Satoshi Kon (1963-2010)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jericho
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by Jericho »

Arrêt de la production de Yume miru kikai (le dernier film de Satoshi Kon)

http://www.catsuka.com/news_detail.php?id=1312891844
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magobei
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by magobei »

Jericho wrote:Arrêt de la production de Yume miru kikai (le dernier film de Satoshi Kon)

http://www.catsuka.com/news_detail.php?id=1312891844
Ach... quels boulets :cry:
Ça sera la restauration antédiluvienne de 2017 sortie chez Olive et Koch, mais avec un bitrate à 26Hz et du DNR à 36Mb comme toujours chez l'éditeur. Autant dire que l'image sera merdique. Mais je vais l'acheter, même si ça fera doublon avec le Olive, le Koch et le Indicator parce qu'il y a des STF - je n'en ai pas besoin, mais c'est important si on veut partager - et surtout la VF d'origine avec Henri Chalant qui double Rex Edwards qui joue l'indien qui se fait tuer sur la gauche à 40:23.
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by monk »

Très mauvaise nouvelle. J'attendais beaucoup le film, je le pensais beaucoup plus avancé que ça. :(
pol gornek
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by pol gornek »

Je suis déception.
Le public qui grandit devant la télé affine son regard, acquiert une compétence critique, une capacité à lire des formes compliquées. Il anticipe mieux les stéréotypes et finit par les refuser car il ne jouit plus d'aucune surprise ni curiosité, les deux moteurs de l'écoute.Il faut donc lui proposer des programmes d'un niveau esthétique plus ambitieux. La série télé s'est ainsi hissée, avec ses formes propres, au niveau de la littérature et du cinéma. (Vincent Colonna)
Anorya
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by Anorya »

Dernièrement, Satoshi Kon avait signé un petit court-métrage très sympathique. Je ne sais pas si quelqu'un l'a vu sur le forum donc...

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magobei
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by magobei »

Anorya wrote:Dernièrement, Satoshi Kon avait signé un petit court-métrage très sympathique. Je ne sais pas si quelqu'un l'a vu sur le forum donc...
Spoiler (cliquez pour afficher)
On ne peut (une nouvelle fois) que relever la qualité de l'animation et du chara design. De quoi nous faire regretter encore plus amèrement sa disparition prématurée (d'autant qu'avec Miyazaki qui arrive en bout de carrière et Oshii qui se regarde le nombril, l'animation japonaise manque un peu de souffle actuellement)
Ça sera la restauration antédiluvienne de 2017 sortie chez Olive et Koch, mais avec un bitrate à 26Hz et du DNR à 36Mb comme toujours chez l'éditeur. Autant dire que l'image sera merdique. Mais je vais l'acheter, même si ça fera doublon avec le Olive, le Koch et le Indicator parce qu'il y a des STF - je n'en ai pas besoin, mais c'est important si on veut partager - et surtout la VF d'origine avec Henri Chalant qui double Rex Edwards qui joue l'indien qui se fait tuer sur la gauche à 40:23.
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Jeremy Fox
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by Jeremy Fox »

magobei wrote:d'autant qu'avec Miyazaki qui arrive en bout de carrière
Sa descendance me donne néanmoins un formidable espoir. J'attends avec impatience le deuxième film de Goro, ayant adoré son premier essai même si je suis conscient faire partie d'une très faible minorité sur le coup
magobei
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by magobei »

Jeremy Fox wrote:
magobei wrote:d'autant qu'avec Miyazaki qui arrive en bout de carrière
Sa descendance me donne néanmoins un formidable espoir. J'attends avec impatience le deuxième film de Goro, ayant adoré son premier essai même si je suis conscient faire partie d'une très faible minorité sur le coup
Personnellement, j'avais trouvé son adaptation de Terremer assez plate (j'avais adoré le bouquin original quand j'étais ado). Son père l'avait mis dans ses petits souliers, disant qu'il n'était "pas prêt", et je dois dire que je partage son avis. Mais peut-être n'était-ce qu'un galop d'essai et que son deuxième film me touchera plus?
Ça sera la restauration antédiluvienne de 2017 sortie chez Olive et Koch, mais avec un bitrate à 26Hz et du DNR à 36Mb comme toujours chez l'éditeur. Autant dire que l'image sera merdique. Mais je vais l'acheter, même si ça fera doublon avec le Olive, le Koch et le Indicator parce qu'il y a des STF - je n'en ai pas besoin, mais c'est important si on veut partager - et surtout la VF d'origine avec Henri Chalant qui double Rex Edwards qui joue l'indien qui se fait tuer sur la gauche à 40:23.
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by monk »

Anorya wrote:Dernièrement, Satoshi Kon avait signé un petit court-métrage très sympathique. Je ne sais pas si quelqu'un l'a vu sur le forum donc...
Spoiler (cliquez pour afficher)
Merci pour ça ! C'est superbe !
CrankyMemory
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by CrankyMemory »

Merci pour ce lien, j'ai hâte de découvrir l'ensemble de ce court métrage, la musique m'évoque déjà un bon trip sous acide et une profonde mélancolie, dommage qu'il n'y ait pas de post sur Paprika.
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magobei
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by magobei »

CrankyMemory wrote:Merci pour ce lien, j'ai hâte de découvrir l'ensemble de ce court métrage
Je crois que tu as tout, là.
Ça sera la restauration antédiluvienne de 2017 sortie chez Olive et Koch, mais avec un bitrate à 26Hz et du DNR à 36Mb comme toujours chez l'éditeur. Autant dire que l'image sera merdique. Mais je vais l'acheter, même si ça fera doublon avec le Olive, le Koch et le Indicator parce qu'il y a des STF - je n'en ai pas besoin, mais c'est important si on veut partager - et surtout la VF d'origine avec Henri Chalant qui double Rex Edwards qui joue l'indien qui se fait tuer sur la gauche à 40:23.
CrankyMemory
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by CrankyMemory »

Merci de me prévenir j'ai cru que c'était un extrait parce que pour du court c'est du très court.
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by monk »

C'est aussi sa force, dire tout ça en 1 minutes...
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by Federico »

Vendredi 21/10 à 18h30, Bibliothèque de la Part-Dieu à Lyon :

- projection de Millenium actress (2001)
- suivie d'une rencontre avec le journaliste et critique (spécialiste du cinéma asiatique) Adrien Gombeau.

Cette projection/débat se déroulera dans le cadre du Forum scientifique Todai qui se tiendra à Lyon du 16 au 23/10 (ainsi qu'à Paris du 28/09 au 26/10).

http://www.bm-lyon.fr
http://forum.dir.u-tokyo.ac.jp/?lang=fr
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Profondo Rosso
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by Profondo Rosso »

Perfect Blue (1997)

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C'est sans regret que Mima, chanteuse, quitte son groupe pour se consacrer à une carrière de comédienne. Elle accepte un petit rôle dans une série télévisée. Cependant son départ brusque de la chanson a provoqué la colère de ses fans et plus particulièrement celle de l'un d'eux. Le mystérieux traqueur passe à l'acte en dévoilant en détail la vie de la jeune femme sur Internet, puis en menaçant ses proches.

Idéalement mis en orbite par son mentor Katsuhiro Otomo d'abord dans le milieu du manga (où il sera son assistant sur Akira) puis celui de l'animation (Roujin Z, le magnifique film à sketch SF Memories pour lesquels il conçoit les décors et signe les scénarios dont celui du meilleur sketch Magnetic Rose), Satoshi Kon prenait enfin son envol avec ce coup d'éclat inaugural que sera Perfect Blue. Comme cela se vérifiera largement par la suite, l'inspiration de Satoshi Kon lorgne largement plus vers le cinéma "live" que l'animation (son Tokyo Godfathers (2003) remake officieux du Fils du désert (1948) de John Ford) et ses influences sont plus occidentales que japonaises que l'on reste dans le domaine du cinéma (Terry Gilliam et sa trilogie de l'imaginaire Bandits, Bandits (1982), Brazil (1985) et Les Aventures du baron de Münchhausen) mais aussi du côté de la littérature avec Philip K. Dick (même si tout de même l'auteur japonais Yasutaka Tsutsui dont il adaptera le Paprika et à qui on doit La Traversée du temps est une référence avouée).

Dans toutes ces influences on décèle un attrait pour des auteurs ayant su déformer la perception de la réalité, thématique qui sera au cœur de l'œuvre du réalisateur. Kon mêle cela à un sujet typiquement japonais à savoir la fascination pour les Idol, ces starlettes locales éphémères naviguant entre pop music formatée, mannequinat et cinéma dont les attraits de lolitas attirent une horde de fan plus ou moins recommandable. On suit donc les mésaventures de l'une d'elles, Mima, qui va quitter son groupe à succès pour embrasser une carrière d'actrice au grand désespoir de ses admirateurs, en particulier l'un d'entre eux particulièrement dangereux. Après avoir créé une page web où il endosse son identité tout en semblant étonnamment informé de son quotidien, il va peu à peu menacer les membres les plus influents de son entourage et cause de l'éloigne progressif de l'idéale image d'Idol qu'il se fait d'elle.

Satoshi Kon créé dès le départ une confusion entre rêve et réalité qui ira croissante avec la tension et surtout l'état mental de son héroïne. On le comprend dès la scène d'ouverture ou de manière encore sobre on a un mimétisme à travers le montage, le jeu sur les raccords entre le quotidien de Mima et son existence d'Idol qu'elle s'apprête à quitter. La séparation reste là encore bien définie et perceptible mais le réalisateur en entremêlant suspense classique et les propres angoisses existentielles de l'artiste va peu à peu nous perdre dans un dédale où l'on ne distinguera plus rien. La menace est ainsi autant extérieure qu'intime avec une héroïne déchaînant les passions par ses choix bien éloignés de son ancienne carrière policée (photos dénudées, tournage de scènes sexuelles explicite) et ses propres doutes et culpabilité se confondent avec ceux des fans les plus virulent, laissant de nombreuses fois entendre le harceleur est une création de son esprit.

La mise en scène de Satoshi Kon obéit ainsi plus aux codes du thriller schizophrène (on pense souvent au Répulsion de Polanski) où la notion de point de vue est malmenée par le mental vacillant de Mima. C'est d'abord des personnages qui disparaissent puis réapparaissent dans une même séquence et nous faisant douter de ce que l'on voit (les présences/absences du fan pervers sur le tournage du film) avant que ce ne soit les séquences elles-mêmes qui s'escamotent dans un maelstrom troublant où réalité et fiction sont indistincts, chaque dérapages se concluant par un réveil en sursaut de Mima ne sachant plus si elle si elle a vécu, rêvée ou tournée ce que l'on vient de voir. Pour plus de confusion encore, cette perte d'identité et de repère correspond aussi à l'intrigue du film que tourne Mima avec un personnage schizophrène suite à un traumatisme. Satoshi Kon laisse autant une réalité factice envahir notre perception que le fantasme cauchemardesque le plus prononcé avec le double torturé et envahissant de Mima symbolisant sa culpabilité mais qui prendra un tour plus concret dans la conclusion.

Le brio de la réalisation compense les quelques carences techniques d'une œuvre au budget modeste, avec notamment des arrières plans statiques et des scènes de foules grossières où la population demeure à l'état de silhouettes sans détails. L'influence du film (qui voyagera grandement et sera de nombreuses fois récompensé en festival) est considérable notamment chez un certain Darren Aronofsky qui reprendra un plan à l'identique dans son Requiem for a Dream (Mima recroquevillée dans sa baignoire hurlant en silence et imitée par Jennifer Connely dans Requiem) et de nombreuses situations dans Black Swan (2010) notamment les jeux de miroirs et de reflets. Ce sera quelques années plus tard le tour d'un Christopher Nolan de lorgner cette fois sur Paprika (2007). Même s'il cherche surtout à transposer des idées de mise en scène "live" ici, Kon sait brillamment user des codes de l'animation lorsqu'il s'agira de verser dans le pur baroque notamment lors de la conclusion avec les déplacements irréels du double de Mima, atteignant même le pur génie quand il confond fantasme et réel dans un même plan (le reflet de vitre montrant le vrai visage du double dans un rictus dément tandis qu'une Mima radieuse et inquiétante sautille juste à côté). Le résultat est tout simplement stupéfiant et plus qu'un grand film d'animation, Satoshi Kon signe un des plus grands thrillers des quinze dernières années et dignes des plus grands dès ce galop d'essai. Le plus fou c'est que le meilleur était encore à venir, un pur diamant noir. 5,5/6