John Woo

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Mama Grande!
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Re: John Woo

Post by Mama Grande! »

Thaddeus wrote: Les trois royaumes
Attention les yeux. Maître d’œuvre d’une superproduction panasiatique tournée en mandarin, John Woo se penche sur l’une des périodes fondamentales de l’unification de la Chine et s’attèle à la reconstitution de l’équivalent extrême-oriental du combat des Thermophyles : batailles navales, exploits guerriers, armées de figurants, échelles dantesques et tout le toutim. En termes de sidération visuelle, difficile de nier que le spectacle produit son effet, le cinéaste ne lésinant pas sur les perspectives vertigineuses et l’emphase martiale. Pour le reste, on peut estimer qu’il pèche sur le plan humain autant qu’il croule sous ses ambitions : deux heures et demie d’une fresque aux enjeux obscurs, noyée de personnages et d’intrigues qui se neutralisent, et peinant à captiver par ses contours politiques. 3/6
Je suis en plein dans la lecture de l'adaptation manga (60 volumes!) de l'œuvre originale. La bataille de la falaise rouge retracée dans le film (c'est d'ailleurs sontitre original) ne représente en fait qu'une infime partie et n'intervient qu'à mi-parcours. La saga étant extrêmement populaire en Asie (j'habite au Japon et à peu près tout le monde connaît les héros comme nous nous connaissons les héros d'Homère), on peut supposer que le public visé connaissait bien le contexte avant de voir le film qui de toute façon n'allait pas faire un hit en Occident.
bruce randylan
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Re: John Woo

Post by bruce randylan »

Mama Grande! wrote:
Thaddeus wrote: Les trois royaumes
Attention les yeux. Maître d’œuvre d’une superproduction panasiatique tournée en mandarin, John Woo se penche sur l’une des périodes fondamentales de l’unification de la Chine et s’attèle à la reconstitution de l’équivalent extrême-oriental du combat des Thermophyles : batailles navales, exploits guerriers, armées de figurants, échelles dantesques et tout le toutim. En termes de sidération visuelle, difficile de nier que le spectacle produit son effet, le cinéaste ne lésinant pas sur les perspectives vertigineuses et l’emphase martiale. Pour le reste, on peut estimer qu’il pèche sur le plan humain autant qu’il croule sous ses ambitions : deux heures et demie d’une fresque aux enjeux obscurs, noyée de personnages et d’intrigues qui se neutralisent, et peinant à captiver par ses contours politiques. 3/6
Je suis en plein dans la lecture de l'adaptation manga (60 volumes!) de l'œuvre originale. La bataille de la falaise rouge retracée dans le film (c'est d'ailleurs sontitre original) ne représente en fait qu'une infime partie et n'intervient qu'à mi-parcours. La saga étant extrêmement populaire en Asie (j'habite au Japon et à peu près tout le monde connaît les héros comme nous nous connaissons les héros d'Homère), on peut supposer que le public visé connaissait bien le contexte avant de voir le film qui de toute façon n'allait pas faire un hit en Occident.
Malheureusement, les 3 royaumes, l'un des 5 grands classiques absolus de la littérature chinoise, n'a connu que des traductions plus que médiocres en France. J'attends sans trop y croire d'avoir une nouvelle édition du niveau de Pérégrination vers l'ouest et au Bord de l'eau.
Pour l'adaptation par John Woo il ne faut pas oublier que la version d'origine dure pratiquement le double (288 minutes) du remontage international (148 minutes). C'est donc un peu logique que cette version paraisse obscure et peu portée sur la stratégie/politique. Pour le peu que j'ai vu (la première séquence), on perd énormément en subtilité et en tension dramatique dans la mise en place.

Et donc :
The crossing - Part II (2015)

Pris dans le tumulte de la guerre entre communistes et armée nationale, le destin réunit une grande partie des différents protagonistes à bord du bateau Taiping qui fait la liaison entre Shanghai et Taïwan

Grosse panique à bord après l'échec cuisant du premier épisode. Pour essayer de ramener le public dans les salles pour ce second opus, le film a été fortement remanié : reshoot et remontage en pagaille (avec l'appel au secours de Tsui Hark qui venait de cartonner avec La bataille de la montagne du tigre ). Le but est clair et un brin cynique : rendre le produit plus conforme au goût des chinois "Mainland" avec un gros lissage pour ne pas dire formatage.

Le premier gros tiers en devient totalement surréaliste puisqu'il s'agit pour ainsi dire d'une version revue et corrigée de l'intégralité du premier film. 40-50 minutes improbables qui nous présentent les personnages tel qu'ils étaient à la fin du premier épisode mais accompagnés d'un nombre incalculables de flash-backs qui expliquent les événements du premier soit en rajoutant des péripéties inédites soit en versant dans le révisionnisme pur et simple ! Un peu comme l'introduction d'Evil Dead II qui évoque des faits alternatifs.
Si mes comparses de visionnage ont trouvé l'exercice très intéressant en éclairant sous un nouveau jours la motivation des différents héros, j'ai pour ma part été assez agacé par ce nouveau regard qui affaiblit régulièrement la psychologie. Par exemple à la fin du premier épisode, Zhang Ziyi, contrainte de se prostituer, préfère abandonner l'appartement qu'elle louait plutôt que de mettre mal à l'aise sa propriétaire qui commençait à subir les reproches des voisines de devoir vivre à côté de cette dépravée. Dans la seconde version, Zhang Ziyi est tout simplement fichue à la porte par celle-ci. Ca rend leur relation beaucoup plus banale et sans relief. De plus ces nouveaux rapport sont contredits par le dernier acte du film quand elles se retrouvent sur le bateau, ravies et chaleureuses. Et ce n'est pas un cas isolé.

Ce type de modifications n'est pas anodin : il faut créer du pathos car il faut croire que le public chinois aime le mélo qui tâche. Ainsi il me semble qu'à l'origine les différents personnages restaient dignes dans l'adversité et évitaient toute effusions lacrymales tandis qu'ici ils semblent être contraints de devoir pleurer toutes les deux scènes de manière vraiment arbitraire. Le comble est atteint avec la sous-intrigue de Takeshi Kaneshiro dont le frère est devenu un communiste voulant œuvrer pour l'unification entre Taïwan et la Chine. On se coltine donc de la bonne propagande sans subtilité ainsi que du chantage émotionnel avec leur maman sombrant dans la folie à cause du choc de l'annonce du départ du jeune fiston pour Shanghai. Et rebelote à la fin, on comprend pas pourquoi elle est de nouveau "normale" sans explication. Un nouveau personnage est également introduit (la fiancée promise au médecin) qui aurait mérité pour le coup d'être encore plus développée car là encore, on ne comprend plus rien à son rôle sur la fin tout en parvenant à être touchante.
Avec ce travail de réécriture, certaines scènes en deviennent presque gênantes (les retrouvailles entre les deux frères devant l'université) tandis qu'il faut reconnaître que certaines sont plus inspirées comme Zhang Ziyi donnant son corps en échange de la promesse d'un billet de bateau. Peut-être d'ailleurs la scène la plus crue jamais filmée par John Woo avec une ironie cinglante où la position de l'acte sexuelle lui donne une vue sur le navire à quai. Le rajout avec l'écharpe est également une bonne idée et permet de rééquilibrer la relation entre Kaneshiro et l'épouse de l'officier (qui disparaît presque totalement par la suite du récit).

Cette narration a aussi un autre problème indirecte : celui de faire disparaître l'unité de la réalisation. Avec ces flash-backs incessants et ces nombreuses coupes pour resserrer le récit, on perd la réalisation de John Woo, celui du ballet gracieux entre les visages, captés en longs plans. Dans la partie II, tout est souvent morcelée, fragmentée et la réalisation en parait de la sorte impersonnel et indolore. Cette fois, il est plus dur de retrouver la patte John Woo et on pourrait dire que The crossing - Part II est un film de son monteur David Wu.

Cependant il faut admettre que le travail a été payant au niveau du rythme pur et que le film semble beaucoup (mais alors beaucoup) moins long que la première partie qui est pourtant à peine plus court. Il faut dire aussi, et heureusement, qu'une fois à bord, tout rentre dans l'ordre avec une narration cohérente et chronologique où la fluidité de John Woo revient à l'ordre du jour et que les personnages existent en chair et os. Woo n'a pas la maestria de James Cameron et son Titanic mais il livre un naufrage prenant et palpitant qui surprend par son refus d'en rajouter dans le spectaculaire et de faire durer la séquence. Tout va très vite avec un sentiment d'inéluctable qui rend les victimes encore plus impuissantes et justifie la panique une fois que les naufragés se retrouvent à devoir lutter à la surface de l'eau. Il y a des plans incroyable voire tétanisant où toute candeur et sentimentalisme "wooin" ont disparu
Spoiler (cliquez pour afficher)
La petite fille prisonnière derrière une vitre tandis que le navire s'enfonce dans l'obscurité. :shock:
Il y a juste les retrouvailles dans "l'au-delà" entre le médecin et son épouse japonaise qui baigne dans une lumière vraiment kitsch même si on devine là aussi des reshoots bien violents
Au final The crossing - Part II est une curieuse expérience, presque un cas d'école, qui gomme les maladresses et errements de la première partie pour mieux en créer d'autres avec un monstre fascinant et irritant, certes autrement plus efficace mais qui dénature l'approche purement cinématographique de son auteur et l'aseptise... avant de rebondir avec panache durant la deuxième moitié... et de boiter de plus belle dans un épilogue précipité mais qui confirme la dimension féministe du récit ("l'avenir du pays, ce sont elles").

J'espère qu'un jour, on redécouvrira comme pour Hard Target, une copie du premier montage. Par contre, et contrairement à Red Cliff, je pense que pour le coup un remontage de 2h40 - 3h des deux épisodes pourrait grandement améliorer ce dytique dont je garde quoiqu'il en soit un bon ressenti général et dont de nombreuses séquences/plans me restent en tête.
Je regrette surtout que ça risque de condamner John Woo a retourner aux seuls films d'action. Les premières images de son nouveau film Manhunt ont l'air alléchantes et les extraits présentés à Cannes ont parait-il enthousiasmé le public... mais ça me parait réellement une régression pour le cinéaste, désormais prisonnier d'un genre qu'il avait justement redéfini.
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El Dadal
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Re: John Woo

Post by El Dadal »

Quid du statut du film chez nous? Aucun distributeur n'est intéressé? C'est au moins passé en festival?
bruce randylan
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Re: John Woo

Post by bruce randylan »

A ma connaissance aucun distributeur n'est sur le coup. Et le film n'a jamais été diffusé en France, même dans les deux festivals de films chinois. A l'international, c'est pas mieux. Les seuls Blu-ray disponibles sont taiwanais on dirait, zoné A mais avec des sous-titres anglais heureusement. En fait, même en simple DVD, ça a l'air chaud à trouver.
Sur yesasia.com en tout cas, il y a que les BDs taiwanais et les dvds coréens (sans sous-titres)
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Mama Grande!
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Re: John Woo

Post by Mama Grande! »

Bruce Randylan:
L'adaptation manga de Mitsuteru Yokoyama est superbe. Il doit bien y avoir un scan en anglais sur la toile :mrgreen:
mannhunter
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Re: John Woo

Post by mannhunter »



Le nouveau John Woo bientôt en salles...
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Jack Griffin
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Re: John Woo

Post by Jack Griffin »

Photo dégueulasse mais bon... pourquoi pas ?
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harry
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Re: John Woo

Post by harry »

mannhunter wrote:

Le nouveau John Woo bientôt en salles...
Y'a un feeling de HK 90's qui me deplait pas... :)
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mannhunter
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Re: John Woo

Post by mannhunter »

C'est Metropolitan qui devrait distribuer le film...les premiers échos semblent très partagés, avis pour et contre..:

http://screenanarchy.com/2017/10/busan- ... -hunt.html

https://echecetcinemat.wordpress.com/20 ... more-15154
Last edited by mannhunter on 27 Feb 18, 12:02, edited 1 time in total.
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Re: John Woo

Post by Demi-Lune »

Thaddeus wrote:Les trois royaumes
Attention les yeux. Maître d’œuvre d’une superproduction panasiatique tournée en mandarin, John Woo se penche sur l’une des périodes fondamentales de l’unification de la Chine et s’attèle à la reconstitution de l’équivalent extrême-oriental du combat des Thermophyles : batailles navales, exploits guerriers, armées de figurants, échelles dantesques et tout le toutim. En termes de sidération visuelle, difficile de nier que le spectacle produit son effet, le cinéaste ne lésinant pas sur les perspectives vertigineuses et l’emphase martiale. Pour le reste, on peut estimer qu’il pèche sur le plan humain autant qu’il croule sous ses ambitions : deux heures et demie d’une fresque aux enjeux obscurs, noyée de personnages et d’intrigues qui se neutralisent, et peinant à captiver par ses contours politiques. 3/6
J'ai découvert la version internationale ce mois-ci et je n'ai maintenant qu'une envie : voir la version originale de 4 heures. Le fait que la version internationale se concentre abondamment sur l'aspect stratégique de la bataille est loin de me déplaire parce qu'on est justement dans une approche intelligente du film épique, où l'esprit et l'ingéniosité sont tout autant sources de réjouissance chez le spectateur que le spectacle à proprement parler. Je ne connais pas le récit d'origine mais l'approche correspond assez à l'idée qu'on peut se faire de l'art de la guerre chinois, plein de philosophie flirtant avec la cosmogonie et de hauteur de vue. Le film a indéniablement un côté parfois loukoum dans ses trucages numériques et se réfrène pas mal au niveau du style (reconnaissable en deux plans en temps normal chez Woo), encore que le montage et sa musicalité soient un véritable régal des sens. Ça n'a pas la portée de l'accomplissement artistique d'un Hero mais je crois que c'est le spectacle épique le plus enthousiasmant qu'il m'ait été donné de voir ces dernières années (avec Baahubali, en plus fragile). Ce sont deux films qui ont une foi totale en leurs personnages héroïques et font ressortir naturellement la dimension mythologique de leurs aventures, chose galvanisante et précieuse à mes yeux.
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tenia
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Re: John Woo

Post by tenia »

La version intégrale est un des rares films asiatiques que j’avais lancé en DVD en VOSTF un aprem chez mes parents et qui avait captivé mon père, pourtant totalement réfractaire à la VOST et en général très peu friand des films asiatiques (surtout vu, effectivement, la complexité des sous-intrigues stratégiques et politiques du film).
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Jack Griffin
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Re: John Woo

Post by Jack Griffin »

Version intégrale indispensable. Elle rehausse considérablement le film
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Re: John Woo

Post by Rockatansky »

mannhunter wrote:

Le nouveau John Woo bientôt en salles...
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Re: John Woo

Post by Arn »

Outch la photo... Pour le coup je trouve pas qu'elle fasse 90s.
Mais surtout c'est une catastrophe cette BA non ? Niveau rythme, musique, intérêt. Ça m'empêchera pas d'aller le voir mais bon je la trouve terriblement mauvaise.
bruce randylan
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Re: John Woo

Post by bruce randylan »

La dernière BA en date était un peu mieux mais ça me rend pas fou-fou pour autant. Enfin, si on s’ennuie pas et qu'il y a quelques scènes d'actions fun, c'est toujours ça de pris.



Palplathune compare davantage ça à son téléfilm Blackjack que A tout épreuve
https://lepetitjournal.com/hong-kong/a- ... woo-163432
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