Cinéma Coréen contemporain

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

Moderators: cinephage, Karras, Rockatansky

bruce randylan
Mogul
Posts: 11575
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Anorya wrote:
bruce randylan wrote: How to use guys with secret tips (Lee Won-seok - 2012)
Je plussoie ! Une bien chouette surprise découverte pour ma part au NIFFF il y a deux ans. :D
:D


Gi-hwa (Moon Jeong-yun - 2015)

Deux quarantenaires issus de la même province vont chercher le fils de l'un d'eux qui sort de prison. Le père de ce dernier est un joueur compulsif qui dilapide les économies de son ami, ce qui ralentit forcément le trajet retour.

Encore un premier film et un autre coup de coeur pour cette petite production indépendante au potentiel sympathique énorme.
Les 5-10 premières minutes m'avaient pourtant fait assez peur avec son duo de comédiens au jeu pas forcément très naturel (malgré un petit humour pince sans rire dans leur relation orageuse pas déplaisante). L'arrivée du fiston viendra relever le niveau qui se réhaussera une nouvelle fois quand le trio se retrouve sur la route pour un road movie au final assez statique (étant donné que la voiture est en panne). Comme dans beaucoup de road-movie, il y a de rencontres qui constituent sur un temps éphémère une nouvelle famille. Celui-ci ne manque pas à la règle et les 2 membres se rajoutent de façon improbable.
Le film possède alors un petit esprit Kitano et notamment l'été de Kikujiro pour sa tendresse, sa poésie, son humour farfelu et de douce folie.
Les personnages sont particulièrement attachants et émouvant dans leurs relations avec cette "famille" reconstituée qu'il faut tout de même (ré)apprendre à apprivoiser pour de nombreuses séquences remplies de chaleur, d'humanité et de légèreté par très éloigné de l'absurde par moment.

Les spectateurs adeptes de récits conventionnels risquent de s'ennuyer devant l'absence de réelle progression narrative mais les amateurs de ballades, de déambulations sans but et de jeux enfantins sur la plage devraient se régaler de cette comédie dont la dernière partie se révèle plus dramatique sans forcément perdre en qualité (malgré un flash-back en noir et blanc raté et une conclusion qui tarde à s’achever). Ce virage ne fait en fait que confirmer les fêlures que l'on sentait dans plusieurs personnages, expliquant mieux leurs natures et psychologies.

Un p'tit film mais un coeur gros comme ça ! :D

"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
Mogul
Posts: 11575
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Heart of snow, heart of blood (Kim Jeong - 2014)

Plutôt habitué aux documentaires sur la place des femmes en Corée, Kim Jeong se penche cette fois sur les Koryo, des coréens vivant à l'extrême orient de la Russie et exilés de force en 1937 par le gouvernement communiste vers l'Ouzbékistan, le Kirghizstan et les contrées voisines.
La réalisatrice questionne ainsi 3 générations issues de ces immigrés qui ont rapidement abandonné leurs langue mais qui ont conservé une bonne partie de leur culture.
Cet événement, assez peu connu, ne manque pas d'attrait quand la cinéaste aborde les conditions de leurs déportations qui ont séparés des familles entières (les trains n'ayant pas tous eut la même destination, une femme a mis 14 ans a retrouver ses frères et ses parents !). Les nouvelles générations sont donc partagées entre leurs racines qui sont en Corée et leur vies actuelles dans les pays de l'ancienne URSS. De nombreuse personnes ont tentés le voyage mais les problèmes de VISA et surtout la barrière de la langue rendent difficiles leur intégration dans la société coréenne et au final presque tous se retrouvent dans une ville multi-culturelle à forte population sino-coréen.
La première heure est la plus intéressante en expliquant son histoire et en présentant une petite dizaine de descendants des Koryo. Par contre la seconde moitié a l'air totalement bricolée et improvisée comme si la cinéaste ne savait plus quoi aborder et se contenter de suivre ses intervenants. Très répétitif et ça sent le remplissage (on évoque par exemple le naufrage du ferry Sewol). Dommage car il y avait quantité d'autres points de vue à traiter comme l'aspect politique et administratif.


Affliction of a man (Lee Myung-se - 1994)
Voilà un exemple assez fascinant de film qui rate totalement TOUS ses effets. C'est même presque un cas d'études tant le cinéaste est incapable de réussir la moindre scène alors que sur le papier, ça devait donner un excellent résultat, à savoir une satire du milieu de l'entreprise à une époque où le pays subissait une forte influence de l'occident.
Mais de quoi s'agit-il vraiment ? D'une comédie sociale filmée comme s'il s'agissait d'un slapstick musical... Sauf que Lee Myung-se n'est autre que le cinéaste de Sur la trace du serpent d'où un style visuel très, très lourd et hystérique qui n'a strictement aucun sens du tempo, ce qui est bien embêtant vu l'ambition de ce film dont les 5 premières minutes étaient pourtant assez pertinentes. Mais c'était avant de se vautrer dans les gesticulations, les grimaces et l'humour douteux. La scène de la pizzeria en est le meilleur exemple, honteux et gênant.


Socialphobia (Hong Seok-jae - 2014)

Un groupe de jeunes très actifs sur les réseaux sociaux s'offusque d'une twitteuse se moquant ouvertement du suicide d'un militaire. Après l'avoir copieusement insultée et menacée, les adolescents décident d'aller chez elle pour lui donner une leçon mais quand ils arrivent sur place, ils découvrent qu'elle vient de se suicider. Mais plusieurs éléments tendent à prouver que quelqu'un l'aurait assassinée, d'autant qu'ils découvre qu'elle était maître-chanteuse. ?

Encore un premier film d'un très bon niveau :)
Si le harcèlement informatique et ses dérives (emballement, buzz, lynchage et cie) ne sont pas tout jeune, il y a au final assez peu de films à s'être vraiment penché sur la question. Celui-ci le fait plutôt intelligemment et avec une réelle efficacité s'inspirant du thriller sans forcément en être un bien qu'on y retrouve une bonne partie des éléments : fausse piste, impasse, paranoïa, twists, course contre la montre... Quitte à accumuler un peu les clichés du genre durant le dernier tiers. Mais là où le scénario est pertinent c'est dans sa façon d'aborder la psychologie de ses personnages, surtout l'effet de groupe.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Tout le postulat de départ (il s'agit d'un assassinat déguisé) est bien-sûr faux. Les jeunes sont évidement responsable de ce suicide mais la peur de la culpabilité leurs donnent envie de croire qu'ils ne sont pas coupable... D'autant qu'ils pensent devenir de vrais justiciers en arrêtant eux-même l'assassin comme s'ils étaient les héros d'une fiction.
Ceux qui s'attendaient à un vrai regard sociologique étoffé risquent d'être un peu déçu par la légèreté du sujet mais pour ma part, j'ai beaucoup aimé l'approche du cinéaste qui enferme les héros dans leurs propre logique sans pour autant bâcler les questions soulevées par le sujet. Au contraire il les exploite habilement, y compris en jouant sur les attentes du spectateur. Vraiment astucieux.


Ryoo Seung-wan est d'ailleurs un fan du film et est revenu le voir à ma séance. 8)
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
Mogul
Posts: 11575
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Twenty (Lee Byeong-heon - 2015)

Et encore un coup de cœur :D

Il s'agit d'une revigorante comédie avec 3 amis qui viennent d'avoir 20 ans, âge où il va falloir désormais choisir sa voie : affronter la réalité, continuer à croire en ses rêves... ou rester immature.
Loin des drames juvéniles qui occupent beaucoup les écrans de cinéma coréen, Twenty est une pure comédie dénuée de tout mélo ou discours social et c'est pas plus mal. On y rit et on s'amuse beaucoup des galères de ces 3 compères qui ont évidement chacun un caractère et une vie bien différente : le beau gosse qui tente de vivre au crochet de ses parents, l'artiste qui doit subvenir au besoin de sa famille et celui qui suit un chemin plus studieux tout en étant timide en amour.
Pas mal d'idées amusantes voire tordantes qui sont toujours bien mis en valeur par la réalisation qui n'est pas cela dit très innovante à 2-3 séquences prêts (la baston sur "all by myself" :lol: ). Mais son rythme sans faille et ainsi que la grande fluidité de sa narration nous débarrasse de toute longueur.
Signe qui ne trompe pas, les seconds rôles sont également bien traités et tout aussi attachant, notamment l'irrésistible petite sœur.

Vu la dernière séquence, je crois que tous les spectateurs attendent une suite. Moi le premier. :)




Midnight balad for ghost theater (Jeon Kye-soo - 2006)

Une adolescente part à la recherche de sa grande-mère, seul membre de sa famille qui lui reste. Tout semble à croire qu'elle se trouve dans un vieil et miteux cinéma presque abandonné. Dans ce lieu lugubre, la jeune fille croise bientôt une troupe de fantômes issus de la seconde guerre mondiale.

Parce qu'il n'y a pas que des coups de cœur à cette édition, voilà une comédie musicale assez ratée malgré son sujet qui aurait pu être autrement mieux. Ici, on voit surtout que le cinéaste n'a clairement pas les épaules pour porter cette histoire malgré toute ses bonnes intentions. Sa première réalisation, et le traitement du scénario, demeure constamment maladroite et mal exploitée, sans doute handicapée également par un budgets très réduit. Et le gros problème résident dans des chansons vraiment pénibles, entonnées par des comédiens à côté de la plaque. On se retrouve alors face à un mix qui voudrait mélanger le Rocky Horror picture show et Tim Burton. :?
Le dernier tiers est un peu mieux avec la projection d'un film perdu joliment primitif qui mélange divers influences même si sa réalisation muette n'est pas trop raccord avec son année de tournage (1945). C'est d'ailleurs le même souci avec les chansons qui sont anachroniques par rapport à la période d'activité de la compagnie théâtrale (en plus d'être inaudible).

Faut croire que ce semi échec a servi de leçon à Jeon Kye-soo qui a par la suite réalisé une excellente comédie romantique en 2012 Love Fiction où le mariage des genres et la fantaisie fonctionnaient autrement mieux.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
Mogul
Posts: 11575
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

A midsummer's fantasia (Jang Kun-jae - 2014)

Un réalisateur coréen en panne d'inspiration se rend dans une petite ville japonaise en espérant trouvera le sujet de son prochain film. Avec une traductrice, il rencontre plusieurs habitants

Ca ressemble à du Hong Sang-soo, ça a le goût du Hong Sang-soo mais ça n'en est pas (mais j'ai cru comprendre que l'équipe était composée de plusieurs collaborateurs du Mr ; c'est aussi co-produit par Naomi Kawase).
Annoncé comme étant THE film ayant fait l'unanimité dans l'équipe du festival, ça s'est avéré une profonde déception pour grand nombre de festivaliers qui ont trouvé la chose soporifique. On retrouve donc l'univers de Hong avec la déambulation d'un réalisateur, un peu de dragouilles, un peu de boisson (moins que dans son modèle), 2 histoires en 1, du noir et blanc et des allers-retours entre réalité et fiction hypothétique.
Je crois que ce sont ces éléments que j'ai trouvés totalement vain et stérile. Comme si intercaler quelques témoignages en gros plan des personnes croisées par le réalisateur permettait de créer une ambiguïté ? Est-ce que se sont de vrais témoignages ou est-ce juste des acteurs qui jouent des amateurs ? J'avoue me contreficher royalement de ce genre d'interrogations qui n'apporte en plus absolument rien à l'univers. On est loin du brio troublant et labyrinthique de Romance Joe de Kwang-kuk Lee, justement ancien assistant de Hong Sang-soo
Même chose avec la deuxième histoire qui arrive au bout d'une heure pour abandonner les images en noir et blanc en s'attardant cette fois sur une coréenne qui parcourt les mêmes lieux que le cinéaste et se fait draguer par un local un peu timide.
Là aussi, la dimension "est-ce une deuxième histoire ou est-ce le scénario imaginée par le cinéaste après ses repérages" n'amène nul part, ne raconte rien, ne fait naître aucune émotion.
Delà dit, les 10-15 dernières minutes de cette seconde histoire sont assez touchantes avec cette histoire d'amour avortée où le guide se lance dans une déclaration maladroite et sincère tandis que son interlocutrice semble hésiter à se laisser aller malgré un mari qui l'attend en Corée. Il y a là une sensibilité et un tact surprenant que j'aurais préféré voir développer sur l'intégralité du film plutôt de cette Hong Sang-soonade d'une banalité affligeante. En revanche le film parvient à être bien mieux filmé, cadré, photographié que ceux de Hong. :mrgreen:


End of Winter (Kim Dar-hwan -2014)

Alors qu'on célèbre son départ à la retraite, un ancien professeur annonce à sa femme, ses deux enfants et sa belle-fille son intention de divorcer. Une tempête de neige imprévue oblige la famille à devoir rester dans la même maison pendant encore plusieurs jours.

Un honnête premier film qui a l'intelligence d'opter pour un traitement plus feutré et intimiste dans cette histoire qui aurait pu donner un abominable mélodrame larmoyant et hystérique dans d'autres mains. Là au contraire, Kim mise sur un refus des explications psychologiques et du conflit direct pour choisir d'être un observateur plus qu'un juge. Mais ça ne suffit pas non plus à mes yeux pour en faire un talent prometteur. La réalisation discrète manque un peu d'incision, de caractère et au final le film se suit de manière un peu trop détaché et passive même si le film cherche justement à être ce courant d'air glacial qui vient s'insinuer sous une couche confortable de vêtement.

Le cinéaste avait droit à un focus en ayant droit à une master class (pas vu) et la projection de son court-métrage Interview (2011) qui traite encore des rapports père-fils sur un mode un peu plus décalé avec un homme et son fils qui postule en même temps pour le même poste. C'est pas mal mais la conclusion ratée et la construction en flash-back n'apporte pas grande chose. C'est sûr que le dépouillement narratif de End of winter est bien moins tape à l'œil et plus mature.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
Mogul
Posts: 11575
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Assassination (Choi Dong-hoon)
En 1933, lors de l'occupation japonaise en Corée, un groupe de résistants monte une opération pour assassiner des généraux
ennemis et des traîtres collaborateurs. Mais un espion trame pour faire échouer la mission.


Le plus gros succès de l'année en Corée s'avère tout à fait mérité. :D
Sans être un chef d'oeuvre, c'est un grand divertissement populaire pour un film d'aventures/action/thriller historique particulièrement bien emballée.
Une fois passée les 20 premières minutes pas plus engageantes que ça avec une scène d'ouverture un peu rapidement torchée et le recrutement de l'équipe de choc montée à la va-vite, les choses se mettent vraiment en place une fois que le trio d'assassins arrivent à Séoul en même temps que le traître qui a aussi mandaté un duo de tueur à gage pour les éliminer. A cela il faut encore rajouter que la snipeuse découvre que l'un collaborateur à tuer est son père (qui a fait tuer sa mère patriote) et que sa soeur jumelle doit épouser un officier japonais !

Ca pourrait faire beaucoup d'éléments à gérer avec le risque de sombrer dans le n'importe quoi mais le scénario se révèle contre toute attente particulièrement bien ficelée, parvenant à éviter beaucoup de clichés par une réelle intensité dramatique qui gagne vraiment en puissance. Ce qui fonctionne très bien dans Assassination, c'est que le premier gros climax du film n'est pas qu'une redoutable séquence de suspense et d'action, c'est aussi un pivot psychologique qui fait évoluer tous les personnages, ce qui décuple sa puissance et son impact.
A partir de cette scène rondement menée, la tension ne baissera jamais et gagnera même avec la disparition brutale d'un des personnages clés, ce qui relance l'intrigue jusqu'au dernier acte, lui aussi bien épique et explosive.

Avec son casting 3 étoiles, Choi mène son film avec un réel talent pour iconiser ses personnages, soigner sa reconstitution, glisser quelques touches d'humour bienvenue, rendre fluide un récit qui aurait pu être illisible et contourner les pièges du film de propagande. Et sa maîtrise des scènes d'action est assez impressionnante. Un petit regret quand même concernant l'épilogue un peu inutile.
Décidément après le très sympaThieves/les braqueurs (surtout sa deuxième partie à Hong-Kong), Choi confirme qu'il est un excellent metteur en scène, donnant toute sa noblesse au terme "populaire" (c'est typique du genre de divertissement qu'Hollywood ne sait plus produire).

Une sortie en salle française serait amplement mérité... Monde de m... :(




My ordinary love story (Lee Kwon - 2013)

Venant d'avoir 30 ans, Eun-jin se désespère de sa succession d'echecs sentimentaux qui ont ébranlé sa confiance dans les hommes. Elle rencontre par hasard alors Hyun-suk pour un début de relation plus stable et épanouissant. Alors qu'un mariage est annoncé, elle commence cependant à douter de la fidélité de son futur mari.

Alors, celui-là il m'embête et j'avoue ne pas savoir quoi en penser. :oops:
C'est une comédie romantique pour le moins totalement atypique qui ne manque pas de surprise. Le dernière a quoi déstabiliser plus d'un spectateur et ne manquera pas de le faire. Ce virage inattendu joue bien sûr dans ma réception même si ce n'est pas la seule raison car plusieurs effets de réalisation qui essayent d'en faire une comédie pop et colorée fonctionnent bien moins que dans Whatcha wearin' et How to use guys with secret tips même si plusieurs moments se révèlent vraiment amusant (la relation entre le frère et la copine flic).
En tout cas, le réalisateur va jusqu'au bout de son concept et de son sujet, finissant sur une note sincèrement émouvante. Ce qui n'était pas gagné vu ce qui précédait.

Comme c'est vraiment pas évident d'en parler, le plus simple c'est que vous le regardiez et on reparle après :D
Last edited by bruce randylan on 19 Nov 17, 12:49, edited 2 times in total.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
Jericho
Cadreur
Posts: 4436
Joined: 25 Nov 06, 10:14

Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by Jericho »

Décidément après le très sympaThieves/les braqueurs (surtout sa deuxième partie à Hong-Kong), Choi confirme qu'il est un excellent metteur en scène, donnant dans sa noblesse au terme "populaire" (c'est typique du genre de divertissement qu'Hollywood ne sait plus produire).
Je l'avais trouvé très moyen Thieves. J'espère que ce nouvel opus sera bien meilleur.
Image
bruce randylan
Mogul
Posts: 11575
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Jericho wrote:
Décidément après le très sympaThieves/les braqueurs (surtout sa deuxième partie à Hong-Kong), Choi confirme qu'il est un excellent metteur en scène, donnant dans sa noblesse au terme "populaire" (c'est typique du genre de divertissement qu'Hollywood ne sait plus produire).
Je l'avais trouvé très moyen Thieves. J'espère que ce nouvel opus sera bien meilleur.
C'est plus ambitieux, moins inégal et mieux rythmé avec 2-3 séquences vraiment fortes et réussies. Mais comme je disais, la seconde moitié de Thieves m'avait vraiment plu avec une fusillade sur une façade d'immeuble spectaculaire et très bien foutu qui parvient à bien se différencier de l'influence de Time and tide.


The last dance with her / last dancing (Kim Eung-chun - 1988)

Ils sont beaux, ils sont jeunes et ils sont chanteur/chanteuse. Ils s'aiment mais c'est pas facile avec des parents qui refusent leur union

Ami du cinéma kitsch et "cheesy", ce film est pour vous !
Voilà un mélange entre la comédie musicale et le mélodrame (vaguement social), sommet de kitsch et de ridicule. Le scénario est totalement grossier avec des artifices grotesques comme le fils du capitaine de police qui sort régulièrement de nulle part pour agresser l'héroïne sans parler de la brouille dans le couple qui ne repose sur rien du tout. Quant au héros, il pourrait largement aller en taule vu sa technique de drague pas loin du harcèlement intensive.

La fin est dans le pur chantage à l'émotion qui pouvait peut-être fonctionner à l'époque mais demeure aujourd'hui surréaliste d'hypocrisie.
Celà dit les passages légers sont pas mal gratiné aussi entre une humour douteux (le maillot de bain avec les pommes :shock: ), des chanson affligeantes de banalité (par ailleurs post-synchronisé n'importe comment comme le premier morceau où on entend 2 guitares électriques et une batterie mais où on ne voit à l'écran que 3 guitares acoustiques :mrgreen: ).
Bon, pour ne pas être trop méchant, on dira que les morceaux s'améliorent vers la fin et que le film capte tout de même l'esprit de la jeunesse à la sortie des années de dictature. Maigre.

"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
Mogul
Posts: 11575
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

My dictator (Lee Hae-jun - 2014)

Un comédien de théâtre, éternel doublure qui n'a jamais eu le moindre rôle, est choisi par les services secrets pour jouer le dictateur nord-coréen afin d'aider le dirigeant de son pays à se préparer pour une réunion en vue de la réunification. Mais son travail pour rentrer dans la peau de son personnage n'est sans avoir des conséquences dans sa relation avec son jeune fils qu'il élève seul avec sa grand-mère

C'était peu dire que j'attendais le nouvel film de Lee Hae-jun après l'excellente surprise Castaway on the moon. Il revient 3 ans après avec un sujet qui ne choisit pas la facilité et ne capitalise pas son précédent succès.

My dictator est un sujet vraiment casse-gueule et audacieux qui se découpe lui-même en deux actes, l'une se déroulant dans les années 70 et l'autre prenant place 20 ans plus tard. Cette construction déséquilibre le film qui souffre dans sa première partie d'une transformation psychologique du père un peu trop rapide alors que le film prenait justement son temps jusque là. C'est un peu regrettable car ça casse l'immersion d'autant qu'on subit ensuite de plein fouet l'ellipse de 20 ans qui repose quant à elle sur un argument un peu léger avec son McGuffin sans grande imagination pour des rapports un peu stéréotypés.
On regrette alors le ton de la première partie, qui pointait du doigt avec un humour noir (parfois glaçant) l'absurdité de la situation tout en proposant des personnages attachants.
Dans cette seconde partie, quelques touches humoristiques (la chèvre) et le second rôle féminin viennent cependant corriger le scénario un brin paresseux. Mais tout redémarre dans la dernière demi-heure qui se révèle elle formidable avec une émotion qui avait presque disparu de cette seconde moitié. Ça en devient presque bouleversant, tout en se révélant assez cocasse de surcroit. En tout cas, la condition imposée par le père est une très belle idée qui donne toute sa force au récit qui ne manque pas d'intelligence dans son exploitation du décor du quartier, renvoyant à la mémoire défaillante du père ; sans parler de son regard politique.

Vraiment pas mal donc même si je regrette les ficelles un peu usée pour relancer l'intrigue de la partie "contemporaine".

Spellbound (Hwang In-ho - 2011)

Un magicien est intrigué par le comportement de son assistante qui ne communique pas beaucoup et ne se mêle pas à l'équipe. En se rapprochant d'elle il découvre que cette dernière est hantée par des fantômes qui terrorise ses proches, d'où son isolement


Dernier film découvert à cette édition 2015 du FFCP et dernier coup de cœur :D

Il s'agit d'une nouvelle comédie romantique à l'approche très originale puisqu'on y trouve une dimension fantastique non négligeable qui fait même régulièrement peur. Rien d'originale cela dit, on retrouve les silhouettes de femmes aux cheveux longs et quelques scares jumps mais les séquences ont en tout cas bien fonctionnés sur moi (et sans doute d'autres spectateurs).
Le dosage entre les rires/romance et les moments de trouille sont un poil mécanique et binaire mais il faut reconnaître que le mélange fonctionne étonnement bien. Les séquences drôles font vraiment rire, l'histoire d'amour est très jolie et cerise sur le gâteau l'émotion est très présente et c'est peut-être d'ailleurs le film qui m'aura le plus ému de ce festival. :oops:
Cette malédiction qui pèse sur l'héroïne la plonge en effet dans une solitude palpable qui donne des moments très touchants tel la visite surprise de ses amies et surtout celui où elle craque au téléphone. Ces séquences doivent beaucoup à son épatante actrice Ye-jin Son tour à tour émouvante, drôle, fragile et terriblement craquante aussi il faut bien avouer. Et son duo avec son partenaire masculin fait à chaque fois des étincelles.

Par contre, la musique en fait parfois un peu trop pour souligner les passages légers et le dernier acte n'évite pas les conventions du genre et aurait méritait une fin plus sobre. Pas de quoi en tout cas gâcher mon plaisir devant cette comédie romantique qui apporte son lot de surprise.

"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
Mogul
Posts: 11575
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Il me restait un film découvert au FFCP à aborder : Scary House (2015), un OVNI totalement WTF qui est en train de devenir culte en Corée.
Certains ont hurler au scandale pour l'avoir fait programmer, d'autres n'y ont vu qu'un faux navet cynique. Et d'autres, dont je fais parti, y ont trouvé un réjouissant et surréaliste canular (hilarant par moment) mais pas si stupide que ça

Du coup, ça méritait bien un article entier
http://eastasia.fr/2015/11/07/scary-hou ... ffcp-2015/

Et pour se faire un idée ! :mrgreen:
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
Mogul
Posts: 11575
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Eté faste pour les sorties coréennes puisqu'un quatrième film est sorti chez nous (après Man on High Heels et The strangers et avant Le dernier pour Busan). Et c'est sans doute le plus radical... comme le plus confidentiel...

Black Stone (Gyeong-tae Roh - 2015)

Image

4ème film d'un cinéaste qui a déjà eu droit à deux sorties sur notre territoire (Le dernier repas ainsi que Land of scarecrows ; que je connais pas), ce Black stone souffle le chaud et le froid avec des qualités indéniables mais aussi terriblement inégales.

Ce n'est pas une nouveauté, le pays raffole des mélodrames ou d'un destin s'acharnant contre un individu. C'est ici poussé à un niveau presque inédit avec ce jeune soldat métisse, moqué par ses camarades et violé par son supérieur (qui lui transmet le sida) tandis que ses parents se tuent littéralement à la tâche dans une usine sous les ordre d'un patron cynique et méprisant. On a connu un contexte plus subtil et le cinéaste aurait sans doute pu réduire le nombre de sujets de société à traiter plutôt que de survoler tous ceux présents à l'écran (racisme, homophobie, limite de l'autoritarisme, capitalisme, égoïsme, injustice...). Tout cela est sacrément audacieux et courageux sur le papier, surtout dans le contexte actuel du pays, mais le manque de finesse du traitement et le didactisme des (trop nombreuses) dénonciations se retournent parfois contre son auteur, n'évitant pas le misérabilisme facile.

Malgré cela, le film se suit étonnement bien grâce à une narration assez dense et concise qui évite de trop s'attarder à chaque scènes pour une alternance de séquences qui, prises indépendamment, ne manque pas de force ni de sobriété. C'est dans son ensemble, et son accumulation que le film peine à convaincre. La surprise est donc de taille quand le film change brutalement d'approche dans un dernier tiers expérimental, onirique et sensoriel, bien loin de la dimension réaliste initiale. Le changement manque bien-sûr de fluidité et de cohérence mais le parti-pris au frontière de "post-apocalypse" ne manque pas d'intérêt où la critique sociale se fait plus volontiers métaphorique et avant-gardiste.
Je ne suis pas sûr d'avoir adhérer à ce virage qui stagne un peu et semble avancer à tâtons. Reste que le voyage est suffisamment fascinant, envoutant et original pour ne pas y trouver un certaine saveur.

Ce petit film mérite en tout cas qu'on lui donne une chance (en étant prévenu que sa dimension atypique, volontairement déroutante). C'est bourré de défauts (y compris prétentieux) mais la liberté du projet donne toujours envie de défendre ce genre d'Ovni bancal.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
Mogul
Posts: 11575
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Ca y est ! La programmation (et le calendrier des projections) est en ligne pour la nouvelle édition du Festival du Film Coréen à Paris ! :D

http://www.ffcp-cinema.com/

Films indépendants, documentaires, grosses machines, des courts-métrages et un focus en 5 films sur le grand cinéaste "naphta" Shin Sang-ok.
On pourra notamment découvrir :
Age of shadow (le nouveau Kim Jee-won !)
The tiger (du scénariste de I saw the devil et The Unjust et réalisateur de New World qui est sorti récemment chez HK Vidéo)
The Tunnel (du réalisateur de hard Day pour une parabole sur la tragédie du Sewol)
Seoul Station (le préquel animé du dernier train pour Busan)
Asura (le retour du réalisateur de Musa et Pandémie)
Un nouveau documentaire sur Old Boy
etc...

A ne pas rater à priori The world of us, premier film déchirant sur l'enfance dont les échos sont très élogieux (les premiers courts-métrages de cette cinéaste seront aussi programmées)
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
Mogul
Posts: 11575
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Le Festival du Film Coréen à Paris a débuté ce mardi !

Je commence doucement pour le moment

The age of shadows (Kim Jee-won - 2016)

Image

A Séoul, durant les années 1920, un résistant a déserté ses camarades pour devenir policier pour le gouvernement japonais. Mais il ne tarde pas à être pris en étau entre une hiérarchie qui se méfie de lui et des rebelles qui cherchent à en faire un espion à leur service. Sauf qu'eux-mêmes sont infiltrés par une taupe.

Retour en Corée pour le cinéaste après son expérience américaine anecdotique (mais pas déplaisante j'avoue). Avec son mélange action/thriller se déroulant durant l'occupation japonaise, on pouvait imaginer le cinéaste revenir à un projet plus ambitieux et grisant. Cependant la déception est présente, relative mais bien présente.
Sur la forme, il n'y a pas grand chose à redire. Si ce n'est quelques explosions en CGI toujours aussi laides, la reconstitution est soignée, la photo classe, la réalisation indéniablement travaillée pour quelques séquences qui en imposent. L'ouverture est vraiment virtuose pour le coup avec une course poursuite à pieds entre un fugitif et des douzaines de soldats japonais courant de toits en toits, le tout avec gunfights. Il en va de même pour la longue séquence dans le train, brillamment découpée et au suspens maitrisée.
Sauf que tout cela se fait sans la moindre prise de risques pour des sentiers platement rabattus sans que le cinéaste ne parvienne à emmener sa matière à un niveau supérieur. On croit sur la fin que le film va enfin tourner le dos aux formules éculées des blockbuster pour se diriger vers des terrains plus amer et psychologiques... avant de plonger corps et âmes dans les clichés habituels. On se farcie même le Boléro de Ravel pour illustrer le climax de fin. Alors certes, le découpage est bien fait, le montage bien pensé avec une jolie montée mais combien de fois a-t-on vu cela déjà ? D'autant que la montée n'accouche d'aucune puissance. C'est un peu le problème du film qui peine à installer une vraie intensité dramatique malgré qui personnages qui regorgent de dilemmes moraux qui auraient dû être palpitant sur le papier. Mais l'écriture demeure trop mécanique et on finit par se désintéresser de ces histoires de trahisons et d'agent doubles. Pourtant, le début était on ne peut plus prometteur avec le toujours excellent Sang Kong-ho pris entre deux feux qui le dépassent et ne sachant à quel camp se vouer. J'avais été bien plus était rivé à mes accoudoirs dans Assassination de Choi Dong-hoon (cf un peu plus haut dans ce topic)
Ici, on ne s'ennuie pas vraiment mais on a de plus en plus de difficulté à se prendre au jeu avant de trouver ça assez vain.
Last edited by bruce randylan on 17 Aug 17, 14:56, edited 1 time in total.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
Mogul
Posts: 11575
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Premier gros coup de cœur de ce festival :D
Kissing cousin (Chang Hyun-sang - 2015)

Image

Après avoir partagé des moments complices et forts le temps d'une réunion de famille, un homme sur le point de finir son service militaire renoue avec sa cousine une dizaine d'années plus tard.

Tout l'intrigue est contenue dans le titre mais Chang Hyun-sang ne veut ni choquer, ni jouer au racoleur, ni apporter un sujet un peu tabou. Il préfère esquisser un magnifique film lumineux d'une délicatesse et d'une tendresse merveilleuse où l'amour (impossible) qui unie ses deux personnages trouvent une pureté presque cristalline. Il ne s'agit pas d'en faire une relation platonique ou de miser sur des tensions sexuelles mais d'en faire un croisement, miracle d'équilibre et d'écriture.
Les personnages sont incroyablement bien définis avec une belle densité d'émotions contradictoires qu'ils ne parviennent pas à maîtriser (le garçon essayant de se persuader qu'il est amoureux de sa copine par exemple). Ca repose sur une alternance de séquence très courtes et aériennes et de longues scènes de dialogues qui prennent leurs temps de s'attarder à leurs relations pour un découpage réduit au minimum et où la caméra s'efface pudiquement. La séquence de la rupture ou l'au-revoir dans la voiture sont d'une beauté et d'une justesse incroyable.
Il faut dire que les deux acteurs ont une présence et une alchimie magnétique à l'écran malgré la simplicité et la fraîcheur de leurs jeux. Le timing est forcément primordial et on peut par moment parler de chorégraphie de gestes et de regards.
Ca n'empêche pas le film d'éviter certains défauts inhérents au genre avec notamment une dizaine de minutes qui auraient pu rester sur la table de montage à cause de situations redondantes (les scènes finales) ou de quelques dialogues explicatives.
Mais ces réserves sont loin de pouvoir balayer le bonheur provoquer par ce film précieux, le second signé par un jeune cinéaste (dont le premier a l'air du même genre et que je serais bien curieux de découvrir).



The tunnel (Kim Seong-hun - 2016)
Image

Le nouveau titre du réalisateur de Hard Day est un film catastrophe qui tourne le dos à la pyrotechnie pour privilégier l'humain. Et ça fait vraiment du bien !
Bien-sûr, on évite pas certains poncifs du genre, baisses de régime ou quelques séquences mélodramatiques. Cela dit, le trait est loin d'être aussi gros et dégoulinant que ce que les coréens nous ont habitué et Kim évite le pathos de manière générale.
Le film possède d'ailleurs pas mal d'excellentes touches d'humour toujours pertinentes et bien intégrées au récit qui viennent toujours au bon moment, sans nuire à l'émotion de certaines séquences poignantes et assez fortes.
Surtout le film se pose en une relecture très juste de la récente tragédie du ferry Séwol où 300 adolescents périrent en parti à cause de l'incompétence des pouvoir publics à gérer la crise, mettant également à jour les connivences avec les médias et des scandales de sécurités pour des raisons de magouilles financières.
Bien que le film fut écrit avant ce naufrage, il est probable que le cinéaste ai intégré certains éléments avant son tournage. En tout cas son portrait du journalisme, des autorités et des secouristes est particulièrement féroce et cinglant, sans heureusement tomber dans le cynisme facile qui m'avait vraiment trop rebuté dans le Gouffre aux chimères (auquel on pense de temps en temps).

Dans l'ensemble, ce n'est pas follement original ni surprenant mais le choix du traitement et la prédominance des qualités sur les défauts en font une oeuvre tout à fait recommandable.
Ca tombe bien, The Tunnel semble avoir trouvé un distributeur pour une sortie française. :D


Sinon, pas vu mais on ne m'a dit que du mal de Press (Choi Jeongmin), une caricature du misérabilisme social sans point de vue d'après les échos.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
Mogul
Posts: 11575
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Proj. Get-up-and-go (Lee Keun-woo - 2015)

Image

Un compositeur/interprête persuadé de son talent est suivi par un jeune cinéaste qui désir faire un documentaire sur son début de carrière. Après plusieurs échec et refus, l'artiste travers une grave dépression. C'est alors que lui et l'équipe qui le suit croisent la route de Dominguez Nam, un chanteur excentrique.


Dans le genre "documenteur", ce film est l'un des plus attachant.
On peut même dire que ce que Dominguez Nam est une très belle trouvaille de cinéma pour un portrait imprévisible, un personnage très riche dont on se demande à quel point il est perché et à quel point il joue un rôle volontairement décalé.
On oscille ainsi entre pure comédie et touches plus mélancoliques grâce à une structure narrative assez habile qui commence comme une satire décalée avant de virer dans la parodie farfelue pour finir dans une dimension plus introspective et humaine.
Il y a presque quelques chose qui tient du conte initiatique et philosophique dans ce Proj. Get-up-and-go qui se révèle rapidement imprévisible. Le dernier tiers un peu brutal dans son virage sans pour autant vraiment déséquilibrée cette comédie revigorante, positive et entraînante. Je crois que toute la salle est sorti en scandant Bae-ki (traduction phonétique erronée qui s'écrirait plutôt P'ae-gi), le leitmotiv du héros et qui évoque un cri de motivation.
Excellente interprétations qui parvient à rendre crédible les différents registres du film entre situations très amusant et fugace moments plus émouvants et profond qui fait demander au spectateur si les personnages sont si loufoque que ça.

Très chouette découverte qui donne la banane, tout en ayant la gorge un peu nouée sur la fin. C'est pas parfait mais c'est vraiment le genre de projet atypique, personnel et original que j'aime défendre.
P'ae-gi ! :D

Collective invention (Kwon Oh-kwang - 2016)
Image

Suite à des médicaments expérimentaux, un jeune homme se trouve à moitié transformé en poisson. Cette découverte va bientôt mettre en émoi la Corée et en particulier un jeune journaliste qui essaie de monter un projet sur lui.

Autre projet assez surprenant et original (inspiré par une exposition de Magritte), ce premier long-métrage ne répond pas à toutes les promesses malheureusement.
Si le scénario possède beaucoup de qualités, le résultat filmé est moins engageant à cause d'une réalisation manquant d'impact, de synthèse et de personnalités. Le style est bien trop passe-partout et il aurait sans doute trouver une approche différente que cette narration en flash-back et à la première personne qui témoigne rapidement de ses limites (narrateur absent de plusieurs séquences, dénouement en poupée russes assez fatigantes). Du coup, certaines informations et séquences semblent délivrer 2 à 3 fois les mêmes informations. L'évolution des personnages semblent ainsi très laborieuses alors qu'il aurait fallut aller beaucoup plus vites pour traiter le sujet bien moins superficiellement.
On ne peut que le regretter car sur le papier, les thèmes abordés sont très engagées et témoignages d'un regard très sarcastique et amer sur la société contemporaine coréenne : chômage des jeunes diplômés, manque de considération envers les nouvelles générations, égoïsme, arrogance des personnages âgées, absence de déontologie de la presse, religion, corruption, capitalisme outrancier, opinion publique influençable facilement, monde scientifique sans scrupule etc..
D'ailleurs certains de ses thèmes sont traités le temps de quelques secondes ou lignes de dialogues assez denses. Le scénario possède dans ses meilleurs moments une virulence très pertinente. Mais c'est desservi par des acteurs sans charisme, une réalisation trop illustrative et une deuxième moitié qui peine à conclure.
Last edited by bruce randylan on 17 Aug 17, 14:57, edited 1 time in total.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
bruce randylan
Mogul
Posts: 11575
Joined: 21 Sep 04, 16:57
Location: lost in time and lost in space

Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Steel flower (Park Suk-young - 2016)
Image

Une jeune SDF arrive à Busan où elle espère trouver un petit boulot. Après avoir trouvé une maison abandonné pour y squatter, elle commence à parcourir la ville.

Enorme révélation pour cette chronique sociale qui m'a retourné dès les premières secondes avec cette mystérieuse adolescente mutique qui réunit dans l'urgence le contenu de sa valise qui vient de céder, capturée caméra à l'épaule dans une série de gros plans en jump-cut avant qu'on la suive traverser un Busan nocturne et sordide. Il faut bien d'ailleurs une dizaine de minutes avant qu'on puisse apercevoir un dialogue, un autre comédien et tout simplement son visage, la caméra ne parvenant à saisir que son dos.
Le style et l'univers fait forcément penser à Rosetta mais là où les Dardenne m'avait copieusement agacé, la force de Steel Flower est autrement plus viscérale et immédiate d'autant que l'univers et le personnage féminin m'ont semblé moins "pré-fabriqué" et démonstratif (bon, je n'ai pas revu Rosetta depuis sa sortie donc les raisons de mon grief se font floues).
Quoiqu'il en soit, l'héroïne de ce film coréen est instable, asociale et donc presque autiste parvenant avec difficulté à communiquer et surtout à exprimer ses sentiments. Sa pâleur, ses cheveux en pagailles, ses cernes immenses, son regard désespéré, sa démarche à la fois décidé et fragile en font une figure hypnotique et insaisissable. Il va sans dire que son aspect et sa précarité extrême ne l'aident pas dans sa quête d'un travail d'autant qu'elle ne possède ni adresse ni téléphone. La seule chose qu'elle possède est pour ainsi dire une vieille paire de basket dont elle doit régulièrement recoller la semelle. D'où sa fascination pour des cours de claquettes qui se déroulent dans une petite salle de sport.
Sans réel repère temporel ou spatial, on rentre presque immédiatement dans le déséquilibre de cette jeune femme, vibrant avec elle de chaque rencontre, qu'elles soient néfastes ou positives, pour une plongée en apnée de 80 minutes. C'est d'ailleurs plus que salutaire qu'un tel film ne dure même pas 1h30, parvenant à échapper au dérives mélodramatiques et constamment étirées du cinéma coréen. Pourtant le film ne manque pas de longues séquences éprouvantes jouant sur la durée (et les plans-séquences) comme le déferlement de violence d'une femme jalouse qui s'imagine que l'héroïne couche avec le propriétaire d'un restaurant. Une humiliation d'autant plus douloureuse et injuste qu'elle se déroule sous la passivité de clients qui ne bougent jamais pour intervenir ou s'indigner.

Ce qui fait la qualité de Steel flower c'est de ne pas opter uniquement pour un misérabilisme dépressif mais d'alterner avec des moments de grâces poétiques avec les quelques échappatoires que trouve l'héroïne dans la danse. Outre une façon sublime de s'approprier un salaire non perçue dans une poissonnerie, on trouve deux séquences de "claquettes" parmi les plus mémorables de l'histoire du cinéma. La dernière séquence est déchirante, bouleversante ahurissante de force et de beauté. Et l'ultime regard de son interprète risque de vous hanter longtemps.
Clairement l'une des découvertes les plus précieuses de ces dernières années. Et une immense révélation pour son actrice Jeong Ha-dam

Bande-annonce un brin trompeuse puisque le film est dénuée de musique (si ça peut vous rassurer). Croisons les doigts que ça trouve un distributeur chez nous.



The Truth beneath (Lee Kyung-mi - 2015)
Image

Alors qu'une campagne pour les élections parlementaires commencent à faire rage, la fille d'un candidat disparaît subitement plongeant sa mère dans le désespoir.

Forcément moins marquant que le précédent, voilà tout de même une excellente surprise que ce drame/thriller étourdissant qui se situe quelques parts entre The World of Kanako et Park Chan-wook. Le premier pour sa narration éclatée, fragmentaire et pour son enquête qui vient balayer toutes les convictions du "détective" ; le second tout naturellement puisque la réalisatrice a été assistante scénariste sur Lady vengeance et où l'on retrouve une certaine réflexion sur la vengeance, la maternité, la culpabilité.
Sans être aussi maniériste et opératique que Park, la réalisation de Lee Kyung-mi est formidable d'inventivités avec notamment une manière de s'approprier les codes visuels de nombreux genres cinématographiques sans que le film soit au final un mélange de styles (comme les coréens savent si bien le manier en général). L'unité se trouve dans cette narration fragmentaire où les fausses pistes et révélations viennent autant se contredire que se compléter. Le film est très dense avec un regard assez sombre sur la politique, la police, la jeunesse ou la communication familiale. Un sentiment de malaise général que la cinéaste renforce volontairement en optant pour des protagonistes auxquels il est délicat de s'identifier, à commencer par la principale : la mère de jeune disparue qui n'est jamais loin de sombrer dans la folie et la paranoïa.
C'est assez vertigineux comme rollcoaster émotionnel et il est bien difficile d'anticiper la prochaine étape. C'est un poil la limite du projet puisqu'il y a un besoin de surenchère pour maintenir la cohérence du dispositif jusqu'au bout et le dernier quart n'est pas loin de l'overdose avec son accumulation de révélations pourtant parfaitement logiques quand on commence à réfléchir au calme. Car, autre défaut, la construction complexifie un peu artificiellement un scénario qui par ailleurs ne raconte pas non plus grand chose.
Mais c'est aussi le cœur du récit, à savoir la fuite en avant vers l'inconnu d'une mère qui ne connaît pas sa fille et qui est contrainte de se livrer à un immense puzzle abstrait pour démêler le vrai du faux, étant tour à tour victime et actif dans ce jeu de piste tragique.
Et il faut reconnaître que la dernière scène est assez belle aussi dans cette idée (et confirme la grande qualité de l'interprétation de sa comédienne).
Pour un second film, la maîtrise technique, narrative, visuelle est assez folle en tout cas. :)
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"