Bright star (Jane Campion, 2009)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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johell
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Bright star (Jane Campion, 2009)

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BRIGHT STAR de Jane Campion (2009)

Londres, 1818. Un jeune poète anglais de 23 ans, John Keats, et sa voisine Fanny Brawne entament une liaison amoureuse secrète...

A travers cette histoire d'amour contrariée finalement assez classique, il y a le personnage de John Keats figure emblématique d'une génération de poètes romantiques. Les poèmes de l'auteur sont au coeur de cette intrigue amoureuse et permet à Jane Campion de faire une véritable ode formelle à cet art. Son film est d'une somptueuse beauté, suite de tableaux vivants où l'harmonie des couleurs est un véritable trésor pour les yeux. BRIGHT STAR est un film à la plastique superbe et harmonieuse, ce qui contraste terriblement avec le destin de ses personnages qui n'arriveront finalement pas à se lier. La mise en scène est au plus près de la nature, belle et reposante, il se dégage des images formidablement composées une sérénité très agréable. L'ambiance du métrage est douce comme un gazouillis d'oiseaux, on jurerait que l'on respire les odeurs des fleurs, les senteurs de la forêt... C'est presque du cinéma sensoriel.

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BRIGHT STAR est sans doute le plus beau film de Jane Campion. Sa maîtrise formelle est exemplaire et éclipse sans problèmes les quelques menus défauts que l'on pourrait reprocher à sa dernière oeuvre, notamment un léger manque d'émotions à son histoire. Car si le film reste un drame en costumes dans la plus grande tradition, Jane Campion n'abuse pas du mélodrame et c'est tout à son honneur. Même si les personnes souffrent dans leur amour, le spectateur ne s'écroulera pas pour autant sous le coup d'émotions intenses, tout ceci étant finalement assez en retrait, tout comme la "révélation finale" se fera par l'intermédiaire d'une lettre, comme un testament de poète.

BRIGHT STAR c'est surtout deux comédiens merveilleusement impliqués : Ben Whishaw (le formidable "Grenouille" du PARFUM de Tom Tykwer) dans le rôle du poète et spécialement Abbie Cornish dans celui de la voisine amoureuse. Elle y est superbe, son jeu ainsi que son beau visage la rapprochant d'une jeune Nicole Kidman à laquelle elle fait immédiatement penser. D'ailleurs, les deux comédiennes partagent des origines australiennes. Le film est entièrement porté par l'excellence de ce duo qui se réponde très bien, l'alchimie progressive entre les deux personnages étant d'une grâce assez étonnante. C'est tout le talent de Jane Campion de présenter des figures mélodramatiques fortes et appuyées par la fragile beauté de ses images. A défaut de fondre en larmes face à la tristesse de sa conclusion, BRIGHT STAR reste un spectacle qui vous hante pendant longtemps.
Joe Wilson
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Post by Joe Wilson »

johell wrote: Sa maîtrise formelle est exemplaire et éclipse sans problèmes les quelques menus défauts que l'on pourrait reprocher à sa dernière oeuvre, notamment un léger manque d'émotions à son histoire. Car si le film reste un drame en costumes dans la plus grande tradition, Jane Campion n'abuse pas du mélodrame et c'est tout à son honneur. Même si les personnes souffrent dans leur amour, le spectateur ne s'écroulera pas pour autant sous le coup d'émotions intenses, tout ceci étant finalement assez en retrait, tout comme la "révélation finale" se fera par l'intermédiaire d'une lettre, comme un testament de poète.
Je trouve que le choix de Campion de se concentrer sur l'excès du lien amoureux, sans jouer sur l'exagération de contraintes extérieures (la famille et l'environnement social restent davantage des soutiens qu'un poids) lui permet de saisir une grâce fragile, qui sonne comme une évidence. Le fait d'observer Keats par l'intermédiaire du regard de Fanny Brawne lui évite également une iconisation abusive et désincarnée du poète. En fuyant des clichés, sa mise en scène dévoile une sensibilité remarquable, délicate et sereine...d'une limpidité jamais figée. La photographie est à la hauteur : l'attention aux couleurs, aux décors, aux tenues, renforce la tonalité du récit sans tomber dans les dérives d'un livre d'images. Au contraire, le personnage de Fanny Brawne conserve de bout en bout une force, un idéal. Qu'Abby Cornish incarne avec beaucoup de justesse.
Quant à Ben Whishaw, il parvient avec beaucoup d'aisance à dessiner les contours d'un rôle délicat. La fragilité de Keats, qu'elle soit l'expression d'une rigueur artistique ou d'une santé défaillante, n'est pas surjouée ni affectée. Et Campion parvient à évoquer le corpus poétique de Keats avec beaucoup d'à-propos...notamment lors de la magnifique dernière séquence.
Sans doute mon film préféré de Campion, et mon premier coup de coeur en salles cette année.
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Profondo Rosso
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Post by Profondo Rosso »

Bright Star de Jane Campion
Jane Campion renouvelle magnifiquement le film romantique en costumes, dommage que les parti pris risqués ne tiennent pas la route tout du long. Un première heure époustouflante où Campion brise toutes les règles avec des enjeux réduits au stricte minimum si ce n'est le rapprochement entre Fanny et Keats. La romance donne dans la sophistication intellectuelle sur la position du poète, l'aspect romanesque se traduisant par la recherche esthétique somptueuse de Campion (avec des séquences en forêt qui égalerai presque celle de "La Fille de Ryan" de David Lean). Les poèmes de Keats et les lettres échangées avec Fanny tissent leur lien autant si ce n'est plus que leur séquences en commun avec quelques scènes somptueuses celles où le couple s'immobilse derrière Toots en forêt. Le procédé a malheureusement ses limites et lorsque la réalité (et des aspects plus commun de la romance en costume) rattrappe le récit avec la maladie de Keats et la différence sociale, toute la grâce de la première heure s'estompe. L'aspect poétique et épistolaire disparait peu à peu et les longueurs ainsi que le côté très emprunté du couple se font sentir sans les mots de Keats et la flamboyance visuelle de Campion. Assez paradoxalement il y a sûrement eu peu de film du genre aussi bien mis en scène, mais également rarement d'aussi froid Campion ne parvenant pas à transcender la tournure prévisible de la conclusion. Campion brille dans l'aspect contemplatif et les sensation mais se casse les dents quand il faut donner substance au romanesque plus classique, étrange pour la réalisatrice de "La leçon de piano". Sinon une très belle interprétation de Abbie Cornish et Ben Wishaw donne une prestance magnétique à son Keats, beaucoup aimé la petite Toots et le petit frère plus en retrait. 4/6 pour la première heure surtout
Nestor Almendros
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Bright star (Jane Campion, 2009)

Post by Nestor Almendros »

Un peu mitigé pour ma part (notamment à cause des faiblesses d'intrigue). Si l'aspect formel est indéniable (mais on est habitués, chez Campion, à un visuel travaillé), l'ensemble m'a paru bien trop froid et trop distant. Je regrette (sur la longueur) cette atmosphère froide, ces tourments amoureux lointains, qui comme le souligne justement Profondo finissent par retomber dans un ensemble attendu (sur la fin). Et c'est d'autant plus dommage que ça marchait assez bien dans la première heure, avec un petit suspense amoureux très particulier aux partis-pris risqués (le spectateur doit se contenter de peu, c'est dangereux). Mais le regard de Campion et la délicatesse des scènes (attachement aux détails de la Nature, des vêtements ou des objets fabriqués/customisés par l'héroine) valent largement le déplacement. Très belle photo et une charmante actrice en premier rôle (qui me rappelle une jeune Nicole KIdman).
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Watkinssien
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Re: Bright star (Jane Campion, 2009)

Post by Watkinssien »

Je partage sans peine l'avis de Nestor Almendros. Bright Star ne manque pas de qualités, ni de charme, mais m'apparaît comme trop guindé dans un ton donné. Campion a la volonté de montrer toutes les frustrations d'un désir refoulé, à travers des barrières entre les personnages, mais, à force, l'exercice apparaît un peu vain à mes yeux, passant de séquences inspirées à des moments franchements académiques, ce que n'a jamais été The Piano par exemple. Là on est plus proche de The Portrait of Lady, qui distillait également plus d'ennui que de véritable passion.
Néanmoins, cela reste intéressant.
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fargo
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Re: Bright star (Jane Campion, 2009)

Post by fargo »

Son film est d'une somptueuse beauté, suite de tableaux vivants où l'harmonie des couleurs est un véritable trésor pour les yeux. BRIGHT STAR est un film à la plastique superbe et harmonieuse, ce qui contraste terriblement avec le destin de ses personnages qui n'arriveront finalement pas à se lier. La mise en scène est au plus près de la nature, belle et reposante, il se dégage des images formidablement composées une sérénité très agréable. L'ambiance du métrage est douce comme un gazouillis d'oiseaux, on jurerait que l'on respire les odeurs des fleurs, les senteurs de la forêt... C'est presque du cinéma sensoriel.

BRIGHT STAR c'est surtout deux comédiens merveilleusement impliqués : Ben Whishaw (le formidable "Grenouille" du PARFUM de Tom Tykwer) dans le rôle du poète et spécialement Abbie Cornish dans celui de la voisine amoureuse. Elle y est superbe, son jeu ainsi que son beau visage la rapprochant d'une jeune Nicole Kidman à laquelle elle fait immédiatement penser. D'ailleurs, les deux comédiennes partagent des origines australiennes. Le film est entièrement porté par l'excellence de ce duo qui se réponde très bien, l'alchimie progressive entre les deux personnages étant d'une grâce assez étonnante. C'est tout le talent de Jane Campion de présenter des figures mélodramatiques fortes et appuyées par la fragile beauté de ses images. A défaut de fondre en larmes face à la tristesse de sa conclusion, BRIGHT STAR reste un spectacle qui vous hante pendant longtemps.

:D Tout à fait d'accord.La jeune Abbie Cornish est parfaite
Bright star : 8/10
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Cathy
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Re: Bright star (Jane Campion, 2009)

Post by Cathy »

Un film magnifique, que dire de plus, quelle beauté de l'image, avec ces champs fleuris, ces arbres, cette pluie, cette neige, cette manière de filmer les intérieurs, rappelant souvent d'ailleurs des Vermeer bien que ce ne soit pas du tout l'époque. Bien que travaillant dans une esthétique très lechée, on a le sentiment que celle-ci sert totalement le romantisme et l'ambiance de cette époque. On se retrouve chez Keats, mais aussi chez Austen et tous ces auteurs anglais de l'époque. Il y a aussi de superbes trouvailles comme cette chambre remplie de papillons.
Jane Campion réussit à subjuguer le spectateur avec une histoire où finalement il ne se passe rien, Keats aime Fanny, Fanny aime Keats. Fanny est futile, elle ne l'est plus, ils sont séparés, se retrouvent, elle entre dans une pièce, s'asseoit, écoute de la poésie, coud voilà le résumé de ce film. Il y a cette émotion, cette histoire d'amour si romantique à laquelle on croit et qui nous bouleverse.
Une oeuvre magnifique, une superbe reconstitution des costumes, des décors, tout y est. Ben Whishaw a la tête de l'emploi, celle du poète romantique par excellence, charme, souffrance, et Abbie Cornish est une Fanny attachante, bouleversante dans la scène où elle apprend la mort du poète. Il y a un savant dosage d'émotion, de tendresse mais aussi parfois d'optimisme avec ces évocations de fête, il y a aussi ce personnage du mentor, grande gueule qui crève l'écran, ce personnage de la mère qui ne parle quasiment pas, mais fait planer cette atmosphère familiale, mélange de compréhension et souci du qu'en dira-t'on ou encore cette petite soeur Toots si craquante. Alors évidemment si on n'est pas sensible au romantisme, ce film semblera long et sans intérêt, mais si on apprécie cet univers, Jane Campion a totalement réussi son film.
Bref une oeuvre absolument superbe, romantique à souhait malgré une intrigue plus que banale !
Last edited by Cathy on 20 Dec 10, 12:47, edited 1 time in total.
Blue
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Re: Bright star (Jane Campion, 2009)

Post by Blue »

Pour moi le coup de coeur de l'année en salles. Je suis tombé amoureux d'Abbie Cornish, brillante dans ce rôle (et ça fait du bien de ne pas voir une actrice famélique de plus). La caméra de Campion capte bien les sentiments des deux tourtereaux, d'où un film qui ne sombre pas dans l'académisme (sorry Watkinssien mais je ne suis pas d'accord avec toi sur ce point :wink: ) alors qu'au vu du sujet et du contexte le piège était difficile à éviter.
Mon top éditeurs : 1/Carlotta 2/Gaumont 3/Studiocanal 4/Le Chat 5/Potemkine 6/Pathé 7/L'Atelier 8/Esc 9/Elephant 10/Rimini 11/Coin De Mire 12/Spectrum 13/Wildside 14/La Rabbia-Jokers 15/Sidonis 16/Artus 17/BQHL 18/Bach
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Cathy
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Re: Bright star (Jane Campion, 2009)

Post by Cathy »

Blue wrote: (et ça fait du bien de ne pas voir une actrice famélique de plus). La caméra de Campion capte bien les sentiments des deux tourtereaux, d'où un film qui ne sombre pas dans l'académisme (sorry Watkinssien mais je ne suis pas d'accord avec toi sur ce point :wink: ) alors qu'au vu du sujet et du contexte le piège était difficile à éviter.
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Bah ça m'a quand même un peu gêné ces rondeurs, sans être famélique, les robes ne l'avantagent pas :oops:
Par contre le film n'est pas du tout académique, bien au contraire
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Jeremy Fox
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Re: Bright star (Jane Campion, 2009)

Post by Jeremy Fox »

Je me joins aux avis les plus enthousiastes exprimés ici en allant même encore plus loin, Jane Campion, sans même l'aide de la musique (qui est bien plus - trop- discrète que dans son sublime Piano Lesson) étant arrivé à me transporter vers de rares sommets d'émotion. Mais avouons le également, Abbie Cornish y est pour beaucoup. Chef-d'oeuvre.
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Re: Bright star (Jane Campion, 2009)

Post by Amarcord »

Jeremy Fox wrote:Je me joins aux avis les plus enthousiastes exprimés ici en allant même encore plus loin, Jane Campion, sans même l'aide de la musique (qui est bien plus - trop- discrète que dans son sublime Piano Lesson) étant arrivé à me transporter vers de rares sommets d'émotion. Mais avouons le également, Abbie Cornish y est pour beaucoup. Chef-d'oeuvre.
J'ai ce blu-ray sous le coude depuis des semaines... Les avis que je lis ici me font penser qu'il s'agirait maintenant de le regarder ! Je craignais un trop grand académisme (La Leçon de piano m'avait paru pesant, en ce sens... y compris à cause de la musique de Nyman, que je trouve plus inspiré chez Greenaway), mais apparemment il n'en est rien... Bon, à vérifier cette semaine, tiens !
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Re: Bright star (Jane Campion, 2009)

Post by Jeremy Fox »

Amarcord wrote:
Jeremy Fox wrote:Je me joins aux avis les plus enthousiastes exprimés ici en allant même encore plus loin, Jane Campion, sans même l'aide de la musique (qui est bien plus - trop- discrète que dans son sublime Piano Lesson) étant arrivé à me transporter vers de rares sommets d'émotion. Mais avouons le également, Abbie Cornish y est pour beaucoup. Chef-d'oeuvre.
J'ai ce blu-ray sous le coude depuis des semaines... Les avis que je lis ici me font penser qu'il s'agirait maintenant de le regarder ! Je craignais un trop grand académisme (La Leçon de piano m'avait paru pesant, en ce sens... y compris à cause de la musique de Nyman, que je trouve plus inspiré chez Greenaway), mais apparemment il n'en est rien... Bon, à vérifier cette semaine, tiens !

Euh non finalement. Si tu as trouvé La Leçon de piano académique (alors que j'en pense tout le contraire y compris du superbe score de Nyman), je vois mal comment tu pourrais accrocher à Bright Star qui ne l'est pas plus mais qui pourrais te sembler encore plus pesant. Mais sait-on jamais ?
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Re: Bright star (Jane Campion, 2009)

Post by Amarcord »

Jeremy Fox wrote:
Amarcord wrote: J'ai ce blu-ray sous le coude depuis des semaines... Les avis que je lis ici me font penser qu'il s'agirait maintenant de le regarder ! Je craignais un trop grand académisme (La Leçon de piano m'avait paru pesant, en ce sens... y compris à cause de la musique de Nyman, que je trouve plus inspiré chez Greenaway), mais apparemment il n'en est rien... Bon, à vérifier cette semaine, tiens !

Euh non finalement. Si tu as trouvé La Leçon de piano académique (alors que j'en pense tout le contraire y compris du superbe score de Nyman), je vois mal comment tu pourrais accrocher à Bright Star qui ne l'est pas plus mais qui pourrais te sembler encore plus pesant. Mais sait-on jamais ?
En effet... Je viens de le voir, et globalement, je m'y suis plutôt ennuyé. L'actrice est charmante (et parfois même lumineuse : quand elle sourit timidement, en coin, que c'est juste naissant sur son visage, je trouve ça désarmant... Plus ressenti ça depuis Charlotte Gainsbourg), les images très belles (et en Blu-Ray, certains plans d'extérieur sont même proprement vertigineux), mais que tout cela m'a paru vain, mon Dieu !!! Pourtant, il y a des moments de grâce réelle, où Campion parvient vraiment à nous faire quasiment toucher du doigt la passion amoureuse qui dévore, qui tourmente, et qui détruit tout sur son passage (Campion me semble d'ailleurs être l'une des plus douées pour parvenir à ça, de manière générale ; c'est souvent très palpable, dans son cinéma, la violence du sentiment amoureux). Mais ce sont des moments fugaces, et le reste du temps, je me suis, comme on dit, "ennuyé poliment". Pas désagréable, certes. Mais pas inoubliable non plus, pour moi.
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Re: Bright star (Jane Campion, 2009)

Post by MJ »

Amarcord wrote:Pas désagréable, certes. Mais pas inoubliable non plus, pour moi.
Ce que je me disais au sortir de la séance ciné. Plusieurs mois après, Bright Star danse encore fréquemment dans mon esprit. Campion a touché quelque chose de rare et précieux sur l'attente, l'inquiétude amoureuse. On voudrait en découvrant le film qu'il s'envole plus, qu'il s'abandonne à sa veine romantique (cf l'usage pondéré du très beau score) mais c'est précisément son attachement au quotidien, à la violence du sentiment inscrite dans la banalité qui en fait la valeur unique. Parce qu'il y a là une vérité un peu difficile de la poésie.
J'ai vu peu de choses qui m'ont autant interpellé en salle cette année!
"Personne ici ne prend MJ ou GTO par exemple pour des spectateurs de blockbusters moyennement cultivés." Strum
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Jeremy Fox
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Re: Bright star (Jane Campion, 2009)

Post by Jeremy Fox »

MJ wrote: On voudrait en découvrant le film qu'il s'envole plus, qu'il s'abandonne à sa veine romantique (cf l'usage pondéré du très beau score) mais c'est précisément son attachement au quotidien, à la violence du sentiment inscrite dans la banalité qui en fait la valeur unique.
Voilà, combien de fois ai-je attendu des envolées lyriques (avec la musique notamment) qui n'arrivaient pas et pourtant l'émotion était déjà à son comble grâce à la beauté des images, des visages... et un naturel confondant de chaque interprète qu'ils soient enfants ou adultes.