The Social Network (David Fincher - 2010)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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riqueuniee
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Re: The Social Network (David Fincher - 2010)

Post by riqueuniee »

Un documentaire sur ce thème pourrait effectivement être intéressant,d'autant plus qu'il permettrait de multiplier les points de vue.Dans un documentaire,de plus,le problème de l'empathie se pose moins;
En ce qui concerne la misogynie,je ne sais pas trop (pas vu le film),mais il semble que ça vienne du point de départ : l'envie de se venger d'une (ou plusieurs)femme.Et puis,peut-être que,pour certains critiques,un film dont les personnages principaux sont tous des hommes pas forcément bien disposés à l'égard des femmes (<ou même seulement de certaines) est forcément misogyne,
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tenia
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Re: The Social Network (David Fincher - 2010)

Post by tenia »

J'épilogue donc :

Il est clair que, comme je le pensais, Facebook n'est même pas un prétexte, à ce niveau-là.

The Social Network, ce n'est pas un film SUR Facebook, ou sa création, ou quoique ce soit. On s'en fout complètement.

The Social Network, c'est la synthèse des rapports sociaux et humains du Nord économique contemporain. La Bosnie n'a pas de routes, mais ils ont Facebook. Et tout ça pour quoi ?
Pour savoir si la bonnasse rencontrée plus tôt a un mec ou pas.

Et accessoirement, se faire un nom. Mieux que ça : la mettre profond à tous ceux qui se sont foutus de nous jusqu'ici. Et c'est pour cela que l'argent n'est rien, à aucun moment. Le face-à-face entre Saverin et Parker en est la preuve.

Mais ce qui est merveilleux, c'est qu'à aucun moment, cela ne s'éloigne du projet de fond qui est bel et bien raconter de manière romancée la création de Facebook. Pas ou peu de digressions, c'est serré au poil de cul, et si les personnages avaient un débit verbal normal ça durerait autant que Zodiac.

Sauf que Sorkin a trouvé avec Fincher un mec capable de mettre en scène ces tunnels de dialogues sans aucun accroc, se permettant même de balancer une course d'aviron stylisée comme ça, presque juste pour le fun.

Je serai un peu plus réservé sur les acteurs, parce que j'ai trouvé à Eisenberg un air de Michael Cera qui m'a franchement dérangé, mais par contre, derrière, y a un Timberlake qui continue une carrière d'acteur assez formidable, et Garfield qui confirme son potentiel. Je pense que celui-ci est à suivre de très près, bien plus d'ailleurs qu'Eisenberg.

En tout cas, ça grimpe directe en haut du top.
Sans hésiter.
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-Kaonashi Yupa-
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Re: The Social Network (David Fincher - 2010)

Post by -Kaonashi Yupa- »

tenia wrote:Sauf que Sorkin a trouvé avec Fincher un mec capable de mettre en scène ces tunnels de dialogues sans aucun accroc, se permettant même de balancer une course d'aviron stylisée comme ça, presque juste pour le fun.
Il y a une part d'amusement pour Fincher dans cette séquence, mais elle a aussi un sens, certes passablement grossier, mais parlant. L'effet utilisé est très proche de l'effet tilt-shift, ou alors c'est carrément ça (cf. cette vidéo ou une recherche google images avec ce terme), bref, il sert à recréer des flous et une profondeur de champ qui ont pour conséquence de donner un effet "modèle réduit" à l'image nette restante. Du coup ça a un sens car Fincher, comme le personnage de Zuckerberg, se moque des Winklevoss et de leur classe aristocratique qui se repose toujours sur ses acquis sociaux.
Je trouve en plus que l'effet sur les plans serrés & gros plan embarqués ajoute de l'impression d'un autre monde hors du temps, de personnes trop centrées sur elles-même, ce qui est encore plus appuyé par un montage splendide et signifiant, directement inspiré d'Eisenstein.

Après, je défends cette scène en elle-même, mais globalement le film ne m'a pas du tout intéressé.
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tenia
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Re: The Social Network (David Fincher - 2010)

Post by tenia »

C'est surtout que tu la défends auprès d'un converti, puisque j'avais écrit " "presque" juste pour le fun". :mrgreen:
Bien entendu que le but était de montrer, en passant, la 1ere grosse défaite des Winklevoss, d'autant plus frustrante qu'ils échouent après des tonnes d'entrainement (en plus).

Après, là où je la trouve "presque juste pour le fun", c'est que d'un point de vue formel, c'est une respiration presque gratuite en terme de mise en scène.
Mais pour le montage, tu as parfaitement raison, et c'est par contre un point de vue dont je ne m'étais pas rendu compte.
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Re: The Social Network (David Fincher - 2010)

Post by Eusebio Cafarelli »

Vu enfin, en VO. Passionnant. Comme beaucoup a déjà été dit sur l'excellence du casting, de l'écriture et de la mise en scène (virtuose dans son classicisme), sur le rythme et les dialogues brillants, j'ajoute juste quelques petites choses :

- mon admiration pour la construction du film, qui mêle une success story capitaliste à deux procédures judiciaires sans qu'on soit jamais perdu.

- mon admiration encore pour deux scènes clefs parallèles : la scène de la course d'aviron et, auparavant, Zuckerberg qui rentre chez lui après s'être fait plaquer. D'un côté une compétition à l'ancienne, filmé avec un effet "jouets" pour un monde ancien et traditionnel, ou l'Europe (des Hollandais) l'emporte sur des Américains de Harvard (l'élite, sur un modèle européen, anglais, ici deux jeunes "aristos" riches et sûrs de leur domination de classe, "félicités" pour leur défaite par un symbole du vieux continent et de ses traditions d'opérette : le Prince Albert de Monaco, plutôt bouffi. De l'autre un jeune nerd qui rentre seul, marchant droit devant lui (compétition contre sa propre rancoeur et pour sa propre vengeance sur un blog), traversant le campus, solitaire parmi les étudiants (beaucoup de couples ou de groupes, des jeunes femmes seules qu'il ne regarde pas, un violoniste qu'il ignore : une pré-vision de Facebook ?), bref une volonté qui va l'emporter, un symbole du Nouveau Monde, tendu vers son objectif. Le self made man gagne (il va même s'implanter en Europe, d'abord dans les universités... anglaises) à tout prix, quand plus tard le travail d'équipe en aviron échoue et l'esprit sportif du gentleman succombe.

- mon admiration pour la façon qu'a sans cesse Fincher d'isoler, d'une façon ou d'une autre (par la mise en scène, par les vêtements, par le jeu de l'acteur, par le contrepoint de Timberlake), le génie asocial. En même temps la mise en scène semble très classique, très sage par rapport à celle d'un Citizen Kane auquel le film fait penser.

- mon admiration pour la vie qu'insuffle au film les dialogues, qui lui donnent sa vélocité (à la vitesse des doigts sur un clavier, ou du cerveau de Zuckerberg ?), son rythme (travail à rapprocher de celui, différent car les dialogues créent le suspense, de Tarantino dans Inglorious Basterds). Grand film sur la parole, vectrice de lien social et d'informations (les fondements de Facebook).

Comme on dit sur Facebook : j'aime.
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Jericho
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Re: The Social Network (David Fincher - 2010)

Post by Jericho »

Questions et réponses autour de la musique de The Social Network

http://www.filmsactu.com/news-cinema-qu ... -12372.htm
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Thaddeus
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Re: Classement Dvdclassik des sorties cinéma 2010

Post by Thaddeus »

Watkinssien wrote:Je respecte plus le travail de tout le monde que de Fincher, mais le film est, dans son fond, toujours intéressant, voire captivant.
Et d'un point de vue émotionnel ?

Je demande ça parce qu'il y a quand même une petite question qui me taraude, une chose d'ordre général mais qui s'applique de manière symptomatique à The social network.
J'ai vu le film, je l'ai aimé, je l'ai trouvé captivant, hyper maîtrisé, intéressant, pertinent, etc... Je ne vais pas revenir sur ses qualités de fond et d'exécution, les 5 pages du topic l'ont fait mieux que je ne saurais le faire. Mais ce n'est pas un film qui me touche, qui m'émeut, qui me bouleverse, bien au contraire. Il m'a fait ressentir un plaisir d'ordre intellectuel, cérébral, ludique, sans que jamais je me sente impliqué d'un point de vue affectif. Or, les films qui comptent vraiment pour moi, ceux qui me resteront, sont ceux qui me mettent à terre émotionnellement, me font vibrer, pleurer, etc.

Du coup, je m'interroge : est-ce que les autres fonctionnent comme moi ?
Je me rends compte que The Social Network est acclamé, porté aux nues, adoré. C'est quand même le film de l'année, à en croire beaucoup ! Je lis le topic, en espérant y trouver des arguments d'ordre émotionnel, mais non, ketchi. Tout ce que s'y dit (avec lequel je suis entièrement d'accord, au passage) est constitué d'arguments factuels qui témoignent d'une réception purement cérébrale du film. En d'autres termes, tout le monde l'adore parce que c'est brillant, divertissant, riche, mais pas du tout parce que c'est émouvant. Personne ne semble avoir été touché affectivement par le fond, personne ne semble s'être impliqué dans l'histoire ni intéressé aux personnages autrement que sur le registre ludique/divertissant/captivant/intelligent.

Quelqu'un a-t-il été ému par ce que le film raconte ? par ses protagonistes ? par l'histoire ? Si oui, personne n'en a fait mention, en tout cas...

D'où ma question : suis-je le seul à considérer la dimension émotionnelle d'un film comme fondamentale à l'amour et l'intérêt que je lui porte ? On me répliquera à juste titre que l'émotion peut revêtir bien des formes, et que le plaisir intellectuel, la jouissance de la narration, des thèmes abordés... en est un. Certes, mais je parle d'une émotion plus intime, plus empathique.

Pas sûr que ce genre de question intéresse grand monde, m'enfin je demande quand même, au cas où...

(je devrais peut-être mettre ce message dans le topic, d'ailleurs)
MrDeeds
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Re: Classement Dvdclassik des sorties cinéma 2010

Post by MrDeeds »

Stark wrote:Quelqu'un a-t-il été ému par ce que le film raconte ? par ses protagonistes ? par l'histoire ? Si oui, personne n'en a fait mention, en tout cas...
Si tu acceptes comme émotion la compassion que l'on éprouve , le malaise que l'on ressent face à ce personnage seul (parce que trop intelligent !) et la forme de terreur qu'il réveille chez nous quand on se rend compte qu'il est un parfait miroir de notre époque et de ses aspirations... alors, oui, j'ai été "ému", saisi, bousculé...
Très grand film assurément.
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Thaddeus
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Re: Classement Dvdclassik des sorties cinéma 2010

Post by Thaddeus »

MrDeeds wrote:Si tu acceptes comme émotion la compassion que l'on éprouve , le malaise que l'on ressent face à ce personnage seul (parce que trop intelligent !) et la forme de terreur qu'il réveille chez nous quand on se rend compte qu'il est un parfait miroir de notre époque et de ses aspirations... alors, oui, j'ai été "ému", saisi, bousculé...
Ah merci de ta réponse. Une émotion d'ordre compassionnelle (que personnellement je n'ai pas du tout ressenti) : c'est exactement à cela que je faisais allusion en effet. Et c'est un commentaire que je ne pense avoir jamais lu sur ce film, donc ton message m'éclaire davantage.
Si je peux me permettre, je ne pense pas que ce personnage (très) antipathique soit seul parce qu'il est trop intelligent, mais parce qu'il est un parfait connard. Ce que sa copine lui explique texto dès la première scène.
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Demi-Lune
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Re: Classement Dvdclassik des sorties cinéma 2010

Post by Demi-Lune »

Tu devrais déplacer ton message sur le topic consacré au film, Stark, car je pense qu'il y a là matière à un débat intéressant.
Personnellement, je n'ai pas été follement enthousiaste à l'égard de The Social Network justement parce que Fincher ne parvient pas à lui donner du coffre, ce supplément d'âme qui peut s'apparenter à ta conception de l'implication émotionnelle.
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Re: The Social Network (David Fincher - 2010)

Post by Strum »

Je duplique également ici mon message de "noter les films".
Watkinssien wrote:Je trouve le scénario et les dialogues brillants, le montage au cordeau d'une totale maîtrise, les personnages justes et intéressants. Par contre, toujours un bémol sur la mise en scène de Fincher, qui filme majoritairement son récit à travers des champs-contre-champs pépères que le rythme strict du montage donne un intérêt certain. Mis à part deux séquences superbement filmées (la course d'aviron et la séquence en boîte de nuit entre Timberlake et Eissenberg, où le jeu des lumières caractérise à merveille les personnages), le reste est quand même assez paresseux...

Je respecte plus le travail de tout le monde que de Fincher, mais le film est, dans son fond, toujours intéressant, voire captivant.
La mise en scène de Fincher est pourtant d'une très grande intelligence, et n'a rien de paresseuse ; elle s'ajuste magnifiquement aux formidables dialogues. Par ailleurs, en raison des thèmes et des assauts de réparties dont font preuve les personnages (beaucoup d'allez-retour dans les points de vue), nombre de champs-contre-champs sont très bien vus. Et puis, quelle maitrise dans la conduite de ce récit, qui mêle plusieurs fils narratifs en même temps ! Un film exceptionnel en ce qui me concerne.
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Re: The Social Network (David Fincher - 2010)

Post by Gounou »

Strum wrote:Je duplique également ici mon message de "noter les films".
Watkinssien wrote:Je trouve le scénario et les dialogues brillants, le montage au cordeau d'une totale maîtrise, les personnages justes et intéressants. Par contre, toujours un bémol sur la mise en scène de Fincher, qui filme majoritairement son récit à travers des champs-contre-champs pépères que le rythme strict du montage donne un intérêt certain. Mis à part deux séquences superbement filmées (la course d'aviron et la séquence en boîte de nuit entre Timberlake et Eissenberg, où le jeu des lumières caractérise à merveille les personnages), le reste est quand même assez paresseux...

Je respecte plus le travail de tout le monde que de Fincher, mais le film est, dans son fond, toujours intéressant, voire captivant.
La mise en scène de Fincher est pourtant d'une très grande intelligence, et n'a rien de paresseuse ; elle s'ajuste magnifiquement aux formidables dialogues. Par ailleurs, en raison des thèmes et des assauts de réparties dont font preuve les personnages (beaucoup d'allez-retour dans les points de vue), nombre de champs-contre-champs sont très bien vus. Et puis, quelle maitrise dans la conduite de ce récit, qui mêle plusieurs fils narratifs en même temps ! Un film exceptionnel en ce qui me concerne.
En effet... je trouve dommage (et surprenant de la part de Watkinssien) qu'on arrive encore à limiter le sens de la mise en scène aux mouvements de caméra, à la complexité des plans où, plus globalement, au nombre d'informations que chacun peut contenir individuellement (ça me rapelle le débat stérile sur l' "utilité" de tel plan chez Greengrass :mrgreen: ). La mise en scène chez Fincher nouvelle génération passe avant tout par une science du montage incroyablement précise et complexe avec une caméra certes beaucoup plus discrète qu'auparavant mais entièrement dévouée à son contenu... pour moi, Fincher a enfin vu la Lumière ! :)
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Strum
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Re: Classement Dvdclassik des sorties cinéma 2010

Post by Strum »

Stark wrote:D'où ma question : suis-je le seul à considérer la dimension émotionnelle d'un film comme fondamentale à l'amour et l'intérêt que je lui porte ? On me répliquera à juste titre que l'émotion peut revêtir bien des formes, et que le plaisir intellectuel, la jouissance de la narration, des thèmes abordés... en est un. Certes, mais je parle d'une émotion plus intime, plus empathique.
Comme toi, mes films préférés sont ceux où une forte empathie me relie aux personnages, et où je ressens de ce fait une forte émotion à les voir à l'écran. Cependant, de même qu'il y a plusieurs types de sensibilité, il existe plusieurs types de cinéastes et plusieurs types de films. Et on peut reconnaitre les très grandes qualités d'execution d'un film sans forcément en faire un de ses films préférés ou s'en avoir été bouleversé pour autant en voyant le film. Pour prendre un exemple schématique dans le cinéma classique : J'adore Ford et Hawks. Mais je ne les mets pas sur le même plan. Le premier a fait des films qui me bouleversent, qui figurent pour certains parmi mes 10 ou 20 films préférès, et que j'aime revoir. Le second a fait des chefs-d'oeuvre dont certains figurent dans mon top 100, et où tout me semble exceptionnel (acteurs, mise en scène, montage...), mais dont je ne peux pas écrire qu'ils me bouleversent. A ce titre, The Social Network se situe dans la tradition américaine d'un Hawks (dialogues brillants, rapidité de pensée de la mise en scène et dans la conduite du récit, etc...) plutôt que dans celle plus contemplative d'un Ford.
Billy Budd
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Re: Classement Dvdclassik des sorties cinéma 2010

Post by Billy Budd »

Stark wrote:Mais ce n'est pas un film qui me touche, qui m'émeut, qui me bouleverse, bien au contraire. Il m'a fait ressentir un plaisir d'ordre intellectuel, cérébral, ludique, sans que jamais je me sente impliqué d'un point de vue affectif. Or, les films qui comptent vraiment pour moi, ceux qui me resteront, sont ceux qui me mettent à terre émotionnellement, me font vibrer, pleurer, etc.

Du coup, je m'interroge : est-ce que les autres fonctionnent comme moi ?
Comme toi, souvent, il me faut de l'affectif pour vraiment adorer un film.

J'ai beaucoup aimé The Social Network, il n'est pas un de mes films préférés, mais je le trouve excellent.

Contrairement à toi, il m'a aussi ému.

Certes, pas comme Lost Highway, Trust ou Gerry ont pu le faire, il ne m'a pas fait pleurer en somme, mais non seulement j'ai ri, donc éprouvé une certaine émotion, mais j'ai aussi été particulièrement touché par le personnage d'Eduardo et, dans une moindre mesure, par celui de "l'ex" - je n'ai plus le nom du personnage en tête - et même de Mark, sa grande solitude est assez bien rendue je trouve.
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Thaddeus
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Re: Classement Dvdclassik des sorties cinéma 2010

Post by Thaddeus »

Demi-Lune wrote:Personnellement, je n'ai pas été follement enthousiaste à l'égard de The Social Network justement parce que Fincher ne parvient pas à lui donner du coffre, ce supplément d'âme qui peut s'apparenter à ta conception de l'implication émotionnelle.
Oui, j'ai lu ta critique du film. C'est un peu ce déficit d'incarnation qui empêche le film d'accéder au rang de film "important" pour moi. Je le trouve brillant et intelligent, mais rien d'autre que ça (c'est déjà beaucoup). En fait, je n'ai pas grand chose à reprocher au film, qui atteint largement les objectifs qu'il se fixe. Je n'ai pas non plus particulièrement envie d'en parler (puisqu'il ne m'a pas touché). Je voulais juste comprendre un peu mieux la réception de ceux qui le défendent parce que quasiment personne ne fait état de cette dimension "affective" qui me semble primordiale.
Strum wrote:Cependant, de même qu'il y a plusieurs types de sensibilité, il existe plusieurs types
Je suis complètement d'accord avec tout ce que tu dis là. Il y a bien des façons d'aimer un film, bien des manières d'être ému, intéressé ou stimulé par un film - et heureusement ! Comme toi, mais de façon sans doute moins intense, The Social Network m'a interpellé d'une façon intellectuelle : j'ai pris du plaisir devant le brio qu'il déploie, l'intelligence dont il fait preuve pour approfondir son sujet, sa narration, etc. Pour autant, j'aurai toujours plus d'affection pour un film moins "parfait" dans sa forme et son exécution mais qui me touchera davantage par ses personnages et son histoire. Encore une fois, mon message visait simplement à tester un peu la réception émotionnelle des gens ici, qui pour la plupart font de ce film l'un des plus importants (si ce n'est le plus important) de l'année, parce que je me suis rendu compte à la lecture des avis sur ce topic que le film ne semblait refléter aucun écho d'ordre émotionnel sans pour autant que ça pose de problème à personne.
Pour poser le problème autrement : as-tu vu cette année un/des film(s) qui t'a davantage ému, d'un strict point de vue intime/empathique, que The Social Network ? Si oui, le(s) mettrais-tu au-dessus de ce Fincher dans ton classement des films de l'année ?
(pour moi, la réponse est oui dans les deux cas - le oui à la première question impliquant le oui à la seconde)
Nikita wrote:Comme toi, souvent, il me faut de l'affectif pour vraiment adorer un film.
J'ai beaucoup aimé The Social Network, il n'est pas un de mes films préférés, mais je le trouve excellent.
Voilà, nous sommes d'accord. La nuance me semble importante, entre "beaucoup aimer" et "vraiment adorer".
Je coupe sans doute les cheveux en quatre, mais quand je vois le plébiscite du film alors même que peu de monde semble impliqué émotionnellement... bref, je me répète.
Nikita wrote:non seulement j'ai ri, donc éprouvé une certaine émotion, mais j'ai aussi été particulièrement touché par le personnage d'Eduardo et, dans une moindre mesure, par celui de "l'ex" - je n'ai plus le nom du personnage en tête - et même de Mark, sa grande solitude est assez bien rendue je trouve.
Je vois, et ces raisons me semblent plus proches de celles qui font que j'aime beaucoup un film, moi aussi.
Eduardo est en effet le personnage le plus touchant du film. Le temps de présence de l'ex (combien ? 3 minutes ?) m'empêche de vraiment m'attacher à elle. Quant à Zuckerberg, si sa solitude est assez bien rendue, il m’apparait couvert d’une espèce de carapace affective qui a plutôt tendance à me mettre à distance. Ca vient sans doute de moi, mais rarement ai-je eu l’impression, face à Mark, qu’il ressente quoi que ce soit. Il me donne le sentiment d’être un nerd déconnecté de toute sensibilité, un bloc de cérébralité froide, qui abandonne très vite toute affectivité ; et plus le film avance, moins j’ai l’impression qu’il est ému par quoi que ce soit. C’est comme s’il abandonnait la part sentimentale de son humanité pour atteindre ses objectifs : la réussite de son projet. Du coup, j’ai du mal à être touché par lui, parce que j’ai du mal à être ému par quelqu’un qui, précisément, ne me semble pas éprouver d’émotion. Mais c’est bien ici que se situe une partie de l’intérêt du film, justement : dans l’auscultation précise de cette soustraction au monde, et dans l’étude des conséquences (humaines, entre autres) de la subordination d’un être à un système et à un projet qui l’isole dans sa bulle. Si je devais donner un comparatif-qu’est-ce-que-ça-fout-là-rien-à-voir, je renverrais au personnage de Michael Corleone dans Le Parrain 2, qui suit lui aussi un processus de glaciation émotionnelle, presque de déshumanisation, mais que l’on sent constamment révulsé et horrifié par ce qu’il est en train de devenir. Sa trajectoire l’enferme en lui-même : et en lui-même, justement, il bouillonne. C’est ce bouillonnement intérieur que je ne ressens pas, ou si peu, chez Zuckerberg, et qui me fait défaut pour être touché par lui.