The American (Anton Corbijn - 2010)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Mama Grande!
Machino
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The American (Anton Corbijn - 2010)

Post by Mama Grande! »

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The American, d'Anton Corbijn

Vendu comme un énième thriller racontant l'histoire d'un tueur à gages en fin de course, The American est en fait un film déroutant dont il est difficile de se faire un avis définitif à chaud. Clooney, dont la présence a dû assurer la viabilité du projet, incarne un tueur à gages en fuite, qui va exécuter son dernier contrat. Pour cela, il se cache dans un petit village des Abruzzes. Il y tombe amoureux d'une prostituée. Dès le début, on comprend que le rythme sera lent. Mais ce qui frappe encore plus, c'est le peu de dialogues. Clooney ballade sa silhouette fatiguée et mélancolique dans les rues de ce petit village méditerranéen, à l'affût de la moindre menace, du moindre signe, rencontre une cliente, une prostituée, un prêtre bavard, et quand l'action surgit, elle s'intègre comme dans un rêve, avec une élégance sans faille. Parfois, on a l'impression d'assister à un film de photographe avec des plans carte postale esthétisants, ce qui n'est pas un hasard car c'est le premier métier de Corbijn. Mais quand cet aspect agace et que l'on pense avoir tout compris au dispositif, le réalisateur nous surprend par une idée inattendue, ou en évitant le plan inutile que l'on attendait. Corbijn est en fait conscient des limites de l'intrigue. Il en fait donc une ballade dans les paysages italiens en cherchant l'élégance dans ses moindres recoins. Dans ses meilleurs moments, on pense à Hitchcock ou aux thrillers des années 60. A d'autres moments, on pense à la pub Nespresso, mais en même temps, difficile de ne pas y penser en voyant Clooney commander un café :mrgreen: La scène de poursuite nocturne, ainsi que le test de l'arme et le final sont très réussis. En fait, c'est un film qui à chaud laisse plus des impressions que des émotions, ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose. Ce qui est sûr, c'est qu'il vaut le coup d'être vu en salles. En écrivant je me rends compte que j'ai vraiment bien aimé :)
Nestor Almendros
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The American (Anton Corbijn, 2010)

Post by Nestor Almendros »

Enfin! George Clooney dans un film intéressant. Malgré un parcours exigeant et une volonté affichée d'éviter la facilité, de s'écarter du cinéma commercial classique et des blockbusters (alors qu'avec une notoriété pareille il pourrait aisément se le permettre), ses projets n'étaient pour moi jamais (ou presque) réussis. Jusqu'à maintenant.

Clooney n'a pas changé de cap. Bien qu'évoluant en terrain a priori connu (histoire de tueur à gages) ce film ne se laisse pas apprécier aussi facilement. Il y a un style et un ton, une froideur presque clinique, qui dans la première moitié du film peuvent rapidement déstabiliser voire lasser le spectateur. Il y a un semblant d'austérité, jusque dans le décor anti carte postale d'une Italie au cachet certain mais aux paysages parfois presque arides (c'est un point sur lequel je ne suis pas d'accord avec Mama Grande). Ce sentiment est alors renforcé par un scénario tendance "minimal" qui met du temps à s'installer et à poser ses enjeux. C'est seulement à mi-parcours, quand l'émotion finit par apparaitre, que le canevas se dévoile enfin.

Il ne faudrait surtout pas bouder cette longue mise en place qui reflète finalement assez bien la réalité d'un personnage prisonnier d'un métier, d'une carrière vouée à une solitude pesante. Contraint à l'isolement, il ne peut s'empêcher de tisser quelques liens épars avec ceux qu'il croise (le curé, la prostituée). On comprend surtout que la séquence pré-générique est un cas de figure récurrent dans sa vie, que cette malédiction relationnelle ne fait que se répéter. D'où un suspense contenu relativement efficace dans le dernier tiers (par exemple avec le jeu sur les doutes et les méfiances du héros).
Au final on a quasiment l'impression d'avoir vu un mélodrame, ou un drame romantique, très posé, très intérieur, prenant en contrepoint les ingrédients habituels du genre. Je ne connaissais pas Anton Corbijn: il ne prend jamais le spectateur par la main, préférant la sobriété et la sécheresse dans l'observation et dans l'action. Je suis très agréablement surpris par sa maitrise et l'utilisation de codes inhabituels dans le cinéma américain actuel. L'Italie comme lieu de l'histoire aide beaucoup à ce sentiment mais THE AMERICAN a une très insistante allure de film européen.

Plutôt une bonne surprise.
Mama Grande!
Machino
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Re: The American (Anton Corbijn, 2010)

Post by Mama Grande! »

Merci au modo d'avoir créé le topic, je voulais m'en charger mais j'ai oublié :oops:

Juste pour dire que le film m'a trotté en tête toute la journée et je ne pense plus trop aux réserves que j'ai exprimées dans mon avis à chaud, ou plutôt je comprends leurs raisons. Ces réserves étaient je crois dues surtout au fait que Corbijn fait des choix qui déroutent, et que le spectateur se demande souvent sur quel pied danser. Il ne comprend vraiment de quoi il retourne que dans la deuxième partie. Dans la salle les réactions étaient parfois étranges. Par exemple, la course poursuite nocturne s'achève sur une scène d'une violence glaçante qui fit pourtant bien rire mon voisin de derrière et quelques autres spectateurs. En fait, par carte postale je voulais en fait dire qu'il offrait une image attendue des paysages traversés: la Suède est sous la neige, l'Italie c'est les cafés, les vins, les églises... C'est un peu comme montrer Londres sous la pluie ou les Français se balader avec une baguette de pain et un béret.

Mais le ton général est tellement différent d'une ballade touristique que ce n'est pas cet aspect dont on se souvient. Ce film exigeant et anticommercial parvient à imposer sa propre musique, à s'écarter de ses références (j'ai parlé de Hitchcock, mais on pense aussi beaucoup au Samourai de Melville). Et il est fort probable que l'on s'en souvienne encore un petit moment :)

Pour ceux qui ont aimé, je conseille fortement Ocean Flame de Liu Feidou ( http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/oceanflame/ ). Je l'avais vu à un festival et l'approche du film de triades est assez semblable à celle qu'a Corbijn du film de tueur à gages. Malheureusement, ce bijou imparfait et inclassable n'est jamais sorti chez nous. Mais il est disponible en DVD zone 3.
Colqhoun
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Re: The American (Anton Corbijn, 2010)

Post by Colqhoun »

Je l'ai vu y a un mois, j'ai pas pensé à en faire un topic.
Voilà ce que j'en disais.

C'est très bien. Un peu poseur, totalement conscient de son utilisation des clichés (tueur solitaire et mystérieux, pute au grand coeur, paysage carte postale, nostalgie d'une profession envahie par des opportunistes, etc..) et où le traitement ferait penser à du Antonioni post-moderne. Mais c'est un film qui se laisse regarder, qui prend son temps et donne envie d'aller s'abandonner au coeur des Abruzes, en trainant sur les petites terrasses et en flânant dans les ruelles étroites. Clooney y est excellent, hypnotique et le film est accompagné d'une jolie musique de Herbert Grönemeyer (qui serait, vraisemblablement, une véritable pop-star chez nos voisins casques-à-pointe). Pas forcément mémorable, mais le travail de re-création de certains archétypes du cinéma américain est plutôt bien troussé.
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Profondo Rosso
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Re: The American (Anton Corbijn - 2010)

Post by Profondo Rosso »

Corbjin tombe un peu dans le travers qu'il avait su éviter avec le biopic de Joy Division (le fond très consistant aidant) à savoir le film très léché et esthétisant où on sens sa patte de photographe. C'est donc très inégal l'ennui le plus profond se dispute à un spleen contemplatif vraiment prenant grâce aux belles images et à la prestation tout en sobriété de George Clooney (une nouvelle fois c'est frappant quel James Bond fabuleux il ferait !). Les relations entre les personnages sont tout aussi inégales le rapport avec le prêtre est vraiment réussi en une poignée de séquences, alors que les court moments entre Clooney la tueuse glaciale incarnée par Thekla Reuten :oops: sont bien plus magnétique que la pâle histoire d'amour (même si la scène de sexe où le lien s'établit est réussie) avec Violente Placido pas très convaincante même si très jolie. Avec un script plus resseré ça pouvait être bien meilleur, les rares moments d'actions sont excellents et la paranoïa de Clooney voyant la menace partout bien retranscrite. 3,5/6
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Re: The American (Anton Corbijn - 2010)

Post by Alcade »

Je me joins au camp des convaincus.

Comme souvent, rien à voir à la bande-annonce, on a le droit à un film lent, où les scènes de violence se font rares, où chaque plan fait 15 secondes au minimum. J'ai cru que le film allait s'arrêter une fois que Clooney a donné l'arme à la tueuse. :lol:

Très belle photo, acteurs convaincants, ... : 7/10 !
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Karras
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Re: The American (Anton Corbijn, 2010)

Post by Karras »

Colqhoun wrote:... où le traitement ferait penser à du Antonioni post-moderne.
Pendant tout le film, j'ai bizarrement eu des réminiscences de profession:reporter (The Passenger).
Jericho
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Re: The American (Anton Corbijn, 2010)

Post by Jericho »

Karras wrote:
Colqhoun wrote:... où le traitement ferait penser à du Antonioni post-moderne.
Pendant tout le film, j'ai bizarrement eu des réminiscences de profession:reporter (The Passenger).
C'est marrant pas plus tard qu'hier, j'ai lu ça (le fait que ça ressemble à du Antonioni) sur un article de télé ciné Obs.
Je pensais que c'était une connerie, à vous lire pas tant que ça finalement...
Last edited by Jericho on 31 Oct 10, 10:49, edited 1 time in total.
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riqueuniee
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Re: The American (Anton Corbijn - 2010)

Post by riqueuniee »

Pour une fois,ils n'auront peut-être pas mis n'importe quoi dans TéléCinéObs... :uhuh:
PS (plus tard dans la journée..!!)Je viens de voir le film,que j'ai beaucoup aimé.Antonionien?Je ne sais pas...Mais je ne l'ai trouvé ni trop lent,ni ennuyeux,et pas si contemplatif que ça.Esthétisant ?Certes,l'image est superbe,les Abruzzes (qu'il s'agisse des villages ou de la nature)magnifiquement filmées,mais ce n'est pas gratuit.
L'histoire est convenue (le tueur en bout de course,la prostituée au grand coeur,et même la dernière mission
Spoiler (cliquez pour afficher)
il est en fait la cible,après son coup foiré en Suède
),mais traitée de manière originale.Même si la fin peut rappeler celle de Quand la ville dort.
Très belle interprétation de Clooney,très loin de ce qu'on a pu voir de lui récemment.Les autres interprètes sont excellents aussi (pas de noms connus,à part Johan Leysen).
mannhunter
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Re: The American (Anton Corbijn - 2010)

Post by mannhunter »

Film un peu inégal,exercice de style joliment cadré et photographié mais un peu vide et longuet du moins dans sa première moitié...heureusement Corbijn se rattrape par la suite avec une dernière partie prenante et un Clooney à son aise. :)
ingoruptibles
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Re: The American (Anton Corbijn - 2010)

Post by ingoruptibles »

Alcade wrote:Je me joins au camp des convaincus.

Comme souvent, rien à voir à la bande-annonce, on a le droit à un film lent, où les scènes de violence se font rares, où chaque plan fait 15 secondes au minimum. J'ai cru que le film allait s'arrêter une fois que Clooney a donné l'arme à la tueuse. :lol:

Très belle photo, acteurs convaincants, ... : 7/10 !
Je rejoins également le camp des convaincus. Une belle surprise, alors que je n'attendais pas grand chose du film.
Et effectivement, la bande-annonce n'a rien à voir avec le film (on sent qu'ils ont essayé de vendre un film d'espionnage/action...).

Par contre, qui a lu le bouquin ? J'imagine que l'adaptation est très personnelle, car vu le peu de dialogues j'ai du mal à imaginer à quoi peut ressembler le livre...
Jericho
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Re: The American (Anton Corbijn - 2010)

Post by Jericho »

Anton Corbijn confirme, en quelque sorte, son statut d'auteur avec cette commande. Ce qui peut paraitre paradoxal, mais son style explose encore plus à l'écran que lors de son premier long métrage.
The American adopte une narration épurée, avec énormément de plans fixes qui durent, beaucoup de séquences avares en paroles. Les informations essentielles sont communiquées via la mise en scène. Pour cela il ne fallait pas compter sur les répliques, puisque la plupart du temps, les protagonistes s'échangent des lieux communs et autres discussions superficielles.
J'ai aimé le parti pris, la façon dont le réalisateur utilise l'environnement et le met en valeur avec de superbes cadres (de suite on pense à sa carrière de photographe). Dommage qu'il soit un peu moins inspiré quand il s'agit de filmer les personnages. Dans ces moments là, c'est plus classique, à l'instar du scénario, non dénué de quelques clichés. Ce qui m'a le plus plu ce n'est pas l'histoire en elle même, c'est la manière dont elle est racontée.
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riqueuniee
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Re: The American (Anton Corbijn - 2010)

Post by riqueuniee »

C'est d'ailleurs ça qui rend le film vraiment intéressant : Corbijn a pris des thèmes archi-vus (surtout pour les fans de films noirs-dont je fais partie) pour en faire une oeuvre très personnelle.
Addis-Abeba
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Re: The American (Anton Corbijn - 2010)

Post by Addis-Abeba »

Au début du film je me suis dit que Corbijn n'était pas obligé de confondre film contemplatif avec film chiant, son hommage à Il était une fois dans l'ouest étant à ce moment-là un peu déplacé.
Mais petit à petit le film fait son petit effet, la musique est belle, la mise en scène de Corbijn précise et élégante, et Clooney a atteint un niveau de jeu tout en force et retenue, lui permettant de jouer un rôle difficile pratiquement sans dialogues, le film lui doit beaucoup.
Malgré tout, la toute fin est trop prévisible et j'ai cru mourir d'ennui sur tout les dialogues entre Clooney et le prête Italien, passages moralisateur, mal écrits et franchement insupportables.
On peut effectivement faire un rapprochement avec le cinéma d'Antonioni, une certaine force tranquille, cette façon de captiver avec pas grand chose, mais pas assez, pour pouvoir être vraiment au niveau.
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Re: The American (Anton Corbijn - 2010)

Post by Alligator »

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Si je m'attendais! Là où je pensais voir un autre film d'action à la "Bourne", je découvre un superbe film, doux, suave, reposant sur une tragédie intimiste, celle d'un tueur qui voudrait se retirer de ses sales affaires, un type trop solitaire qui n'arrive pas à remplir sa vie et qui s'en désespère.

Bref, c'est un très beau film, et pas seulement sur le plan esthétique, mais c'est vrai que la façon de filmer d'Anton Corbijn a tout du portrait (dans le sens pictural du terme également). Le soin à varier les types de cadrage, à proposer de longs plans d'exposition et surtout le travail du chef-opérateur Martin Ruhe sur la photographie, avec un grain très velouté (d'aspect presque numérique) et des couleurs minérales à tendance plutôt grisâtre mais souvent soufrées, jaunes et vertes donnent au film une teinte vraiment très particulière.

Les longs plans silencieux où les yeux de George Clooney, perdus ou apeurés, tristes ou agressifs embrassent les ruelles de pierre d'un village et la ruralité italienne qui l'enserrent de manière faussement sereine, ces nombreuses séquences alimentent tout à la fois, le suspense et la paranoïa du personnage comme celle du spectateur mais également imprègne la lecture d'une fragrance jasmin. Qu'est-ce qu'il raconte? Alli est tombé fou? Je veux dire que le montage alternant plans contemplatifs mais tendus avec des plans plus courts et secs où l'action explose donne au film un caractère sensationnel, presque physique et charnel, un parfum que j'associerais au jasmin, très doux mais recelant une force intérieure. Ahummmmmmm....

Le spectateur est parfaitement immergé dans le quotidien et l'introspection du personnage, partage sa lente évolution au contact de la population et espère avec lui un temps de paix, dans un élan d'empathie totalement fabriqué par la mise en scène de Corbijn. C'est tellement bien fait que je vais vous dire... j'ai souvent pensé de façon évidente au cinéma de Jean-Pierre Melville, à ces personnages enfermés dans une logique qui pue et un univers aux couleurs métalliques autant que neurasthéniques.

Il faut noter à ce stade de la chronique le rôle du jeu, simple en apparence mais fortement pointu, du sieur George Clooney. Ce n'est pas un acteur pour qui je voue une vive affection, ni une aversion particulière. Je reconnais que sa prestation est très bonne, plus que convaincante, sans esbroufe, juste et fine comme il faut.

Cette production bénéficie également de la superbe italienne Violante Placido (oui, oui, la fifille à son papa), dont la plastique est heureusement mise en avant, de quoi motiver n'importe quel loustic à abandonner la carrière lucrative d'assassin.

Je plaisante, bien entendu que leur relation ne se résume pas à l'apparence de la jeune femme. C'est justement l'un des nœuds gordiens que s'échine à dénouer Clooney : comment échapper à cette profession désocialisante et ne pas finir seul et creux?

Le rôle du curé joué par Paolo Bonacelli, aiguillon de la remise en question de Clooney, pouvait faire craindre un revirement trop brutal. Anton Corbijn et surtout Rowan Joffe (au scénario) réussissent la gageure de décrire une très lente progression faite d'allers et retours émotionnels, mêlés de l'angoisse de se tromper, cette foutue question de la confiance au cœur de la relation à l'autre. Les personnages respectent un fragile équilibre entre leur fonction dans le récit et leur part de beauté poético-réaliste. En ce sens, le combat remporté par la justesse du scénario est à saluer.

Je suis complètement sous le charme. Un film digne d'un blu-ray.

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