Claude Sautet (1924-2000)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Nomorereasons
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Re: Claude Sautet (1924-2000)

Post by Nomorereasons »

Boubakar wrote:En parlant des Choses de la vie, j'ai vu qu'il existait un remake américain nommé Intersection, avec Richard Gere et Sharon Stone. Par curiosité, qu'est-ce que ça vaut ?
Les petits copains de Tulard lui mettent quatre étoiles.
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Demi-Lune
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Re: Claude Sautet (1924-2000)

Post by Demi-Lune »

Boubakar wrote:En parlant des Choses de la vie, j'ai vu qu'il existait un remake américain nommé Intersection, avec Richard Gere et Sharon Stone. Par curiosité, qu'est-ce que ça vaut ?
Il paraît que c'est très mauvais.
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Watkinssien
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Re: Claude Sautet (1924-2000)

Post by Watkinssien »

yaplusdsaisons wrote:
Boubakar wrote:En parlant des Choses de la vie, j'ai vu qu'il existait un remake américain nommé Intersection, avec Richard Gere et Sharon Stone. Par curiosité, qu'est-ce que ça vaut ?
Les petits copains de Tulard lui mettent quatre étoiles.
Normal, dans ce bouquin, quasiment tous les films avec Sharon Stone ont quatre étoiles, car les avis sont écrits par un monsieur qui est tellement amoureux de l'actrice qu'il en devient ridiculement lyrique et enthousiaste... Même Sliver a quatre étoiles... :lol:
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Flavia
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Re: Claude Sautet (1924-2000)

Post by Flavia »

Demi-Lune wrote:
Boubakar wrote:En parlant des Choses de la vie, j'ai vu qu'il existait un remake américain nommé Intersection, avec Richard Gere et Sharon Stone. Par curiosité, qu'est-ce que ça vaut ?
Il paraît que c'est très mauvais.
Il ne faut surtout pas avoir vu l'original avant, j'ai vu le remake à la télé et je confirme c'est mauvais, il faut tenir :shock:
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Re: Claude Sautet (1924-2000)

Post by Federico »

C'est plus que mauvais, c'est au-delà du médiocre...
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Jeremy Fox
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Re: Claude Sautet (1924-2000)

Post by Jeremy Fox »

Je sais que beaucoup le cherchait passé un temps ; on le trouve dans les soldes Amazon

Un coeur en hiver
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Profondo Rosso
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Re: Claude Sautet (1924-2000)

Post by Profondo Rosso »

Mado (1976)

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Simon Léotard, 49 ans, promoteur immobilier, bourgeois libéral, rencontre Mado, 22 ans, et découvre en elle un personnage secret et attachant...

Claude Sautet poursuivait dans Mado son portrait des relations homme/femmes et plus précisément de cette génération d'hommes d'âge mûr handicapé émotionnellement, incapable d'extérioriser leur sentiments. Michel Piccoli, entre le mourant plein de regrets des Choses de la vie, le flic glacial et méticuleux de Max et les ferrailleurs et le mari trompé sans réaction de Vincent, François, Paul... et les autres est la figure emblématique de ce type de personnages chez Sautet à cette période.

Ici une complexe affaire de malversations immobilière se mêle au drame intimiste pour une nouvelle fois confronter un homme à ses manques. Simon Léotard riche promoteur immobilier va voir sa destinée professionnelle et sentimentale se dérober sous lui. D'un côté le suicide d'un collaborateur le place sous le joug d'un dangereux et douteux personnage et de l'autre il se découvre de réels sentiments pour Mado (Ottavia Piccolo) jeune femme avec laquelle il couche moyennant finance. Le parallèle entre l'intrigue politico-financière et sentimentale sert à confronter le héros à ses contradictions. Capable de révolte et de vraie astuce pour contrecarrer les plans du redoutable Lepidon (Julien Guiomar), il s'avérera incapable de dévoiler avec sincérité ses sentiments à Mado. L'intrigue révèle progressivement Simon comme un homme froid et détaché qui a tendance à fuir lorsque les difficultés se posent dans ses relations avec les femmes puisqu'il a déjà été marié deux fois et qu'une brève entrevue avec une ex (Romy Schneider) à l'état d'épave nous montre une autre victime de ses abandons. Cette dernière scène nous montre ainsi ses difficultés à communiquer puisqu'il restera finalement muet sur ses problèmes face à elle malgré la visite qu'il aura lui-même sollicité. Avec Mado, Simon semble servi puisqu'elle semble aussi détachée et froide que lui, passant d'un client à un autre sans remord et vivant sa vie sans complexe. Confronté à la jalousie, Simon ne saura rien faire d'autre que mettre fin à leur relation plutôt que se livrer à elle.

L'humanité de Mado se révèle pourtant progressivement, entre ses amis nombreux qu'elle cherche à aider et surtout lorsqu'elle se révèle capable d'aimer avec le peu fréquentable Manecca (Charles Denner) pourtant plus ouvertement amoureux que Simon. Ottavia Piccolo est formidable dans ce personnage sensuel et secret dont la fragilité se dévoile peu à peu. Sa distance n'est qu'un masque prêt à tomber face à celui qui saura se montrer doux avec elle (son récit de sa première rencontre avec Manecca) et l'actrice d'autant plus touchante lorsqu'elle s'abandonne avec aussi intensément que sobrement (Manecca lui annonçant partir sans elle, la conclusion). Michel Piccoli est tout aussi formidable, Sautet capturant avec finesse les élans amoureux imperceptibles de cet homme tel ce bref regard de déception lors de cette scène où il se rend compte que Mado n'est pas venue seule lui rendre visite chez lui. Il acquiert une vraie dimension tragique dans la dernière partie, errant seul sans oser se rapprocher d'une Mado dépitée pour un autre et trouvant son réconfort ailleurs (Jacques Dutronc excellent second rôle récompensé d'un César). La joyeuse allégresse et anarchie de la péripétie routière finale ne fera donc que l'enfoncer davantage et l'éloigner de Mado. La belle dernière scène (un ton coupée par Sautet furieux de voir Romy Schneider mise en avant par le producteur alors qu'elle n'a qu'un rôle très court) le montre possiblement changé par l'épreuve mais celle qu'il cherchait réellement est définitivement perdue. 5/6
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Re: Claude Sautet (1924-2000)

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César et Rosalie (1972)

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Dans le beau cadre de la plage de Noirmoutier un « ménage à trois », avec César, un parvenu hâbleur mais généreux, David, un artiste effacé assez intellectuel qui se régale de la vulnérabilité de son confident, et une Rosalie bovarienne, partagée entre l'homme avec qui elle vit et son amour de jeunesse faisant irruption dans sa vie, qui prend cette thérapie pour une connivence.

Claude Sautet prolongeait dans César et Rosalie son exploration du couple amorcée dans le magnifique film de sa réinvention artistique, Les Choses de la vie. On retrouve ici un triangle amoureux cette fois inversé par rapport aux Choses de la vie où ceux sont cette fois les hésitations d'une femme au milieu de deux hommes qui la vénèrent qui sera le moteur de l'intrigue. César et Rosalie se démarque également par son ton moins ouvertement dramatique mais tout aussi touchant. Rosalie (Romy Schneider reprenant un rôle initialement écrit pour Catherine Deneuve) est la compagne heureuse de César (Yves Montand) mais l'équilibre du couple est brisé par le retour de David (Sami Frey), amour de jeunesse qu'elle n'a pas revu depuis cinq ans et qui ne l'a pas oublié. Tout oppose les deux hommes et c'est bien leur qualités et défauts complémentaires qui vont amener les va et vient sentimentaux de Rosalie. César est un "homme du peuple", riche entrepreneur qui s'est fait tout seul au tempérament sanguin et possessif. David est un artiste, dessinateur de bd effacé et ténébreux. La chaleur de César est un bienfait et une malédiction, protectrice et étouffante à la fois. A l'inverse David est doux, attentionné mais finalement trop distant. César poursuivrait Rosalie jusqu'au bout du monde si elle disparaissait avec un autre, David au contraire s'effacerait résigné sans moins l'en aimer pour autant.

Sautet filme le quotidien lentement se déliter au fil des élans de Romy Schneider de l'un à l'autre de ses prétendants. On admire ainsi les remarquables interprétations d'Yves Montand et Sami Frey qui font de ses archétypes (autant dans le caractère que l'origine sociale) des êtres de chers et de sang. Montand, boule de nerfs incontrôlable et amant généreux alterne ainsi numéros de charme et dérapages violents dévoilant l'angoisse qui ronge cet homme sous son aisance. Sami Frey plus sobre dissimule lui sous son masque froid une tout aussi grande agitation du cœur et c'est par un des regards tendres et discrets, des gestes simples que s'exprimera sa passion. Dans le même ordre d'idée les scènes tendres ou de conflits des deux couples sont captés de manière différente par Sautet. L'amour est sautillant et enlevé entre César et Rosalie (l'ouverture sur les préparatifs du mariage) et les disputes un véritable chaos de violence verbale et physique. Au contraire pas de conflit entre Rosalie et David, les non-dits et ellipses amorçant la séparation avant qu’ils surgissent par une fuite en avant de Sami Frey et la relation amoureuse y est paisible radieuse et laissent les amants s'oublier.

Le script de Sautet et Jean-Loup Dabadie prend des détours étonnants qui vont justement bouleverser cette forme d'équilibre du ménage à trois. D'abord rivaux, les deux amoureux vont comprendre que l'objet de leur attention s'éteint à leur contact en l'absence de l'autre. Si David abandonne bien vite la partie, César prendra les choses en main pour le forcer à partager le quotidien de Rosalie. L'opposition devient complémentarité voire complicité pour les deux hommes où ces amours partagés révèlent le meilleur d'eux même. César perdra de ses élans machos (la partie de poker en début de film) pour être plus attentionné et sacrifier sa fierté en s'effaçant pour son rival quand David se verra forcé à prendre enfin l'initiative. C'est finalement celle qui se nourrissait de cet interdit et de cette tension qui sera la plus décontenancée, Rosalie. Romy Schneider humanise ainsi enfin cette figure féminine séductrice et mystérieuse en lui instaurant enfin le doute auquel elle a soumis "ses" hommes. L'actrice fait preuve d'un naturel, d'une sensualité et magnétisme fascinant qui ne rendent jamais antipathique ce personnage libre et s'abandonnant à ses penchants du moment. C'est finalement d'elle que devra venir l'ultime chemin à parcourir, le temps d'une sobre et touchante scène de retrouvailles finale. 5/6
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Re: Claude Sautet (1924-2000)

Post by Profondo Rosso »

Les Choses de la vie (1969)

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Pierre (Michel Piccoli), architecte d'une quarantaine d'années, est victime d'un accident de voiture. Éjecté du véhicule, dans le coma, au bord de la route, il revoit son passé et les deux femmes qui comptent dans sa vie, Catherine (Léa Massari) dont il est séparé et avec qui il a eu un fils, et Hélène (Romy Schneider), avec qui sa relation amoureuse est à un tournant...

Avant Les Choses de la vie les premiers films de Claude Sautet n'étaient guère représentatifs de sa personnalité, entre la grosse comédie Bonjour Sourire (1955) qu'il reniera par la suite, et les pourtant efficaces collaborations avec Lino Ventura avec le polar Classe tout risques (1960) et le film d'aventure L'Arme à gauche (1965). Peu satisfait de ces films qui ne lui ressemblent pas, Sautet abandonne donc la réalisation pendant quatre pour mieux officier dans l'ombre et contribuer aux scripts des films de ses amis avec La Vie de Château (1966) de Jean-Paul Rappeneau ou Le Diable par la queue (1969) de Philippe de Broca pour l'officiel puisque cette activité de script doctor courant sur toute sa carrière ne fut pas forcément créditée à chaque fois. C'est avec Les Choses de la vie qu'il se réinvente, le succès du film lui permettant enfin de creuser ce sillon personnel qui donnera tous ses grands classiques des années 70 que sont César et Rosalie, Vincent, François, Paul... et les autres , Max et les ferrailleurs...

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En adaptant le roman éponyme de Paul Guimard, Claude Sautet développe tous les grands thèmes de ses films suivants, le manque de communication dans le couple et surtout la figure masculine incapable d'extérioriser ses émotions. Ces questionnements seront plus approfondis dans les œuvres à venir, et c'est justement cette approche tout en esquisses qui fait tout le prix des Choses de la vie. Le film est traversé par le poids du souvenir et de l'inéluctable. La fatalité est exprimée d'emblée avec les images de cette foule inquiète et curieuse observant la carcasse calcinée d'une voiture dont on ne voit pas encore l'occupant gisant à terre. Tout semble déjà joué lors de ce générique rembobinant le terrible accident et ramenant le blessé à sa vie paisible quelques jours plus tôt. Pierre (Michel Piccoli) coule des jours heureux avec sa nouvelle compagne Hélène (Romy Schneider) mais n'a jamais vraiment oublié Catherine (Lea Massari), sa première épouse.

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Cette hésitation pas encore résolue fragilise le couple lorsque Pierre va tergiverser alors qu'ils préparent un départ définitif à l'étranger. Saute distille subtilement les éléments reconstituant le puzzle de la personnalité de son héros, que ce soit une conversation où on devine les liens intact entre Catherine et Pierre ou encore l'égo de ce dernier qui fait volte-face en découvrant (ou se souvenant) sur un détail qu'un ami est désormais l'amant de son ex. C'est ce même égo et cette carapace qui va l'amener à faire preuve d'une révoltante froideur envers Hélène, qui à l'opposé est un livre ouvert pour exprimer ses sentiments et est éperdument amoureuse de lui. Romy Schneider est absolument magnifique avec ce personnage tout en abandon, bouleversant sans un mot le temps d'une scène où elle ressurgit de l'entrée de son immeuble pour observer Piccoli parti sans un mot ni un regard après une dispute.

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La narration est entrecoupée d'inserts de l'accident (très impressionnant) jetant un voile funeste sur toute les erreurs commise par Piccoli et qui ne pourront être réparées. Des souvenirs en flashback interviennent également du point de vue de notre héros, symbole de son dilemme puisque alternant entre les images estivales de son bonheur avec Lea Massari sur l'île de Ré et le romantisme plus flamboyant des moments avec Romy Schneider avec une première rencontre fabuleuse où d'une voix perdue dans une pièce sa présence se concrétise par son regard bleu magnétique envahissant soudain l'écran. Après avoir adopté une certaine hauteur de point de vue, Sautet fait enfin se rejoindre les deux temporalités du récit et plonge totalement dans l'intime en faisant partager les ultime pensées d'un Michel Piccoli mourant et qui l'ignore. Les flashbacks se mue en hallucinations synonyme de mort, la voix-off déterminée de Pierre dénote avec le délabrement de son corps, se raccrochant à la vie pour déchirer cette horrible lettre qu'il n'aurait jamais dû écrire.

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Michel Piccoli est extraordinaire, ne dévoilant sa fragilité qu'une fois seul (magnifique moment de mélancolie quand de nuit en voiture son regard trahi les regrets de son attitude, émotion suspendue appuyée par les notes de Philippe Sarde) ou totalement démuni et vulnérable après l'accident. Sautet offre de belles idées narratives et visuelles pour traduire la confusion de Pierre : la fougère du sol où il git se confondant avec une autre traversée en souvenir avec Romy Schneider, la voix-off de Piccoli de plus en plus erratique, les détails qui transforment les flashbacks en rêveries du condamné. Rien n'est excessivement appuyé, la narration progresse à l'image du maelstrom et de la confusion de souvenirs qui assaillissent Piccoli et exprime ainsi ce qu'est Les Choses de la vie, un long et ultime songe teinté de regrets éternels. 5/6
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Re: Claude Sautet (1924-2000)

Post by Profondo Rosso »

Une histoire simple (1978)

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Divorcée, mère d'un adolescent, Marie a décidé de ne pas garder l'enfant qu'elle attend de Serge, dont elle souhaite se détacher. Parallèlement à ses propres difficultés, on découvre les soucis et les drames de ses amis - tel le suicide de Jérôme, menacé de licenciement.
Marie se rapprochera de son ex-mari


Le temps d'une remarquable série de films (Les Choses de la vie, Vincent, François, Paul... et les autres, César et Rosalie, Mado), Claude Sautet s'était fait le remarquable peintre de la psychologie masculine. Il explora ainsi sous toutes ses formes les travers d'un certain type d'homme, quarantenaire et souffrant des mêmes maux : coincé entre le machisme qu'on leur avait inculqué et une sensibilité qu'il n'arrivait pas à exprimer, indécis, aussi déterminé professionnellement que faible sentimentalement. Le cycle démarrait dans une flamboyance romantique totale, tragique ou optimiste (Les Choses de la vie, César et Rosalie) pour virer vers une résignation presque sans issue (Vincent, François, Paul... et les autres et surtout Mado). Les femmes, toujours en retrait n'en constituaient pas moins des personnages fort et excellemment écrit mais n'étaient jamais complètement au centre de l'intrigue, plutôt les enjeux de la révolution que les hommes étaient prêt à faire pour gagner leur cœur.

Avec Une histoire simple, Sautet opte donc enfin pour récit au féminin à travers le regard de celle qui les a inspirés ces plus beaux personnages de femmes, Romy Schneider. A l'inverse des hommes, les femmes apparaissent chez Sautet comme des êtres plus assuré, déterminé et donc soumis à l'inconsistance du sexe opposé. Le film s'ouvre d'ailleurs sur un choix fort de son héroïne Mary (Romy Schneider), avorter de l'enfant de l'homme avec qui elle vit (Claude Brasseur) car elle ne l'aime plus et va le quitter. Une décision incompréhensible pour l'éconduit puisqu'elle ne le quitte pas pour un autre et que "ça ne se fait pas de quitter quelqu'un comme ça". Il ne saura d'ailleurs réagir réellement (et violemment) à cette rupture que quand il pensera que Marie voyait un autre homme. Le script oppose ainsi la modernité du personnage de Romy Schneider dont les choix de vie (vivre seule, avorter le film étant d'ailleurs un des premiers à en faire un ressort dramatique alors que la loi Weil n'est en place que depuis 3 ans) se détachent d'une vision masculine dépassée mais également féminine plus rangée lors d'une remarquable scène où le point de vue des amies diffèrent (Sautet capture d'ailleurs ses groupes féminins dans le quotidien avec la même sensibilité et naturel que les hommes dans les films précédents). Marie choisit de vivre seule quand son ex-mari est en concubinage car ne supportant plus cette solitude, le personnage d'Eve Darlan vit des aventures sans lendemain avec aplomb s'opposant à la détresse et la repentance là encore de son ex-mari qui l'a pourtant quitté le premier.

Pour Sautet, l'homme est figé dans des certitudes dépassées quand la femme semble constamment capable de se réinventer. On retrouve ici les figures masculines typiques de Sautet avec ses hommes imposants et assurés dans les hautes responsabilités de leur carrière. Tous sont pourtant des faibles que ce soit le gouailleur et speedé Claude Brasseur et surtout le tragique personnage de Jérôme (Roger Pigaut) dépressif et aussi angoissé à la perspective de perdre son travail que de le conserver. On suit ainsi une Romy Schneider qui fait son chemin, suit ses instincts en se moquant des codes établit (l'entrevue avec sa mère la préférant avec un homme qu'elle n'aime pas que seule) et illustrant ainsi une forme d'émancipation féminine forte dans la société française. Là encore Sautet se montre d'une rare finesse puisque s'il fait renouer Marie avec son ex-mari, l'enjeu du film ne repose pas sur cette réunion (voir l'absence totale de dramatisation lors de l'ultime entrevue entre Bruno Crémer et Romy Schneider). Une telle conclusion contredirait le propos de l'ensemble en suggérant que la femme se doit d'avoir un "protecteur" par la force des choses, quand bien même tous se seront montrés faible tout au long de l'intrigue. Au contraire, le film laisse notre héroïne dans une situation "indigne" mais qu'elle assume complètement, enceinte à nouveau et célibataire. Une facette signifiée par une magnifique image finale avec une Romy Schneider radieuse et prenant le soleil, libre et sans attache, maîtresse de son destin. Une belle vision progressiste portée par Sautet et une performance d'une grande justesse de Romy Schneider qui lui vaudra son second César dans ce sommet de leur collaboration. 4,5/6
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Demi-Lune
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Re: Claude Sautet (1924-2000)

Post by Demi-Lune »

Un cœur en hiver (1992)

Je me rends compte que Sautet ne m'a jamais déçu, jusqu'ici. Et c'est sans doute à l'un de ses plus beaux films que je viens d'avoir affaire avec Un cœur en hiver. Pour dire les choses brièvement, j'ai trouvé que ce film était touché par la grâce. Une grâce très difficilement explicable et qui peut paraître paradoxale tant le propos est désenchanté, distancié, triste. Mais il y a sous ce verni glacé le bouillonnement d'émotions déchirantes, que Sautet décortique avec son style dépouillé et extérieurement froid. D'une histoire simple (le classique triangle amoureux), il tire un chef-d’œuvre de pudeur où s'expriment la beauté et l'amertume d'une histoire d'amour qui refuse de dire son nom et qui ne s'écrira pas. Quelques regards, une sensibilité intériorisée et une dignité magnifique, la musique de Ravel, une ambiance cafardeuse, telle est la partition de ce drame humain d'une grande force qui transfigure son schéma amoureux en or. Emmanuelle Béart a rarement été aussi juste. Et Auteuil, impressionnant en homme impénétrable qui se mure derrière sa carapace de fortune pour nier l'évidence de ses sentiments. "J'ai longtemps cru que c'était la seule personne que j'aimais".
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Re: Claude Sautet (1924-2000)

Post by AtCloseRange »

T'as intérêt à en faire ton film du mois!
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Re: Claude Sautet (1924-2000)

Post by Demi-Lune »

AtCloseRange wrote:T'as intérêt à en faire ton film du mois!
Non, le titre va à Miracle en Alabama. :P
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Re: Claude Sautet (1924-2000)

Post by Federico »

Demi-Lune wrote:Un cœur en hiver (1992)

Je me rends compte que Sautet ne m'a jamais déçu, jusqu'ici. Et c'est sans doute à l'un de ses plus beaux films que je viens d'avoir affaire avec Un cœur en hiver. Pour dire les choses brièvement, j'ai trouvé que ce film était touché par la grâce. Une grâce très difficilement explicable et qui peut paraître paradoxale tant le propos est désenchanté, distancié, triste. Mais il y a sous ce verni glacé le bouillonnement d'émotions déchirantes, que Sautet décortique avec son style dépouillé et extérieurement froid. D'une histoire simple (le classique triangle amoureux), il tire un chef-d’œuvre de pudeur où s'expriment la beauté et l'amertume d'une histoire d'amour qui refuse de dire son nom et qui ne s'écrira pas. Quelques regards, une sensibilité intériorisée et une dignité magnifique, la musique de Ravel, une ambiance cafardeuse, telle est la partition de ce drame humain d'une grande force qui transfigure son schéma amoureux en or. Emmanuelle Béart a rarement été aussi juste. Et Auteuil, impressionnant en homme impénétrable qui se mure derrière sa carapace de fortune pour nier l'évidence de ses sentiments. "J'ai longtemps cru que c'était la seule personne que j'aimais".
Je crois aussi que c'est un de ses plus beaux films, sinon carrément le plus bouleversant. La séquence dans la voiture quand Auteuil (prodigieux) raccompagne Béart (pas d'adjectif en magasin pour la décrire)... :oops: :oops: :oops:
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Re: Claude Sautet (1924-2000)

Post by Demi-Lune »

Un mauvais fils (1980)

Alors que je partais pour écrire une babiole sur ce très beau film, je suis tombé sur ce texte d'Alligator qui lui rend justice en tout point et que je reposte ici, où il a toute sa place. Qu'écrire d'autre après avoir lu ça.
Alligator wrote:Je n'ai pas de souvenir de mauvais film concernant Claude Sautet. Avec ce dernier, le cinéaste m'a encore une fois cueilli. J'ai beau retourner le film dans tous les sens, je ne parviens pas à lui trouver de défaut majeur ; il me parait d'un équilibre et d'une justesse dans l'écriture, le ryrhme et la mise en scène qui ne font qu'accroître la déjà profonde admiration pour ce maître de tendresse et d'humanité. C'est beau. Ce mauvais fils est un bon film, une merveille de cinéma.

Sautet et Biasini en adaptant un roman de Torok s'attachent à filmer un traité sur l'incommunicabilité d'un père et son fils. "Traité", je conçois que le mot est si grossier pour un film aussi délicatement construit, mais il n'empêche... si l'on voulait mettre en image une démonstration sur les peines et douleurs que peut provoquer le manque de communication au sein d'une famille, ce film serait d'une efficacité imparable.
Grâce à son écriture d'abord, le film suit un cours d'une fluidité naturelle qui crée chez le spetateur une attention soutenue et sans douleur. Les scènes et évènements, la progression de chaque personnage, tout s'enchaîne avec cette sorte de grâce que l'on retrouve souvent dans les films de Sautet. Bien sûr, il compte souvent sur les mêmes procédés pour souligner tel ou tel effet (la pluie, le brouhaha des bistrots, la voiture, la musique classique, etc.) mais à chaque fois sa mise en scène parait si simple et efficace que l'on ne peut pas y être insensible. Plaisir renouvellé, définition même de la grâce.
En faisant s'affronter ces deux êtres incapables de mettre des mots sur les maux qu'ils se sont faits ou ceux qu'ils se font encore, c'est une main que leur tend Sautet. Une caresse, un secours.
Ce qui me touche souvent chez Sautet, c'est sa capacité à ne pas enrober son récit d'un pathos aussi théâtral qu'inutile mais également à ne pas laisser suinter l'impression nauséeuse que l'on doit prendre le parti de l'un ou de l'autre. A aucun moment, il ne porte un regard moralisateur sur ses personnages, il se contente de les suivire, de les accompagner. Il les aime. Difficile pour moi de résister à cette démarche d'artiste humaniste sur un objet qu'il a créé et comme par magie qui devient un être vrai, touchant, un être humain. Ca ne manque alors jamais de m'émouvoir. J'aime les cinéastes qui aiment leurs personnages au point de leur donner un poids, une vie, une densité. Phénoménal.

Le cinéma, art du collectif, est tributaire du talent de beaucoup. Notamment des comédiens. Et ici Sautet fait bonne pioche. Patrick Dewaere bénéficie d'une richesse de jeu dont je ne pourrai, je crois, jamais en appréhender toute l'étendue tant le bonhomme cache mal une immense sensibilité. Parfois pourtant dans un éclair, son regard laisse percer une part de vérité, ce n'est pas un regard d'homme mais celui d'un enfant blessé. On reste alors saisi en songeant à tous ces rôiles qu'il a choisi. On peut même se demander si ce n'est pas le contraire... Branlette, me direz-vous? Moui. Probablement. Patrick Dewaere est un comédien si imposant, si impressionnant, dans la cadence de verbe et de geste, dans la force de conviction qu'il met à chaque instant dans une justesse qu'on pense infaillible, que l'on finit par oublier qu'il était acteur et par croire qu'il était réellement ses personnages. Alors forcément, je gamberge un peu. Ce petit enfant qui cherche de l'amour dans le regard de son père, des caresses et des sourires, est incapable de dire "je t'aime, je veux t'accompagner pour être sûr que tu es heureux et que tu m'aimes", cet enfant rencontre un autre amputé de la langue, plus bourru encore, tassé par les ans et surtout l'amertume. Yves Robert a la bouille de l'emploi, un grand gars massif et rond. Au moment de retrouver son fils, il a l'accolade facile et franche. Il aime son fils. Mais très vite, le passé, avec ses sentiments et pensées étouffés, non réglés, refait surface progressivement jusqu'à ce qu'un malentendu puis un autre parachèvent la destruction des quelques maigres liens subsistants. Quand les mots sortent, ils sont durs, des armes, ils agressent, ils fusent comme des flècnes et font des dégâts que rien ne semble pouvoir réparer. Il faut du temps et d'autres aléas de vie, surtout une histoire personnelle enrichissante faite d'affection et d'écoute pour que les fils cassés puissent être à nouveau renoués. C'est pourquoi l'histoire de Duflilho et Fossey, en apparence parallèle et secondaire, est finalement d'une importance primordiale permettant de maintenir, de soutenir Dewaere, le mauvais fils, de lui donner la possibilité de comprendre son père. Caresse et soutien encore et toujours.

Un film plein d'humanité, de richesse intime, de chaleur. Un film de Sautet quoi!