Notez les films : Février 2013

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Flol
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Re: Notez les films : Février 2013

Post by Flol »

Et la palme du film le plus con vu depuis longtemps est décernée à...The Darkest Hour !

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Alors déjà, commençons par mentionner la plus belle idée qu'auront eu les coupables de ce machin : ces génies ont fait des entités extra-terrestres de leur film des êtres...invisibles ! Et hop, par ici les grosses économies en terme de SFX et d'imagination. Bravo à eux. :|
Mais malheureusement, ils n'en auront pas profité pour utiliser leur créativité dans d'autres domaines. Comme par exemple rendre ce script juste un peu moins con et ses péripéties un peu moins prévisibles.
En fait, il y a un je-m'enfoutisme total qui se dégage de l'ensemble : les incohérences pleuvent (Olivia Thirlby qui se retrouve projetée comme par magie dans un bus situé à au moins 2km de distance en l'espace de 3 secondes et demi, j'ai rarement vu un truc aussi bête...ça, plus le fait qu'on peut parfaitement recevoir des textos dans un sous-marin russe, sachez-le), les persos sont tous insupportables (les responsables auront au moins eu la bonne idée d'en tuer quelques-uns assez rapidement), les "dialogues" sont lamentables, les quelques SFX sont absolument dégueulasses, et le tout se suit dans le désintérêt le plus total.
Et puis faire de Emile Hirsch, avec sa tête de gamin de 13 ans et demi, un héros de film d'action/SF, quelle riche idée ils ont eu là. Encore bravo à eux.
Bref, un gros caca qui ne vaut pas plus que 1/10 (je ne sais même pas où j'ai été choper ce petit point...allez, on va dire que c'est pour Olivia Thirlby qui passe son temps à courir pieds nus dans le 1er tiers du film).
riqueuniee
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Re: Notez les films : Février 2013

Post by riqueuniee »

Demi-Lune wrote:
riqueuniee wrote:Ce twist ne change rien à l'intrigue principale (bouclée à ce moment-là), c'est une chute, une révélation de dernière minute (elle intervient vraiment à la toute fin du film) qui fait considérer autrement ce qu'on vient de voir (et je trouve que c'est encore mieux qu'une solution in extremis).
Voilà. C'est d'ailleurs pourquoi c'est un de mes twists préférés : il n'agit pas comme une fin en soi (type Usual Suspects, qui m'énerve prodigieusement) et pourtant il amène à reconsidérer tout un tas de choses.
Ce que je trouve par contre dommage, c'est qu'à parler du film on en vienne à dire qu'il y ait un twist, à la fin. Moi quand j'avais découvert le film, je ne savais rien du scénario, je découvrais au fur et à mesure, jusqu'au choc de la fin. Un des effets pervers d'un forum, c'est que ceux qui ne connaissent pas le film et vont le découvrir, vont justement le découvrir en connaissance de cause. Ça gâche un peu le plaisir dès le départ, je trouve.
Tout à fait. Espérons que la déception ne sera pas au bout pour eux.
Jericho
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Re: Notez les films : Février 2013

Post by Jericho »

Ratatouille wrote:Je n'ai pas vu ce film, je ne connais donc pas ce "fameux" twist. Je verrai ça sur Arte.
AtCloseRange wrote:Donaldson est un yes man mais qui a parfois fait du bon boulot (je pense à son Burt Munro ou dans un registre plus "coupable", La Mutante).
Moi aussi je l'aime bien, Donaldson : Cocktail, Thirteen Days...et même son récent Seeking Justice avec Nic Cage, que je pensais naze et qui finalement est plutôt sympa (même si un peu naze dans le fond, okay).
Et Species aussi, c'est sympa ! :o
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:uhuh:

Chacun ses plaisirs coupables.
M'enfin le truc avec Nicolas Cage est indéfendable tellement c'est nazebrock.
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Colqhoun
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Re: Notez les films : Février 2013

Post by Colqhoun »

Plaisirs coupables, je vois pas vraiment.
Thirteen Days et Species sont les deux, dans leur genre, des films plutôt solides et efficacement menés.
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Re: Notez les films : Février 2013

Post by monfilm »

God bless America - Bob Goldthwait

Après Dredd et Universal soldier-le jour du jugement encore une excellente série B badass à ne pas prendre au 1er degré, évidemment. C'est drôle, rageur, jusqu'au-boutiste et finalement jouissif comme rarement avec les productions actuelles.

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7/10
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Tout le reste est dérisoire.
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Re: Notez les films : Février 2013

Post by Federico »

monfilm wrote:God bless America - Bob Goldthwait

Après Dredd et Universal soldier-le jour du jugement encore une excellente série B badass à ne pas prendre au 1er degré, évidemment. C'est drôle, rageur, jusqu'au-boutiste et finalement jouissif comme rarement avec les productions actuelles.
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7/10
A lire les uns et les autres (sur Classik comme ailleurs), j'ai l'impression que ce film a l'air aussi cintré et joyeusement excessif que son réalisateur quand il fait l'acteur...
Oui, parce que puisqu'on en est aux plaisirs coupables, j'ai celui de me bidonner aux apparitions de Bob "Bobcat" Goldthwait dans les épisodes-séquelles de Police Academy :wink:
PS : j'aime aussi beaucoup Species.
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
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Re: Notez les films : Février 2013

Post by Colqhoun »

monfilm wrote:God bless America - Bob Goldthwait

Après Dredd et Universal soldier-le jour du jugement encore une excellente série B badass à ne pas prendre au 1er degré, évidemment. C'est drôle, rageur, jusqu'au-boutiste et finalement jouissif comme rarement avec les productions actuelles.
J'avais trouvé ça parfaitement nul et très faussement irrévérencieux.
On nage en plein politiquement correct assez fatigant.
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Re: Notez les films : Février 2013

Post by manuma »

Colqhoun wrote:
monfilm wrote:God bless America - Bob Goldthwait

Après Dredd et Universal soldier-le jour du jugement encore une excellente série B badass à ne pas prendre au 1er degré, évidemment. C'est drôle, rageur, jusqu'au-boutiste et finalement jouissif comme rarement avec les productions actuelles.
J'avais trouvé ça parfaitement nul et très faussement irrévérencieux.
On nage en plein politiquement correct assez fatigant.
Pas vu, celui-là. Mais, à la lecture des réactions glanées ici et là, ça m'a l'air dans la lignée des Shake the clown et Stay du même Goldthwait, deux comédies bancales mais pas inintéressantes, un peu trash mais pas trop, lorgnant timidement du côté du cinéma de Paul Bartel.
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Re: Notez les films : Février 2013

Post by Anorya »

Le quatrième pouvoir (Dennis Gansel - 2012)

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Paul Jensen, journaliste, quitte Berlin pour Moscou où un poste l’attend au sein d’un tabloïd russe. Là-bas, il va faire une rencontre surprenante, celle de Katja, une jeune moscovite qui lui propose de diriger une rubrique dans son propre magazine. Cette proposition va entraîner des événements étranges dans la vie de Paul. Accusé de complicité de terrorisme, il tombe dans un engrenage sans fin…



Dennis Gansel semble passionné par le thème du pouvoir qu'il me semble creuser tranquillement de film en film. La vague (pas vu, semble moyennement réussi apparemment mais je suis curieux quand même) déjà abordait ce thème en traitant du danger d'une autocratie qui résonnait comme un constat d'un passé dangereusement brûlant et toujours aussi tentant pour les apprentis dictateurs actuels et je suppose qu'on doit retrouver une idée de domination/soumission à une puissance établie (et plus proche du surnaturel) avec les femmes vampires de Nous sommes la nuit. Je tiens à noter d'ailleurs que le titre français "le quatrième pouvoir" est la traduction finalement assez littérale de son titre original, Die vierte macht qui peut tout autant signifier comme nous le découvrons dans le film, le pouvoir, la puissance, des médias tout comme celle des services secrets russes, tentaculaires, quasi-invisibles et pourtant bien là, à la censure d'une bonne partie des libertés. Mais comme je l'écris, les services secrets ne sont pas le thème principal du film et Gansel ne cherche pas tant à l'exploiter qu'à le faire entrer en résonnance avec l'histoire en en faisant une toile de fond... sacrément inquiétante.


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Du coup, une fois dévoilé le thème central du film, aussi mince que celui de The ghost writer et pourtant aussi vital que celui-ci, à l'instar du film de Polanski, une paranoïa s'installe, avec des moments de tension parfois assez tendus (la fin) et si Gansel n'atteint pas encore l'Art de son maître (j'adore le film de Polanski), il réussit à installer une ambiance assez prenante avec presque rien. Très peu de scènes d'action ainsi dans le film (mais assez bien foutues) mais des regards, des sous-entendus qui en disent long et installent un malaise constant. Avec peu de moyens, le cinéaste adopte sur place un système D pour filmer à la sauvette en haute définition ces comédiens (ayant décrêté aux autorités comme il le dit dans le making-of, qu'ils filmaient une histoire d'amour !), s'introduisant parfois dans certains bâtiments quand les concierges et gardiens ont le dos tournés pour voler des plans quand ils ne reconstituent pas une partie de Moscou en Allemagne dans des quartiers de Berlin ayant gardé la froide architecture communiste. Le résultat est assez bluffant et témoigne d'un certain savoir-faire. Pas de doute, même s'ils ne signent pas un grand film, Gansel et son équipe sont assez doués au vu du résultat.


Si Moritz Bleibtreu m'a semblé un peu buté et possédant un jeu pas assez développé à mon goût et sans doute le fait que l'histoire suive plus ces pas qu'elle ne s'attache à retranscrire l'enquête sur laquelle son père et lui travaillaient, j'ai vraiment apprécié la présence du vétéran Rade Serbedzija (on le voit partout dans plein de seconds rôles de X-men le commencement à Eyes wide shut en passant par Batman Begins, c'est fou. Et on ne le reconnait pratiquement jamais tout de suite) ainsi que la belle Kasya Smutniak (d'origine polonaise) qui délivre les scènes les plus belles et touchantes, semblant porter l'âme russe du film sur ses épaules.


Au final, un film assez intéressant, recommandé et assez prenant pour l'ambiance qu'il met en place, sans doute pas si éloignée de ce qui peut sans doute se tramer en Russie même si le film indique se baser sur des faits fictifs. Sans doute pour mieux se protéger et dénoncer en parallèle le quotidien des journalistes dans l'actuelle Russie. Quelques menus défauts toutefois dont un sérieux manque de rythme qui rendent parfois le film pépère là où un peu plus de tension ne lui aurait pas fait défaut.

4/6.
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Profondo Rosso
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Re: Notez les films : Février 2013

Post by Profondo Rosso »

Rose bonbon de Howard Deutch (1986)

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Au sein d'un lycée chic, les élèves sont divisés : les 'riches' d'un côté, avec leur beaux costumes et leurs fêtes, et les 'pauvres' de l'autre - musique punk, et rébellion. Andie tente d'y survivre tant bien que mal, grâce à son esprit d'indépendance, son père, et surtout ses amis, Duckie, Jena et également Iona, patronne foldingue de la boutique de vinyles où Andie travaille après les cours. Un jour, Blane, du camp des 'riches', fait son entrée. S'ensuivront disputes, histoire d'amour, pleurs, réconciliations, jusqu'au tant attendu bal de promo.

En cette année 1986, John Hughes en finissait avec le genre auquel il donna ses lettres de noblesses, le teen movie. D'abord en réalisant le cultissime La Folle Journée de Ferris Bueller puis en signant le scénario et en produisant ce Pretty in Pink mis en scène par Howard Deutch dont c'est le premier film (et qui réalisera un autre script de Hughes l'année suivante La Vie à l'envers). On retrouve ici la grande thématique des comédies adolescentes de Hughes à savoir le clivage du paraître au sein des communautés lycéennes où chacun s'enferment dans un masque et une posture dissimulant sa vraie personnalité et ses fêlures. Hughes avait signé son chef d'œuvre sur la question avec Breakfast Club où il ramenait progressivement des pantins et archétypes du manège lycéens (l'intello, le sportif, la bimbo, le rebelle) au statut de personnage dans un bouleversant crescendo. Pretty in Pink creuse le même sillon ici mais avec un peu moins d'originalité puisque l'opposition ici est sociale et à la place du choral Breakfast Club on aura ici une comédie romantique nettement plus convenue.

Le traitement témoigne néanmoins de la finesse d'écriture de Hughes notamment par la manière de montrer la séparation clans lycéens. Le film est une sorte de Roméo et Juliette teenage où le nanti Blane (Andrew McCarthy) et la "pauvre Andie (Molly Ringwald) vont tomber amoureux l'un de l'autre et s'opposer ainsi à leur milieu n'acceptant pas ce rapprochement entre leur deux mondes. Cela est amené subtilement, narrativement comme visuellement avec ces regards furtifs entre les amoureux dans le cadre du lycée témoignant autant d'une timidité naturelle que d'une gêne lus problématique vis à vis de la réaction des autres. Les premiers échanges se déroulent donc forcément à l'abri des regards, que ce soit dans le magasin de disque où travaille Andie où à travers un dialogue informatique ancêtre du chat. Ce n'est qu'en montrant les difficultés de ce rapprochement que l'on découvrira les univers opposés au cœur du fonctionnement du lycée : c'est un établissement d'élite pour riche où Andie et quelques autres de milieu plus modestes sont inscrit mais certainement pas intégrés. Les petites moqueries vestimentaires que subit Andie et qui pourrait passer pour anecdotique prennent donc un tout autre sens dans cet optique.

Quelques choix discutables font néanmoins tiquer telle cette vision du monde assez uniforme. Les pimbêches riches sont toutes des bimbos blondes écervelées, l'esthétique n'est pas très heureuse dans sa séparation des deux sociétés (brushing impeccable et veste décontractée pour les riches, look punk multicolore pour les pauvres), la façon assez schématique de renvoyer les préjugés dos à dos lorsque chaque amoureux accompagne l'autre dans son milieux au point d'altérer la cohérence de l'ensemble (comme emmener pour un premier rendez-vous sa copine dans une fête gorgée de gens hostile plutôt que d'apprendre à la connaître seul avec elle). On est loin de l'intelligence d'un Breakfast Club mais la comédie romantique exigeait sans doute ce traitement plus manichéen d'autant plus que les scènes sentimentales sont splendides. Le premier baiser dans la pénombre à la lumière des phares de voiture est craquant, le spleen de la séparation sur le titre Elegia de New Order superbe et Molly Ringwald est toujours aussi attachante tel ce moment où elle refuse que Blane la raccompagne et voit sa demeure dont elle a honte. Les quelques respirations arrivent lorsque le film s'échappe de son schéma restrictif grâce aux échanges avec la délurée mère de substitution Iona (Annie Potts), l'assurance gauche et fragile du meilleur ami amoureux Duckie (Jon Cryer) et surtout un très touchant Harry Dean Stanton en père traumatisé par le départ de son épouse.

Plus convenu et pas à la hauteur des films directement réalisés par Hughes (si ce n'est Une créature de rêve qui vieillit assez mal) mais sympathique dans sa naïveté et sa candeur. 4/6
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hellrick
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Re: Notez les films : Février 2013

Post by hellrick »

LE PACTE

Une très bonne idée de départ (un type se voit proposer d'intégrer une milice de vigilante en échange du meurtre du type qui a violé sa femme) qui part rapidement en couille, se refuse à jouer la carte du film d'auto justice pour un pseudo thriller ou Nic Cage en prof d'école mou du genou devient soudain un héros de film d'action avec cascades et poursuite en voiture...Le script perd rapidement toute crédibilité (alors qu'il y avait moyen de la jouer sérieux et crédible) pour un résultat parfois fun mais souvent raté.
Heureusement il y a Nico.

2,5/6
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Kevin95
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Re: Notez les films : Février 2013

Post by Kevin95 »

Poltergeist (Tobe Hooper, 1982) : Image Révision

Toujours efficace, le film Spielbergien de Tobe Hopper passe comme une lettre à la poste.
Si j'aurai tendance à lui reprocher deux trois petites facilités (les rebondissements télégraphiés et les gimmicks du cinéma horrifique de l'époque) et un casting assez mou (hormis la géniale Zelda Rubinstein), le reste à plutôt bien vieillit. Je ne vais pas m'aventurer à savoir qui de Spielberg ou de Hooper est à l'origine de telle ou telle scène (après tout, on s'en tape un peu même si je pense que la légende du "grand" réalisateur aidant le "petit" est affaire de fantasme comme pour les cas de The Thing, Mon nom est personne ou The Third Man). En revanche (et je trouve cela plus intéressant), je n'ai pas su où se situait le film politiquement (on est en 82 donc un an après la prise de fonction de Ronald Reagan). D'un coté il y a la famille modèle, bien sur tout rapport et de l'autre il y a le thème d'une Amérique s'urbanisant coûte que coûte quitte à mépriser la place de l'individu (même mort... spoiler inside) ou bien cette scène assez improbable où le père lit le livre de Reagan au pieu tout en... fumant un joint avec sa femme.
Là par contre, j'aimerai bien savoir qui du réalisateur de The Texas Chain Saw Massacre ou de Jaws est à l'origine desdites scènes.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Re: Notez les films : Février 2013

Post by cinephage »

Kevin95 wrote:Poltergeist (Tobe Hooper, 1982) : Image Révision

Toujours efficace, le film Spielbergien de Tobe Hopper passe comme une lettre à la poste.
Si j'aurai tendance à lui reprocher deux trois petites facilités (les rebondissements télégraphiés et les gimmicks du cinéma horrifique de l'époque) et un casting assez mou (hormis la géniale Zelda Rubinstein), le reste à plutôt bien vieillit. Je ne vais pas m'aventurer à savoir qui de Spielberg ou de Hooper est à l'origine de telle ou telle scène (après tout, on s'en tape un peu même si je pense que la légende du "grand" réalisateur aidant le "petit" est affaire de fantasme comme pour les cas de The Thing, Mon nom est personne ou The Third Man). En revanche (et je trouve cela plus intéressant), je n'ai pas su où se situait le film politiquement (on est en 82 donc un an après la prise de fonction de Ronald Reagan). D'un coté il y a la famille modèle, bien sur tout rapport et de l'autre il y a le thème d'une Amérique s'urbanisant coûte que coûte quitte à mépriser la place de l'individu (même mort... spoiler inside) ou bien cette scène assez improbable où le père lit le livre de Reagan au pieu tout en... fumant un joint avec sa femme.
Là par contre, j'aimerai bien savoir qui du réalisateur de The Texas Chain Saw Massacre ou de Jaws est à l'origine desdites scènes.
Je pense qu'on a surtout du mal à envisager les méthodes de travail des studios américains, parce qu'on est trop attaché à la théorie française de l'auteur total qui décide de tout.
En réalité, un producteur valide chacune des étapes de la préparation du film et du tournage, et même de la post-production (à laquelle le réalisateur n'est d'ailleurs pas toujours associé), chacune de ces étapes étant pilotée par le réalisateur. Le réalisateur n'est pas autonome, il n'a pas toute puissance dans ses choix, il propose, et le producteur dispose. On peut penser que Spielberg est un producteur assez interventionniste, surtout à cette époque.
Il y a donc une mise en scène de Tobe Hooper, mais Spielberg a forcément fait des suggestions, refusé certains choix, et il a profondément influencé le découpage du film (surtout qu'il est très storyboardé, celui-ci). Comme tout producteur pilotant un projet, d'après ce que j'ai pu observer.

Donc la Mise en scène au sens américain est clairement exécutée par Tobe Hooper, mais au sens français, elle serait plutôt partagée, parce que les producteurs français ne travaillent pas de cette manière, ils sont beaucoup moins intrusifs...
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
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Re: Notez les films : Février 2013

Post by Profondo Rosso »

Room in Rome de Julio Medem (2010)

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Lors d'un séjour à Rome, deux étrangères de passage se rencontrent. L'une (Natasha) russe est hétérosexuelle et l'autre (Alba) espagnole est homosexuelle. Une passion torride naîtra entre les deux femmes qui se retrouveront dans une chambre d'hôtel à huis-clos pour le dernier jour de leur séjour à Rome.

Julio Medem nous offre un bijou de sensibilité et de romantisme avec Habitación en Roma. Medem aborde dans un intrigue resserrée (unité de temps et de lieu) les thèmes au cœur de deux de ses films les plus fameux, Les Amants du cercle polaire et Lucia et le sexe. On retrouve ici la recherche esthétique et la force mélodramatique des Amants tout en retrouvant la sensualité et l'oubli de soi par le sexe de Lucia. Tout cela démarre pourtant sous une aune faussement superficielle avec ses deux jeunes femmes se retrouvant un peu par hasard entre les murs d'une chambre d'hôtel après s'être rencontrée dans un bar. Dès l'introduction, la chambre est définie comme un espace hors du temps et du monde extérieur, où tout peut arriver, où tout peut se révéler. Ainsi la drague insistante de la brune et espagnole Alba (Elena Anaya) envers la blonde et russe Natasha (Natasha Yarovenko) et leur échange de la rue afin qu'elle l'accompagne à son hôtel est filmé en plongée du ciel (un leitmotiv au cœur du film tout ce qui concerne l'extérieur et le passé des personnages sera filmé de cette façon à travers une application à la Google maps) avant qu'un délicat plan séquence ne nous ramène de cette ruelle au balcon, puis dans la chambre où sont enfin arrivées les deux jeunes femmes.

C'est le cliché qui domine au départ, Alba la brune latine incendiaire et lesbienne affirmée se montre très entreprenante avec la blonde glaciale Natasha amenée là par la curiosité et une attirance nouvelle pour elle. Uniquement basée sur le désir, la rencontre va pourtant tourner court tant que son seul enjeu reposera dessus et entre la réticence de Natasha et les assauts trop pressants d’Alba il ne se passera rien dans un premier temps. Il faudra un oubli de portable et le retour quelques minutes plus tard pour que tout se rejoue, plus sincèrement. Les scènes de sexe s'avèrent libératrice dans leur déroulement de ce qui ronge les deux héroïnes. Que cherche à oublier Alba dans l'alcool et ce déchaînement d'abandon lascif ? Quelles fêlures dissimule Natasha dans cette retenue alors que son désir paraît évident dès le départ ? Les étreintes filmées avec fièvre mais également une grande sobriété par Medem serviront de révélateur aux amantes plus intimes et susceptible de se livrer dans cette nuit forcément sans lendemain. Entre semi-vérité, mensonge et invention diverses le passé de chacune se révèle au cours de leurs échanges. Ce désir de l'instant s'avère donc une libération soulageant leur peine, mais peut être cache-t-il un sentiment plus profond qu'elles n'osent s'avouer.

Medem instaure un dispositif brillant dans la composition de plan, la gamme chromatique et la topographie de la chambre. L'intérieur de la chambre baigne dans un mélange d'ombres (le passé et les douleurs secrètes des personnages) et de couleurs plus ocre, brunes et orangées symbolisant ce qui les lie l'une à l'autre. Cela se vérifie avec les deux tableaux se répondant d'un mur à l'autre de la pièce et auxquels elles sont particulièrement sensibles, exprimant ainsi une interaction allant au-delà de cet attrait physique. D'un côté la philosophe Aspasie (magnifiquement dépeinte récemment par Amenabar dans son Agora) se rendant à l'Agora entouré de Socrate et Périclès montant vers l'Agora et de l'autre la réponse quelque mètres et siècles plus tard avec un autre philosophe Leon Battista Alberti expliquant l'art des grecs dans un cénacle des Médicis. Le cadre romain, l'emplacement de l'hôtel dans la ville au-dessus du théâtre Pompée et les divers objets évoquant cette culture dans la chambre instaure donc une ambiance baignée de cette sensibilité artistique, signifiant la communion des âmes autant que du corps d'Alba et Natasha. La salle de bain toute de blanc immaculé sera lui le lieu de la mise à nue, aucun artifice ne dissimulant plus le lien fort qui s'est imperceptiblement noué.

L'ambiance éthérée, la profonde délicatesse de l'ensemble confère un ton unique au film. Bien que beaucoup vendu sur son aspect sexuel et saphique (et que cette facette soit frontalement abordée par Medem et son casting) le film va bien au-delà de ça, nous emmenant vers un une belle histoire d'amour et un grand mélodrame. La nudité permanente des actrices s'oublie ainsi très vite, semblant naturelle pour nous et pour elles dans leur rapprochement progressif. Elena Anaya et Natasha Yarovenko donnent richesses et mystères à leur personnages dans ce cadre restreint, forte et fragile chacune à leur tour, méfiante et passionnée, cultivant différence et mimétisme avec une complicité constante. Les premières lueurs du jour arrivées, rien de tout ce que l'on vient d'assister ne devra dépasser les quatre murs de cette chambre, Medem reprenant de manière inversée son plan séquence d'ouverture où l'on passe cette fois de la chambre à la rue en plongée. En grand romantique qu'il est, il nous laissera pourtant une lueur d'espoir pour la suite avec une superbe fin ouverte et le leitmotiv Loving Strangers de la chanteuse Russian Red n'est pas près de nous sortir de la tête. 5/6
manuma
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Re: Notez les films : Février 2013

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Profondo Rosso wrote:Room in Rome de Julio Medem (2010)

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Totalement conquis par ce film et sa bande-son, également. Ma seule rencontre avec Julio Medem à ce jour (mais son Lucia... me titille méchamment depuis quelques temps)