De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Dunn
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Re: De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Post by Dunn »

Ah zut je vois que tu déjà venu ici (cf topic classement classik 2012) :wink:
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locktal
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Re: De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Post by locktal »

Oui, je suis du même avis que toi sur ce film !

Je suis tout à fait d'accord sur les points négatifs que tu a soulevés !
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Dunn
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Re: De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Post by Dunn »

locktal wrote:Oui, je suis du même avis que toi sur ce film !

Je suis tout à fait d'accord sur les points négatifs que tu a soulevés !
:wink:
Profondo Rosso
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Re: De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Post by Profondo Rosso »

Une histoire que Jacques Audiard nous a déjà racontés en bien mieux et qui s'appelait Sur mes lèvres. Un femme complexée (Emmanuelle Devos/Marion Cotillard) rencontre un gros rustre mal éduqué (Vincent Cassel/Matthias Schoenaerts) dont elle va tomber amoureuse, les deux vont unir leur force dans un but commun et au bout du chemin l'homme apprendra à "mériter" la femme et à l'aimer pour de bon. Alors que Sur mes lèvres s'inscrit dans le genre très calibré du polar, Audiard sous l'horlogerie de son scénario laissait la place au respiration, à l'inattendu et aux zones d'ombre dans un flou se mêlant idéalement à la rigueur de son écriture. On perd tout cet équilibre ici, tout est lourd et surligné ça fonctionne bien au départ avec des moments très touchant (le réveil de Cotillard, la première nage avec Ali) mais l'intrigue très lâche qui ne va nulle part (le film sportif, le film social avec la sous-intrigue des caméras de surveillance rien ne marche) fait perdre progressivement l'intérêt malgré les beaux personnages principaux. Le summum est atteint à la fin avec rebondissement que l'on voit venir de loin et qui enfonce le film dans le pathos le plus appuyé. Plus le film avance et plus il agace par cette lourdeur. Dommage car Marion Cotillard offre une magnifique interprétation, Matthias Schoenaerts refait son numéro de Bulhead de brutasse au coeur gros comme ça est plus inégal mais parvient à exprimer le caractère simultanément insensible et attachant de son personnage. Le moins bon Audiard de loin. 3/6
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Watkinssien
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Re: De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Post by Watkinssien »

Voici un film qui mérite à plusieurs titres qu’on en parle…

Tout d’abord, c’est le nouveau film de Jacques Audiard, réalisateur passionnant qui a signé pas moins de cinq longs-métrages, tous réussis. De plus, si les films sont toujours intéressants, ils deviennent même de mieux en mieux, opérant une sorte de crescendo artistique impressionnant. En effet, de Regarde les Hommes tomber (1994) au superbe et implacable Un Prophète (2009), on se demande si Audiard est capable de rester à un niveau de plus en plus attendu au tournant.


Pour cela, il est compréhensible que le cinéaste ait le besoin de parler exclusivement de sujets qui le passionnent, surtout pour les raconter d’une manière cinématographique qui lui est propre…

Le film est donc une adaptation d’un recueil de nouvelles de Craig Davidson, écrivain totalement controversé pour sa personnalité atypique et son style coup de poing. Mais comme le but de cet article est de parler du film, nous n’allons pas tomber dans le piège dans lequel tombe trop souvent le critique de cinéma professionnel, à savoir comparer deux moyens artistiques qui n’ont aucunement la même grammaire.


L’une des premières forces du film est d’appartenir immédiatement à Jacques Audiard dont on retrouve son style puissant, entre âpreté des images, montage lyrique, accélérations formelles, profondeur des sens… Elément que le réalisateur avait déjà splendidement prouvé dans le magnifique De battre, mon Cœur s’est arrêté (2005) qui était une relecture d’un film américain de James Toback.


Cette histoire d’amour, d’une noirceur quasi omniprésente, aurait pu tomber dans l’esbroufe, la convention et la redite sans la capacité qu’a le cinéaste à transcender le matériau de base. Le talent à l’état brut semble être le mot d’ordre de ce film, à l’image de ses deux comédiens principaux. Marion Cotillard, admirable de fragilité, de dureté, de colère, de désespoir ; Matthias Schoenaerts (révélation de Bullhead), hallucinant de présence physique, d’intensité dramatique, de pulsions immorales. L’osmose entre les deux protagonistes est la première source d’identification que peut s’offrir le spectateur.



Ensuite, il y a une aisance scénaristique évidente… Cette progression dramatique, nourrie de l’entretien d’un espoir de vie retrouvé, se retrouve complètement chamboulé par des ruptures de ton tout à fait surprenantes, que l’on ne dévoilera pas ici, qui appuient brillamment des séquences déterminantes, aussi fortes et dures qu’inattendues…


Le film mêle le psychologique et le corps, d’une manière alternative, tout en n’oubliant jamais de glisser des instants suspendus de lyrisme. Pourtant, l’œuvre n’est jamais confuse, toujours lucide sur ces transferts dramaturgiques. On a l’impression, dans un tout premier temps, que certaines phases dans la caractérisation des personnages ne sont pas aussi abouties que d’autres (la relation entre Ali et son fils), alors que les combats auxquels le personnage masculin sont filmés de manière parallèle avec les instants de grâce sous-marins, bénéficiant d’une audace presque métaphysique à l’ensemble. Puis les personnages sont confrontées à des moments qui sonnent comme de terribles électrochocs qui expliqueraient certains moments un peu trop rapidement évacués.


Si, avec ces menus défauts, De Rouille et d’Os est peut-être légèrement inférieur à ses deux films précédents (et encore ceci est entièrement subjectif), il confirme le statut et la place d’Audiard dans le paysage du cinéma français : une personne qui aligne une œuvre d’une cohérence absolue, qui gagne sans cesse en maturité en choisissant des histoires rendues passionnantes par son traitement, par sa direction d’acteurs, un artiste d’une solidité de fond et de forme.

Si le festival de Cannes contiendrait ne serait-ce que la moitié de la sélection d’une aussi bonne qualité, la cuvée serait exceptionnelle.
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Re: De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Post by Nicolas Mag »

locktal wrote: mais plutôt sans surprise et assez dénué d'émotion... C'est dommage car il y avait matière à réussir un mélodrame poignant...
denué d'emotion, heu... tu peux reprocher qu'il n'y a pas d'emotion dans les personnages mais le film arrive à créer une emotion lors de très belles scènes (celle sur le balcon où ses bras vivent; celle ou le gamin demande à voir ses jambes, celle avec sa veste en cuir dans la boite, celle ou elle joue le boss lors des paris et lui la regarde dans la voiture.... )

Le mélodrame poignant c'est justement ce qu'il evite, tout le coté Love story est desamorcé à chaque fois que l'on s'en approche et c'est tant mieux.

Un dernier mot, on nous a vendu le film comme une grande performance de Mathias mais finalement c'est Marion Cotillard qui est extraordinaire (bravo à elle de jouer sans maquillage, d'autres actrices auraient refusées)
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locktal
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Re: De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Post by locktal »

Bah, chacun ses goûts :wink:

Je n'ai pas été ému par ce film, tout comme la plupart des films d'Audiard (sauf encore une fois Sur mes lèvres que j'aime beaucoup)...

Par mélodrame poignant, j'entends mélodrame avec émotion, je ne parle pas de mélodrame flamboyant, à l'instar des films de Sirk... Je ne dis pas qu'il n'y a aucune scène émouvante dans le film d'Audiard (la scène de la plage, le climax final, sont des scènes émouvantes), mais je n'arrive pas vraiment à m'attacher aux personnages qui sont bien trop distants, et ça me pose problème...

En tout cas, De rouille et d'os est bien un mélodrame pour moi... Que je préfère certes à Love story (avec son émotion préfabriquée), mais auquel je n'arrive pas à adhérer totalement...
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Re: De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Post by ballantrae »

Prémisses aussi improbables que pour Millon dollar baby et au bout, comme pour l'opus d'Eastwood, une belle puissance émotionnelle, un rendu des sensations et une pudeur étonnante pour montrer la plongée dans la noirceur ou dans des craintes de l'accident très universelles.
Audiard sait construire un scénario, établir des échos signifiants particulièrement justes, inventer des choix stylistiques pertinents pour suggérer l'intériorité des personnages tout en ne négligeant pas le cadre socioéconomique...et en même temps, il confirme comme pour Un prophète, qu'il sait le faire de manière de plus en plus naturelle et fluide.J'aime ce cinéaste depuis son premier film et l'apprécie avec constance mais De battre... a amorcé, à mon sens, une montée en puissance qui lui accorde un statut un peu particulier dans le cinéma français: celui d'un esthète et raconteur d'histoires qui a su assimiler les leçons du meilleur cinéma américain sans renoncer à son appartenance au cinéma français.
Il ne sert à rien d'établir des podiums du ciné français mais je pense que JA possède une place importante dans ce paysage hexagonal qu'on juge parfois étriqué mais qui sait parfois faire exploser les conventions du prêt à filmer comme ont pu le signifier l'an passé Hors Satan, L'Apollonide ou-sur un mode plus léger- The artist.
De rouille et d'os est un vrai grand film, un mélodrame déguisé en grand film sensitif, une photographie de la France de 2012 tout autant qu'un récit quasi mythique aux personnages bigger than life.Bref, allez-y!!!
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Rockatansky
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Re: De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Post by Rockatansky »

Pendant 35 mns je me suis dit que c'était un très grand film, puis le scénario emprunte quelques facilités, et il finit par parler de trop de choses pour être vraiment efficace (la crise, les patrons, la boxe...) mais au final ça reste un très bon film sans doute le meilleur Audiard depuis Sur mes lèvres, remarquablement filmé, Cotillard est extraordinaire alors que je ne la supporte pas habituellement. Audiard prouve une nouvelle fois que ce ne sont pas les moyens qui manquent au cinéma français mais les réalisateurs de talent.
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Re: De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Post by magobei »

J'y reviens, parce que ce film - sans être au niveau du Prophète - m'a marqué. D'abord il y a la forme, de grande classe, avec une esthétique qui sert vraiment le propos. Rien n'est gratuit chez Audiard: à cet égard, la scène de l'accident est incroyable de maëstria. C'est presque un hors-champ, sauf qu'Audiard renverse le point de vue, sous l'eau et en silence: une façon presque de nous priver d'un climax, du bruit et de la fureur de la surface. Ce faisant, il parvient (paradoxalement?) à renforcer la puissance de la scène. Il y a à la fois dans De rouille et d'os une pudeur (exprimée notamment dans cette scène) et une frontalité assez inédite dans la représentation, grâce aussi aux cgi.

Ca peut mettre mal à l'aise, mais ça n'est certainement pas racoleur: Audiard nous force à regarder, et dans ce mouvement, à interroger notre regard, à apprivoiser le "monstre". Les scènes entre Stéphanie et Ali sont à cet égard magnifiques de justesse, de profondeur: lui, saint ou salopard on ne sait pas, qui lui propose d'aller nager sans se poser de question, puis de baiser "pour voir si ça fonctionne encore"; elle qui ose par petites touches s'exhiber, se demande si elle peut encore être désirable, ou si tout cela n'est que de la pitié.

Audiard affronte un sujet vraiment casse-gueule, qui aurait pu virer au film-témoignage, et en désamorce tous les pièges. Pas de larmoiements ici, mais un film de survie, frontal, viril, physique aussi - mais sans la fascination morbide qu'aurait pu entraîner un tel sujet. Par moments, Stéphanie devient presque une héroïne de film d'exploitation, transformant son handicap en motif iconique. Presque glamour. C'est assez fort. Et ça doit beaucoup à la performance de Marion Cotillard, qui confirme tout le bien que je pense d'elle.
Ça sera la restauration antédiluvienne de 2017 sortie chez Olive et Koch, mais avec un bitrate à 26Hz et du DNR à 36Mb comme toujours chez l'éditeur. Autant dire que l'image sera merdique. Mais je vais l'acheter, même si ça fera doublon avec le Olive, le Koch et le Indicator parce qu'il y a des STF - je n'en ai pas besoin, mais c'est important si on veut partager - et surtout la VF d'origine avec Henri Chalant qui double Rex Edwards qui joue l'indien qui se fait tuer sur la gauche à 40:23.
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Re: De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Post by Strum »

Vu hier. Quelques impressions sur le film (avec quelques spoilers) :

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De rouille et d'os (Audiard - 2012)

Audiard est un cinéaste des corps. Il les filme sous tous les angles, sous toutes les coutures ; la plupart du temps en mouvement, et lorsqu'il n'y a pas mouvement, le corps est miné par une tension intérieure ou déjà plein du mouvement futur. Ces corps, il les filme parfois dans leur entier (ils peuvent alors remplir l'écran, créant une impression d'étouffement) et plus souvent par bribes, par morceaux, presque par métonymie (plusieurs fois dans De rouille et d'os, les jambes valent le tout). Ce corps chez Audiard est à la fois une bénédiction - il recueille à la surface de la conscience les signes et les sensations du monde extérieur (qu'Audiard filme de manière toujours plus impressionniste, par touches de lumières et de chair, de film en film), et une malédiction - il peut être mutilé ou handicapé (là aussi, cela se vérifie de film en film).

De rouille et d'os est justement l'histoire de deux corps, celui d'Ali, qui nait à la conscience du monde, et celui de Stéphanie qui est tenté par le retrait du monde - Cotillard et Schoenaerts les incarnent de manière impressionnante. Le corps de Stéphanie, ce sont ses jambes qui sont absentes qui le désigne. Audiard filme les moignons de jambe de Stéphanie de manière insistante, jusqu'au malaise parfois. Dans certains plans du quotidien, lorsque Stéphanie s'habille ou se dévêt, se baigne ou fait l'amour, on a l'impression de ne voir que ces moignons ; on en veut parfois à Audiard de nous imposer ce regard et l'on ne s'y habitue jamais : cela fait que la douleur et les cris muets de Stéphanie poursuivent le spectateur tout le film durant. Audiard filme ainsi le corps même absent - ou quand s'y substituent des jambes de métal elles aussi au centre du regard de la caméra. Et lorsque l'on sort du film, on a davantage en tête des images de jambes de Stéphanie que celles du corps d'Ali.

Comme dans les trois derniers films d'Audiard, De rouille et d'os est un film qui gagne en densité au fur et à mesure de son déroulement. On croit d'abord voir un film sur le handicap, porté par deux êtres incomplets mais complémentaires, l'une handicapée par le corps, l'autre handicapé par les sentiments, qui serait une variation sur un thème déjà éprouvé. Puis, le film bifurque, fait des embardées, s'attarde sur plusieurs relations, celles entre Ali et Stéphanie bien sûr, mais aussi celle entre Ali et son fils (celle-ci ouvre et ferme le film) ou celle entre Ali et sa soeur, s'alourdit d'observations à caractére social comme autant d'herbes d'eau s'accrochant à lui et l'alourdissant d'images, de situations et de personnages. Les "herbes d'eau", c'est l'image qui vient à l'esprit, car De rouille et d'os est un film d'eau, comme avant lui De battre mon coeur s'est arrêté était un film souterrain et terrien, et Un Prophète un film partagé entre l'ombre et la lumière - Audiard est un cinéaste sensualiste marqué par les éléments. L'eau marque les personnages dans De rouille et d'os ; c'est une eau sale et non l'eau pure et filante des rivières ; dans cette eau souillée, assombrie d'éléments et de particules étrangères à sa nature pure, les personnages sont parfois happés et y descendent comme des noyés (magnifique plan du corps de Marion coulant dans l'eau dans la très elliptique et très réussie séquence de l'accident) ; elle est trouble et piégeuse aussi, cette eau, quand elle se recouvre de glace et se referme comme un mouroir (terrifiante séquence de "Sam" emprisonné dans le lac) ; mais c'est aussi parfois, une eau régénératrice, comme lorsque Stéphanie commence vraiment sa nouvelle vie en se baignant longuement dans la mer.

Le chargement en densité narrative du film est progressif, jusqu'à une dernière partie magnifique. Cela doit beaucoup à la structure très charpentée du film (où se trahit peut-être son matériau littéraire de base, un recueil de nouvelles), conçue comme autant de blocs, de coups, de rounds, un films de boxeur en somme, chaque étape, chaque bloc recevant et se nourrissant de la somme d'émotion et d'énergie du précédent. Ce n'est certes pas un cinéma qui glisse et se prête à un regard contemplatif (c'est là sa limite sans doute), c'est un cinéma qui désire vous happer et vous bousculer. Une des étapes du film, cependant, m'en a fait sortir pendant un quart d'heure, celle où Stéphanie appelle sans raison très claire Ali après son accident et part ensuite se promener avec lui. A cause de cette facilité scénaristique, pendant quelques minutes, je n'ai plus cru à ce que je voyais, comme si Audiard avait perdu quelques instants la sûreté de ses intuitions et son sens du récit.

De rouille et d'os n'en reste pas moins un film globalement superbement écrit et filmé, très maitrisé dans sa logique, sa structure, sa lumière et les échos que se renvoient les parois des images : Stéphanie et Ali forment ensemble un corps janus : le corps de Stéphanie ne peut revenir en arrière mais garde imprimé en lui les souvenirs de son passé (pas forcément toujours heureux d'ailleurs comme l'atteste la scène de la boite de nuit) ; le corps d'Ali est lui tourné vers l'avenir et s'ouvre peu à peu à la conscience du monde. Et quoi de mieux qu'un visage d'enfant, celui-là même qui ouvre et ferme le film, pour nous faire comprendre, pour faire comprendre à Ali, qu'un monde entier vit et palpite à côté de nous (de lui) ?
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Re: De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Post by Rockatansky »

Ce coup de fil a provoqué la même chose pour moi
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Re: De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Post by Strum »

Rockatansky wrote:Ce coup de fil a provoqué la même chose pour moi
Oui, c'est dommage ce coup de fil. Une simple rencontre fortuite entre les deux - elle sur la Croisette, regardant la mer, lui faisant son jogging à ce moment là - aurait à mon avis mieux fait l'affaire.
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Re: De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Post by Dunn »

Ah oui pareil ce coup de fil m'a déplu ...du style "tiens j'ai plus de jambes, je me suis fait larguer par mon mec, tiens si j'appelais l'autre videur là". :roll:
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Re: De rouille et d'os (Jacques Audiard - 2012)

Post by Rockatansky »

Strum wrote:
Rockatansky wrote:Ce coup de fil a provoqué la même chose pour moi
Oui, c'est dommage ce coup de fil. Une simple rencontre fortuite entre les deux - elle sur la Croisette, regardant la mer, lui faisant son jogging à ce moment là - aurait à mon avis mieux fait l'affaire.
Oui quite à faire un deux ex machina autant s'en remettre au hasard
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