John Woo

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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MJ
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Re: John Woo

Post by MJ »

Un sens de la mise en scène impressionnant pour une dramaturgie souvent gênante quand elle n'est pas franchement discutable. C'est par exemple ce qui m'a gâché la révision de Volte-Face (que je comptais au rang des belles réussites du Hollywood 90's). The Killer, lui, tient sûrement mieux la route. Sinon, comme Strum, à jouer un cinéaste contre un autre, je prends Tsui Hark.
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Rockatansky
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Re: John Woo

Post by Rockatansky »

En tout cas leur association aura influencé le cinéma d'action pendant au moins 15 ans, rien que pour ça les deux resteront au panthéon du cinéma mondial.
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nobody smith
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Re: John Woo

Post by nobody smith »

A la base, je voulais pas mettre sur le forum le lien vers mon analyse de volte/face vu qu'elle reprend une grande partie de ce que j'ai déjà posté dans le topic dédié. Mais vous m'avez tellement énervé avec "ouais volte/face bof quoi" que me dois de rétablir l'ordre :twisted:

http://www.courte-focale.fr/cinema/critiques/volteface/

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Ryo_Saeba
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Re: John Woo

Post by Ryo_Saeba »

Demi-Lune wrote: Le Syndicat du Crime 2 (A better tomorrow, 1987)
Cette suite sent l'opportunisme à plein nez : on prend les mêmes et on recommence. Symbolique est le retour des plus improbables de Chow Yun Fat, grâce à une astuce hypocrite témoignant que Woo et Hark ne sont eux-mêmes pas dupes. Le scénario n'est donc vraiment pas le point fort de ce second épisode, d'autant qu'aussi improbable qu'il soit, il est en outre souvent incohérent et traversé de trous, comme s'il manquait des scènes. Mais, mais, mais... ça marche quand même. Le retour des survivants du premier épisode permet une appréciable continuité dans les enjeux émotionnels posés dans Le Syndicat du Crime (la tragédie des deux frères, les problèmes de couple, etc), tout en maintenant cette épée de Damoclès sur leur sort, en ce qu'aucun n'est jamais à l'abri (et cet épisode nous le montre encore). L'histoire a beau être assez faible (toute la partie américaine ne sert vraiment pas à grand-chose), et certaines scènes vraiment naïves (toute la partie où Lung est prostré), John Woo parvient toujours à rendre ses protagonistes attachants dans cette fibre humaniste exacerbée qui lui est caractéristique et qui lui est si souvent reprochée. De son côté, CYF s'en donne à cœur joie et bouffe l'écran, que ce soit le visage emplâtré de riz ou deux flingues dans les mains. Et puis, quelle mise en scène ! Quel dynamisme ! La caméra a l'air de voler d'elle-même, comme mue par son instinct. La fusillade finale, totalement outrée, est un grand moment de cinéma d'action qui n'a rien à envier à Commando. Très bon film.
Ton impression qu'il manque des scènes et d'un film incohérent et traversé de trous est la bonne et tout à fait compréhensible. Après le succès de A Better Tomorrow, une suite est programmée (Hong-Kong oblige) et John Woo veux profiter de l'occasion pour faire une pré-quelle et raconter le passé des personnages de Ti Lung et Chow Yun Fat, comment ils se sont connu, comment leurs liens d'amitiés ont évolué, bref approfondir les souvenirs de la scène du bar du 1er opus. Seulement voilà Dean Shek à l'époque fait une dépression et sa popularité est au plus bas. Il s'en va donc aux Etats-Unis et veux carrément se retirer de l'industrie. John Woo qui est un bon ami de Dean et qui l'avait aidé à l'époque à lancer la Cinema City en réalisant Laughing Times (alors qu'il était encore sous contrat avec la Golden Harvest à l'époque) se rend aux USA avec Tsui Hark pour convaincre Dean Shek de le faire revenir. Et c'est là que Tsui Hark pense à inclure cette idée ainsi que le personnage de Dean Shek dans le film.

En gros Ti Lung et Chow Yun Fat qui aide Dean Shek c'est John Woo et Tsui Hark. Mais du coup ça fait revoir tout le scénario à John Woo. C'est là que Tsui Hark lance l'idée du frère jumeau qui vit au USA, ce qui ne plait pas à Woo qui décide néanmoins d'accepter pour aider son ami Dean Shek. Donc John Woo s'est rabattu sur la relation entre les 2 frères, Leslie Cheung et Ti Lung, et a tourné ses scènes dans son coins pendant que Dean Shek et Tsui Hark faisaient la même chose de leur côté. D'ailleurs pas mal de scènes entre les 2 frères ont été coupé au montage, quand ils ont regroupés leurs 2 parties le film faisait presque 3h. Et ils ont seulement eu une semaine pour faire le montage final.

John Woo fut frustré du montage final car il trouvait que le film se focalisait trop sur le personnage de Dean Shek et pas assez sur la relation entre les 2 frères. C'est de là qu'est parti la mésentente et les 2 réalisateurs se sont séparés après que Tsui Hark ai décidé de réaliser A Better Tomorrow 3. John Woo a donc créé sa propre société en compagnie de Terence Chang pour réalisé Une balle dans la tête.
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zemat
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Re: John Woo

Post by zemat »

Interview récente de John Woo par The Hollywood Reporter, avec l'annonce de deux nouveaux projets :

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http://www.hollywoodreporter.com/news/b ... -us-696225
Helena
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Re: John Woo

Post by Helena »

Merci à toi, je viens de lire et c'était très intéressant. The Crossing m'intéresse même si voir le film en 3D m'attire moins pour le coup. Après j'ai confiance en lui pour nous proposer des oeuvres aussi impressionnantes que les Trois Royaumes, The Killer et j'en passe.

Ça c'est bien par contre:
After shooting The Crossing, I will start Flying Tigers. As we are still writing the script, it doesn’t take too much of my time yet. I can still handle the workload.
J'ai hâte. :)
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Re: John Woo

Post by Helena »

La critique n'arrive seulement que maintenant alors que j'ai vue le film en décembre, mais bon elle est là maintenant.

The Crossing 1 de John Woo donc ^^.

John Woo est de retour ^^ et il nous propose un film que j'attendais sans attendre, ce qui m'intéressait le plus c'était le cadre, en effet le réalisateur exploite une période déterminante dans l'histoire de la Chine, sa guerre civile qui eu de nombreux évènements marquants, dont le naufrage de Taiping, un bateau qui transportait des passagers à travers le détroit de Taïwan à Keelung. Ce fut un évènement horrible dans une guerre qui avait déjà fait de nombreux dégâts et morts, notamment le naufrage en question en 1949 et qui fit plus de 1000 morts. Alors oui on peut croire que pour le coup on peut croire que c'est un Titanic à la sauce chinoise, mais ce n'est pas le cas même s'il y a une romance et que c'est l'histoire d'un naufrage. Le sujet peut faire peur j'en conviens, mais bon c'est John Woo et quand il n'est pas dans le giron des studios de Hollywood, il propose des oeuvres incroyables, pas toujours parfaites, mais il y a souvent du tout bon et pour le coup c'est un film patriotique même si le réalisateur ne cache pas la vérité, on va dire juste dire qu'il propose de nombreuses pistes de réflexions, ce qui sans rendre complexe le film, peut nous perdre en chemin par moment si on veut avoir la vraie histoire. Le film est assez particulier car on pense avoir le naufrage et en faite on a un développement plus prononcé du contexte et de l'avant naufrage que du naufrage lui-même, il n'y a pas le focus sur le bateau bien au contraire. Les personnages ne sont pas encore sur le bateau, ce qui en soit peut nous faire crier au scandale, mais bon vu que l'oeuvre est en deux parties, on se doute que l'on va avoir l'évènement marquant exploité dans la seconde partie du film qui arrivera je ne sais pas quand. On suit le parcours de plusieurs personnages durant le récit, le réalisateur en dresse un très beau portrait il faut le reconnaitre, un peu trop lisse peut-être, mais qui fonctionne avec moi et qui me les rend attachant(e)s, il y a par exemple le général Lei Yifang incarné par l'acteur Huang Xiaoming, c'est un peu le héros charismatique et stéréotypé de cette période, celui de la guerre sino-japonaise et chef d'un groupe durant la campagne de Huaihai. Il y a aussi le personnage de Zhou Yunfen incarnée Song Hye-gyo, qui a de très jolies pieds on va dire pour le coup et étant issue d'une famille riche. Le réalisateur ne passe pas une demi-heure a nous présenter la situation, bien au contraire, c'est assez métaphorique, il y a beaucoup de non-dits et surtout une voix off qui aide à faire comprendre les choses.
Yifang part à la guerre donc et Yunfen voyage à Taiwan pour échapper au conflit, on découvre le personnage de Yan Zekun incarné par l'excellent Takeshi Kaneshiro. Le réalisateur ne glorifie pas forcément l'armée nationale, ou celle du Japon même s'il n'évite pas de parler des camps par exemple, mais ce n'est pas ce qui intéresse notre réalisateur, ce sont ses personnages et pour cela il n'hésite pas à les montrer dans des états très particuliers dirons nous, par état je veux que même si le personnage principal est presque "parfait" en soit l'imagerie du pays, le personnage de monsieur Kaneshiro par exemple souffre de stress post-traumatique.C'est assez particulier en soit car cela donne au personnage principal un côté très triste, très froid aussi par moment, mais pas dans le mauvais sens du terme, il n'en fait pas quelqu'un d'inhumain pour autant. Le reste du casting est très intéressant également: Masami Nagasawa ou Zhang Ziyi par exemple. Le réalisateur montre plusieurs aspects du conflit et des conséquences, c'est la guerre et on le comprend assez bien via les différents aspects présentés par le réalisateur, on ne nous cache rien, que ce soit les conséquences de la vie dans les camps, la prostitution, la famine et j'en passe. D'ailleurs je dis que le film est patriotique, mais pas pour autant communiste, le réalisateur ne présente pas la politique du pays comme l'aspect ultime de ce qu'est la Chine, ou de cqu'elle devrait être, bien au contraire, il y a même certains personnages qui n'aspirent pas à ce modèle qui vient de l'Occident, c'est assez spécial comme passage car une partie du financement vient de la Chine et on ne s'attend pas forcément à ce genre de discours. Bon pour autant le montage du film est assez maladroit par moment car il nous montre bien qu'il y avait quand même un certain type de discours et celui-ci apparait par moment avant de disparaitre complètement ce qui est assez dommage en soit. Le réalisateur nous présente en tout cas les différentes armées du récit, et par moment on sent que le réalisateur veut représenter les choses d'une manière plus réaliste qu'a l'accoutume, ce qui est plaisant justement, mais bon on sent que le réalisateur est tiraillé à de nombreuses reprises et cela se voit bien entre le film comme il nous est présenté et les scènes visibles dans les trailers et autres vidéos de promotions, ce sont presque deux oeuvres différents. En tout cas le réalisateur comme j'ai eu l'occasion de l'écrire n'hésite pas à parler de différentes thématiques liées au conflit, que ce soit la politique, le racisme, le nationalisme au sens large et pas uniquement politique, le tout soupoudré par une romance assez niaise par moment il faut le reconnaitre.

D'ailleurs on pourrait presque dire qu'on a un film malade en quelque sorte, car le réalisateur ne sait jamais vraiment comment jongler entre les différents aspects de son film et les différentes thématiques, c'est assez dommage, il voulait mettre trop d'éléments je pense dans son oeuvre et c'est ce qui donne cet aspect étrange à l'oeuvre. Le conflit peut sembler parfois étrange aux néophytes, mais je vous rassure ce n'est en rien complexe et même sans être un expert en Histoire, on saisit tous les aboutissements de ce qui se passe à cette époque, le trait n'est pas forcé bien au contraire. L'histoire principale du récit reste l'histoire d'amour du récit, c'est assez dommage car ce n'est pas ce qu'il y a de plus important en ce qui me concerne, d'ailleurs par moment on pense vraiment à Titanic, sauf que même si c'était niai chez Cameron, je ne sais pas il y avait quelque chose qui fonctionnait, alors que là par moment on a limite envie qu'il se passe quelque chose de tragique, mais réellement pour ce que cela bouscule un peu tout ce petit monde. D'ailleurs je parlais de personnages lisses et c'est un peu le cas tout au long du récit, à de nombreuses reprises on se dit qu'ils ont tout pour attirer notre sympathique, que ce soit par les différents traumas, ou bien les métiers "subits". Forcément ce sont soit des personnages brisés ou bien des être parfaits en quelque sorte, ce n'est pas toujours dérangeant en soit, le hic c'est que plusieurs fois cela ne fonctionne pas quand cela est contraire à la réalité d'une guerre (trahir ses supérieurs en temps de guerre conduit forcément à la mort, sauf dans le film.) L'oeuvre n'est pas toujours de ce type et a de nombreuses reprises le réalisateur a fait de nombreuses recherches sur le conflit et cela se ressent. Bon le casting est très bon et la diversité des styles donnent quand même du relief aux personnages, et même s'ils ne sont pas tous aussi présents que d'autres dans le film, on peut dire que même quand même que certains caméos ou brèves apparitions sont très plaisantes: Huang Xiaoming, Takeshi Kaneshiro, Zhang Ziyi, Masami Nagasawa, Tong Dawei...
Le charme opère quand même en partie car la réalisation est efficace comme toujours avec le réalisateur, et même si l'oeuvre promet de nombreux éléments, elle reste assez simple et surtout nous laisse sur notre faim en attendant la suite ce qui est vraiment dommage en soit car je pensais le trailer mensonger et en faite ce n'est pas vraiment le cas. John Woo propose un vrai travail de réalisme dans les décors, l'ambiance, on sent que son équipe et ses scénaristes ont beaucoup travaillés sur cet aspect, mais je n'en doutais pas une seconde, l'histoire est intéressante même si c'est un peu trop longuet par moment, cela venant je pense du découpage en soit de l'oeuvre pour proposer deux films au lieu d'un seul. Le casting est bon, mais les personnages ne sont pas parfaits. Maintenant j'espère que la suite va réellement proposer quelque chose de plus "glauque", plus en raccord avec le réalisme du conflit, car ici ce n'est qu'effleuré et c'est dommage, enfin bref je le répète, c'est une oeuvre malade et c'est dommage. Il mérite un 6/10.
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Re: John Woo

Post by Tutut »

Merci pour la critique qui justifie mes craintes, le risque de voir quelque chose d'un peu aseptisé dans ces grosses productions pour la Chine continentale.
Helena
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Re: John Woo

Post by Helena »

De rien. :)

En faite le truc c'est qu'on sent que Woo par moment veut nous parler de plus, d'un côté on sent le cahier des charges imposés et de l'autre on voit qu'il veut montrer d'autres éléments, je parlais par exemple de la conversation au sujet de la présence ou non du Communisme en Chine, ce n'est pas du tout illogique vu que beaucoup ne voulait pas du modèle à l'époque, sauf que c'est juste un dialogue. Il y a aussi la découverte du métier d'un des personnages, prostitués, métier très développé à l'époque et encore plus avec l'invasion du pays par le Japon, sauf que ce n'est qu'effleuré. Après ça reste un bon divertissement et la partie 2 à venir peut encore changer les choses, mais bon pour le moment on va dire que c'est moyen quoi.
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Re: John Woo

Post by Tutut »

Les autorités chinoises n'avaient pas apprécié le film Lust Caution d'Ang Lee, qui montrait les collabos chinois sous un jour pas assez négatif à leur goût. Comme ils ne pouvaient s'en prendre à Ang Lee, conseiller artistique pour les J.O. de Pékin ou à Tony Leung qui est une trop grande star, ils avaient demandé aux médias de blacklister Tang Wei pour scènes de sexe trop explicites. Heureusement, Lee et Leung avaient défendu l'actrice publiquement.

Plusieurs réalisateurs HK avaient dit qu'ils s'auto censuraient pour décrocher le marché bien juteux qu'est la Chine, l'espace de liberté de John Woo est peut être limité, tout simplement.
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Re: John Woo

Post by Helena »

Oui tu as raison, je me souviens de ce genre d'anecdotes, après il est possible en effet que comme tu l'écris "l'espace de liberté de John Woo est limité" , mais en même temps en voyant le film, c'est assez étrange en soit, on ne sait pas vraiment, on va dire qu'il jongle en quelque sorte entre ses ambitions et ce qui lui est imposé ce qui donne un drôle de film. :)
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Supfiction
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Re: John Woo

Post by Supfiction »

Demi-Lune wrote:
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Un topic qui viendra enrichir la longue liste concoctée par Nestor. :wink:

The Killer (1989)
Une balle dans la tête (1990)
Volte-Face (1997)
Mission : Impossible 2 (2000)
Windtalkers version longue (2002)
Paycheck (2003)
Les Trois Royaumes (2008)

Top John Woo
John Woo, pour vous...

Voici quelques uns de mes commentaires sur les films de John Woo que je bascule ici pour inaugurer ce topic :

Le Syndicat du Crime (A better tomorrow, 1986)
Le film qui me réconcilie avec son auteur, qui à force de blockbsuters hollywoodiens indigents et involontairement drôles, m'était apparu comme un cinéaste à éviter ; mais l'écart qualitatif entre un Broken Arrow ou un Mission Impossible 2, et ce très beau film noir aux accents de tragédie grecque qu'est Le Syndicat du crime, m'encourage du coup à me pencher derechef sur sa filmo HK ! Malgré une musique 80's pas toujours convaincante, et malgré sa courte durée (à peine 1h30), John Woo signe une belle réussite qui, au-delà de la maîtrise technique déployée lors des fusillades, impressionne surtout par l'ingéniosité d'un scénario implacable, dramatique, et souvent imprévisible, et par l'émotion que celui-ci transmet par le biais de magnifiques acteurs (seule Emily Chu n'est pas très crédible). On pense voir un énième film de gangster, mais au bout d'une demi-heure, les situations que l'on tenait pour acquises sont complètement bouleversées et c'est finalement à un drame humain que l'on a affaire, culminant avec un finale incroyable qui laisse le spectateur pantois et considérablement ému.

Le Syndicat du Crime 2 (A better tomorrow, 1987)
Cette suite sent l'opportunisme à plein nez : on prend les mêmes et on recommence. Symbolique est le retour des plus improbables de Chow Yun Fat, grâce à une astuce hypocrite témoignant que Woo et Hark ne sont eux-mêmes pas dupes. Le scénario n'est donc vraiment pas le point fort de ce second épisode, d'autant qu'aussi improbable qu'il soit, il est en outre souvent incohérent et traversé de trous, comme s'il manquait des scènes. Mais, mais, mais... ça marche quand même. Le retour des survivants du premier épisode permet une appréciable continuité dans les enjeux émotionnels posés dans Le Syndicat du Crime (la tragédie des deux frères, les problèmes de couple, etc), tout en maintenant cette épée de Damoclès sur leur sort, en ce qu'aucun n'est jamais à l'abri (et cet épisode nous le montre encore). L'histoire a beau être assez faible (toute la partie américaine ne sert vraiment pas à grand-chose), et certaines scènes vraiment naïves (toute la partie où Lung est prostré), John Woo parvient toujours à rendre ses protagonistes attachants dans cette fibre humaniste exacerbée qui lui est caractéristique et qui lui est si souvent reprochée. De son côté, CYF s'en donne à cœur joie et bouffe l'écran, que ce soit le visage emplâtré de riz ou deux flingues dans les mains. Et puis, quelle mise en scène ! Quel dynamisme ! La caméra a l'air de voler d'elle-même, comme mue par son instinct. La fusillade finale, totalement outrée, est un grand moment de cinéma d'action qui n'a rien à envier à Commando. Très bon film.

The Killer (1989)
Mélancolique, romantique, désespéré, violent, tragique, exacerbé : un tourbillon de virtuosité et d'émotions qui se marie ici avec une rare grâce. C'est, en effet, peut-être bien le chef-d'oeuvre de son auteur, qui, reprenant les fondamentaux de son cinéma et en repoussant les limites, touchait ici au sublime.
A toute épreuve (Hard-boiled, 1992)
Spoiler (cliquez pour afficher)
Spectaculaire, c'est le premier mot qui vient à l'esprit. Le scénario, très mince, ne semble être qu'un prétexte à une accumulation de morceaux de bravoure ahurissants et superbement mis en scène par un John Woo particulièrement inspiré. Le film, de ce côté-là, est absolument irréprochable et surpassera les attentes des amateurs de cinéma d'action, au sein duquel A toute épreuve s'impose aisément comme une référence incontournable. Que cela soit lors de l'introduction dans le salon de thé, où la caméra semble valser avec une précision d'orfèvre, où lors de la dernière demi-heure dans l'hôpital (sommet délirant du film et, en quelque sorte, sommet du genre), qui délivre au passage un des plans-séquences les plus impressionnants qui soient, le terme de chorégraphie pour les gunfights trouve ici toute sa (dé)mesure. Mais je ne peux m'empêcher de tiquer un peu. D'abord, comme je l'ai dit, le scénario n'est clairement pas un point fort ; ce n'est pas, en soi, très dérangeant, mais celui d'A toute épreuve donne l'impression d'être chaotique, irrégulier, au point d'en devenir un peu incohérent (pourquoi donc, dans le hangar, Tony s'acharne-t-il sur Tequila puisqu'il sait très bien que c'est un flic ? On dirait que sa véritable identité a été improvisée en cours de tournage). Contrairement au Syndicat du Crime, il n'y a aucun enjeu émotionnel, et on ne s'attache pas énormément aux personnages. En outre, en offrant des séquences d'action absolument démesurées,
Woo s'expose à une forme de surenchère de violence lassante sur le long terme (et qui malheureusement, sabordera selon moi ses films US).
Je ne découvre tes textes que maintenant.
Subitement, tu trouves que A toute épreuve fait dans la surenchère de violence ? Si je suis d'accord avec toi sur le fait que le film soit violent, je ne considère pas que ce film le soit davantage que les précédents. Cette violence fait pour moi partie intégrante du cinéma de Woo. Bullet in the head notamment m'est toujours apparu comme extrêmement violent. Le pire peut-être. Cette violence est tout aussi présente dans Le syndicat du crime. La différence, c'est qu'à partir de The Killer et A toute épreuve, Woo fait désormais de la stylisation. Le nombre de morts augmente sans doute, mais la violence est moins frontale, davantage graphique et abstraite. On ne la ressent plus (surtout dans The killer, et je me rappelle encore les rires dans la salle lors de la sortie du film en salle au milieu des années 90).
Avec ses films U.S. , il ira encore davantage dans cette direction (beaucoup de morts mais violence totalement édulcorée) jusqu'à la totale mascarade Mi:II, génialement ridicule (ou ridiculement génial, au choix).
bruce randylan
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Re: John Woo

Post by bruce randylan »

En attendant (avec impatience) de découvrir The crossing, petit détour par John Woo acteur :)

Rebel from china (Raymond Lee - 1990)

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Fuyant le climat répressif de la Chine communiste, deux frères se réfugient à Hong-kong. L'un devient ouvrier dans le bâtiment tandis que le plus jeune cède à l'argent facile des triades.

Sur le papier, le projet a de quoi allécher : scénario de Ringo Lam, John Woo dans son rôle le plus conséquent (il a presque le principal), Raymond Lee à la réalisation et au final le film est un peu décevant à cause de son scénario pas très originale et sans grande surprise malgré une premier tiers réussi.
La dimension sociale est assez bien représentée entre le grisaille délétère communiste qui a poussé au suicide le père des deux frères, la fuite vers la colonie anglaise et le quotidien dans Hong-kong entre le logement sordide, les chantiers et le monde de la rue. Quand le cadet se laisse aller à la criminalité, on tombe dans les conventions qui ont donné des douzaines et douzaines de films plus ou moins interchangeables pour qui s'intéresse au cinéma de l'ancienne colonie anglaise, même si Raymond Lee privilégie l'aspect réaliste aux fusillades épiques de Running on empty ou du Le bras armé de la loi. On trouve celà dit un bref combat dans une boite de nuit particulièrement intense avec une succession de chutes et projection très douloureuses qui se finit par une cascade impressionnante où Tommy Wong manque de se faire écraser la tête par une voiture !

Le traitement n'évite pas toujours le mélodrame moralisateur dans sa confrontation entre les deux frères mais l'ensemble fonctionne très bien et le film demeure bien rythmé, souvent prenant et plutôt bien filmé même si la fin perd un peu en réalisme.
John Woo s'en sort bien dans ce rôle dramatique (à part quand il doit vraiment pleurer :P ) avec des passages assez physiques. Le film ayant tourné la même année qu'une balle dans la tête, il est possible que le cinéaste ai accepté de faire l'acteur pour payer une partie de ces dettes (celà dit Raymond Lee fait une apparition dans le film de John Woo).
A noter que le début est vraiment tourné en Chine avec même une séquence sur la place Tian An Men, ce qui est étonnant puisque le scénario est plutôt critique envers le régime (d'autant que les fameuses manifestations ont eut lieu un an auparavant !). Ils ont sans doute livré un scénario alternatif aux autorités, ce que laisse présager les premières minutes :mrgreen:



Le dvd zone all Joy Sales dans la moyenne de la collection : aucune restauration (pour un état de conservation moyen), master 16/9 et sous-titres anglais.
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Kevin95
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Re: John Woo

Post by Kevin95 »

A BETTER TOMORROW (John Woo, 1986) découverte

De tous les hauts faits d'arme du John Woo première période, A Better Tomorrow est sans doute le "film culte" à qui le temps a fait le moins de cadeau. Beaucoup de kitch, beaucoup de niaiserie, beaucoup de bons sentiments (on est chez Woo donc rien d'inhabituel à priori), beaucoup d'effets sitcomesques attendent le film au coin de la rue qui, le pauvre, a du mal à garder sa ligne de conduite quand un Love Theme est répété au moins 30 fois tout le long du film. Mais je ne serai pas de ces retourneurs de chemise, de ces anciens fans qui conspuent aujourd'hui un style qu'ils ont idolâtré hier. Oui A Better Tomorrow a pris un coup de vieux mais punaise, quel sacré film ! Si on note des coquilles, elles passent comme dans du beurre tant les personnages sont attachants, tant leur destin tragique émeut, même avec 147 violons derrière. Quant à l'action, on ne revient pas sur les évidences mais elle vaut son pesant de pépitos. La séquence de la vengeance de Chow Yuen (les flingues dans les pots de fleur pour ceux qui ont vu le film) sur de la pop chinoise est démente tandis que le bordel final se compose de tout ce qu'aime le réalisateur : du boucan, des larmes, des poses tantôt iconiques tantôt opératiques, des guns cela va sans dire, des larmes et du sang. Pas chef d'oeuvresque comme les opus futurs du réal, mais un polar fier comme un pou et qui a raison de l'être.
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Demi-Lune
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Re: John Woo

Post by Demi-Lune »

Le syndicat du crime, oui c'est du Bontempi de supermarché et un thème triste qu'on finit par ne plus supporter, oui c'est un personnage féminin complètement tarte et inutile (la scène d'audition avec son violoncelle), oui c'est des scories, mais ça reste quand même pour moi le meilleur des deux mondes chez John Woo, entre l'affirmation fracassante d'un style et encore un certain équilibre avant l'exacerbation qui lui vaudra la reconnaissance internationale. Là, ça reste relativement dégraissé, et tant mieux. La franche amitié Mark/Ho fonctionne, la relation entre les deux frères de deux côtés de la loi fonctionne, l'émotion fonctionne, la sidération fonctionne (je me souviens qu'à la découverte, je n'en revenais pas, à la fin... parce que je savais qu'il existait deux autres Syndicats du crime!). Je trouve intéressante et payante la façon dont le film dévie de sa trajectoire a priori convenue, à partir de cette séquence de règlements de compte avec Chow Yun Fat au club, sur ce ralenti. Le fait de faire des deux "héros" tirés à quatre épingles des moins que rien au bout d'une demi-heure. Ce plan où Ho voit Mark dans la rue, claudiquant avec son harnachement métallique au pied, tombé en déchéance à faire le larbin, est très beau. Cette inversion des codes pour un film "de triade", prendre deux mafieux arrogants et en faire deux losers en quête de rédemption et de reconquête de leur amour-propre, participe à la fascination d'un film étonnant dans sa dramaturgie. Je me souviens très bien des monologues désabusés de Chow Yun-Fat... quel charisme. Non, franchement, autant The killer ne passe plus du tout chez moi, autant Le syndicat du crime garde quelque chose de mystérieux et de solide.