Les nouveaux chiens de garde (Kergoat/Balbastre - 2011)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Anorya
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Les nouveaux chiens de garde (Kergoat/Balbastre - 2011)

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Les médias se proclament "contre-pouvoir". Pourtant , la grande majorité des journeaux, des radios et des chaînes de télévision appartiennent à des groupes industriels ou financiers intimement liés au pouvoir... Ce documentaire en montre les subtilités en se basant sur l'ouvrage de l'écrivain Paul Nizan publié en 1932, repris par Serge Halimi en 1997 sous le nom "Les nouveaux chiens de garde".


C'était Boris notre hachoir adoré qui dans le topic des césars 2013 m'avouait avec amertume douter fortement de la crédibilité de ce documentaire qui, il est vrai, part déjà avec un défaut qui est aussi sa force (j'y viens plus bas), d'autant plus que le parti-pris, frontal, ne fait pas particulièrement dans la dentelle. Sur le coup je n'avais pas compris, n'ayant pas encore vu le documentaire mais le mettant en gras dans mes choix car il m'intéressait plus que les autres même si ces derniers avaient aussi ma préférence (d'où le fait que je lui demandais s'il n'avait pas apprécié de son côté le dernier Rithy Pahn qui pour ma part avait déjà bien exploré le sujet dans S-21, la machine de mort Khmer rouge où Duch apparaissait déjà puisque pour moi tous mes choix avaient une préférence assez égale).


Outre Les chiens de garde de Paul Nizan (1932) et Les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi (1997) plane sur l'objet l'ombre de figures tutélaires justement convoquées dans la bibliographie fournie aussi bien au générique de fin du film que sur la carte dépliante inscrite dans le DVD telle que Sur la télévision, formidable ouvrage de Bourdieu auquel ici, on pense directement et, de façon plus secrète, l'abstrait La société du spectacle de Debord (jamais réussi à le finir celui-là). Bourdieu dont son livre, publié en 1996 n'était pas moins que prophétique tout en restant actuel puisqu'ici le constat de l'oeuvre à deux têtes (Yannick Kergoat et Gilles Balbastre) reste assez inchangé. Si je voulais simplifier, je dirais que ces chiens de garde dénoncés d'emblée ce sont ces journalistes connus et fortement associés au pouvoir politique dans une relation à deux sens où les tenants du pouvoir assurent la liberté de travail à leurs chers toutous en échange que ceux-ci assurent un certain ordre médiatique moral pour eux. Les bons comptes font les bons amis et même si le film n'y va pas avec le dos de la cuillère, il fait implacablement mouche. D'autant plus qu'il a pour lui un incroyable travail de recherche qui brasse sur plusieurs décennies ces relations, preuves visuelles et radiophoniques à l'appui. Et l'on est d'autant plus enclins à le croire quand comme moi on a justement lu un peu Bourdieu en fac auparavant.


"Il faudrait en venir aux débats (...) : Il y a d'abord les débats vraiment faux, qu'on reconnaît tout de suite comme tels. Quand vous voyez à la télévision, Alain Minc et Attali, Alain Minc et Sorman, Ferry et Finkielkraut, Julliard et Imbert..., ce sont des compères. (Aux Etats-Unis, il y a des gens qui gagnent leur vie en allant de fac en fac faire des duos de ce type...). Ce sont des gens qui se connaissent, qui déjeunent ensemble, qui dînent ensemble. (Lisez le journal de Jacques Julliard, L'année des dupes, qui est paru au Seuil cette année, vous verrez comment ça marche). Par exemple, dans une émission de Durand sur les élites que j'avais regardé de près, tous ces gens-là étaient présents. Il y avait Attali, Sarcozy, Minc... A un moment donné, Attali parlant à Sarcozy, a dit : "Nicolas.... Sarcozy." Il y a eu un silence entre le prénom et le nom. S'il s'était arrêté au prénom, on aurait vu qu'ils étaient compères, qu'ils se connaissaient intimement, alors qu'ils sont, apparemment, de deux partis opposés. Il y avait là un petit signe de connivence qui pouvait passer inaperçu. En fait l'univers des invités permaments est un monde clos d'inter-connaissance qui fonctionne dans une logique d'auto-renforcement permanent." (Sur la télévision - Pierre Bourdieu, p.32)


Or le film montre assez bien cette connivence constante entre politiques et médias. Le meilleur exemple est quand chiffres à l'appui et sur montage de différentes têtes, on recence la trentaine d'experts invités dans les médias sur plusieurs décennies et que, surprise, leur discours n'a jamais évolué. Sur ce point, cela en devient d'une ironie jubilatoire puisque le film montre bien à divers moments que certaines choses auraient pu être évitées ou contrecarrées par des mesures nécessaires (la crise financière arrivée fin 2008 chez nous était apparemment prévisible depuis un bon moment même s'il ne faut pas trop non plus s'avancer sur ce genre de spéculation). Toujours dans cette logique d'invités vivant totalement en monde-clos dans leur monde, un montage qui en finit par devenir comique (le documentaire se veut quand même assez drôle pour répondre à ce constat désabusé "mieux vaut en rire") où Luc Ferry et Jacques Julliard sont censés montrer des prises de positions opposées. Le narrateur prévient avant ça, goguenard : "attention, c'est assez violent". Puis à l'image, le montage des divers émissions de débats de LCI où l'on voit finalement les deux invités.... se faire des politesses, arrondir les angles... Un débat mou, formaté et prévu d'avance. Violent en effet, oui. :uhuh:


Ces gens qui semblent vivre à un autre niveau et n'ont guère conscience de la société est d'autant plus effarant que ce n'est pas bien nouveau hélas (fait constaté là aussi par Bourdieu, p.27 de Sur la télévision) quand ils ne cherchent pas tout simplement à imposer ce qu'ils pensent bon pour le peuple en matière d'informations quand ils n'en suppriment pas de plus importantes dans le journal en les subtilisant par d'autres, bien moindres mais qui feront office de voile lancé au spectateur. Des médias sûrs de leur bon droit, content de voir leur propre égo aider à construire un monde meilleur et sans ambiguïté, quitte à rabaisser quelqu'un d'une manière sournoise en le prenant de haut ou en utilisant un langage détourné (comme ce pauvre homme, conciliateur dans les banlieues a qui Michel Field ordonne presque "Ah mais maintenant ça suffit les voitures à brûler hein. Faites les rentrer chez eux hein, a la maison" Il pourrait presque rajouter "là où est leur place", on sentirait que ça le démange. Effarant :shock: ). Encore une fois je cite Bourdieu, "Ce qui pose un problème tout à fait important du point de vue de la démocratie : il est évident que tous les locuteurs ne sont pas égaux sur le plateau" (Sur la télévision, p.36). Dont acte ici, visuellement avec ce rapport de classe qui transparaît d'un coup. Un certain malaise d'ailleurs sur le plateau parmi les spectateurs.



Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce documentaire que j'engage à voir le plus vite possible pour se faire son avis. Il a ses points forts (dont son humour assez dévastateur d'autant plus que le propos est mené avec intelligence) comme ses points faibles. Venons-y oui. Notamment le fait de ne faire que dénoncer ces fameux chiens de garde en ne nous dévoilant pas assez l'autre côté de la barrière, les autres journalistes, les réseaux indépendants (dont ACRIMED qui a aidé en grande partie à la réalisation de cette oeuvre), bref de nous montrer les autres forces vives en présence même si, comme les réalisateurs l'indiquent dans une interview en bonus dans la carte dépliante du DVD, c'est un peu "le pot de terre lancé contre un missile atomique". On pourra alors sans doute regretter que le film adopte le même système frondeur qu'un Michael Moore sauf que là où Moore m'est insupportable, j'apprécie grandement le film puisqu'il procède de choix évidents et assumés par les deux réalisateurs (je doute que Moore assume le fait d'aller emmerder Charlton Heston dans Bowling for Colombine. Tout ce qu'il voit lui, c'est le président de la NRA et donc un symbole à dégommer pour le grand final. Moi j'y vois un vieil homme souffrant d'Alzheimer et qui est somme toute, une cible facile et bien lâche, plus effrayée qu'autre chose pour répondre au trublion Moore alors qu'il arrive à la fin de sa vie. Cette séquence m'a toujours profondément énervé et je me suis toujours dit qu'il y aurait pu y avoir là, un autre responsable justement moins fuyant et plus facile à interviewer qu'un vieil acteur qui ne semblait alors plus que se compaître dans sa gloire --et visiblement il devait croire que Moore l'interviewerait sur sa carrière cinéma), bien conscients du fait que justement leur film allait soulever pas mal de volées de bois vert.


Ainsi, avec humour, dans le générique de fin se trouvent toutes les critiques négatives envers le livre de Serge Halimi que Kergoat et Balbastre reprennent dans les grandes lignes, une manière de dire, "oui on est conscient que ce n'est pas parfait mais on vous voulait vous montrer ces aspects là plutôt que ceci ou ça..." Ce qui est confirmé là aussi dans l'édition DVD dans la carte dépliante où les auteurs reviennent sur le ton du film : " La réaction qui revient le plus souvent parmi les journalistes, c'est l'accusation de simplicisme : "D'accord mais c'est plus compliqué que ça..." Or, pour nous la question est simple : est-il normal qu'un petit groupe d'experts cooptés entre eux et qui partagent les mêmes points de vue accaparent l'espace médiatique ? Est-ce une bonne chose que les journalistes censés éclairer le jugement des citoyens fassent des ménages pour des entreprises privées ?" Et plus loin, le même Kergoat de souligner judicieusement : "Dans le film on ne tape pas sur les journalistes de base, les soutiens de l'information, même s'ils portent leur part de responsabilités. On s'intéresse à ceux qui occupent des positions de pouvoir et qui ne se gênent pas, eux, pour attaquer les catégories sociales exclues de l'espace médiatique." Enfin, comme ils le disent, comme une sorte d'excuse, les deux auteurs sont conscients de n'aborder qu'un versant des choses mais espèrent toutefois que cela poussera le spectateur à s'informer et poursuivre ses découvertes médiatiques par lui-même après.

Un documentaire donc à voir au plus vite pour se faire un avis.

4,5/6.
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julien
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Re: Les nouveaux chiens de garde (Kergoat/Balbastre - 2011)

Post by julien »

Sujet très intéressant. Pierre Carles qui avait d'ailleurs consacré un documentaire sur Bourdieu, avait aussi abordé le sujet dans Pas vu pas Pris, même si le ton était plutôt bon enfant mais enfin ça restait assez pertinent dans le propos. Celui-ci a l'air plus documenté sur la question. Si on veut le voir, je suppose qu'on aura plus vite fait d'acquérir le dvd plutôt que d'attendre une hypothétique diffusion tv ?
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"Toutes les raisons évoquées qui t'ont paru peu convaincantes sont, pour ma part, les parties d'une remarquable richesse." Watki.
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Jack Griffin
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Re: Les nouveaux chiens de garde (Kergoat/Balbastre - 2011)

Post by Jack Griffin »

Halimi, Pierre Carles, Bourdieu...tout ça c'est des potes et ça tourne un peu en vase clos mais de toute façon je suis de leur côté. :mrgreen:

Effectivement Pas vu Pas pris (et enfin pris ?) se demandait si on pouvait parler de la télé à la télé (et la réponse était bien entendu, non) et balançait des choses assez fracassantes sur Canal +. Carles y faisait en même temps sa psychanalyse. C'était aussi le moment où Bourdieu avait été invité à Arrêt sur images et où ça avait mal tourné. Du coup, je crois qu'il avait fait une émission dans laquelle il lisait son bouquin tout seul.
"Les nouveaux chiens de garde" est plus anonyme sur la forme mais ça fait toujours du bien d'entendre que les médias sont complètement vampirisé par l'idéologie libérale.

Encore une fois, il faut mieux balancer sa télé à la poubelle que d'entendre ces pseudos journalistes ou experts économiques à la mord-moi-le-noeud.
Comme a dit Godard "Les économistes? Il faut les fusiller!"
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Re: Les nouveaux chiens de garde (Kergoat/Balbastre - 2011)

Post by Borislehachoir »

Anorya wrote:
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C'était Boris notre hachoir adoré qui dans le topic des césars 2013 m'avouait avec amertume douter fortement de la crédibilité de ce documentaire qui, il est vrai, part déjà avec un défaut qui est aussi sa force (j'y viens plus bas), d'autant plus que le parti-pris, frontal, ne fait pas particulièrement dans la dentelle. Sur le coup je n'avais pas compris, n'ayant pas encore vu le documentaire mais le mettant en gras dans mes choix car il m'intéressait plus que les autres même si ces derniers avaient aussi ma préférence (d'où le fait que je lui demandais s'il n'avait pas apprécié de son côté le dernier Rithy Pahn qui pour ma part avait déjà bien exploré le sujet dans S-21, la machine de mort Khmer rouge où Duch apparaissait déjà puisque pour moi tous mes choix avaient une préférence assez égale).
Je considère Rithy Panh comme un très grand documentariste et son Duch comme une merveille. J'ai écrit quelques lignes là-dessus sur un autre forum, si ça intéresse quelqu'un je peux copier-coller ici mais quoi qu'il en soit, qu'il soit clair que tant pour S21 que pour Duch j'ai tout le respect donc je suis capable pour le travail de Panh et pour son courage de cinéaste ( donner directement la parole à l'ennemi sans chercher à le ridiculiser par des effets de montage, notamment ). J'admire enfin Panh parce qu'il ne me prend pas pour un idiot et me laisse moi Boris, petit français ignorant, me faire ma propre idée sans m'imposer les siennes, chose assez rare de nos jours.

Bref, j'aime Panh pour exactement les mêmes raisons que je méprise les Halimi et consorts qui sous couvert de dénoncer les mafias médiatiques utilisent la même malhonnêteté intellectuelle et les mêmes méthodes de salauds que ceux qu'ils dénoncent ( Pierre Carles cité dans ce topic représentant un des pires membres de la clique, sa complaisance envers les membres d'Action Directe me donnant furieusement envie de... d'en dire du mal sur dvdclassik :D . Je vous renvoie par exemple à la controverse entre Carles et Hector Obalk pour en apprendre un peu plus sur les méthodes du bonhomme ).
La pensée unique à la Duhamel-Ferry me donne des boutons ; la contre pensée unique à la Halimi-Carles et des néo-chomskyens ne fait pas mieux. Il est très facile de ridiculiser ton adversaire par des effets de montage, un peu moins de l'affronter directement et on remarquera qu'Halimi et consorts se font une spécialité de fuir le débat contradictoire. J'ai été saisi d'un léger malaise en voyant le documentaire de Carles sur Choron dans des circonstances ou tout le monde applaudissait un film à thèse absolument malhonnête et oubliant volontairement tout ce qui l'arrangeait dans l'histoire de Charlie-Hebdo ( les disputes entre Cavanna et lui, son incapacité à gérer financièrement le journal, ses prises de position en faveur de l'armée... ) pour servir ses objectifs. Sans moi.

Pour paraphraser quelqu'un dont mon manque de culture fait que j'ai oublié son nom, je dirais que Finkielkraut et Halimi représentent pour moi les deux faces du même piège à cons.
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Jack Griffin
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Re: Les nouveaux chiens de garde (Kergoat/Balbastre - 2011)

Post by Jack Griffin »

En même temps je saisis mal la comparaison entre les films de Panh et de Pierre Carles, entre un génocide et la façon dont TF1 est géré, entre Duch et Charles Villeneuve. Forcément, ça n'amène pas la même approche.
Y'a pas d'effet de montage dans les films de Carles d'ailleurs, qui cherche la plupart à faire parler/ rencontrer les personnes qu'il critique (et qui se confronte à un mur). Et puis faut remettre ça en perspective avec la forme très subjective de ces docus.
Quand à Halimi, même si on peut deviner vers quel bord politique penche le Monde Diplomatique, il dirige un des revues les plus intéressantes par son souci d'apporter tous les éléments à la réflexion. "Les nouveaux chiens de garde" est plus dans la veine du pamphlet (pourquoi pas, c'est un mode d'expression comme un autre) avec tout ce que ça implique.
julien
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Re: Les nouveaux chiens de garde (Kergoat/Balbastre - 2011)

Post by julien »

J'ai pas vu ce documentaire mais en tout cas je trouve la démarche de Pierre Carles sincère au demeurant. Il tape souvent juste. Après je suis d'accord. Il fait pas toujours dans la finesse et ses films sont un peu brouillons et réalisés à l'arrache mais il met souvent le doigt là où ça fait mal. Par exemple, dans Danger Travail, lorsqu'il filme des chômeurs qui refusent de travailler en profitant en toute impunité de l'argent de l'état, il soulève un vrai problème. Après c'est vrai qu'il pourrait aller plus loin, en faisant un travail d'analyste beaucoup plus consciencieux. C'est un peu sa limite.

Sur Choron, à mon avis il faut surtout y voir davantage un film-hommage à l'humour libertaire qu'il incarnait. A la limite, la cuisine interne de Charlie Hebdo, c'est pas tellement intéressant. On sait de toute façon que Choron était pas un saint et qu'il a foutu le bordel dans la rédaction mais pour moi l'intérêt se situe au delà du portrait de l'humoriste. Ce qui est intéressant, c'est qu'il montre le changement de ton du journal, qui au fil des années est passé d'une critique transgressive à une fadeur et un humour inoffensif. C'est ça le véritable sujet du film. Et au passage, Choron me faisait quand même bien plus marrer que le sinistre Philippe Val.
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Re: Les nouveaux chiens de garde (Kergoat/Balbastre - 2011)

Post by Borislehachoir »

Jack Griffin wrote:Y'a pas d'effet de montage dans les films de Carles d'ailleurs, qui cherche la plupart à faire parler/ rencontrer les personnes qu'il critique (et qui se confronte à un mur). Et puis faut remettre ça en perspective avec la forme très subjective de ces docus.
Quand à Halimi, même si on peut deviner vers quel bord politique penche le Monde Diplomatique, il dirige un des revues les plus intéressantes par son souci d'apporter tous les éléments à la réflexion. "Les nouveaux chiens de garde" est plus dans la veine du pamphlet (pourquoi pas, c'est un mode d'expression comme un autre) avec tout ce que ça implique.
Pardon ? Pas d'effets de montage ? Je pense que ta mémoire te joue des tours.

Quand Carles demander à un PSYCHIATRE d'analyser Schneidermann virtuellement dans Enfin pris, est-ce que ça te semble honnête comme procédé ? ( on est tombé sur Michael Moore pour moins que ça )
Quand Carles superpose différents propos des journalistes pour montrer une connivence ou une incohérence, c'est clairement un effet de montage.
Il suffit de remarquer la différence de traitement qu'il adopte lorsqu'il filme Bourdieu ou les terroristes d'extrême gauche ( montrés avec bienveillance, sans que la parole ne soit donnée à ses détracteurs pour l'un ou à leurs victimes pour l'autre ) et celui qu'il adopte envers Minc et compagnie, qui, non je ne suis pas d'accord, ne cherche pas à faire parler les gens mais à les ridiculiser - le discours de Val est clairement coupé et remonté de manière à lui ôter toute crédibilité, avec en plus la voix-off de Carles qui en rajoute des fois qu'on soit trop stupides pour comprendre. Dans Enfin Pris - je crois -, Carles dénonce le copinage et offre la parole à... Chomsky et Halimi. Cherchez l'erreur.

Je ne crois pas qu'il y ait la bonne malhonnêteté intellectuelle de Carles contre la mauvaise malhonnêteté intellectuelle des médias. Quant à ce que dit Julien, c'est oublier que quand elle va contre Val ( pour qui j'ai la plus grande détestation par ailleurs ), Carles s'intéresse de très près à la cuisine interne du journal. Bref, c'est l'investigation à deux vitesses, celle ou l'on cherche la paille dans l'oeil de son ennemi en occultant sciemment la poutre dans le sien et encore une fois la dispute avec Obalk est très révélatrice.
Anorya
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Re: Les nouveaux chiens de garde (Kergoat/Balbastre - 2011)

Post by Anorya »

Pour ma part j'aime Pahn tout comme j'aime ce documentaire (qui n'a rien à voir avec le cinéma de mr Rithy oui). Mais justement parce que je vois bien qu'on a affaire à quelque chose qui ne questionne que d'un côté, avec humour toutefois. Je comprends tout à fait les griefs de Boris (je le rejoins même complètement sur la neutralité de l'auteur de S-21) mais je pense que plusieurs spectateurs (je n'ai pas dit tous) sauront aussi faire la part des choses à leur manière et avec le recul. J'ai aussi cité le point de vue de leurs auteurs parce qu'il va dans ce sens (comme je le dis, ils espèrent que le spectateur essayera ensuite par lui-même de se documenter). Après évidemment il n'y a pas que les intentions, il y a aussi le résultat final et sa réception. J'ai aimé le doc pour cet aspect frondeur mais comme je l'ai écrit, c'est loin d'être parfait et notamment cet aspect de prendre parti peut fortement gêner. Bref, à chacun de se faire son avis par lui-même. :)
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