Django Unchained (Quentin Tarantino - 2012)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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monk
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Re: Django Unchained (Quentin Tarantino - 2013)

Post by monk »

Et le cinéma ne peut il pas aussi servir à ça, à la catharsis justement ?
Le bain de sang était tellement excessif que je l'ai trouvé très abstrait finalement...

Enfin, je dis,mais c'est sans doute parce que je suis un admirateur béat, incapable de prendre de la distance :uhuh:
Abronsius
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Re: Django Unchained (Quentin Tarantino - 2013)

Post by Abronsius »

monk wrote:Le bain de sang était tellement excessif que je l'ai trouvé très abstrait finalement...
La mort de Lara Lee m'a fait rire, j'ai immédiatement pensé aux excès de Tex Avery. C'est peut-être cela qui gêne, un sujet sérieux et un traitement qui l'est moins.
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nobody smith
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Re: Django Unchained (Quentin Tarantino - 2013)

Post by nobody smith »

Père Jules wrote:
Demi-Lune wrote:Merci quand même à ténia d'avoir soulevé l'étrangeté de la pulsion de Shultz : c'est comme si Tarantino forçait les choses contre leur cohérence interne (car Shultz sait qu'il signe son arrêt de mort en faisant ce qu'il fait) pour amener ce grand bain de sang où il peut enfin se lâcher.
Tous mes reproches au film (et plus largement au cinéma de Tarantino - exception faite de Jackie Brown, chef-d'œuvre) peuvent être concentrés là-dedans en effet. Tout est prétexte à balancer du sang à grandes giclées.
Je ne vois pas en quoi c’est incohérent. Au contraire, c’est en parfaite cohérence avec le personnage. La seule manière pour King Schultz et ses compagnons de sortir est de serrer la main de Candie. Vu comment on été dépeint sa personnalité sur tout ce qui a précèdé, il m’apparaît évident qu’il ne peut aucunement faire preuve d’une telle politesse envers une ordure qui l’humilie de la sorte. Comme sortir sans serrer la main équivaut à la mort, la seule autre issue est donc le sacrifice qui laisserait une potentielle échappatoire à son ami si celui-ci a le réflexe de la saisir (et il l'aura).

Je ne vois vraiment rien de forcer et je suis complètement Tarantino lorsqu’il dit écrit l’histoire en suivant ses personnages. De la même manière, le discours sur le crâne mentionné par Père Jules n’est aucunement une preuve d’un Tarantino se branlant sur sa propre coolitude mais la démonstration d’un Candie se branlant sur sa propre suffisance.
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monk
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Re: Django Unchained (Quentin Tarantino - 2013)

Post by monk »

Abronsius wrote:
monk wrote:Le bain de sang était tellement excessif que je l'ai trouvé très abstrait finalement...
La mort de Lara Lee m'a fait rire, j'ai immédiatement pensé aux excès de Tex Avery. C'est peut-être cela qui gêne, un sujet sérieux et un traitement qui l'est moins.
Moi aussi ça m'a fait rire, pour son coté volontairement excessif et surprenant. Mais comme je le disais, j'ai trouvé que l'humour ne venait jamais parasiter le sérieux. Le propos est traité avec assez de gravité et l'humour est en périphérie, toujours rattaché à la vengeance, jamais à l'esclavagisme.
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Re: Django Unchained (Quentin Tarantino - 2013)

Post by Abronsius »

monk wrote:
Abronsius wrote: La mort de Lara Lee m'a fait rire, j'ai immédiatement pensé aux excès de Tex Avery. C'est peut-être cela qui gêne, un sujet sérieux et un traitement qui l'est moins.
Moi aussi ça m'a fait rire, pour son coté volontairement excessif et surprenant. Mais comme je le disais, j'ai trouvé que l'humour ne venait jamais parasiter le sérieux. Le propos est traité avec assez de gravité et l'humour est en périphérie, toujours rattaché à la vengeance, jamais à l'esclavagisme.
D'accord avec ça, le crâne n'est pas là pour montrer la suffisance de Candie, c'est la Sécession avant l'heure, Candie le Sudiste contre Schultz, l'émancipateur. Le sujet est sérieux et pourtant c'est du grand délire, crâne et marteau... Sans parler de ses théories raciales.
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Demi-Lune
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Re: Django Unchained (Quentin Tarantino - 2013)

Post by Demi-Lune »

Borislehachoir wrote:C'est quoi le problème avec le fait que Schultz sache ce qui l'attend ?
Pour moi, il est de l'ordre de la cohérence interne. Pendant tout le déroulement du plan à Candyland, Shultz rappelle Django à l'ordre afin qu'il ne fasse pas tout capoter. Il l'enjoint à raser les murs afin qu'ils n'y restent pas les deux pieds devant. La prise de conscience morale de Shultz n'est pas dérangeante en soi, c'est plus le fait qu'elle tombe un peu comme un cheveu sur la soupe : le deal avait été conclu, l'affaire était dans le sac, ils sont cernés par des des hommes armés, il ne leur restait plus qu'à décamper... l'argument du mauvais perdant et de la Révélation morale semble parachuté. Le personnage n'a jamais été montré comme nihiliste, mais comme quelqu'un qui tente à chaque fois d'user de son esprit pour se sortir des situations périlleuses dans lesquelles il se fourre. De sorte qu'abattre Candie entre en contradiction avec tout ce qu'on sait, psychologiquement, du personnage. On peut considérer qu'il gagne précisément en profondeur émotionnelle en cet instant ; pour ma part, sachant ce que je reproche à cette catharsis finale, je suis effectivement tenté d'y voir quelque chose de forcé : un élément déclencheur artificiel qui va permettre à Tarantino d'en donner au spectateur pour son argent.

Et pour répondre à Jeremy Fox, oui, la fascination de Peckinpah pour la formalisation de l'impact balistique, les poches de sang au ralenti, la rage dans la destruction, me pose également problème. Tarantino s'inscrit dans le même sillon avec Django. Il y a quelques années, j'y voyais un dispositif pour saisir tout ce que la violence a de barbare ; mais plus ça va, moins ça passe, plus je vois dans cette esthétisation une vraie ambivalence. Esthétiquement, je trouve que ça vieillit mal, en plus.
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Re: Django Unchained (Quentin Tarantino - 2013)

Post by riqueuniee »

J'ai trouvé à cette mort (celle de un Lara) un côté "bien fait!", comme dans un bon vieuxoman-feuilleton, où on est ravi de voir kess méchants "punis". L'humour contenu dans la scène, c'est cohérent avec le ton du film. Et effectivement, on ne rit jamais de l'esclavagisme.
Quant au discours de Candie avec le crâne, c'est passionnant. Non seulement question construction dramatique , mais aussi historiquement. De telles théories étaient propagées à l'époque (ou avant) par des gens "bien sous tous rapports", et pas que par des demi-fous comme Candie. Tarantino a vraiment bien "potassé" le sujet.
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Demi-Lune
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Re: Django Unchained (Quentin Tarantino - 2013)

Post by Demi-Lune »

Je ne rebondis que sur ce quote, le reste m'use, désolé.
riqueuniee wrote:L'humour contenu dans la scène, c'est cohérent avec le ton du film. Et effectivement, on ne rit jamais de l'esclavagisme.
Faudrait savoir. On rit ou on ne rit pas ? On ne rit jamais de l’esclavagisme, mais on rit quand même avec les mecs du KKK ?
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Re: Django Unchained (Quentin Tarantino - 2013)

Post by monk »

Demi-Lune wrote:Je ne rebondis que sur ce quote, le reste m'use, désolé.
riqueuniee wrote:L'humour contenu dans la scène, c'est cohérent avec le ton du film. Et effectivement, on ne rit jamais de l'esclavagisme.
Faudrait savoir. On rit ou on ne rit pas ? On ne rit jamais de l’esclavagisme, mais on rit quand même avec les mecs du KKK ?
Roooohh...
Pourquoi pas ? On peut aussi dénoncer par l'humour, non ? Pointer le ridicule de la chose... Rire du ridicule des esclavagistes ce n'est pas rire de l’esclavagisme. on ne rit pas avec ni des esclaves.
Jamais on ne rit à Partir du moment où on rencontre Candi, le sujet est quand même traité avec sérieux.
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Re: Django Unchained (Quentin Tarantino - 2013)

Post by Demi-Lune »

monk wrote:Jamais on ne rit à Partir du moment où on rencontre Candi, le sujet est quand même traité avec sérieux.
Quid du personnage de Samuel L. Jackson ? :)
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Re: Django Unchained (Quentin Tarantino - 2013)

Post by monk »

Demi-Lune wrote:
monk wrote:Jamais on ne rit à Partir du moment où on rencontre Candi, le sujet est quand même traité avec sérieux.
Quid du personnage de Samuel L. Jackson ? :)
Rien, il est ridicule et pathétique comme un noir qui veut se faire aimer des blancs qui n'aiment pas les noirs. Pas drôle. J'ai pu sourire de son ridicule lors du repas, comme les pré-KKK étaient ridicules, mais je ne l'ai pas trouvé drôle.
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Re: Django Unchained (Quentin Tarantino - 2013)

Post by Demi-Lune »

monk wrote:
Demi-Lune wrote: Quid du personnage de Samuel L. Jackson ? :)
Rien, il est ridicule et pathétique comme un noir qui veut se faire aimer des blancs qui n'aiment pas les noirs. Pas drôle. J'ai pu sourire de son ridicule lors du repas, comme les pré-KKK étaient ridicules, mais je ne l'ai pas trouvé drôle.
Au-delà de toute considération sur lesquelles je me suis déjà exprimé, je trouve le jeu du comédien très drôle. Son gâtisme, son accent, sa manière de se pencher au-dessus de l'épaule de Di Caprio et de tout répéter comme un perroquet, ses yeux exorbités... Difficile de ne pas croire que Tarantino cherche quand même un peu à nous faire marrer avec lui.
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Re: Django Unchained (Quentin Tarantino - 2013)

Post by Abronsius »

Demi-Lune wrote:
monk wrote: Rien, il est ridicule et pathétique comme un noir qui veut se faire aimer des blancs qui n'aiment pas les noirs. Pas drôle. J'ai pu sourire de son ridicule lors du repas, comme les pré-KKK étaient ridicules, mais je ne l'ai pas trouvé drôle.
Au-delà de toute considération sur lesquelles je me suis déjà exprimé, je trouve le jeu du comédien très drôle. Son gâtisme, son accent, sa manière de se pencher au-dessus de l'épaule de Di Caprio et de tout répéter comme un perroquet, ses yeux exorbités... Difficile de ne pas croire que Tarantino cherche quand même un peu à nous faire marrer avec lui.
Ah oui ! Il est effrayant ce personnage.
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Re: Django Unchained (Quentin Tarantino - 2013)

Post by monk »

C'est possible, mais je lui donne un rôle beaucoup plus descriptif (les maîtres de maison, ce que Django considère de plus bas) que comique.
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Re: Django Unchained (Quentin Tarantino - 2013)

Post by Rick Deckard »

Demi-Lune wrote:en contradiction avec tout ce qu'on sait, psychologiquement, du personnage
Justement non, moi j'ai vu Schultz comme quelqu'un très sur de lui, toujours dans le contrôle. Quand il fait son "métier", il a toujours des papiers officiels lui permettant d'échapper aux situations les plus difficiles qu'il a provoqué lui même. Mais quand leur plan chez Candie échoue et qu'ils sont découverts, il perd totalement le contrôle, est obligé de conclure un deal très désavantageux sous la menace d'un fusil. Une humiliation terrible, insupportable pour quelqu'un persuadé que son plan est parfait, qu'il ne peut échouer ! Ce qui explique son "pétage de plombs"...