Jane Campion

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Phnom&Penh
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Jane Campion

Post by Phnom&Penh »

Topics sur des films:

La leçon de piano (1993)

In the Cut (2003)

Bright Star (2009)

Jane Campion est une cinéaste que, assez curieusement, je ne connaissais que de nom. Pourtant, sa carrière m'est contemporaine mais...les secrets de la jeunesse masculine ont du faire que j'ai été plus sensible à la Palme d'or 1994 qu'à son (ex-aequo) prédécesseur... :uhuh:
Pour achever de m'enfoncer, j'ajouterai que le seul film que j'avais vu d'elle jusqu'ici était In the Cut. J'avais bien aimé d'ailleurs, mais mes contemporains comprendront pourquoi je préfère dire que j'avais vu le film par hasard :mrgreen:

Sweetie (1989)

Surpris par les commentaires très élogieux au sujet de Bright Star, j'ai commandé le BluRay, mais, ayant zappé la carrière de la réalisatrice depuis le début, je me suis dit qu'il était aussi bien de refaire les choses correctement, et j'ai donc commandé tous ses films. Et j'ai visionné d'abord le premier, Sweetie.

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Ceux qui connaissent le film ne seront pas surpris si je dis l'avoir été très fortement. J'ai passé la première demi-heure à hésiter à fermer le film pour passer à autre chose. Sauf que l'image à l'écran était si bien photographié, si bien cadrée, avec des angles et des cadrages souvent si originaux que je ne pouvais me résoudre à mettre fin à l'expérience.
Le film n'était d'ailleurs pas ennuyeux, il était surtout fort étrange.
Et puis, petit à petit, la magie s'est faite.

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Sweetie est un film sur une carrière qui aurait pu être brisée. Pas par accident, au contraire, mais par la médiocrité du monde. Commencer une carrière de réalisateur par un tel sujet pourrait être assez casse-gueule, prétentieux, voire un peu ignoble (je fais référence à la dédicace de fin).

Sauf que le film se met volontairement en équilibre très périlleux dès le départ et non seulement y reste mais se maintient en position avec grâce. Aucun cassage de gueule.
Pour la prétention, le procès est vite tenu. Certes le sujet est complexe et certes, la réalisatrice prend son public par les oreilles pour le transporter là où il n'avait pas du tout prévu d'aller se promener. Mais la maîtrise technique, le métier, l'originalité du propos sont tels, et d'autant plus qu'il s'agit d'un premier film à un million de dollars, que la prétention s'appelle ambition et celle-ci est aussi grande qu'honorable.
Tant qu'au côté possiblement ignoble (j'emploie le mot à dessein, Jane Campion est quand même très roublarde), il est évidemment totalement absent quand on finit par comprendre le film. Non seulement le personnage faussement principal est traité avec une gentillesse et une humanité dignes de Jean Renoir, non seulement le personnage réellement principal est d'une grâce légèrement bunuelienne qui rend Kay absolument et définitivement adorable, mais tout le film respire la tendresse. La dédicace finale pourrait faire un peu peur (histoire un peu vécue?) mais quand on apprend la finalité de celle-ci, et donc que le sujet n'est que le résultat d'observations et d'imagination, on se dit que oui, Jane Campion est vraiment une grande artiste.


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Reste le symbole de la liberté nécessaire à l'artiste qui passe par ce formidable mouvement de caméra, à la fin du film, sur les petits chevaux cassés, avec la tête de l'artiste en arrière plan (pas Sweetie comme sur l'affiche ci-dessus, mais Kay, bien sûr). Une séquence absolument magnifique qui symbolise:
- le rêve d'enfant
- les rêves brisés
- la volonté du créateur

Et Jane Campion étant d'un pays des chevaux, je termine sur ce qui est pour moi une des plus belles citations sur la maîtrise de la liberté par le créateur et maître des forces de la nature:

« Visite chez Nuncio : on entendait l’impulsion. Ses chevaux sont plus brillants que ceux qui se défendent. Premier cheval dans son manège (taille d’une chambre de bonne) : un véritable tourbillon, complètement sur les hanches. Sûr et maître absolu de son équilibre, il pirouette, démarre, s’arrête, va de côté, change de pied dans le plus grand calme. C’est la perfection idéale. Gorge de pigeon, hanches près du sol. Nous sommes ensuite allés dans son arène. Là, j’ai tout vu. Le trot à extension soutenue, le même que celui de Beudant ; passage de gazelle, galop sur trois jambes, sur deux jambes, terre à terre. Avec la sueur, la robe des chevaux devenait argentée. C’est la domination totale, absolue, sur des rênes sans tension. Le cheval cherche encore son équilibre. Ses mains sont d’une agilité folle. Par moments, les rênes glissent entre les doigts puis il les raccourcit avec la main droite. Dès que le cheval est au maximum de son impulsion, il n’y a plus de main devant lui. »

Non, l'art n'est pas intellectuel, il est sensation, et les femmes ont un don pour le rappeler.
Spoiler (cliquez pour afficher)
La citation est de Patrice Franchet d'Espèrey, tirée de ce livre:

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sur le contact avec la nature, la transmission du maître à l'élève et l'art au sens premier du terme.

Oui, elle est un peu farfelue, je le reconnais :mrgreen:
"pour cet enfant devenu grand, le cinéma et la femme sont restés deux notions absolument inséparables", Chris Marker

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Jeremy Fox
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Re: Jane Campion

Post by Jeremy Fox »

Un de mes réalisateurs contemporains préférés ; j'ai tout vu et tout apprécié à degré divers sauf Portrait de Femme revu récemment et qui m'a laissé de marbre

Mon avis sur La Leçon de Piano


Après Sweetie, son premier essai aussi agaçant que passionnant, et Un Ange à ma table, un deuxième opus plus apaisé et étonnamment maîtrisé, Jane Campion, réalisatrice surdouée, mettait presque tout le monde d’accord avec son troisième film, récoltant récompenses sur récompenses toutes amplement méritées. Le cinéma néo-zélandais, avec aussi Lee Tamahori (dont le talent a malheureusement totalement disparu en passant à Hollywood), venait ainsi brillamment se montrer sur les devants de la scène cinématographique internationale. The Piano raconte l’histoire d’une veuve muette et passionnée de musique qui débarque avec sa fillette et son piano sur les côtes sauvages de Nouvelle Zélande, où elle doit y rencontrer un colon avec qui on doit la remarier. Son futur époux, ne voulant pas s’encombrer de l’instrument, décide de le laisser sur la plage. Mais un voisin, vivant au contact des Maoris, décide de le ramener chez lui. Il fait un marché avec la jeune femme afin qu’elle puisse récupérer son instrument de musique ; elle devra payer chaque touche noire en se soumettant à ses fantaisies érotiques sous couvert de lui octroyer des leçons de piano...

Histoire originale et totalement personnelle écrite par la réalisatrice qui réussit la parfaite synthèse de ses deux premiers films : mélange de lyrisme échevelé, de sensualité exacerbée, d’érotisme et de romanesque, le tout filmé avec virtuosité et poésie, somptueusement photographié. On sent une touche "minellienne" dans le style de Jane Campion, cet accord parfait entre exacerbation et retenue, entre folie et élégance. D’ailleurs, Anna Paquin et son personnage ne sont pas très éloignées de celui Tootie, interprété par Margaret O’Brien dans Meet me in St-Louis, cette petite fille très émotive aux idées morbides qui observe vivre les autres membres de sa famille, réceptacle des émotions d’autrui qui viennent la briser mais en même temps la faire ressortir de ces épreuves presque plus mature que les protagonistes adultes. La Leçon de piano, une sorte de Hauts de Hurlevent sauvage et charnel, pervers et profondément romantique, qui finit d’asseoir la réputation de Jane Campion comme étant l’une des cinéastes les plus douées quand il s’agit de décrire la montée du désir, ici entre Harvey Keitel et Holly Hunter tous deux aussi fabuleux l’un que l’autre.

Une œuvre unique, émouvante et troublante qui ne cessera de se rappeler à vous dès que vous réentendrez la magnifique partition composée par le musicien attitré de Peter Greenaway à ses débuts, Michael Nyman qui, n’en déplaise aux puristes, a écrit un véritable chef-d’œuvre au point de le réarranger pour en faire un concerto pour piano pas indigne de certains des plus beaux concertos romantiques. Quant à la cinéaste, elle ne s’est pas reposée sur ses lauriers ; elle a au contraire continué sur sa lancée avec des films plus radicaux, peut-être un peu moins maîtrisés mais tout aussi dignes d’intérêt, que ce soit Portrait de femme, mais surtout Holy Smoke et In The Cut qui sont cependant loin de faire l’unanimité mais qui me sont presque aussi chers.
Nestor Almendros
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Re: Jane Campion

Post by Nestor Almendros »

quelques avis glânés...

De phylute (avril 2004)
Holly Smoke de Jane Campion. Ce n'est pas le ratage généralement évoqué lors de sa sortie. La joute Kate Winslet / Harvey Keitel est souvent réjouissante, parfois poignante. Le film manque certainement de rigueur, oscillant souvent avec dificulté entre comédie loufoque et drame psychologique sans atteindre un équilibre satisfaisant. Bref une demi-réussite qui n'enlève rien au talent de la réalisatrice. 6/10
NUTELLA wrote:sacrée performance de Keitel,qui prend énormément de risque avec ce role,il y est vraiment incroyable(encore plus que d'habitude),un role casse gueule,dont il se sort royalement,il aurait pu etre risible,il est émouvant et touchant,chapeau 8)
le film vaut effectivement beaucoup pour ses deux interprétes.
phylute wrote:Vrai ! J'ai été halluciné par sa prestation, à mettre sur le même plan qu'un Bad Lieutenant. C'est Keitel qui a demandé à Campion pour retravailler avec elle. Il n'a pas du être déçu du rôle qu'elle lui a écrit :D
NUTELLA wrote:encore plus impressionnant ici pour ma part,car peu d'acteurs auraient pris le risque de casser à ce point son image :)
dans Bad Lieutenant ca peut paraitre plus marquant,car son personnage est vraiment hors-norme,mais finalement il y a une prise de risque moindre.
Jeremy Fox wrote:Et moi j'aime beaucoup, outre les performances d'acteurs, le film en son ensemble.
De phylute (juin 2004)
In The Cut. Encore une superbe réussite de Jane Campion. Un thriller qui s'interresse plus au parcours psychologique de son héroïne (méconnaissable Meg Ryan) qu'à une intrigue cependant rondement menée. Portrait de femme magnifique, Campion poursuit ses thèmes de prédilection (par exemple la transformation d'une femme, la redécouverte de sa sexualité, par la recontre avec un homme) en explorant ici un nouveau genre, un nouveau continent. Superbe. 7/10
NUTELLA wrote:en parlant de Jane Campion,j'ai vu récemment Portrait de femme,et j'ai trouvé ca vraiment pénible,tu as aimé?
phylute wrote:Oui énormément :D
De Harmonica (août 2004)
In The Cut:
Ce film est nul. Pourquoi ? Tout d'abord l'effet de flou, ça va 5 min mais pas tout le film. La caméra qui tremble, ça va aussi 5 min mais à la longue ça lasse. Point de vue de l'histoire ? Rien. Si le film avait été amputé d'une heure, l'histoire n'aurait pas plus avancé.
Ensuite les scènes d' "amour", il y en a trop et en plus elles sont totalement gratuites, notemment la fellation au début du film, je me suis demandé quel était l'intérêt de montré ça. Et surtout elles ne sont même pas "belles", pas érotiques pour un sous, surtout à cause du personnage masculin principale. Et allez les "lick your pussy", "suck dick",... Aucun charme. Ca ne fait absolument pas avancé l'histoire. Quel est le but d'instaurer des scènes de "porno soft" dans un thriller ? Oui vous avez bien répondu, remplir une intrigue inexistante.
Mais c'est surtout rempli d'esbrouffe, la caméra qui film un coin, un autre coin, un immeuble, un drapeau, qui s'attarde sur une main, un pied... 5 sec par ci, 5 sec par là, ça ne fait que rallonger artificiellement la durée du film. Enfin le seul point positif à cette technique c'est que ce film est bourré d'images pour le jeu du quizz. Et puis cette fin totalement bateau, bourrée de clichés, d'ailleurs tout le film est bourré de clichés.
Que sauvez au final ? Meg Ryan (même pas le fait de la voir nue qui est totalement inutile) et l'apparition de Kevin Bacon. 2/10[/quote]
Jeremy Fox wrote:J'ai au contraire trouvé ce film d'une grande sensualité et magistralement bien mis en scène
Tite Bouh wrote:Défends ton film Jeremy :wink:
Bob Harris wrote:Jeremy est un homme de bon goût.
Kurwenal wrote:Je trouve ce film indéfendable, mais ce n'est que mon point de vue :wink:
Quant au terme de sensualité, non je ne suis pas d'accord, Jeremy...c'est plutôt creux, putassier et d'une prodigieuse vacuité répondant sans doute a des effets de mode qui m'échappent comme de filmer d'entrée de jeu une scène de fellation. Cela ne sent même pas le souffre, c'est simplement nauséabond.
Jeremy Fox wrote:La sensualité, c'est du ressenti et personnellement j'ai trouvé les scènes d'amour très belles comme toutes les scènes d'amour filmées par Campion d'ailleurs.
Mais je n'irais pas défendre quand même plus avant ce film (ce n'est pas de la lacheté mais de la fainéantise :lol: ) car même si je l'ai aimé, je n'en fait pas un grand film comme l'était à mon goût La leçon de piano par exemple. Je comprend tout à fait qu'on ne l'apprécie pas mais c'est vrai que les détracteurs étant très nombreux, je préfère me positionner plutôt en face, Campion ne m'ayant encore jamais déçu :wink:
Bob Harris wrote:Euh, pourquoi une scène de fellation serait-elle forcément putassière et nauséabonde?
Rockatansky wrote:Ben si elle n'est ni justifiée par le scénario ni par le ton du film, elle le devient ;)
mannhunter wrote:IN THE CUT est un film inestimable car le directeur de la photo n'est autre que le directeur de la photo de COLLATERAL...
cela suffit donc à en faire un film inestimable!!!
bon OK,je :arrow: :mrgreen:
De Cinetudes (septembre 2004)
In the Cut de jane Campion:
Trés bonne surprise !! Un excellent polar dont l'intérêt principal reste les personnages et leurs relations complexes passionnantes et toujours totalement crédibles.
Certes l'aspect policier est en deça, car son aspect classique et donc prévisible lui fait perdre de l'intérêt mais je suis persuadé que l'intention de Campion n'était pas de faire de son film un thriller haletant.
Meg Ryan et l'acteur principal sont surprenants, réalistes et hypnotiques. Leur relation est passionnante et toujours crédible et rend le film vraiment prenant.
Campion surprend aussi par une mise en scène et un proijet esthétique originaux et qui une fois la surprise passée colle totalement à l'ambiance de son film.

De Johnny Doe (mars 2005)
Sweetie

Pas trop envie de m'étaler sur cette déception. J'aime énormément le cinéma de Campion (qui se limite pour moi à The Piano et In The cut m'enfin :lol:) et celui-ci m'a un peu ennuyé et surtout beaucoup agacé, la faute au personnage (répugnant) de Sweetie que j'avais envie de cogner. J'ai beaucoup aimé le début et quelques scènes, mais sinon très bof.

De Jack Sullivan (juin 2006)
Un ange à ma table (An angel at my table) – Jane Campion (1990)
Redécouvert, 10 ans après l’avoir vu pour la première fois. Un éveil à la vie, d'un terreau rustique à une sorte de bonheur, en passant par toutes les cases "douleur" et "silence". Une poésie rugueuse imprègne les images, qui ne sont pas là pour "faire joli", mais pour montrer tout ce qui peut pousser un être à préférer la solitude.
9,5/10[/quote]

De Anorya (mars 2010)
La leçon de piano (Jane Campion - 1993)

Superbe portrait de femme dominé par la musique de Michael Nyman qui donne le ton de ces étranges leçons de piano. Un apprentissage et une redécouverte du corps comme partition sous la houlette des formidables Holly Hunter et Harvey Keitel (qui prouve un an après Bad Lieutenant qu'il n'a aucun complexe à se déshabiller une fois de plus). Sam Neill est très bien aussi, bien qu'un peu en retrait. Par contre Anna Paquin, je la trouve tout bonnement exaspérante. Que dire de plus sur cette belle histoire d'amour qui est aussi un magnifique drame ? La fin, ambigüe à souhait est très bien aussi malgré un ralenti final (quand Hunter remonte à la surface) pour le coup exaspérant car ne cadrant pas spécialement avec la teneur homogène de l'ensemble du métrage. Qu'importe, le film est une totale réussite avec ses petits moments de poésie (la courte séquence animée de dessin d'enfant, l'animal fait en coquillage sur la plage durant toute une journée...). - 5/6.[/quote]
homerwell
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Re: Jane Campion

Post by homerwell »

Jane Campion a créé un monde à travers sa filmographie. Il y a des qualités inestimables qui en sont la signature et que l'on retrouve dans chacun des opus de sa carrière.

Tout d'abord la justesse et la subtilité de la peinture psychologique des personnages qu'elle fait évoluer devant sa caméra. Un geste, une attitude, quelques mots, sa direction d'acteurs-trices est toujours au cordeau et elle fait rapidement naître l'intérêt puis l'empathie et la compréhension. Elle sait rendre ses personnages passionnants.

La puissance évoquée dans les fantasmes amoureux et érotiques, la tension sexuelle est souvent présente, et elle frappe notre imagination. Ce sont plus que des images qui restent à l'esprit, ce sont des sensations.

La beauté de son cinéma ! Il n'y a rien à ajouter, ses films sont toujours magnifiques.
Phnom&Penh wrote: La dédicace finale pourrait faire un peu peur (histoire un peu vécue?) mais quand on apprend la finalité de celle-ci, et donc que le sujet n'est que le résultat d'observations et d'imagination, on se dit que oui, Jane Campion est vraiment une grande artiste.
:wink:
C'est surement dans ce que j'ai mis en gras que réside les grandes forces du cinéma de Jane Campion.
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Jeremy Fox
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Re: Jane Campion

Post by Jeremy Fox »

homerwell wrote: Ce sont plus que des images qui restent à l'esprit, ce sont des sensations.
Je trouve son cinéma avant tout sensuel ; dans Bright Star par exemple, son film le plus 'pudique', sa façon de filmer le visage et les mains de son actrice principale m'ont procuré quelques frissons.
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Re: Jane Campion

Post by AlexRow »

J'avoue que son Bright Star m'a rassuré : je commençais à craindre que Jane Campion ait déjà tout dit dans ses précédents films. Même si Bright Star n'apporte rien de nouveau, je l'ai trouvé très sensible et absolument éblouissant formellement, sans l'excès de prétention qui aurait pu le faire tomber dans un esthétisme creux. Ce Campion est un très bon James Ivory :mrgreen:
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Thaddeus
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Re: Jane Campion

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


La leçon de piano
Plages du bout du monde balayées de vagues torrentielles, forêts humides aux troncs enchevêtrés, marécages spongieux : Campion nous installe dans un monde envoûtant, une nature inviolée qui exacerbe les sentiments et pousse les passions à leur expression la plus élémentaire, la plus fiévreuse. Le romantisme bouillonnant de ce portrait de femme confère un lyrisme tumultueux, assez incandescent, au parcours qu’elle suit : l’épanouissement d’une personnalité bridée par des contraintes physiques et morales, un éveil à la sensualité qui, progressivement, devient un éveil à l’amour. La musique de Nyman, la beauté sophistiquée de ses tableaux, la poésie sauvage qui s’en dégage en font une œuvre superbe. 5/6

In the cut
Un autre portrait de femme, et une nouvelle exploration du désir féminin, cette fois au travers d’un polar urbain et stylisé, d’une vraie beauté plastique, où la cinéaste s’attache aux vacillements perceptifs d’une héroïne qui s’abandonne à son trouble et à sa confusion. S’il respecte les codes du film noir, avec sa mécanique tortueuse et son climat délétère de danger et de mystère, le film les déplace sur un terrain assez fantasmatique, et plutôt original. 4/6

Bright star
De façon assez ambitieuse, Campion tente de retranscrire la matière et la vérité poétique par le biais de moyens purement cinématographique. Sans cesse, le film menace de sombrer dans l’ornementation esthétique, la joliesse illustrative ; presque toujours, il y échappe, par sa soumission constante aux vibrations intimes de la relation amoureuse qu’il raconte. Subtile et délicate, cette œuvre au romantisme feutré échappe à tous les écueils qui la menacent sans pour autant atteindre tout à fait, à mes yeux, l’émotion qu’elle vise. 4/6

Je vais découvrir bientôt : Un ange à ma table.

Pas vu les autres.

Mon top :

1. La leçon de piano (1993)
2. Bright star (2009)
3. In the cut (2003)

Jane Campion est une réalisatrice qui compte, par la singularité de son regard, par ses qualités de filmeuse raffinée, par la confiance romantique dont elle témoigne à chacun de ses films.
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Re: Jane Campion

Post by Watkinssien »

Les deux films que j'aime particulièrement chez Campion sont deux portraits de femme que je trouve remarquables mais de manière totalement différente.

Le premier c'est The Piano, une merveille de romanesque et de lyrisme... Et le second, le plus radical, déroutant, glauque et envoûtant In the Cut...
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Jeremy Fox
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Re: Jane Campion

Post by Jeremy Fox »

J'aime tout ce qu'elle a fait y compris les controversés In the Cut et Holy Smoke. Mais étonnament, un de ses films m'a laissé sur le carreau alors qu'il avait tout pour me plaire : Portrait de femme, qui m'a ennuyé à mourir.

Deux immenses coups de coeur, La Leçon de piano et surtout Bright Star
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AtCloseRange
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Re: Jane Campion

Post by AtCloseRange »

Stark wrote:Je vais découvrir bientôt : Un ange à ma table.
En ce qui me concerrne, son chef d'oeuvre.
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Re: Jane Campion

Post by Watkinssien »

Jeremy Fox wrote:J'aime tout ce qu'elle a fait y compris les controversés In the Cut et Holy Smoke. Mais étonnament, un de ses films m'a laissé sur le carreau alors qu'il avait tout pour me plaire : Portrait de femme, qui m'a ennuyé à mourir.
On est sur le même feeling concernant Mme Campion ! 8)
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Re: Jane Campion

Post by MJ »

Jeremy Fox wrote:Mais étonnament, un de ses films m'a laissé sur le carreau alors qu'il avait tout pour me plaire : Portrait de femme, qui m'a ennuyé à mourir.
Argl, son chef-d'oeuvre à mon sens (Un Ange à ma Table et Bright Star viennent un peu derrière). On a quand même rarement filmé quelque chose d'aussi fort sur l'avillissement volontaire.
J'aime pour ma part tout ce que j'ai vu de Jane Campion, même In the Cut qui, malgré ses maladresses, a été minoré d'une manière que je trouve assez méprisante (et peut-être un peu machiste, à vrai dire). J'aime, comme le dit bien Ciment, son "imaginaire gourmand", l'audace calme qu'elle a à montrer la violence des sentiments. Une cinéaste à la fois hors norme et nécessaire, d'une sensibilité dans le même temps inattendue et évidente.
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Re: Jane Campion

Post by Joe Wilson »

Portrait de femme

Adapter Henry James est toujours un défi..comment représenter l'intériorité et une soif d'absolu ? La naiveté et l'idéalisme d'Isabel Archer font ainsi illusion pendant plusieurs centaines de pages, alors que ses sentiments portent en eux la marque de leur propre effondrement.
Jane Campion tranche dans le vif, et la prison d'Isabel est déjà scellée lorsqu'elle apparait à l'écran. La sensation vertigineuse du baiser envahit le générique, mais s'évanouit dès que l'image semble annoncer la disparition d'un mystère (superbe accompagnement musical de Kilar). Il ne reste alors que des obsessions, des fantasmes, et la perception d'un cauchemar. La mise en scène construit un cadre esthétique cohérent (des motifs circulaires qui se referment), et Portrait de femme émeut par son étouffante beauté.
L'interprétation est inégale, mais Nicole Kidman est convaincante alors que le rôle est si difficile, la contenant dans une passivité morne et aveugle. John Malkovich, par contre, est presque excessif tant ses poses sont calculées. Il crée évidemment un personnage fascinant, mais la manipulation et le caractère destructeur d'Osmond apparaissent avec trop d'évidence. Face à lui, Barbara Hershey compose une Serena Merle bouleversante, brisée, au visage fermé par la rage et la souffrance : c'est elle qui laisse au final l'impression la plus décisive.
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Re: Jane Campion

Post by MJ »

Joe Wilson wrote: Il crée évidemment un personnage fascinant, mais la manipulation et le caractère destructeur d'Osmond apparaissent avec trop d'évidence.
Je n'arrive pas à croire que ce ne soit pas volontaire de la part de Campion. Alors qu'Isabel refuse des bons partis, à tous points de vue, par revendication d'indépendance, elle est prise d'un amour fou pour celui qui a tout pour la dominer, qui ne le cache pas un instant... et c'est cette domination que dès le premier instant elle désire. En feignant, aux autres et à elle-même, de chercher sa liberté, Isabel attendait le maître de qui elle deviendrait l'esclave.
Le générique avec ses femmes contemporaines aux beautés sortant des canons trop formatés (une femme noire aux cheveux courts, des piercings, une pointe d'androgynie,des corps ronds, etc.) sonne alors a-posteriori comme un avertissement: vous vous croyez libérées, mais vos propos ("I love kissing", "I'm addicted", "it's like finding the purest mirror", etc.) disent déjà qu'on peut vous asservir par l'amour. Il y a dans Portrait de Femme une conciliation impossible entre le fait d'être amoureuse et indépendante, ce qui en fait une oeuvre radicalement dérangeante, kamikaze, un film contemporain de Jane Campion plus qu'une adaptation d'époque de Henry James, en dernière analyse.
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Re: Jane Campion

Post by Joe Wilson »

En effet, et le fantasme d'Isabel après ses retrouvailles avec Caspar Goodwood symbolise à nouveau cet asservissement destructeur (tout comme la déclaration d'Osmond, transcendée par des fulgurances plastiques qui dessinent un enfermement).
La proposition de Jane Campion est cohérente et complètement assumée, mais je trouve que cela rend Osmond presque transparent. La révélation tant attendue de sa soeur devient alors presque anecdotique, avec l'impression que le scénario suit trop la trame du roman alors que la mise en scène s'en affranchit...et le jeu outré de Malkovich renforce cette contradiction tout de même mineure.
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