Top David Fincher

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Harkento
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Re: Top David Fincher

Post by Harkento »

Akrocine wrote:
Harkento wrote:J'ai l'impression qu'il réussit simplement à réaliser de bonnes productions hollywoodiennes - et c'est déjà pas mal hein ^^' - mais je trouve qu'en terme de genre et de thématique, il passe du coq à l'âne. Quelqu'un trouve-t-il une cohérence dans l'oeuvre de Fincher, ou appréciez-vous simplement ses qualités techniques ? Merci de m'éclairer.
Si il réaliserais de simple prod. hollywoodiennes tu crois qu'il aurait accouché des films comme Alien3, Se7en et Fight Club ? On est loin des films habituels calibrés et sans saveurs... Surtout que depuis son premier film il prend bien soin de garder le contrôle total de son film sans être emmerdé par les producteurs.

Et justement Fincher prends bien soin de maintenir ses thématiques dans chacune de ses oeuvres : Nuit, pluie, absence de sexe, perso. (anti-)héros, lumière (renaissance), pessimisme, suicide, religion et encore bien d'autres choses.

Quand au changement de registre c'est une des raisons qui lui vaut la comparaison avec Kubrick la volonté de ne jamais se répéter :wink:
Alors Alien 3, ça fait longtemps que je l'ai pas vu donc je ne peux pas dire ; mais pour Seven et Fight Club, que j'ai revu récemment avec des potes, je commençais à les trouver dater. Autant j'aime vraiment Fight Club mais Seven ne m'a pas impressionné plus que ça en fait. Et complètement d'accord pour dire qu'il s'est toujours battu pour le contrôle de ses films, surtout au début de sa carrière. Mais tu as raison, s'il devait y avoir une "patte" Fincher, ce serait le mélange de la nuit, le pessimisme, les anti-héros, le coté sombre des choses (j'avais pas pensé à ça) ....Après, la comparaison avec Kubrick est quand même exagéré. La thématique de l'obsession, de la folie, la violence est souvent très présente dans tous ces films et chacun d'eux proposent une réflexion sur la nature humaine ; de plus, la technique avait énormément d'importance (le son Dolby sur Orange, les effets spéciaux pour 2001, les fameuses lentilles pour Barry Lindon). Peut-être pourrait on plus le rapproché d'un F. F. Coppola qui colle toujours une mise en scène approprié au scénario (The Conversation, Apocalypse Now, Dracula, ...) ... mais en moins bien ^^' !

Et pour répondre à Jeremy Fox et Frank N Furter, ce n'est pas aussi un problème pour moi qu'il n'est pas d'obsession particulière ou de thématique précise dans chacun de ces films .... même si Akrociné m'a un peu éclairé de ce coté là. Je me posais simplement la question. Merci pour vos avis en tout cas !
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El Dadal
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Re: Top David Fincher

Post by El Dadal »

Frank N Furter wrote:
absence de sexe
The Social Network et Millenium prouvent le contraire pourtant.
Sans oublier la mise en scène avec les polaroids (et la bande son "percutante" qui accompagne leur découverte) dans The Game, et surtout une certaine scène de Fight Club :fiou: :
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Quant aux thématiques développées par Fincher (et pas que dans les longs), il n'est pas à douter qu'elles sont nombreuses et permettent des lectures approfondies et transversales. J'en citerai deux ce soir:

Tout d'abord, ce qui me semble le plus évident est le rapport que Fincher entretient avec une sorte de déterminisme (invoquant dès lors des questions morales que j'ai un peu la flemme d'évoquer, sinon je me lance dans un post à la Demi-Lune :mrgreen: ).

Dès le générique de début d'Alien3, Ripley est condamnée. Son chemin de croix (appuyé par un certain nombre de références picturales) n'est rien d'autre qu'une tragédie tout ce qu'il y a de plus classique. Jamais dans Se7en les deux inspecteurs n'ont de prise sur la tragédie qui est en cours (et à l'exception de l'obtention illégale de preuves quant à l'identité des potentiels suspects, jamais leur démarche ne sera en mesure d'inquiéter John Doe). Ils sont passagers impuissants d'un train en marche, dont ils ne connaissent pas la destination finale. Pareillement, Nicolas Van Orton dans The Game est le jouet de maîtres illusionnistes (en ce sens, c'est un film passionnant, mise en abîme de la mise en scène et du cinéma en général, avec jeu de projections de films renvoyant aussi bien à Orange mécanique qu'à A cause d'un assassinat) qui renvoient sa régence aux orties et le rendent totalement impuissant. Fight Club est sans doute plus chaotique dans cette optique, mais la conclusion, le twist, dénote d'une programmation des actions de Jack à son insu (sans qu'il en soit conscient du moins). Jamais les cambrioleurs de Panic Room ne quitteront la baraque sans avoir atteint leur but. La carrière du Zodiac ne semble avoir de fin que de SA volonté. Le parcours de Benjamin Button est exemplaire de tous ces précédents exemples. Benjamin sait ce que le destin a prévu pour lui, rendant son parcours à la fois si atypique et si tragique.

Une autre thématique récurrente chez Fincher reste le déchiffrage des signes, la recherche de signifiant, et le liant qui existe entre signes, signifiant, et individus. C'est dans cette veine que Fight Club et Social Network s'avèrent les plus parlants (sans compter sa "trilogie" du tueur en série, les enquêtes etc...). Les jeux de piste sont légions chez Fincher, mais jamais dépourvus de sens (j'en veux pour exemple le plus probant l'entière démonstration que représente The Game, machine à donner un sens à la vie -et incidemment déclaration d'amour au cinéma).

Cinéaste classique de par sa façon d'aborder certaines thématiques, son inventivité et son extrême technicité en matière de mise en scène viennent en chahuter les fondations (le rapprochant en ce sens d'un Kubrick). Et puis, je ne vais pas me leurrer: je trouve que c'est juste l'un des meilleurs entertainers d'Hollywood. Je crois que ça compte un peu...

*A noter aussi que Fincher n'est pas scénariste de ses films. Son mode d'écriture, c'est sa mise en scène. Et les figures de style qu'il invoque fréquemment, son lexique et sa grammaire ne sauraient être repoussés d'un revers de la main. Coupez le son d'un film de Fincher et vous verrez. Même Fight Club ou Social Network sont étonnamment limpides rien qu'à l'image. La marque de cinéma dans le cinéma, si je puis m'exprimer ainsi... :arrow:
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Demi-Lune
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Re: Top David Fincher

Post by Demi-Lune »

Je trouve effectivement que le cinéma de Fincher poursuit pour le moment une grande cohérence thématique, y compris jusque dans ses films dits mineurs.
Je recopie ce que j'ai écrit sur le topic de Millenium lors d'une discussion avec Stark :

Son cinéma s'échine constamment à évoquer le malaise profond d'une société contemporaine désagrégée (en cela The Social Network est son œuvre la plus définitive), livrée à elle-même dans une déshumanisation se traduisant souvent par une explosion de violence considérée comme cathartique, salvifique par ceux qui la brandissent (Se7en, Fight Club), une société où la sociopathie conduit les plus déséquilibrés aux meurtres en série. C'est une représentation totalement pessimiste, étouffante, extrêmement dérangeante (impressionnante cette fascination systématique pour le suicide dans tous ses films des 90's), moralement discutable, avec une large dose de complaisance destructrice. Mais le désespoir qui la sous-tend n'est-elle pas un certain reflet bien de notre époque ?

[Concernant The Game et Panic Room] Je trouve que ces deux films développent, sous le vernis du divertissement, un discours très personnel - donc éventuellement irritant pour ceux qui n'apprécient pas le cinéma de Fincher. Dans les deux cas on a des personnages new-yorkais antipathiques, aisés, coincés et célibataires, de beaux exemples de réussite sociale à l'américaine en somme, qui se retrouvent poussés dans leurs retranchements sans possibilité de recevoir une assistance de la société. Ils ne doivent compter que sur eux-mêmes et découvrent, justement, le côté fantoche de leur univers, leur isolement. De sorte que, bien inscrits dans cet intérêt récurrent pour l'étude de la désagrégation sociétale, The Game et Panic Room illustrent cet espèce de penchant de Fincher pour la représentation d'une essence fictionnelle, purement conceptuelle, de la société contemporaine. Dans un cas, c'est une toile de fond/arnaque hostile (en tout cas c'est ainsi qu'on le voit jusqu'à la fin), et dans l'autre, un simple environnement qui finalement isole plus encore Foster et sa fille assiégées. La résolution des deux films, avec les personnages qui retournent à l'humilité après leur expérience traumatique, peut ainsi se lire autant comme moraliste que comme des îlots d'espoir fincheriens pour ces gens qui ont ouvert les yeux sur la réalité d'une société déshumanisée et déshumanisante.

Dans cette perspective, The Social Network, de A à Z, reste sans nul doute son film le plus complet, le plus littéral dans le décorticage des rapports qui font exister (ou non) cette notion de societas.
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Watkinssien
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Re: Top David Fincher

Post by Watkinssien »

Harkento wrote:
Alors Alien 3, ça fait longtemps que je l'ai pas vu donc je ne peux pas dire ; mais pour Seven et Fight Club, que j'ai revu récemment avec des potes, je commençais à les trouver dater. Autant j'aime vraiment Fight Club mais Seven ne m'a pas impressionné plus que ça en fait.
Se7en est mon Fincher préféré... Parce que justement, le film, contrairement à ce que l'on pourrait penser, est plus classique dans son traitement. Il y a moins de virtuosité formelle que dans d'autres films du sieur. J'adore comment le cinéaste pose sa caméra, écoute ses personnages, à hauteur d'homme, prend son temps pour filmer un tandem dont les enjeux diffèrent et qui ont une répercussion qu'ils ne savent pas indélébile. C'est ample et sobre, même si le travail sur l'ambiance et la photo est devenu presque archétypal (combien de films et de séries ont pompé Se7en dans la recherche d'une atmosphère poisseuse et glauque)...
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Akrocine
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Re: Top David Fincher

Post by Akrocine »

Watkinssien wrote:Se7en est mon Fincher préféré... Parce que justement, le film, contrairement à ce que l'on pourrait penser, est plus classique dans son traitement. Il y a moins de virtuosité formelle que dans d'autres films du sieur. J'adore comment le cinéaste pose sa caméra, écoute ses personnages, à hauteur d'homme, prend son temps pour filmer un tandem dont les enjeux diffèrent et qui ont une répercussion qu'ils ne savent pas indélébile. C'est ample et sobre, même si le travail sur l'ambiance et la photo est devenu presque archétypal (combien de films et de séries ont pompé Se7en dans la recherche d'une atmosphère poisseuse et glauque)...
C'est en cela que Se7en est le double d'Alien3, cette manière de poser l'intrigue avec des discussions calme et très humaine. Le chasseur chassé, Ripley vs. la bête, les policiers vs. le tueurs. La mort inévitable. Il y a tellement de chose dans ces films, une des nombreuses raisons pour laquelle Fincher est l'un de mes réalisateurs actuel préféré.
"Mad Max II c'est presque du Bela Tarr à l'aune des blockbusters actuels" Atclosetherange
ballantrae
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Re: Top David Fincher

Post by ballantrae »

Pas forcément un génie mais un très bon cinéaste.
Excellents:
-Seven
-Zodiac
-BButton (que ce film vraiment déchirant ait pu susciter tellement de commentaires sur sa froideur me laisse pantois...)
-Social network
Très bon:
-Alien 3 (pas moins intéressant qu'aliens, plus convaincant après revisionnage qu' alien 4)
Discutable mais brillant:
-fight club
Exercices de style intéressants mais un peu vides:
-the game (revu récemment: pas si mal mais très "fabriqué")
-Panic room ( creux...son moins bon film)
En attendant Millenium qu'il me tarde de voir!
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El Dadal
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Re: Top David Fincher

Post by El Dadal »

J'ai une question pour ceux dont c'est l'opinion (vu que j'arrête pas de lire ça un peu partout): j'aimerai qu'on m'explique ce que certains considèrent "froid" dans le cinéma de Fincher? Ma question n'est pas rhétorique, ou faussement candide.
Celui qui me répond "parce que sa mise en scène est millimétrée" ou un truc du genre, il va au coin.
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Harkento
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Re: Top David Fincher

Post by Harkento »

El Dadal wrote:J'ai une question pour ceux dont c'est l'opinion (vu que j'arrête pas de lire ça un peu partout): j'aimerai qu'on m'explique ce que certains considèrent "froid" dans le cinéma de Fincher? Ma question n'est pas rhétorique, ou faussement candide.
Celui qui me répond "parce que sa mise en scène est millimétrée" ou un truc du genre, il va au coin.
La photographie de ses films sont très contrastés : peu de couleurs, c'est surtout la lumière et l'obscurité qui composent les plans de ses films. Et comme les fans me l'expliquaient plus haut, le pessimisme et la noirceur régnant dans la plupart de ses films, on ne peut pas franchement dire que la chaleur - symbolisant plus les choses positives, le moralisme, la bonté, le sentimentalisme, etc, soit la préoccupation première de Fincher, en atteste sa filmographie.

.... Hé, j'ai pas besoin d'aller au coin M'sieur ? :wink:
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Vic Vega
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Re: Top David Fincher

Post by Vic Vega »

Chef d'oeuvre:

1) Zodiac

Trois films marquants malgré leurs défauts pas négligeables :

2) The Social Network
3) Seven
4) Fight Club

Très bon:

5) L'Etrange histoire de Benjamin Button


Corrects:

6) Millénium, les hommes qui n'aimaient pas les femmes
7) Panic Room

Raté mains intéréssant:

8 ) The Game

Raté et ennuyeux:

9) Alien 3
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Thaddeus
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Re: Top David Fincher

Post by Thaddeus »

El Dadal wrote:J'ai une question pour ceux dont c'est l'opinion (vu que j'arrête pas de lire ça un peu partout): j'aimerai qu'on m'explique ce que certains considèrent "froid" dans le cinéma de Fincher? Ma question n'est pas rhétorique, ou faussement candide.
Celui qui me répond "parce que sa mise en scène est millimétrée" ou un truc du genre, il va au coin.
Je répondrai à peu près la même chose qu'Harkento, en ajoutant que c'est un cinéma qui, selon moi, est peu attaché à la dimension sentimentale de ses récits et de ses personnages. J'ai l'impression que Fincher n'est pas intéressé par l'affect, l'émotion au sens premier, il peine à en faire affleurer les enjeux les plus sensibles (mais c'est aussi parce qu'une grande partie de ses intérêts thématiques le réclament, par le sujet même de ses films). C'est pourquoi je trouve son cinéma assez "froid". Après, c'est sans doute une question de ressenti, comme souvent.
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Demi-Lune
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Re: Top David Fincher

Post by Demi-Lune »

J'avais préparé une réponse dans l'après-midi ; Stark a dit le fond de ma pensée, mais bon, vu que je l'ai écrit, autant le poster... :mrgreen:
El Dadal wrote:J'ai une question pour ceux dont c'est l'opinion (vu que j'arrête pas de lire ça un peu partout): j'aimerai qu'on m'explique ce que certains considèrent "froid" dans le cinéma de Fincher? Ma question n'est pas rhétorique, ou faussement candide.
Il y a l'argument formel, évoqué par Harkento. Sans retomber dans des développements maxi, l'esthétique glauque et crépusculaire des films de Fincher traduit une philosophie peu portée sur la chaleur et l'espoir. Au contraire. Cette esthétique dépressive, par ailleurs alourdie à fond les ballons lors des collaborations avec Jeff Cronenweth, pose à mon sens une barrière émotionnelle qui est amplifiée par le fait que la mise en scène, surtout dans ses travaux les plus récents, déploie un perfectionnisme rigide, très calculé. Je sais que c'est plus ou moins l'argument dont tu ne voulais pas entendre parler. :mrgreen: Mais personnellement je trouve qu'il y a un assèchement progressif du style de Fincher, avec une réalisation tellement contrôlée qu'elle statufie, robotise, même, ses personnages. Des personnages que le réalisateur ne rend jamais très attrayants, me concernant. Ce qui est somme toute logique puisque Fincher est obsédé par la déshumanisation de la société, par la virtualisation des rapports, par la fonctionnalité de notre environnement voire même des individus eux-mêmes. Cependant à la différence de perfectionnistes comme Kubrick ou James Gray (qui partage certaines parentés formelles), je trouve que son cinéma ne permet que peu d'affleurement de sensibilité. Au contraire, j'ai l'impression que l'objet de Fincher est justement d'inhiber l'affect, afin de mieux servir sa représentation souvent complaisamment pessimiste (et potentiellement misanthrope, je finis par me le demander) du monde. Par conséquent, je trouve effectivement le cinéma de Fincher souvent froid (et comparativement à ses premiers travaux où l'empathie était encore possible, ça ne fait que s'accentuer), parce qu'il crée une distance émotionnelle, un glacis pour des objets certes fascinants mais aussi totalement ratiboisés de la moindre étincelle de vie et d'humanité. Ses deux derniers films sont aussi intéressants qu'éprouvants, de ce côté-là, dans cette vision quasi informatique du monde. Mais je revendique la subjectivité de mon sentiment puisque ce reproche que j'adresse est le même que celui utilisé à l'encontre du cinéma de Kubrick, qui pourtant m'émeut beaucoup, de la façon que Stark avait brillamment décrite ailleurs (une obsession du contrôle qui n'entrave pas l'émotion, suscitée par le récit mais aussi par le perfectionnisme qui touche dans son exécution quelque chose de proprement colossal, passionné).
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Truffaut Chocolat
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Re: Top David Fincher

Post by Truffaut Chocolat »

Quand tu parles de glauque ou de crépusculaire, ça suffit pas à donner de la froideur je trouve.
La pluie qui tombe, des villes peintes en gris et en marron, ça a son petit effet, mais bon, faut pas donner trop d'importance à tout ça, c'est jamais qu'un décor triste pour des personnages tristes.

Sur le fond, regarde Tyler Durden, il est tellement bombardé d'émotions qu'il ne sait même plus où il en est. C'est même l'histoire d'un mec qui devient émotif au sens propre. Zuckerberg s'en protège mais il n'est pas apathique du tout, bien au contraire. Et je parle même pas de Benjamin Button, c'est une synthèse de toutes les peurs universelles...
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Demi-Lune
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Re: Top David Fincher

Post by Demi-Lune »

Truffaut Chocolat wrote:Quand tu parles de glauque ou de crépusculaire, ça suffit pas à donner de la froideur je trouve.
La pluie qui tombe, des villes peintes en gris et en marron, ça a son petit effet, mais bon, faut pas donner trop d'importance à tout ça, c'est jamais qu'un décor triste pour des personnages tristes.
Ben justement, je ne considère pas la froideur du cinéma de Fincher sous le seul prisme formel, même si celui-ci est déjà significatif : ces motifs sont trop systématisés chez Fincher pour que l'on minore leur place, leur sens. Comme je tentais de l'expliquer, en vertu d'une cohérence fond/forme, l'esthétique sinistre de ses films et dans le même temps son obsession toujours grandissante du contrôle (qui se traduit pour moi par un raidissement très austère de son art) expriment à tout bout de champ une philosophie toute personnelle de Fincher sur l'homme et le monde. C'est ça, aussi, le point important : ce fond. Une philosophie, ou un regard, que je trouve de plus en plus dénués de sentimentalité, de sensations, à l'image de la société désespérante dans laquelle évoluent ses personnages qui m'apparaissent personnellement bien moins tristes qu'antipathiques. Des gens froids, distants, comme robotisés au sein du dispositif technique de Fincher, pour un monde froid, inamical, décadent. Le diptyque The Social Network/Millenium marque véritablement, en ce qui me concerne, une radicalisation de cette expression : le cinéaste propose des univers complètement desséchés de vie, vampirisés de la moindre chaleur humaine, cérébraux... des films comme contaminés, dans leur essence, par l'obsession informatique de leur protagonistes (Zuckerberg dans l'un, Lisbeth dans l'autre), des films qui appréhendent quasiment les relations comme des algorithmes. Assez symbolique est cette scène d'amour entre Lisbeth et Blomqvist que je trouve anti-charnelle au possible, frigorifiante. Quelque part, je me demande si, dans l'esprit, ces derniers films ne sont pas des descendants de Fight Club - des descendants canalisés question virtuosité ostentatoire, mais présentant la même aridité.
Encore une fois, je le répète, ceci s'intègre tout à fait dans le cheminement thématique de l'auteur qui analyse perpétuellement les ressorts sociaux de notre temps et l'essence même du tissu social, déshumanisant. Cette froideur que je ressens dans son cinéma (qui m'intéresse beaucoup, au demeurant) me pose hélas de plus en plus problème mais à la limite, je peux la "comprendre" même si je trouve in fine la vision du monde de Fincher de plus en plus déplaisante.

Reste que pour moi, Fincher et l'affect ça fait deux. Alien 3 ou Se7en permettaient une empathie parce que le cinéaste se préoccupait encore des états d'âme de ses personnages. Là, on dirait qu'il s'en contrefout, ou tout du moins, il les inhibe dans une attitude et un système qui m'est désagréable, même s'il reste un auteur intéressant. Alors, ou c'est par désintérêt par rapport à ses thématiques et sa vision du monde, ou c'est par éventuelle incapacité (et son mélodrame, Benjamin Button, à mes yeux brinquebalant et austère comme une tombe glacée – mais je sens qu'on va me rétorquer que cette froideur est intentionnelle, ce qui peut tout à fait se défendre –, peut en être illustratif).
Sur le fond, regarde Tyler Durden, il est tellement bombardé d'émotions qu'il ne sait même plus où il en est. C'est même l'histoire d'un mec qui devient émotif au sens propre. Zuckerberg s'en protège mais il n'est pas apathique du tout, bien au contraire. Et je parle même pas de Benjamin Button, c'est une synthèse de toutes les peurs universelles...
Je comprends ton point de vue mais mes ressentis divergent concernant ces personnages, parce que la manière glaciale dont Fincher les expose et les balade au gré de ses récits infirme, à mon sens, toute éventuelle bienveillance de sa part à leur égard. Je trouve que le regard de Fincher est froid, il ne cherche pas à humaniser ses protagonistes. Ce sont des pions qu'il étudie.
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Truffaut Chocolat
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Re: Top David Fincher

Post by Truffaut Chocolat »

Ben dans ce cas, il n'a vraiment pas le monopole de la froideur, parce qu'on pourrait dire qu'un Cronenberg, lui aussi, aime placer ses personnages dans des situations dérangeantes, ou extraordinaires, juste pour voir comment il réagissent.

Après, pour ce qui est de la forme, quand tu dis qu'elle est devenue plus austère, perso je trouve surtout qu'il a simplifié son "style" (si tant est qu'il en a un, perso j'arrive pas à le définir) au fil du temps, même si Seven, quand on y pense, n'a rien de bien fulgurant à ce niveau-là. C'est du cinéma on ne peut plus classique. Alors que Fight Club est bourré de gimmicks, comme quoi son évolution n'est pas si linéaire que ça...
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Re: Top David Fincher

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