Satoshi Kon (1963-2010)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

Post by Jeremy Fox »

Splendor Films ressort ce mercredi Perfect Blue, le premier long métrage de Satoshi Kon. A cette occasion, nous vous proposons dès demain de revenir sur la - trop courte - carrière de ce génie de l'animation avec un portrait du cinéaste à travers ses films et dès aujourd'hui la critique complète de son premier long métrage.
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Thaddeus
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Re: Satoshi Kon (1963-2010)

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Perfect blue
L’argument a fait les beaux jours de maints orfèvres du thriller psychologique : une chanteuse de girls band cherchant à se reconvertir et à casser son image d’idole des adolescents expérimente ses peurs et ses cauchemars tandis qu’un tueur psychopathe, qui semble bien la connaître, charcute son entourage. Mais Kon évite ce handicap potentiel avec un sens virtuose du récit inextricable, s’attachant à formaliser, en des termes graphiques particulièrement étouffants, la perte des repères et le brouillage identitaire dont souffre l’héroïne. D’où l’intensité permanente et l’insidieux vertige générés par une intrigue à la cérébralité déroutante, qui joue brillamment du miroir et du dédoublement, du dialogue permanent entre le réel et le virtuel – fantômes et tourments d’une actrice en quête de perfection. 5/6

Millennium actress
L’auteur déplace le dispositif narratif de l’opus précédent sur un terrain plus déstabilisant encore, effectuant un survol mélodramatique de l’histoire du Japon à travers les souvenirs d’une comédienne, faisant émerger une vision du plan comme assemblage sentimental d’éléments intégralement réels. L’enquête rétrospective autour de l’existence (réelle et fictive) de l’héroïne joue avec les genres traditionnels de la cinématographie nippone et tisse une toile foisonnante, un écheveau de fictions qui se répondent l’une l’autre en épousant la logique de la mise en abyme et de l’éternel recommencement. Ambitieux dans son propos, intime et romantique dans les registres qu’il convoque, le film propose une belle réflexion sur la quête et les aspirations d’une vie, et manie avec brio poésie, humour et mélancolie. 5/6

Paprika
Où le cinéaste porte à son plus haut degré d’accomplissement sa conception d’un récit enchâssé à multiple niveaux, son exploration d’un univers à la fois ludique et mental où la dimension psychique – ici celle des rêves, explicitement explorés et manipulés – s’avère le terrain le plus propice à la prolifération fictionnelle. Déployant toutes les potentialités d’une hallucinante imagination visuelle, Kon structure autour de son intrigue de polar neuronal la plus passionnante réflexion sur la relativité des niveaux de conscience, les permutations et variations infinies du fantasme et de l’imaginaire, dont l’effervescence plastique fascine d’autant plus qu’elle sert une rigoureuse cohérence interne. Ce film stupéfiant réussit précisément là où, à la même époque, Lynch, avec son laborieux Inland Empire, se rétame dans les grandes largeurs. 5/6
Top 10 Année 2006


Mon top :

1. Paprika (2006)
2. Perfect blue (1997)
3. Millennium actress (2001)

Je suis loin d’être un connaisseur de l’anime nippon, et mon jugement n’est rien de plus que celui d’un modeste profane, mais la filmographie de Satoshi Kon me semble être d’une richesse et d’une cohérence admirables. Je suis fasciné et saisi par l’intelligence et le brio de cette œuvre, placée sous le signe des oppositions entre les différentes strates de la conscience et du rêve, du réel et du virtuel. Un artiste mort trop tôt.