The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jack Carter
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Jack Carter »

Ouf, little dick wrote:
yaplusdsaisons wrote:Bref, je retrouverai avec plaisir le vrai talent de dialoguiste d'Hazanavicus et la gouaille de Dujardin dans le 2e OSS117, leur meilleur film.
N'importe quoi.
pourquoi, n'importe quoi ? :roll:
riqueuniee
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by riqueuniee »

En effet. Yapludsaisons émet là un avis qu'on peut ne pas partager, mais qui n' a rien d'un commentaire posté juste pour faire le malin.
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Flol
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Flol »

Je suis d'accord avec Yap : bien qu'ayant adoré The Artist, le 2ème OSS117 est franchement jubilatoire.
riqueuniee
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by riqueuniee »

ne très grande réussite. Mais yap n'a , semble-t-il pas aimé The artist. d'où sa réflexion (et sans doute le "nimporte" quoi en commentaire)
Ouf Je Respire
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Ouf Je Respire »

Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries que mobiliser sa connerie sur des choses intelligentes: la prochaine fois, je n'omettrai pas le " :mrgreen: ".
:mrgreen:


P.S.: en fait, j'ai trouvé le OSS 117 n°2 too much. Trop de tout.
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« Toutes choses sont dites déjà ; mais comme personne n’écoute, il faut toujours recommencer. » André Gide
Ouf Je Respire
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Ouf Je Respire »

'tain, les amis, z'êtes au taquet. :mrgreen:
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Nomorereasons
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Nomorereasons »

Ouf, little dick wrote: la prochaine fois, je n'omettrai pas le " :mrgreen: ".
Pas de smiley vert qui tienne entre nous, mon chaton. On se balance tout à la gueule mais on est un vieux couple.
Nomorereasons
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Nomorereasons »

riqueuniee wrote:En effet. Yapludsaisons émet là un avis qu'on peut ne pas partager, mais qui n' a rien d'un commentaire posté juste pour faire le malin.
:cry:
ballantrae
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by ballantrae »

Cher Jacquot,
Dommage que tu n'aies pas plus goûté The artist qui permet de comprendre explicitement l'ambition de M Hazavanicius: comprendre des formes, les décaper sans pour autant les détruire et montrer non leur désuetude mais leur beauté (le boulot sur la couleur ou le split screen dans le second OSS 117 annonce celui de la texture de la pellicule, les raccords dans the artist).
Néanmoins, j'ai beaucoup aimé le second (deuxième?) OSS117 qui me fait toujours hurler de rire à la revoyure.
Nomorereasons
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Nomorereasons »

ballantrae wrote:The artist qui permet de comprendre explicitement l'ambition de M Hazavanicius: comprendre des formes, les décaper sans pour autant les détruire
what does it mean? Va lire Descartes, sans déconner!
ballantrae
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by ballantrae »

Mon gros Dédé,
J'ai lu Descartes il y a un fameux bail donc j'ai un peu oublié...était-ce ta version de "the final insult"?
Allez on va faire un peu de "pédagogie "(sans vouloir imiter le nain de jardin que certains écouteront sûrement ce soir ):
1)il décape des formes comme celles du cinéma sixties comme celles du muet: il enlève la gangue qui s'est formée autour de certains codes avec beaucoup d'humour
2)sans les détruire: on n'est pas dans la parodie pure et simple car il ne se contente pas de ridiculiser ces formes mais sait à merveille les imiter, en faire un pastiche convaincant
On n'est pas dans un cinéma de petit malin qui cite et déconstruit en même temps car Hazanavicius aime le muet, le connait très bien et sait nousproposer un grand mélo muet tout en nous offrant le clin d'oeil moderne et touchant qui nous rappelle que nous sommes en 2011 donc moins innocents que les spectateurs qui le découvraient à chaud et pour qui c'était contemporain.
Cela te convient-il?
A part cela, le second OSS est une excellente comédie et pas seulement une parodie sympa.
Nomorereasons
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Nomorereasons »

ballantrae wrote:Mon gros Dédé,
J'ai lu Descartes il y a un fameux bail donc j'ai un peu oublié...était-ce ta version de "the final insult"?
Je n'insulte jamais, je flagelle amoureusement.
Bon, pour en revenir au film, "décaper les codes" d'un certain cinéma muet, ce n'est pas trop compliqué: on s'adresse à tous les spectateurs jusqu'au dernier des neuneus à l'aide de conventions criardes directement héritées du théâtre de boulevard. (Cela n'empêche pas "L'Aurore" d'exister bien sûr, c'est même là tout l'honneur de cet art) Donc l'effort ne m'a pas spécialement intrigué ni surpris, même si je me dis que le réalisateur a dû bien s'amuser et que son entrain est communicatif.
Beck
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Beck »

riqueuniee wrote:Très jolie scène, en effet, que j'ai vu qualifiée de "chaplinesque" (c'est d'ailleurs le seul élément du film qui, à mon avis, pourrait faire penser à Chaplin).
Le coup du chien qui mime une mort théâtrale après le tir d'un pétard imité par dujardin m'y a aussi fait penser.
Sinon j'ai plutôt apprécié le film, qui est un très bel hommage au cinéma muet mais plus que ça, s'ajoutant à la liste en tant qu'oeuvre singulière.
J'y ai quand même trouvé pas mal de longueurs et de répétitions, je trouve qu'on en fait difficilement abstraction, même si compensé par une interprétation excellente, un scénar bien ficelé, des décors costumes etc plus que crédibles, le grain de l'image qui nous met dés l'apparition du Gaumont dans l'ambiance, la musique (très belle et fidèle à celle de l'époque)...
Jean Dujardin a un talent certain, (et ça fait plaisir de le voir dans une production de cette envergure plutôt que de le retrouver dans un mauvais blier (le bruit des glaçons...)) un jeu de faciès et de mouvements sans faille (les claquettes! On croirait sans ironie un Gene Kelly), et je ne met pas à l'écart l'interprétation de Brejo, peut être un peu to much dans le genre Betty Boop avec ses gros clins d'oeil et ses sourires/poses pin'up mais qui reste juste (au passage qu'est ce qu'elle est fraîche!), et puis John Goodman, très bon second rôle qui colle parfaitement au personnage du chef de plateau/production tyrannique qui a finalement bon fond, tout comme James Cromwell dans la peau du valet fidèle et attentionné à la manière d'un Alfred pour son Batman (mais où vais je chercher mes comparaisons hein ?).
Le jeu du son et de l'image marche parfaitement (le rêve avec l'image de la plume tombante qui génère au contact du sol un bruit de tonnerre, j'avoue avoir sursauté)
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ou le "Bang!" sur écrito lorsqu'on se demande si Roger s'est oui ou non tiré une balle dans le caisson et que l'on voit ensuite la bagnole de Peppy planté dans un arbre, c'est finement joué.
l'apparition du son dans les dialogues ou bruits ambiants trouve sa place dans l'histoire et ne s'inscrit pas dans l'effet de style inutile.
Enfin une bonne surprise que ce The Artist, j'espère que la collaboration Hazanavicius/Dujardin/Brejo durera, ils ne m'ont jusqu'ici pas déçus et je ne vois pas pourquoi on changerait une équipe qui gagne.
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allen john
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by allen john »

The artist (Michel Hazanavicius, 2011)

Commençons d'abord par l'inévitable: The artist est un film muet, un vrai, c'est-à-dire qu'il raconte une histoire par la seule force de l'image. C'est déja arrivé depuis 1929 (L'année durant laquelle la production Hollywoodienne est devenue majoritairement parlante), et les exemples de films sciemment muets sont, sinon nombreux, en tout cas notables. Il y a eu, bien sur, des succédanés de la production muette (The silent enemy, City lights, Tabu, Modern times), des parodies (Silent movie, de Mel Brooks) voire des essais plus ou moins expérimentaux et poétiques (Sidewalk stories, de Charles lane). Mais ce film n'est en aucun cas une parodie, n'est motivé par aucun gimmick économique, n'est ni un manifeste ni un objet militant, et a vocation à faire des entrées; il a quand même été présenté à Cannes, et a fait l'objet d'une solide promotion.

Ajoutons à ces données une série de paradoxes: tout en prenant pour sujet sa spécificité même (The artist est un film muet réalisé à l'époque parlante, qui parle du difficile passage du muet vers le parlant, mal vécu par une star majeure qui devient un moins que rien), le film se permet le luxe de reprendre des arguments à deux énormes classiques, voire trois: A star is born (1937), de William Wellman, refait par George Cukor en 1954, racontait comment une jeune femme, prise sous son aile par un solide acteur établi, effectuait une irésistible ascension vers les sommets du box-office, pendant que son amant, lui, entamait une plongée vers les profondeurs; et bien sur, on a tous en tête, en voyant ce nouveau film, l'irrésistible Singing in the rain(1952) de gene Kelly et Stanley Donen, qui montre avec humour et en musique de quelle façon un studio de cinéma enfermé dans sa routine devait répondre à l'appel du parlant en 1929... De ces deux films, Hazanavicius a fait un intelligent démarquage, mais là encore on n'est absolument pas dans la parodie.

1927: George Valentin (Jean Dujardin) est une star, pour Kinograph studios, en compagnie de son chien qui partage la vedette de ses films d'aventures, tous copiés les uns sur les autres. Manifestement, il est un coureur invétéré, et l'affection du public lui est acquise pour longtemps. Il aide un jour une jeune aspirante actrice, qui en retour tombe amoureuse de lui. Elle devient une actrice notable sous le nom de Peppy Miller (Bérénice Béjo), puis son étoile monte, jusqu'à être engagée par Kinograph en 1929, qui cherche à lancer une nouvelle vedette dans le cadre d'une reconversion du studio vers la production parlante. George Valentin, lui, a claqué la porte du studio pour continuer à produire, réaliser et inetrpréter des films muets, s'estimant un "artiste" de la profession. A peu près au même moment, le film de Valentin, daté et mal fichu, fait un flop, le premier film Kinograph de Peppy Miller, Beauty spot, est un énorme succès, la femme de Valentin le quitte et par dessus le marché, la crise est là. Valentin, qui a mal pris une remarque de Peppy dans une interview sur 'les vieux acteurs', s'enfereme dans sa propre descente aux enfers pendant que la jeune femme assiste, de loin, impuissante, à sa déchéance...

Les parallèles sont nombreux, on l'a déja dit, avec d'autres films. Mais il y a un grand nombre d'autres allusions, plus ou moins discrètes: une bonne part de l'intrigue renvoie à la triste histoire d'une immense vedette des années 20, John Gilbert; comme Valentin, il est en 1926 le roi, accumule les succès, et croit pouvoir faire la pluie et le beau temps à son studio, la MGM. Il est en 1927 la star incontestée de Flesh and the devil, de Clarence Brown, un puissant drame romantique dont la co-star est Greta garbo dans son troisième film Hollywoodien. Les deux tombent amoureux, vont même manquer de se marier, mais il n'en sera rien, la dame ayant de légendaires vélléités d'indépendance. C'est un homme irritable qui se fâche alors avec le dirigeant du studio, Louis B. Mayer, qui va selon la légende s'acharner à le détruire personnellement. Contrairement à Valentin, Gilbert a accepté le défi du parlant, mais sur des conseils mal avisés, a eu le plus grand mal à placer sa voix (Un problème récurrent chez les acteurs habitués à ne pas utiliser le dialogue); de fait, les spectateurs n'ont pas accepté l'acteur dans ses rôles parlants, et son étoile a décliné très vite. En 1933, Garbo a tout fait pour le remettre en selle en l'imposant pour être son partenaire dans Queen Christina, ou il est excellent (Une anecdote à l'origine d'une péripétie de The artist), mais la déchéance se poursuivra jusqu'à son décès prématuré en 1936. D'autre part, le nom même de Valentin renoie à Rudolf valentino, star phénoménale, mais celui-ci est décédé en 1926, soit avant la révolution du parlant. La silhouette campée par Dujardin renvoie autant à Gilbert qu'à Douglas Fairbanks, dont un film (The mark of Zorro, de Fred Niblo, 1920) est utilisé pour la séance de cinéma solitaire que s'octroie Valentin; les extraits du film sont saupoudrés de gros plans de Jean Dujardin en Zorro, mais les cascades sont bien celles de Fairbanks, une personnalité exubérante qui partage avec Valentin une petite manie de se livrer en public à des petits tours, excentricités et autres gags. Lui aussi a été écarté par le parlant... Quant à Peppy Miller, le nom renvoie probablement à Peggy Pepper, le personnage de Marion davies qui devient une immense vedette à la MGM dans la comédie géniale de King Vidor Show People (1928). Mais Bérénice Béjo compose un personnage plus générique, au-delà de ce nom, il n'y a pas plus d'allusions, sa silhouette pouvant aussi bien ramener à Louise Brooks que Clara Bow, ou Carole Lombard, dont elle a le style de jeu physique et drôle...

Au-delà des parallèles factuels et des inspirations des personnages, Michel Hazanavicius a bien fait les bonnes recherches, et a vu des films, principalement ceux des années 1927 à 1928, soit les meilleurs de la période. Il sait que les films muets de cette époque ne sont pas de poussiéreux objets mais bien une expression artistique authentique et unique, qu'ils ne scintillent pas, qu'ils sont superbes photographiquement. Il retient ça et là des plans-hommages, qui renvoient avec délicatesse à cette inspiration sans jamais prendre le pas sur la narration; une plan en plonée sur un café renvoie à Sunrise (Murnau, 1927), un plan de Dujardin qui manque de se faire renverser par une voiture fera penser à City lights (Chaplin, 1931)... Mais il ne s'arrête pas au cinéma muet, puisque des détails font penser à d'autres films, parlants mais aussi d'une importance capitale pour l"histoire du cinéma: la déchéance de Dujardin s'accompagne de plans (L'acteur au milieu d'une pièce, régnant ironiquement sur des monceaux de pellicule inutile, la découverte dans une pièce de la maison de Peppy MIller de ses meubles et de toutes ses affaires, recouverts de draps et devenus inutiles, comme une collection mise sous clé) qui rapellent Citizen Kane (1941), de Orson Welles... Mais a musique elle-même, généralement une partition originale composée par Ludovic Bource, sort de son cadre et renvoie à Vertigo(1958) lors d'une scène de suspense superbe, et pleine de trouvailles, avec l'utilisation du thème de la scène d'amour composé par Bernard Herrman pour le film de Hitchcock! De la même manière, Bource et Hazanavicius qui sont des hommes de gout, accompagnent leurs montages sur l'irrésistible ascension de Peppy et la descente de Valentin, de Jubilee Stomp (1928), de Duke Ellington, comme une superbe trace du son du passé, qui se marie excellement avec le film.

"We had faces then", voilà ce que Norma Desmond disait à Joe Gillis dans Sunset Boulevard (1950), de Billy wilder, pour lui signifier la supériorité des acteurs du muet sur ceux du parlant; de fait, la leçon a été apprise et bien rendue par Hazanavicius, qui a cherché en priorité des "trognes", des visages expressifs, voire inoubliables, pour accompagner son histoire. Dujardin et la mobilité de son visage, Bérénice Béjo et son sourire modelable, sont donc accompagnés d'acteurs Américains (Je mets volontarement de coté l'apparition anecdotique du Britannique malcolm Mc Dowell, réduite à quelques secondes) qui ont des visages notables: John Goodman est parfait en producteur à cigare, James Cromwell, quasiment en contre-emploi, interprète le fidèle chauffeur qui n'abandonne pas George Valentin, et Penelope Ann Miller s'acquitte avec génie d'un rôle ingrat, celui de l'épouse jalouse qui abandonne Valentin dans la tourmente...

Mais bien sur, Hazanavicius ne s'est pas arrêté en si bon chemin. Au-delà du choix du noir et blanc (Même si je le répète, la couleur existe au cinéma depuis le début!! Même si des films intégralement en couleurs sortaient tous les ans dans les dernières années du muet, et même, certains d'entre eux avaient des séquences parlantes et sonores, comme celui-ci...), d'un format "carré", 1.33:1, du muet, le meteur en scène s'est livré à une véritable recherche de mise en scène, justement: lui qui a, avec ses deux OSS 117, su retraduire avec élégance le style surranné des années 60, est un expert du pastiche, du "à la manière de", mais on aurait pu avoir un produit sympathique, mais anecdotique avec ce nouveau film; or il n'en est rien: c'est un film valide, à la mise en scène pure et surtout originale, émaillé de petits bonheurs cinématographiques, voire de trouvailles géniales. Il fait jouer les ombres, et celle de George valentin le quitte alors qu'elle devrait se projeter sur un écran blanc! La façon dont il fait jouer Dujardin avec le chien, jusque dans leur maison, dans leur quotidien, est très drôle mais elle est pleine de sens, l'acteur devenant un incorrigible gamin, déconnecté des réalités, y compris dans sa vie quotidienne, ce qui précipitera sa chute. Le jeu sur les jambes de Bérénice Béjo engagée pour danser en figurante, vues par l'oeil salace de Valentin, qui s'amuse alors à essayer d'en voir plus, renvoie un peu à la séduction de la jeune femme, mais plus encore à son astuce finale (Que je ne révèlerai pas), permettant au film d'adopter un semblant de structure circulaire. On passera sur la scène de l'escalier, lorsque Valentin qui descend après avoir claqué la porte de son patron rencontre Peppy qui monte, symbolique effective de leur futur, mais vénérable cliché, pour se concentrer sur la thématique gonflée du sonore et du parlant: cette menace du film reste pendant longtemps le véritable ennemi, ce qui empêche Valentin de dormir (Il fait un cauchemar sonore, parfaitement génial, et très surprenant), mais le paradoxe, c'est que Hazanavicius réusstit à intégrer à son film muet une représentation du parlant, dosant ses plans de bouches babillantes en variant sur la proximité de la caméra. Ce qui aurait pu être un type de plans génériques de bouches qui parlent, est millimétré, dosé, calibré jusqu'à devenir un crescendo génial. A la fin, lors d'une embrassade des deux acteurs, Hazanaviciius se soncentre sur leurs bouches, toujnours muettes, et dans le silence total puisque Bource maintient pour cette scène l'orchetre en standby, on jurerait qu'ils chuchottent. En muet, s'entend...

Parler, c'est donc la menace, c'est aussi un clin d'oeil final. L'angoisse de Valentin qui renvoie à cette menace qui pesait sur certains acteurs, peu susceptibles de réussir dans le cinéma parlant (la encore, je ne peux que renvoyer à ce film fabuleux qu'est Singing in the rain, dans lequel tout est dit, mais aussi dansé et chanté); en soi, ça n'est rien, mais cette angoisse, cette menace, d'ailleurs relayée dans le film par la méchante crise de 1929, c'est un peu le symbole même, ou la notion de vicissitude, c'est l'adversité. Voilà qui permet de donner un sens à cette brillante épopée formelle: il ne s'agit pas ici de militer, simplement de constater: le parlant au cinéma, ça devait arriver, c'est juste un passage, c'est comme vieillir, c'est comme mourir. Le "message", si on peut dire, st vite trouvé: il y aura un moyen, et comme ça, on pourra avoir recours à cette bonne vieille maxime, The show must go on. ca finira bien par marcher!! De plus, on a besoin de l'adversité, comme valentin, vaniteux et suffisant, enclin à refaire à chaque fois le même film, a besoin de nouveaux défis... Ce n'est en aucun cas révolutionnaire, non, mais ça justifie pleinement le poême cinématographique de 100 minutes qu'on vient de voir. et puis comme on est très reconnaissant à Michel Hazanavicius d'avoir fait un vrai film muet, pas une parodie, mais un vrai, bona fide film muet, avec respect. Rien que pour ça, on peut l'aimer sans aucune réserve: Merci.

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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Spongebob »

Tès belle intervention qui rend tout à fait justice au film :)