien bénéficie d'une réalisation dynamique et du cadre magnifique de la Toscane.
Je pense aussi que son Frankenstein est une horreur.
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Jeremy Fox
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Re: Kenneth Branagh

Post by Jeremy Fox »

AtCloseRange wrote:Beaucoup de Bruit pour Rien bénéficie d'une réalisation dynamique et du cadre magnifique de la Toscane.
Tellement dynamique que j'en suis ressorti avec un fort mal de tête. Pénible pour ma part mais encore une fois pas revu depuis sa sortie.
Gounou
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Re: Kenneth Branagh

Post by Gounou »

AtCloseRange wrote:Henry V est le seul que je trouve vraiment bon mais je ne l'ai pas revu depuis sa sortie.
Souvenir marquant d'une lointaine diffusion sur Canal +. Je me souviens surtout de beaucoup de boue et beaucoup de sang.
Il faudrait que je me décide à regarder son Hamlet un jour...
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7swans
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Re: Kenneth Branagh

Post by 7swans »

Il est monté en flèche jusqu'à ce que je considère comme son chef d'oeuvre, Hamlet (d'une ampleur et ambition -certains diraient grandiloquence- assez impressionnante... La version longue est un délice qui se suit avec passion jusqu'à la dernière image), puis le gouffre.
Un réalisateur qui m'était important dans les années 90 (faut dire que je l'aimais aussi beaucoup en acteur décalco-Allenien dans Celebrity).

TOP 100 :
1996 : Hamlet

J'aime beaucoup :
1991 : Dead Again
1993 : Beaucoup de bruit pour rien (Much Ado About Nothing)
1992 : Peter's Friends
1995 : Au beau milieu de l'hiver (A Midwinter's Tale)

J'aime bien (de grosses réserves, mais aussi quelques belles envolées):
1994 : Frankenstein

LE GOUFFRE :
2000 : Peines d'amour perdues (Love's Labour's Lost)
2007 : Le Limier (Sleuth)
2006 : La Flûte enchantée (The Magic Flute)


J'ai honte de ne toujours pas avoir vu (ou trop peu de souvenir) :
1989 : Henry V
Comme les Notting Hillbillies : "Missing...Presumed Having a Good Time (on Letterboxd : https://letterboxd.com/ishenryfool/)"
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Jeremy Fox
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Re: Kenneth Branagh

Post by Jeremy Fox »

Néanmoins curieux de découvrir l'un des rares qu'il me reste à voir et à priori l'une de ses plus belles réussites aux dires d'une majorité, son Hamlet justement.
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Re: Kenneth Branagh

Post by Flol »

N'oubliez pas Thor quand même, hein.
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Re: Kenneth Branagh

Post by 7swans »

Jeremy Fox wrote:Néanmoins curieux de découvrir l'un des rares qu'il me reste à voir et à priori l'une de ses plus belles réussites aux dires d'une majorité, son Hamlet justement.
Quitte à tenter l'expérience, lance toi dans la version longue de 240min (histoire de ne pas faire les choses à moitié).
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Jeremy Fox
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Re: Kenneth Branagh

Post by Jeremy Fox »

7swans wrote:
Jeremy Fox wrote:Néanmoins curieux de découvrir l'un des rares qu'il me reste à voir et à priori l'une de ses plus belles réussites aux dires d'une majorité, son Hamlet justement.
Quitte à tenter l'expérience, lance toi dans la version longue de 240min (histoire de ne pas faire les choses à moitié).
Oui, connaissant son existence, je n'aurais pas voulu voir l'autre de toute façon. Je me le prendrais un de ces jours.
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Profondo Rosso
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Re: Kenneth Branagh

Post by Profondo Rosso »

Allez un petit report d'ancien avis !


Henry V (1989)

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1414, Le Roi Henry V d'Angleterre décide de faire valoir ses droits à la couronne de France. Il décide alors de mener une bataille contre la France. En cours de route, le jeune roi doit se battre contre la baisse de morale de ses troupes et vaincre ses propres doutes. Une fois sur le sol français, les troupes anglaises progressent sans rencontrer de grande résistance et assiègent bientôt Harfleur...

C'est comme un forme de symbole, en cette année 1989 où allait nous quitter Laurence Olivier émergeait à la face du monde (puisque déjà révélé dans le milieu du théâtre anglais) avec ce Henry V un immense talent qu'on allait (et qui se rêvait tel quel également) rapidement désigner comme son plus digne successeur. Les similitudes s'affirmait d'emblée puisque la première réalisation d'Olivier fut également une adaptation de Henry V en 1944 et que comme son modèle Kenneth Branagh allait par la suite porter haut le l'étendard shakespearien durant toute sa carrière.

Chacune des adaptations shakespearienne de Branagh portent la marquent de son auteur, que ce soit son goût pour le rococo (la Toscane de Beaucoup de bruit pour rien, certains décors de Hamlet, tout As you like it), la grandiloquence et l'emphase assumée, les transposition dans des cadres et ton inattendus (l'irrésistible comédies musicales de Peines d'amours perdus, le Japon du XIXe de As You Like it) et un respect de Shakespeare qui tiens autant du verbe que du ton selon l'angle souhaité. On retrouve déjà un peu de tout cela dans ce premier essai, plus ou moins affirmé. Malgré les inévitables coupes nécessaires (pas encore la marge pour s'aventurer au 4h à la virgule près de Hamlet) la trame de la pièce est parfaitement respecté et paradoxalement c'est par les modifications et les ajouts que l'esprit Shakespearien se trouve transcendé par Branagh. Henry V concluait dans l'oeuvre de Shakespeare une tétralogie historique entamée avec Richard II et les deux parties d'Henry IV.

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Branagh inclut donc tout naturellement des éléments de ses deux opus dans Henry V donnant à son héros la profondeur que les coupes auraient pu atténuer. Le flashback ou Henry désavoue Falstaff est issu de Henry IV (le personnage de Falstaff étant absent de Henry V) et affirme ainsi le renoncement du futur souverain à ses compagnons de débauche pour prendre la mesure de sa stature à venir. Plus subtilement et pour exprimer la même idée une phrase de Falstaff do not, when thou art King, hang a thief est attribué au personnage de Bardolph en flashback pour appuyer le difficile sacrifice du présent où coupable d'avoir dévalisé une église il est pendu à contrecoeur par Henry soucieux de faire un exemple à ses hommes.

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La plus grande qualité du film c'est cependant de réussir à allier une ampleur toute cinématographique tout en ne perdant jamais de vue l'origine théâtrale de l'oeuvre. La scène d'ouverture fait figure de note d'intention . Derek Jacobi narrateur traverse un décor de cinéma contemporain (on voit même projecteurs et caméra en arrière plan), déclamant comme sa prose sera peu apte à retranscrire les hauts faits à venir et arrivant au bout de l'espace ouvrant une immense porte dans laquelle on s'engouffre dans un ample mouvement de caméra et figurant bien sûr des rideaux de théâtre et le début du récit. Avec pareil entame, Branagh s'absout de tout reproche de non respect d'une quelconque la réalité, il ne met pas en scène un film historique mais sa vision du Henry V de Shakespeare. Dès lors cette grandiloquence qui lui va si bien brille de mille feux tout au long du film. La première apparition toute théâtrale de Henry dégage une rare puissance, simple ombre majestueuse s'avançant dans la l'embrasure d'une porte immense.

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Branagh adopte en quelque sorte le parti pris de John Boorman dans son Excalibur, celui de jouer sur le pouvoir d'évocation et de la légende plutôt que le réalisme. C'est très certainement une question de manque de moyens mais ce plan d'Henry dressé sur son cheval entouré de flammes et haranguant ses troupes durant le siège de Harfleur a plus de souffle que tout les figurants numériques du monde. De même la déséquilibrée bataille d'Azincourt entre anglais et français où on a bien du mal a distinguer les dix mille combattants dont on nous parle atteint des sommets épiques par la simple puissance que Branagh parvient à conférer à la hargne désespéré de ses anglais donné perdant à coup sûr et qui sortiront pourtant vainqueur.

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Dernier très grand atout, la capacité de Branagh élever au firmament toute la puissance du verbe de Shakespeare par sa mise en scène et sa direction d'acteur. Les échanges belliqueux par messagers interposé entre le Roi de France et Henry sont d'emblée chargé d'électricité par le jeu fier et fragile à la fois de Branagh, parfait et déjà récompensé pour son interprétation du rôle sur scène. Magnifique moment également lors de la veillée d'armes où Henry parcourant anonymement ses troupes constate comme leur moral est au plus bas, l'espace se fait cette fois volontairement plus théâtral pour capter cette intimité. La photo de Kenneth MacMillan assombri de manière totalement artificielle le décor naturel rendu factice comme une scène de théâtre où Henry se retrouve seul et en proie au doute. Pour sa première expérience au cinéma (et première collaboration avec Branagh qui lui aura donc donné sa chance) Patrick Doyle délivre un score d'une formidable puissance romanesque et épique qui associé à la virtuosité de Branagh fait passer un sacré frisson lors du discours exalté de Henry qui réveille ses troupes avant la décisive bataille d'Azincourt. Et parfois même les mots sont inutiles lorsque la douleur des pertes vient atténuer la joie de la victoire, avec ce long travelling accompagnant Henry qui transporte le jeune page mort (joué par Christian Bale adolescent) jusqu'à un chariot.

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Et après plus de 2h d'oppressante atmosphère médiévale guerrière, le marivaudage franco-anglais irrésistible entre Brangh et Emma Thomson amène une légèreté et un romantisme bienvenu qui nous prépare à la bulle de savon euphorisante que constituera Beaucoup de bruit pour rien. Bien loin du galop d'essai, c'est déjà un grand film que nous offrait là Kenneth branagh avec cette entrée en matière. 6/6

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Profondo Rosso
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Re: Kenneth Branagh

Post by Profondo Rosso »

Peter's Friends (1992)

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Le soir du nouvel an 1982, Peter et ses amis tentent d'animer un dîner pour le moins formel où des invités très élégants ne s'amusent pas du tout. Dix ans plus tard, Peter hérite du domaine familial et se trouve désemparé par la mort de son père. Désireux de retrouver la chaleur et la fraternité qu'il connut avec ses amis, il décide de convier pour le réveillon du nouvel an ses anciens camarades d'université.

Même si c'est bien évidemment à ses adaptations de Shakespeare qu'il doit en grande partie son succès, durant son âge d'or des 90's Kenneth Branagh signa plusieurs œuvres remarquable quand il daigna en sortir (le film noir Dead again, Au milieu de l'hiver), la plus réussie étant ce très attachant Peter's Friends.

Peter's Friends s'inscrit dans le registre du "film de potes" avec cette réunion d'anciens camarades d'université pour un weekend de nouvel an sur l'invitation de Peter (Stephen Fry) qui vient de perdre son père. Comme contraste à ses retrouvailles qui vont s'avérer compliquées, le film s'ouvre sur l'insouciance qui les animait à la même période dix ans plus tôt où ils bousculèrent une soirée guindée par leur joie de vivre et leur complicité. La narration endiablée nous les fait découvrir aujourd'hui, insatisfait de leur situation personnelle : Andrew (Kenneth Branagh) marié à une star hollywoodienne égocentrique, Maggie (Emma Thomson) secrètement amoureuse de Peter et qui veut profiter du weekend pour lui avouer ses sentiments, Roger (Hugh Laurie) et Mary (Imelda Staunton) qui se remettent difficilement de la perte d'un de leur jumeau ou encore Sara (Alphonsia Emmanuel) entretenant une relation avec un homme marié.

Passé la joie des retrouvailles, vieilles rancœurs, blessures mal refermées et liaisons passées vont ressurgir, plaçant les personnages fa ce à leur contradictions et renoncements accumulés au fil des années. Malgré la gravité de certains sujets (Sida, deuil d'un enfant), le film parvient à conserver une légèreté et drôlerie de tous les instants grâce à la complicité de son casting. Un casting qui ne doit rien au hasard puisque les scénaristes/ producteurs Rita Rudner (qui joue aussi la star hollywoodienne dans le film) et Martin Bergman incluent leurs anciens camarades de facs devenus acteurs dans la distribution et l'intrigue se nourrit grandement de leurs vrais souvenirs communs. Hugh Laurie, Stephen Fry et Emma Thompson ont ainsi fréquentés ensemble l'université de Cambridge où ils furent membre de la troupe de théâtre Cambridge Footlights (fréquentée par Martin Bergman également) évoquée lors du spectacle d'ouverture. Les liens sentimentaux passés et présent sont également bien là avec Kenneth Branagh et Emma Thompson mariés au moment du tournage, cette dernière étant sortie avec Stephen Fry à l'université ce qui donne un piquant d'autant plus drôle à leur scène de séduction.

Dès lors cette complicité donne une authenticité palpable aux interactions entre les personnages, l'amitié trop forte pour s'en vouloir après un mot de trop (les égarements alcoolique de Branagh à la fin), la gêne qui s'efface instantanément après une situation embarrassante (la drague maladroite d'Emma Thomson...)... Le tout est mené sur un rythme trépidant sur une bande son 80's qui dépote (Pretenders, Bruce Springsteen, Tears for Fears) et réservant son grand moment à chacun (tous sont formidables) avec le pic émotionnel apporté par l'aveu final de Stephen Fry jusqu'ici maître de cérémonie discret et compréhensif. Un des meilleurs films de Branagh et c'est probablement là que naissent les prémisses du merveilleux Beaucoup de bruit pour rien à venir où on retrouve une bonne partie du casting. 5/6
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Re: Kenneth Branagh

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Dead Again (1991)

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Mike Church est un détective de Los Angeles spécialisé dans la recherche de personnes disparues. On le charge du cas mystérieux d'une jeune femme amnésique qu'il baptise Grace. Celle-ci fait des cauchemars évoquant le meurtre d'une pianiste, prénommée Margaret, par son mari Roman Strauss à la fin des années 1940. En attendant de résoudre le mystère des cauchemars, Chuch empêche l'habile enlèvement de Grace par son soi-disant fiancé. Pressé par cette tentative, Church est contraint de faire appel à un antiquaire douteux pratiquant l'hypnose pour aider Grace...

Deuxième film de Kenneth Branagh après son monumental Henry V, Dead Again ramène le réalisateur à une échelle plus modeste tout en lui permettant de prouver que son registre est plus étendu que la seule adaptation Shakespearienne (le suivant Peter's Friends le prouvera avec plus d'éclat encore). Le film évite le pure exercice de style grâce au scénario inventif et tortueux de Scott Frank qui convoque les fantômes des classiques du genre à tendances psychanalytiques notamment cette idée de réincarnation à la Vertigo qui parcours le film. La différence est que le script après avoir esquissé son énigme plonge à fond dans l'onirisme le mystère reposant plus sur la résolution du crime que sur la réalité des méandres de l'esprit humains dans lesquels nous emmène l'intrigue, jamais démentis.

Une jeune femme (Emma Thompson) se réveille amnésique au sein d'un couvent et son seul lien à son passé est constitué d’horribles cauchemars où l'on essaye de l'assassiner. Le détective Mike Church (Kenneth Branagh) est engagé mener l'enquête mais tout se complique quand avec l'aide d'un hypnotiseur louche (Derek Jacobi) les souvenirs de l'amnésique semble remonter aux années 40 et font d'elle la réincarnation de l'épouse assassinée d'un musicien. Plus étrange encore les souvenirs semblent mêler Mike Church à se passé et peut-être la réincarnation de l'époux criminel. Avec son sens du rythme alerte Branagh évite de trop tergiverser sur le doute des personnages quant aux faits extraordinaires en jeu et la première partie file à toute vitesse. Le seul défaut vient d'un côté un peu trop sur explicatif pour faire comprendre des notions pas si complexes que cela (le moment très agaçant où le psychanalyste vient nous expliquer le pourquoi du comment à la fin de films noirs classique comme Psycho ou Le Médaillon semble là courir sur tout le film) avec carrément deux personnages/guide à travers Robin Williams et Derek Jacobi, c'est trop même si le twist final le justifie en partie. Branagh s'approprie le film en alternant motif du genre et son style grandiloquent notamment l'ouverture passant de l'un à l'autre avec une scène de prison en noir et blanc étouffant qui vire au cauchemar extravagant où le réalisateur fait virevolter la caméra au gré de la terreur d'Emma Thomson. C'est réellement sur Dead Again que Branagh développe cette facette alors que Henry V bien qu'imposant était moins fou dans sa mise en scène. Là l'outrance de Frankenstein ou encore Hamlet est clairement annoncé dans les flashbacks passionnés sur la romance avortée du couple Strauss ou encore du final grand guignol et sanglant. Branagh gère bien tout cela malgré de sérieuse faute de gout. L'idée du passé en noir est blanc est intéressante mais le film fut d'abord tourné en couleur et du coup la photo des scènes du passé pas travaillée en ce sens ce qui leur donne une imagerie très quelconque heureusement atténuée par la réalisation de Branagh.

L'alchimie entre Kenneth Branagh et Emma Thompson est toujours aussi forte tire leurs deux prestations vers le haut. Emma Thomson en créature apeurée et fragile est épatante comme souvent et Branagh évite toute pose cynique et désabusée en détective plutôt avenant et jovial. Le twist final tarabiscoté en diable est tout de même très efficace (malgré de désastreux maquillages vieillissant les acteurs, pauvre Andy Garcia ressemblant à une momie) et le final tout en excès est l'aboutissement du glissement progressif du film dans le thriller autre assumant pleinement son onirisme. Dans le registre néo noir, une jolie réussite même si Branagh a déjà fait beaucoup mieux. Il glisse d'ailleurs quelques clins d'oeil au fans ici et là comme le numéro de prisonnier qu'il porte au début qui correspond à la bataille d'Azincourt, cadre de son Henry V. 4/6
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Re: Kenneth Branagh

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Hamlet (1996)

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Avec cette monumentale version de Hamlet, Kenneth Branagh concrétisait le rêve de toute une vie en transposant le classique de Shakespeare sur grand écran. Malgré un modeste budget de 18 millions de dollars, tout tend ici vers le grandiose à travers le casting prestigieux pour le moindre second rôle (Julie Christie, Jack Lemmon, Chartlon Heston...), la durée de 4h où le texte est respectée dans son intégralité et aussi le choix 70 mm, format insensé utilisé pour les fresque hollywoodiennes monumentales à grand spectacle dans les années 50/60. Hamlet fut d'ailleurs un des derniers films (avec le Horizons Lointains de Ron Howard) tournés intégralement dans ce format.

Totalement investi (producteur, scénariste, réalisateur, acteur principal...) Branagh déplace de 600 ans le cadre de l'intrigue pour passer du Moyen Age au milieu du 19e siècle. Cinéaste de l'excès, de l'exubérance et de l'outrance, c'est dans cette veine que se situe sa version voulue comme épique, pleine de bruit et de fureur (superbe score de Patrick Doyle. Il n'atténue en rien la théâtralité du texte à travers un jeu d'acteurs hyper expressif (ainsi que leur manière de se mouvoir les décors gigantesque n'étant que des extension d'une scène de théâtre) et des monologues conservés dans leur intégralité qu'il marie à une mise en scène et une imagerie tout aussi grandiloquente. Pour l'aspect plus "grand spectacle", l'ouverture sur le mariage entre Claudius et Gertrude est un véritablement enchantement avec l'arrivée triomphale du couple illégitime, la ferveur de la cour, le décor extravagant... La conclusion tendant sur le film aventure de l'âge d'or avec le duel à l'épée spectaculaire en montage alterné avec l'arrivée de l'armée d'envahisseur donne aussi dans cette veine. C'est pourtant quand il apporte sa touche de manière plus directe que Branagh passionne. Les apparitions du spectre du père puis sa révélation à Hamlet donne dans le plus pur style expressionniste à la Orson Welles, la silhouette du souverain déchu figurant une ombre imposante et fantomatique et lorsque son visage se dévoile révèle une figure spectrale d'ogre. La façon dont certain moment son agencés sont forts réussis tant Branagh parvient à les rendre cinématographique, le fameux To be or not to be et l'entrevue houleuse avec Ophélie qui suit joue à merveille du choix du miroir utilisé par Claudius pour les espionner. L'aspect charnel plus ouvertement prononcé fonctionne bien également tel ces inserts de la nuit d'amour passé ensemble lorsque Ophélie est interrogé par son père sur ses rapports avec Hamlet, exprimant juste l'inverse de ce qu'elle affirme et s'ajoutant au jeu troublé de Kate Winslet (parfaite comme d'habitude).

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Aux antipodes du Hamlet intériorisé et torturé d'un Laurence Olivier Branagh donne une nature bouillonnante au personnage très corporelle et vociférante quand il simule la folie et plus ténébreuse (mais tout aussi expressive) lorsqu'il se trouve seul en proie à ses démons intérieurs. Cette facette un peu crispante parfois tend à se calmer avec la quiétude et la résignation acquise par le héro quand approche le final. Presque tout les grands seconds rôle au droit à leur grand moments dont on retiendra surtout Charlton Heston habité lorsqu'il fait l'épitaphe du Roi Priam (Sir John Gielgud dans une apparition éclair mais marquante), Billy Cristal en fossoyeur pragmatique et un hilarant Robin Williams, génialement ridicule en flatteur de cour.

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Les 4h sont tout de même dures à digérer et pas dénuées de lourdeurs et on est en droit de préférer la légèreté romanesque galvanisante de Beaucoup de bruit pour rien sa meilleure adaptation de Shakespeare (d'ailleurs dans cette veine légère je suis très curieux de voir son Peine d'amour perdues inspiré des grandes comédies musicales de l'Age d'or). Il semble néanmoins qu'il y ait tout donné tant rien de ce qu'il a pu faire depuis n'a été aussi convaincant (en attendant Thor)... 5/6

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Re: Kenneth Branagh

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Peines d'amour perdues (2000)

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En 1939, dans le royaume de Navarre, le jeune souverain et ses trois compagnons, Biron, Longueville et Du Maine, s'engagent, lors d'un serment public et solennel, à consacrer les trois prochaines années de leur vie aux études de philosophie. Déterminés à respecter le pacte, ils renoncent à toute frivolité, ne courtiseront plus aucune femme, jeûneront une fois par semaine et ne dormiront que trois heures par nuit.
Cependant, le sérieux de l'entreprise et l'honneur des étudiants sont mis à rude épreuve par l'apparition de la princesse de France et de ses trois charmantes demoiselles de compagnie, Rosaline, Maria et Catherine, lors d'une visite diplomatique.


Peine d'amours perdues est la quatrième adaptation de Shakespeare par Branagh (après Henry V, Beaucoup de bruit pour rien et Hamlet et avant As you like it en 2006) et probablement aussi une de ses plus inventive. Le fait d'exhumer une pièce méconnue voire oubliée de Shakespeare semble avoir donné des ailes à Branagh qui aux antipodes de la rigueur qu'il s'était imposé sur Hamlet s'autorise bien plus d'écarts avec le texte original, cherchant plus à en retranscrire l'esprit que les mots. Dans une démarche proche du Moulin Rouge de Baz Luhrmann, Branagh déplace l'intrigue dans les années 30 à la veille de la seconde guerre mondiale qu'il transforme en comédie musicale hommage à celle de l'âge d'or hollywoodien.

Ainsi lorsque les mots de Shakespeare sont abandonnés, ce sont les grands standards de l'époque qui guident les échanges avec élans et légèreté où les connaisseurs se délecteront des classiques revisités de Gershwin, Cole Porter ou Irving Berlin magnifiquement réorchestré par Patrick Doyle. La pièce étant une illustration de l'amour juvénile, fougueux et maladroits Branagh s'est entouré d'un casting de jeunes acteurs montant malheureusement assez fade et c'est là que le bas blesse. Le marivaudage, les quiproquos et les mesquineries diverses amènent leur lot de situations réjouissante mais malgré la sincérité on est loin de la pure jubilation ressentie devant des moments similaires dans le merveilleux Beaucoup de bruit pour rien pourtant plus cynique. La suite l'a malheureusement prouvé tout prometteurs qu'ils étaient Alessandro Nivola, Alicia Silverstone et dans une moindre mesure Emily Mortimer n'ont pas eu la carrière quils auraient dû et tous s'avèrent bien transparents malgré leur allant manifeste (tous chantent eux même leur titre).

C'est donc Kenneth Branagh lui même bien que déjà trop vieux pour jouer les jeunes premiers qui fait passer idéalement toute les émotions, du dilemme de ses étudiants en herbe face à de ravissante jeune fille à la cour enflammé qu'il leur mène bientôt. La scène où il sermonne ses comparses pour avoir rompu leur serment avant d'être lui même démasqué est assez irrésistible. Dans un rôle secondaire, l'ordinaire si sérieux Timothy Spall offre également une prestation drôlissime en officier ridicule à l'accent espagnol improbable.

Visuellement c'est une véritable splendeur, la mise en scène tout en mouvement de Branagh fait merveille et la photo de Alex Thomson passe de la reprise du clinquant hollywoodien d'époque (une séquence sous marine virevoltante façon Busby Berkeley) à des ambiances féériques à la Brigadoon lorsqu'on se trouve en pleine nature (splendide arrivée des princesse en barque) et même du pur Bob Fosse lors d'une torride séquence de bal masqué virant cabaret.

A défaut d'arriver par la prestation des acteurs, l'émotion naît enfin par la grâce de la réalisation de Branagh dans les vingts dernière minutes chantées sur They can't take that away from me où l'amourette atteint enfin la profondeur souhaitée lors d'une déchirante séparation avant de traverser les horreurs de la guerre (le procédé d'ellipse façon infos d'époque perd son côté décalé humoristique) dont certains n'échapperont pas, avant les retrouvailles finales. Une scène somptueuse qui conclut admirablement le film sur la meilleure impression possible. 4,5/6