The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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riqueuniee
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by riqueuniee »

everhard wrote:je sors du film et je suis très émue encore. Certes les deux ado a coté de moi ont baillé presque tout le film mais la moitié de la salle a applaudi à la fin. Je crois qu'il faut avoir une certaine sensibilité au cinéma noir et blanc et aussi au muet pour vraiment apprécier le film et en particulier pour bien saisir toutes les influences ( à mon sens assez bien digérées ) présentes dans le film. Jean Dujardin a du regarder quelques films de Douglas Fairbanks,d'Errol Flynn, de John Gilbert et pas mal de Gene Kelly dans "Singin' in the rain ". J'ai adoré le petit chien qui m'a fait penser à Asta en beaucoup plus courageux ^^. J’ai bien aimé la musique que j'ai trouvé en harmonie avec le film. J'ai versé quelques larmes aussi.
Bien vu pour Asta (le chien du couple de l'introuvable). Ce film est rempli de références, mais ça ne tourne pas au catalogue de citations . On peut d'ailleurs très bien voir le film sans s'occuper de ça (d'ailleurs, c'est après le visionnage que j'y ai vraiment pensé, pas pendant).
Par exemple, je viens de penser à celle-ci : quand on voit George Valentin (ou le personnage qu'il interprète dans le film qu'il réalise) miniaturisé, ça rappelle Les poupées du diable de Tob Browning (le film puise plus dans le cinéma des années 30/40 que dans le cinéma muet, pour ses références)
Strum
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Strum »

The Artist est une très belle réussite. Davantage qu'aux films muets, le film rend hommage aux films hollywoodiens classiques des années 30-40 et même 50, comme les OSS 117 rendaient hommage aux films d'espionnage des années 60. A cet égard, The Artist fourmille de références, d'idées, de plans même, issus d'Une Etoile est née, Chantons sous la pluie, The Thin Man, Elle et Lui, Citizen Kane, etc. Michel Hazanicius connait ses classiques. Pourquoi alors, faire de The Artist un film muet ? Au delà de l'intrigue qui sert d'argument au film, d'abord, je gage, pour montrer que la force émotionnelle de ce cinéma classique résidait dans l'image et la maitrise de la narration, et que même si certains dialogues et certaines situations peuvent en paraitre datées à certains aujourd'hui, les images de ces films et la conduite de leur récit ont gardé toute leur force expressive. Le cinéma lui-même est langage. C'est le mythe du "cinéma pur" que le réalisateur essaie d'illustrer. Ensuite, peut-être parce qu'Hazanavicius souhaite aussi faire un parallèle entre Georges Valentin qui tombe à un moment dans l'oubli, et les films hollywoodiens classiques, qui sont bien sûr moins populaires aujourd'hui que le cinéma contemporain (je dis "peut-être" parce que la cinéphile assure largement aujourd'hui la conservation des classiques). Le talent et les artistes sont éternels.

C'est donc au burin de la nostalgie qu'est gravé The Artist. Si puissant soit ce sentiment, cela ne suffit pas à faire un film. Le mérite d'Hazanavicius est d'avoir su créer un film qui se tient, et qui est même remarquablement écrit et construit, à partir de ce sentiment de nostalgie et cet amour du cinéma hollywoodien. Il a su prendre les bonnes décisions (déjà, un casting formidable, de Dujardin et Béjo jusqu'aux seconds couteaux), doser avec tact et retenu le mélange de comédie de la première partie et de mélodrame de la seconde, écrire en la personne de Valentin un personnage qui n'est pas dénué de défaut et qui s'en trouve avoir une certaine épaisseur, et même insérer dans le récit des séquences presque surréalistes qui le dépassent (le rêve des "sons", l'hallucination des pigmées, l'ombre qui s'en va). On sent un amour formidable du cinéma dans ce film, et de ce qui l'entoure (très beau dernier mouvement à la grue découvrant le plateau, pour clore le film).

A me lire, on pourrait croire que l'on tient là un chef-d'oeuvre. Ce n'est pourtant pas mon sentiment. Pis, deux jours après avoir vu le film, j'ai l'impression qu'il laissera dans ma mémoire moins de traces que le premier OSS 117 (que j'avais beaucoup aimé). En essayant de m'expliquer ce hiatus entre les plaisirs indéniables que le film prodigue et cette impression d'éloignement que je ressents, je me suis figuré ceci : c'est peut-être un film, en dernière analyse, qui n'a pas beaucoup d'identité propre - contrairement à certains grands classiques hollywoodiens. Hazanavicius a beau avoir réussi ce prodige d'être parvenu à fondre ses influences disparates en un tout cohérent, peut-être que cette absence d'aspérité du film, ou cette absence de cadre ou de monde personnel du film, est le prix à payer pour cette refonte dans un simili vieux pot. Ainsi de l'usage du thème musical amoureux de Vertigo à la fin du film. On peut imaginer que cette musique compte beaucoup pour Hazanavicius, et qu'en l'utilisant de manière aussi respectueuse, sans césure ni escamotage, il escompte qu'elle épouse au mieux la courbe du film, convoque les mannes d'une émotion pure, retrouve la magie d'Hitchcock, de même qu'il utilisait la musique de La Mort aux Trousses à la fin du deuxième OSS 117. Or, c'est l'inverse qui se produit. Le film et le thème musical de Vertigo, corps étranger au film, se rapetissent mutuellement ; la musique romantique d'Herrmann ne donne plus à ressentir qu'un seul sentiment, assez diffus, entre attente et suspense (Peppy rejoindra-t-elle Gorges à temps), là où elle donnait vie dans Vertigo à mille petites appréhensions, mille petites morbidités, mille petites langueurs romantiques, mille petites douleurs amoureuses. Il y a dans The Artist, en somme, comme un film personnel par son inspiration, mais pas si personnel, par le monde qu'il inspire sur la longueur. Et j'insiste sur cette perspective longue. En sortant du film, samedi soir, je n'aurais peut-être pas écrit ce paragraphe de réserves.

Il n'en reste pas moins que je recommande sans hésitation ce très bon film. Il confirme qu'Hazanavicius est un excellent metteur en scène, avec une intuition très sûre dans le découpage et la conduite du récit. J'espère cependant le voir mettre en scène ensuite un film plus distinctif que ses OSS 117 et The Artist, qui doit plus à son monde intérieur qu'à des influences extérieures, aussi dignes d'admiration soient-elles.

PS : Je souhaite beaucoup de succès à ce film, mais la salle où je l'ai vu n'était pas pleine. J'espère que cela n'augure pas de la suite.
riqueuniee
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by riqueuniee »

Ca dépend aussi de l'horaire où tu l'as vu. J'y suis allée à la séance de vendredi 13 h. Pour cette heure-là (à laquelle les salles sont très rarement pleines) , il y avait pas mal de monde.
Strum
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Strum »

riqueuniee wrote:Ca dépend aussi de l'horaire où tu l'as vu. J'y suis allée à la séance de vendredi 13 h. Pour cette heure-là (à laquelle les salles sont très rarement pleines) , il y avait pas mal de monde.
Je l'ai vu à la séance de 22h. Tant mieux s'il y avait du monde à 13h !
riqueuniee
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by riqueuniee »

Du monde, tout est relatif...(juste du monde pour cet horaire-là, dans cette salle-là -le MK2 quai de Loire)
Il sera intéressant de voir les résultats au bout d'une semaine d'exploitation.
Ceux de la première séance, mercredi, sur Paris, n'étaient pas mauvais.
Si on en juge par les réactions ici, le film devrait bénéficier d'un bon bouche-à-oreille.
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Rick Blaine »

riqueuniee wrote: Si on en juge par les réactions ici, le film devrait bénéficier d'un bon bouche-à-oreille.
Je l'espère. Mais attention, tout de même, ce sont les réactions ici, c'est à dire pour un public qui n'a pas de problème à aller voir un film muet en noir et blanc, qui replacera facilement le film par rapport à ses références et qui est capable d’appréhender peut-être plus facilement sa signification.
Hier dimanche, à 14h30 à Bercy, il y avait du monde, mais pas nécessairement beaucoup de monde, surtout si on considère qu'il s'agit d'un film avec un des acteurs les plus "bankables" du moment. Et j'ai entendu pas mal de bâillements pendant la séance, donc je ne sais pas ce que pourra donner le bouche à oreille au niveau d'un public plus large.
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Boubakar »

Strum wrote:PS : Je souhaite beaucoup de succès à ce film, mais la salle où je l'ai vu n'était pas pleine. J'espère que cela n'augure pas de la suite.
Vu un samedi après-midi et la salle était au complet (environ 200 places).
Ralph Wiley
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Ralph Wiley »

C'est marrant. Bien qu'ayant vu "Sueurs Froides" plusieurs fois, je n'ai pas du tout reconnu le thème et j'ai pensé à un mauvais démarquage du final de "Tristan & Isolde" de Wagner, ce qui m'a gâché la fin, alors que jusque-là, j'avais très apprécié.
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Watkinssien »

Ralph Wiley wrote:C'est marrant. Bien qu'ayant vu "Sueurs Froides" plusieurs fois, je n'ai pas du tout reconnu le thème et j'ai pensé à un mauvais démarquage du final de "Tristan & Isolde" de Wagner, ce qui m'a gâché la fin, alors que jusque-là, j'avais très apprécié.
Donc en gros, tu es en train de dire du mal de la (sublime) musique de Bernard Herrmann... :mrgreen:
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Ralph Wiley
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Ralph Wiley »

Non, pas de la musique. Un plagiat sublime est non seulement un plagiat, mais il est aussi sublime. En lui-même, parce qu'un tel morceau ne me semblait pas pendant le film convenir à la nature de la scène - Wagnérien, fait pour peindre des personnages et des relations, pas pour souligner un suspense, des situations. Par contre, Herrmann, sur le coup, mérite l'opprobre et le déshonneur.
riqueuniee
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by riqueuniee »

Plagiat ou imitation ou je ne sais quoi d'autre de Wagner, je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est que, la dernière fois que j'ai revu Vertigo, j'ai trouvé la musique sublime.
Et je trouve son utilisation dans le film d'Hazanavicius très réussie. (je n'ai pas vraiment reconnu le thème, juste la "patte Herrmann".
Ralph Wiley
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Ralph Wiley »

Moi j'ai pas reconnu la patte Herrmann. Dans mon esprit, cette patte c'était plutôt "Psychose". Je me languis de revoir le film chez moi pour évacuer les pensées qui m'ont envahi en salle pour l'évaluer à sa juste valeur.
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Major Tom
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Major Tom »

Tristan et Iseut de Wagner a certes été repris par Herrmann pour Vertigo, pour The Artist, mais aussi par Sakamoto pour Femme Fatale :fiou: - merci à Phnom de me l'avoir fait remarquer, je n'avais jamais fait attention. :) Dans le cas du De Palma, il peut aussi bien s'agir d'un hommage à Hitchcock par le biais d'une "reprise" de Wagner, tout comme ça peut être simplement parce qu'il aimait ce thème et qu'il trouvait que ça convenait à son film. Je ne sais pas. Toujours est-il que je trouve un peu vain l'idée de chercher à ce que l'intention d'un compositeur pour telle symphonie, tel opéra, se retrouve dans les images du film qui l'utilise. Je crois que bien des cinéastes se sont épargné ça. Certains l'ont peut-être fait, mais d'autres, plus nombreux et notamment des génies (même Kubrick) utilisent la musique pour accompagner l'action, la souligner ou peu importe. Honnêtement, quel est le rapport entre le Beau Danube bleu et l'espace? On va peut-être me redire que l'utilisation de L'Or du Rhin (encore Wagner!) par Malick pour Le Nouveau Monde convenait mieux par rapport au thème comparé à son utilisation dans Nosferatu, pourtant, des deux, le film d'Herzog est non seulement meilleur même si on est dans un registre différent :mrgreen: mais aussi celui qui l'utilise le mieux (une fois, tandis que chez Malick ça devient même fatiguant, c'est dire). Ça marche avec les images, tant mieux. Ce n'est pas parce qu'on adapte au ciné Roméo & Juliette de Shakespeare que l'utilisation du pourtant magnifique opéra de Prokofiev sera la meilleure bande originale imaginable. ;) Cela dit, je peux comprendre que l'on soit irrité quand on aime un thème, et qu'on le retrouve dans un film, comme l'expliquait De Palma à propos de Shining (en gros "je connaissais les musiques de Penderecki et du coup je n'étais jamais surpris, je savais à quel moment ça devait faire sursauter"). Moi je suis plus gêné par les bandes originales de Tarantino qui n'ont aucune cohérence, ce sont plus des compils de ce qu'aime le réalisateur. Évidemment qu'il est génial le morceau Allonsanfan de Morricone, mais qu'est-ce que ça vient foutre entre Tiger Tank de Schiffrin et Cat People de Bowie?
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julien
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by julien »

Major Tom wrote:comme l'expliquait De Palma à propos de Shining (en gros "je connaissais les musiques de Penderecki et du coup je n'étais jamais surpris, je savais à quel moment ça devait faire sursauter").
Tu me reprendras si je me trompe ; je crois qu'il disait ça au sujet de la Musique pour cordes et Percussions de Bartok. Mais à mon avis je pense qu'il aurait souhaité se servir lui aussi de cette musique dans l'un de ses films et lorsqu'il a vu qu'elle avait déjà été utilisée par Kubrick, ça lui a foutu les boules.
Ralph Wiley wrote:Par contre, Herrmann, sur le coup, mérite l'opprobre et le déshonneur.
Plutôt qu'un plagiat, je pense qu'il faut y voir davantage un clin d'oeil au mythe de Tristan et Iseult, qui a inspiré Hitchcock sur Vertigo.
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Major Tom
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Re: The Artist (Michel Hazanavicius - 2011)

Post by Major Tom »

julien wrote:Tu me reprendras si je me trompe ; je crois qu'il disait ça au sujet de la Musique pour cordes et Percussions de Bartok.
Ah oui Bartok plutôt! Possible, oui. :oops:
julien wrote:Mais à mon avis je pense qu'il aurait souhaité se servir lui aussi de cette musique dans l'un de ses films et lorsqu'il a vu qu'elle avait déjà été utilisée par Kubrick, ça lui a foutu les boules.
Cela dit, il ne se s'est pas gêné pour reprendre Sarabande de Handel dans Redacted... et pas n'importe quelle version: celle de la bande originale de Barry Lyndon, et pas une autre orchestration. :mrgreen:
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