A Serbian Film (Srdjan Spasojevic - 2010)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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tenia
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Re: A Serbian Film (Srdjan Spasojevic - 2010)

Post by tenia »

gnome wrote:
Ouf, camescope oral wrote:Allez, je retourne me caresser devant "Salo...". :mrgreen:
Tiens en parlant de "Salo..." et de pseudo discours politique.... En voilà là un dont le discours politique m'est complètement passé au dessus de la tête par exemple... Autant que celui de "A serbian film" d'ailleurs... :mrgreen:
Quoique...
Plus qu'un discours politique, j'ai toujours trouvé à Salo un discours social très fort, sur la part de voyeurisme passif des gens, tant à l'époque de la 2nde guerre qu'à l'époque de la sortie du film. Pasolini, à travers le film, semble nous demander si, à leur place, nous nous serions contenté de regarder. Et surtout, il semble nous demander si, si cela devait se reproduire, nous serions capables d'agir.

A cela, le final est d'autant plus fort qu'il sonne le glas d'une bourgeoisie qui paraissait auto-suffisante, mais qui s'effondre en fait sur elle-même de tant de luxe et de pouvoir, quand, dans les rues de Rome, les pas des 1ers nouveaux groupuscules néo-nazis résonnent.
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gnome
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Re: A Serbian Film (Srdjan Spasojevic - 2010)

Post by gnome »

tenia wrote:
gnome wrote: Tiens en parlant de "Salo..." et de pseudo discours politique.... En voilà là un dont le discours politique m'est complètement passé au dessus de la tête par exemple... Autant que celui de "A serbian film" d'ailleurs... :mrgreen:
Quoique...
Plus qu'un discours politique, j'ai toujours trouvé à Salo un discours social très fort, sur la part de voyeurisme passif des gens, tant à l'époque de la 2nde guerre qu'à l'époque de la sortie du film. Pasolini, à travers le film, semble nous demander si, à leur place, nous nous serions contenté de regarder. Et surtout, il semble nous demander si, si cela devait se reproduire, nous serions capables d'agir.

A cela, le final est d'autant plus fort qu'il sonne le glas d'une bourgeoisie qui paraissait auto-suffisante, mais qui s'effondre en fait sur elle-même de tant de luxe et de pouvoir, quand, dans les rues de Rome, les pas des 1ers nouveaux groupuscules néo-nazis résonnent.
Je n'avais pas vu les choses comme ça. J'ai presque envie de dire que je n'avais pas vu les choses tout court ( :oops: ) tant si la réalisation était vraiment brillante, j'avais trouvé l'entreprise assez vaine au delà d'une adaptation de Sade. Un torture porn avant l'heure, quoi... :mrgreen:
Je devrais absolument trouver le temps de le revoir...
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wontolla
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Re: A Serbian Film (Srdjan Spasojevic - 2010)

Post by wontolla »

J'avais déjà écrit en février dernier que j'avais confondu A Serbian film et Serbis et que c'est en faisant une recherche sur le film de Brillante Mendoza (2008) que j'ai découvert l'existence de celui de Srdjan Spasojevic (2010) grâce à ce fil inauguré par Jordan White. Si la recension m'a intrigué, rien ne me (pré)disposait à voir le film, tant ce n'aime pas ce genre cinématographique. Déjà un reportage à la télévision en caméra cachée sur l'exploitation sexuelle des enfants en Thaïlande ou un autre sur le massacre des bébés phoques me font zapper sur une autre chaîne! Cela n'enlève rien aux réalités mais c'est que je n'aime pas cela. Y compris quand c'est pour "du faux", quand c'est du cinéma. Et, hormis mon incursion récente dans le cinéma d'Argento, je n'ai jamais visionné de films d'horreur ou gore.

C'est l'intervention de Gnome qui a éveillé ma curiosité. J'ai donc acheté le film et regardé une première fois sur l'écran de mon ordinateur, le 4 mai dernier, dans une fenêtre pas trop grande, tant je craignais que le voir sur un écran de 3 mètres en vidéo-projection ne soit insupportable. Comme je l'écrivais, j'ai fait des cauchemars la nuit suivante, mais pas à cause du film serbe mais à cause d'épisodes de la saison V de Dexter visionnés avant de me coucher!!!!

J'ai donc revu A Serbian film en vidéoprojection le 17 mai, sur grand écran donc et sans effet de surprise.

Le ton est donné dès le générique où la substitution du titre est déjà un avant-goût visuel qui invite à un changement de perspective. Ensuite nous entrons dans une séance de film X... pour découvrir qu'il s'agit d'un DVD porno, regardé par un enfant qui s'avère être le fils de l'acteur principal qu'il voit à l'écran.

Nous découvrons alors qu'il y a un passé et que celui-ci est connu de sa compagne (ou épouse?). Le foyer est en quête d'argent et Milos, le père, ex-star du X, joué par un excellent Srdjan Todorovic (Underground, Chat noir chat blanc...) va accepter de rencontrer quelqu'un susceptible de le faire jouer dans ce qui devrait être le summum de l'art.

Cet "artiste", Vukmir (Sergej Trifunovic), a des projets grandioses dont il n'expose absolument rien de prime abord à Milos sinon lui offrant de signer un contrat plantureux. Milos, acceptera en accord avec celle qui partage son existence.

Suivra alors l'entrée dans un univers auquel il ne s'attendait pas. Dès l'entame Milos sera choqué, jusqu'à la nausée, par la violence et aussi la présence d'une jeune fille. Mais ses questions, réactions, refus ne pourront être résolus. A son corps défendant !!! il devra poursuivre cet itinéraire initiatique (?) vers l'enfer.

Vukmir lui montrera à un moment la « quintessence de l'art », son paroxysme, dans la fameuse scène "newborn porn". Précisons donc que nous sommes ici dans une "citation" dans le film [un film dans le film, autre encore que le film ou les séquences de film tourné(es) avec et pour Milos]. On (nous) montre (à Milos) les images sur un écran, de ce que Vukmir croit être le summum atteignable et que cela même, ces images et tout ce qu'elles signifient (Milos est conscient alors que la scène ici représentée est "réelle") vont à l'encontre radicale de ce qu'il est et voulait. Il lui sera impossible de revenir en arrière.

D'ailleurs, il y a une ellipse temporelle dans le film (et dans la mémoire de Milos) quand nous retrouverons quelques jours plus tard le "héros" du film (avec des flash-back hallucinatoires) en quête de ce temps perdu. Et cela ira jusqu'au paroxysme de l'horreur quand, grâce à des vidéos laissées dans le bâtiment (sordide) de tournage, il découvre non seulement ce qui lui est arrivé, mais ce qu'il a fait (sous l'emprise de drogues puissantes qui lui ont été injectées) alors que peu à peu la mémoire lui revient (ainsi que les hallucinations qui furent les siennes sont l'emprise de ces drogues). Pour découvrir notamment qu'il a ainsi abusé de son propre fils (Notons que lors du tournage les enfants n'ont jamais été en contact avec les adultes, qu'ils ont été accompagnés par une autre équipe et que c'est le montage qui donne l'illusion aux spectateurs que tout se passe dans la même pièce). Le visage de Todorovic à ce moment-là m'a fait penser à celui de Michael Fassbender, dans Shame, lors de son 'trip' avec deux femmes en même temps.

Je ne vais pas dévoiler toutes les scènes du film, mais les méchants en prendront plein la gueule, et l'un d'eux, mourra non d'un coup de boules mais d'un coup de queue !!! Tous les "mauvais" protagonistes disparus, il ne reste donc pour Milos, sa compagne (violée par son meilleur ami, lui aussi drogué) et leur fils (violé par le père) qu'une issue tragique.

On aurait pu en rester là, mais toute l'horrible "beauté" du film se condense dans le plan final. Il y avait au-dessus de Vikmir un "commanditaire", un maître d'œuvre et cela-même qui semblerait avoir été l'échec de son projet: la mort des membres de l'équipe de tournage, celle du réalisateur – croyant jusqu’au bout à la fulgurance et au bien-fondé de son projet ! - la mort de l'acteur principal et des "acteurs secondaires" que sont la femme et le fils sont ici intégrées dans un plus vaste projet dont les derniers mots de ce commanditaire: "commence par le petit..." disent tout l'aspect effrayant et nauséeux.

Je n'ai donc pas vu un film pornographique, ni même un film gore mais un film qui entend dénoncer quelque chose. On aurait pu écrire un livre, l'histoire aurait été tout aussi horrible et interpelante. Le réalisateur semble être du côté de son protagoniste principal (Milos) pris bien malgré lui dans une machinerie dont il ne pourra s'échapper que par un geste ultime, geste dont lui-même n'est pas le maître car, jusqu'au bout, il aura été manipulé.

En ce sens (et plus encore que pour Salo) j'ai pu y voir un discours "politique" (sans pour autant vraiment connaître l'histoire serbe) montrant jusqu'où l'horreur peut aller lorsque l'homme est abusé et manipulé (et donc aussi, un peuple, probablement "personnalisé" par la figure du nouveau-né violé... mais là, il faut probablement être serbe pour comprendre la métaphore).

Enfin, faut-il donner à voir ce film à tous, faut-il le voir ? Probablement pas.
Je reprends mon image du massacre des bébés-phoques. Pour certains le savoir est suffisant, pour d'autres le voir sera nécessaire et pour quelques-uns, l'ignorer serait mieux.

Mise à jour: corrections orthographiques.
Last edited by wontolla on 23 May 12, 14:13, edited 1 time in total.
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gnome
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Re: A Serbian Film (Srdjan Spasojevic - 2010)

Post by gnome »

Voilà qui condense bien ma compréhension du film... :wink:
Dommage que Jordan ou Johell (qui aiment le film) ne soient plus venus intervenir dans le fil... :|
wontolla wrote:En ce sens (et plus encore que pour Salo) j'ai pu y voir un discours "politique" (sans pour autant vraiment connaître l'histoire serbe) montrant jusqu'où l'horreur peut aller lorsque l'homme est abusé et manipulé (et donc aussi, un peuple, probablement "personnalisé" par la figure du nouveau-né violé... mais là, il faut probablement être serbe pour comprendre la métaphore.
C'est ce que je pense aussi. D'où mon "quoique..."
Gnome wrote:Tiens en parlant de "Salo..." et de pseudo discours politique.... En voilà là un dont le discours politique m'est complètement passé au dessus de la tête par exemple... Autant que celui de "A serbian film" d'ailleurs... :mrgreen:
Quoique...
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riqueuniee
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Re: A Serbian Film (Srdjan Spasojevic - 2010)

Post by riqueuniee »

wontolla wrote: Je n'ai donc pas vu un film pornographique, ni même un film gore mais un film qui entend dénoncer quelque chose. On aurait pu écrire un livre, l'histoire était tout aussi horrible et interpellante. Le réalisateur semble être du côté de son protagoniste principal (Milos) pris bien malgré lui dans une machinerie dont il ne pourra s'échapper que par un geste ultime, geste dont lui-même n'est pas le maître car, jusqu'au bout, il aura été manipulé.

En ce sens (et plus encore que pour Salo) j'ai pu y voir un discours "politique" (sans pour autant vraiment connaître l'histoire serbe) montrant jusqu'où l'horreur peut aller lorsque l'homme est abusé et manipulé (et donc aussi, un peuple, probablement "personnalisé" par la figure du nouveau-né violé... mais là, il faut probablement être serbe pour comprendre la métaphore.
Si le film est une métaphore du sort du peuple serbe (abusé et manipulé, et donc victime- mais de qui en fait ? ), j'ai du mal à admettre qu'il faille en passer par de telles images pour le faire comprendre.
J'en resterai donc,à ce sujet , à des films tels que Baril de poudre (Goran Paskjalevic, 1998), dans lequel jouait déjà Sergej Trifunovic.
wontolla
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Re: A Serbian Film (Srdjan Spasojevic - 2010)

Post by wontolla »

riqueuniee wrote:
wontolla wrote: Je n'ai donc pas vu un film pornographique, ni même un film gore mais un film qui entend dénoncer quelque chose. On aurait pu écrire un livre, l'histoire était tout aussi horrible et interpellante. Le réalisateur semble être du côté de son protagoniste principal (Milos) pris bien malgré lui dans une machinerie dont il ne pourra s'échapper que par un geste ultime, geste dont lui-même n'est pas le maître car, jusqu'au bout, il aura été manipulé.

En ce sens (et plus encore que pour Salo) j'ai pu y voir un discours "politique" (sans pour autant vraiment connaître l'histoire serbe) montrant jusqu'où l'horreur peut aller lorsque l'homme est abusé et manipulé (et donc aussi, un peuple, probablement "personnalisé" par la figure du nouveau-né violé... mais là, il faut probablement être serbe pour comprendre la métaphore).
Si le film est une métaphore du sort du peuple serbe (abusé et manipulé, et donc victime- mais de qui en fait ? ), j'ai du mal à admettre qu'il faille en passer par de telles images pour le faire comprendre.
J'en resterai donc,à ce sujet , à des films tels que Baril de poudre (Goran Paskjalevic, 1998), dans lequel jouait déjà Sergej Trifunovic.
Pour moi, ce n'était pas le film qui était la métaphore mais le nouveau-né violé (le film dans le film).
Tu as vu la version intégrale ou la version censurée ?
As-tu pu voir l'interview réalisée au BIFF en 2010 (bonus du dvd) ?
Il y a une tentative de réponse à la lecture politique; les abuseurs étant des dirigeants du peuple.