Bellamy (Claude Chabrol - 2009)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Strum
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Re: Bellamy (Claude Chabrol)

Post by Strum »

ed wrote:le coeur du film se trouverait donc dans la relation entre les Depardieu père et fils du vivant de Guillaume, et non dans le rapport du père à la perte de son fils - la mort de Guillaume offrant toutefois je l'imagine une perspective différente au film.
Voilà, du moins c'est ce qu'il m'a semblé. :wink:
O'Malley
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Re: Bellamy (Claude Chabrol)

Post by O'Malley »

Nestor Almendros wrote:
Strum wrote:Chabrol n'a jamais recherché une "belle image".
Pour qui suit la carrière du cinéaste depuis les années 70, au moins, c'est une évidence. Amateur moi-même de belles images, je me suis fait une raison et ne surveille donc plus cet aspect depuis longtemps.
C'est encore plus visible, je trouve, dans ses films des 70's où la lumière est à la fois crue et plate (projecteur principal dans l'axe de la caméra, pas d'ombres, tout est éclairé). Actuellement, le rendu est sensiblement moins brutal grâce aux sources de lumière diffuse (utilisées par Eduardo Serra, notamment) et avec une légere touche d'étalonnage. C'est toutefois assez moche mais Chabrol semble imposer la même tendance visuelle, même avec des chefs-opérateurs de renom. Comme on retrouve ça dans tous (ou beaucoup de) ses films ça ne peut être une simple coïncidence.
Je ne suis pas un fan de Chabrol, il est vrai... il est loin de faire partie des cinéastes dont la diffusion à la télé, au cinéma ou l'édition d'un film en DVD provoque un enthousiasme débordant...
Il me semblait pour autant que des films comme Les biches ou Le boucher étaent un peu plus recherchés visuellement, notamment dans la gestion des couleurs...
Même pour la période "années 80", on pourrait reprocher aux Fantômes des Chapelier d'être laid visuellement...Pour autant, la photo s'adapte pleinement au sujet scabreux du film et il me semble que l'éclairage nocturne de la petite ville de province où se déroule l'action du film était finalement assez travaillé, légèrement bleutée.
Et il y a pas si longtemps, des oeuvres comme L'enfer ou La cérémonie, sans être des oeuvres d'esthètes, jouaient, soit la carte d'une certaine recherche de construction dramturgique et de "grammaire cinéma" pour le premier, soit la carte de la destabilisation du spectateur pour le second (qui est ce que l'on peut appeler un film "coup de poing") tout en garantissant à la fois une progression dramaturgique exemplaire et une caractérisation des personnages très pointue et passionante (et une imbrication des deux imparables)... J'admire Chabrol lorsqu'il fait La cérémonie.

Bellamy, je le reconnaît, est assez ambitieux thématiquement, et peut-être plus ambitieux que les films que j'ai précédemment cités car peut-être plus personnel pour Chabrol. Mais, il me semble que l'ensemble ne prend pas (en tout cas pas pour moi) car la construction scénaristique ne dose pas suffisamment tous les éléments pour que l'on se trouve devant une oeuvre suffisamment finie. En fait, de l'intrigue policière jusuqu'à la relation entre Bellamy et son frère, j'ai l'impression que Chabrol et son scénariste ne vont pas au bout de leurs sujets et traitent un peu le film par-dessus la jambe. L'ensemble ne semble pas suffisamment pensé. Et je mets de côté l'esthétique du film et même le jeu parfois limite des comédiens (dont Depardieu sur certaines scènes même si on peut saluer une sobriété et un naturel rarement vu depuis une bonne décennie chez cet acteur).
En fait, dans le style "l'intrigue principal un peu tiré par les cheveux qui cache autre chose", un autre sujet, il faut se tourner vers le mentor de Chabrol : Hitchcock et son Vertigo...et on a tout àfait autre chose!!!

bon ceci-dit, je suis peut-être passé à côté de la plaque. Vaut peut-être mieux que je me regarde :mrgreen: Watchmen...
Qu'est ce qui m'est arrivé de vouloir regarder un Chabrol au ciné, aussi? Fallait attendre une diffusion un dimache soir à la télé: j'aurai peut-être été plus réceptif :lol:
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Watkinssien
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Re: Bellamy (Claude Chabrol)

Post by Watkinssien »

O'Malley wrote: bon ceci-dit, je suis peut-être passé à côté de la plaque. Vaut peut-être mieux que je me regarde :mrgreen: Watchmen...
Qu'est ce qui m'est arrivé de vouloir regarder un Chabrol au ciné, aussi? Fallait attendre une diffusion un dimache soir à la télé: j'aurai peut-être été plus réceptif :lol:
Chabrol, même s'il n'est pas un esthète au sens le plus strict du terme, sait quand même bien mieux ce qu'est un cadre, un langage cinématographique que Zack Snyder qui, lui, est juste un "analphabète" de cette écriture, qui cherche l'esthétisme de l'image plutôt que celle du plan.

Sur le coup, même si le rapprochement paraît plus que saugrenu, en terme de maîtrise du septième art, je suis beaucoup plus intéressé d'aller au cinéma voir un film visuellement sage, sans recherche plastique, mais jamais gratuit et élaboré qu'une surenchère gratuite, propre à mettre plein les yeux sans aucun point de vue derrière.
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O'Malley
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Re: Bellamy (Claude Chabrol)

Post by O'Malley »

Watkinssien wrote:
O'Malley wrote: bon ceci-dit, je suis peut-être passé à côté de la plaque. Vaut peut-être mieux que je me regarde :mrgreen: Watchmen...
Qu'est ce qui m'est arrivé de vouloir regarder un Chabrol au ciné, aussi? Fallait attendre une diffusion un dimache soir à la télé: j'aurai peut-être été plus réceptif :lol:
Chabrol, même s'il n'est pas un esthète au sens le plus strict du terme, sait quand même bien mieux ce qu'est un cadre, un langage cinématographique que Zack Snyder qui, lui, est juste un "analphabète" de cette écriture, qui cherche l'esthétisme de l'image plutôt que celle du plan.

Sur le coup, même si le rapprochement paraît plus que saugrenu, en terme de maîtrise du septième art, je suis beaucoup plus intéressé d'aller au cinéma voir un film visuellement sage, sans recherche plastique, mais jamais gratuit et élaboré qu'une surenchère gratuite, propre à mettre plein les yeux sans aucun point de vue derrière.
Je plaisantais: c'était de l'autodérision. Je ne suis pas porté non plus sur le cinéma qui en fout plein la vue, surtout pas si le scénario et l'épaisseur psychologique des personnages tiennent en une ligne! :wink:

Ceci dit, j'irai voir Watchmen pour m'en faire une idée, surtout après avoir moyennement apprécié 300. Mais ceci est un autre topic!
François Sanders
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Re: Bellamy (Claude Chabrol, 2009)

Post by François Sanders »

Une jolie approche de Simenon, de bons numéros d'acteurs (Cornillac ne m'a, pour une fois, pas ennuyé) mais au final pas grand chose, avec quelques scènes ridicules (la plaidoirie), un rythme aussi lent que Depardieu dans les escaliers et le sentiment que tout n'a pas été totalement exploité (relation avec le frère, fascination du commissaire pour l'assassin)...
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Kevin95
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Re: Notez les films | Octobre 2009

Post by Kevin95 »

Bellamy (Claude Chabrol) Image

Dernier film en date du grand et beau Chabrol qui doucement mais surement est en train de tourner une série de films aussi lents que sans vies (sans que personne ne s'étonne).
Bellamy y échappe de justesse mais l'age d'or du metteur en scène est bien loin et donc si tout n'est pas mauvais, le ton et la mise en scène pantouflards alourdissent une intrigue plaisante. Si Bellamy est sympathique c'est principalement en raison de Depardieu, magnifiquement charismatique qui rappel constamment le Gabin des Maigret par sa posture (massive) et sa prestation. Tout ce qui relève de l'univers Chabrolien est ici réussi, le flic imparfait, le frère aussi victime que coupable de sa condition, des personnages un tantinet barjos (très bon Jacques Gamblin) et une ironie constante face à la connerie prétentieuse. Mais que ça se traine... les enjeux dramatique se marchent sur les pieds et le final ma ma ma ce final est foireux de chez foireux, c'est dommage.
Sympathique film donc avec un Gégé génial mais il est temps que Chabrol se réveille un peu.
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808
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Re: Bellamy (Claude Chabrol, 2009)

Post by 808 »

excellent film ! c'est "mullholland drive" en franchouillard, et c'est pour le mieux : le cauchemar est encore plus cauchemardesque avec une vraie-fausse esthétique de téléfilm.

finalement c'est peut-être pour moi un des meilleurs films de l'année 2009.
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Anorya
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Re: Bellamy (Claude Chabrol, 2009)

Post by Anorya »

Bellamy (2009).

Je m'attendais à un petit film pépère, ronflant et sans vie, j'ai eu avec surprise, un petit peu plus que ça de la part du regretté Chabrol.
Alors oui, il ne s'y passe pas grand chose et l'on devine à l'avance l'intrigue policière en question, d'autant plus qu'à part Depardieu et Cornillac, le reste du casting joue comme ses pieds le plus souvent (mention spéciale à Gamblin à la fête du slip et la sublime Vahina Giocante qui ne sert pas à grand chose). Mais comme cela a été évoqué plus tôt, je pense qu'effectivement là n'est pas spécifiquement le but du film (ce que Chabrol surligne à la fin en citant W. H. Auden). Et la fin m'a par là-même rappelé tous les échanges entre Depardieu et son frère qui se superposent à l'histoire du SDF qui voulait mourir. Beaucoup de dialogues entre les deux frères semblent ainsi éclairer leur rapport malgré le fait qu'il est évident que Depardieu ne semble pas comprendre au premier abord que l'enquête sur laquelle il est, peut agir en résonnance sur Clovis Cornillac et qu'en quelque sorte l'histoire est en train de se répéter. A un moment, le commissaire Bellamy résume à son frère et sa femme (Marie Bunel) son enquête : "c'est l'histoire d'un type qui veut tuer un type qui veut crever". A ce moment Cornillac, passablement ivre répond "tu veux m'aider à mourir ?". La femme du commissaire recentre alors l'histoire dans son cadre policier "mais non, il parle d'autre chose, il parle pas de toi".
Et pourtant...
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Pourtant mis sous cet éclairage et sa fin désespérée, Bellamy est avant tout non pas un film policier mais l'histoire de deux frères qui s'ignorent. Peut-être même l'histoire de l'un, au bout du rouleau qui va rendre une dernière visite à son aîné parce qu'il sait qu'il va se tuer sous peu et que, s'il agit en connard face à son frère c'est non seulement pour se mettre au même niveau mais agir une dernière fois en défi pour quelqu'un qu'il a tout autant admiré que détesté. Par respect pourrait-on dire. Dans cette vision, la lucidité de Bellamy est tout autant de se douter inconsciemment de ça que de jouer le jeu tout en ayant par moment des gestes touchants comme s'il comprenait presque son frère --lui passer les clés de la mercedes. Les séquences entre la femme du commissaire et le frangin participent à cette confusion mentale même si à mon sens c'est comme agiter un linge rouge devant le taureau, trop facile, surtout venant du père Chabrol. Et en même temps l'adultère est bien possible mais le personnage de Marie Bunel étant plus tolérante et ouverte que le commissaire, on pourrait y voir sans doute aussi de la pitié. Bref, encore un Chabrol faussement simple qui possède plusieurs niveaux.
"J'aimerais être comme toi, avoir le dernier mot" disait Clovis Cornillac. Ce qu'il eut avec son dernier geste dans une scène finale qui répond à l'ouverture.
Depardieu répondait, haineux, à ce moment : "ça s'apprend pas ça, tu auras le dernier mot quand tu casseras ta pipe". Tout est là.

Pas un grand Chabrol mais un beau film porté d'agréables touches d'humanisme. 4/6.
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Père Jules
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Re: Bellamy (Claude Chabrol - 2009)

Post by Père Jules »

Pour ma part, un mètre-étalon du cinéma FR3 Limoges by Claude Chabrol.
J'ai trouvé ça d'une platitude remarquable et Clovis Cornillac aussi mauvais que d'habitude. A niveau-là de radotage, Chabrol n'est plus un auteur, c'est un petit vieux, un petit vieux sympa, mais un petit vieux quand même.
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Re: Bellamy (Claude Chabrol - 2009)

Post by Anorya »

Père Jules wrote:Pour ma part, un mètre-étalon du cinéma FR3 Limoges by Claude Chabrol.
J'ai trouvé ça d'une platitude remarquable et Clovis Cornillac aussi mauvais que d'habitude. A niveau-là de radotage, Chabrol n'est plus un auteur, c'est un petit vieux, un petit vieux sympa, mais un petit vieux quand même.
Y'a comme un léger petit goût de platitude dans ce film.
_ Y'en a.
_ Léger goût téléfilm non ?
_ Y'en a aussi.


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:mrgreen:

Bah comme je l'ai dit, il ne s'y passe pas grand chose et comme il a été rappelé plus tôt dans ce topic, ce n'est pas non plus la mise en scène qui va sauver les meubles. Après dans sa peinture des personnages, on touche à quelque chose qui apparaît un peu moins sur FR3 Limoges pour moi (en même temps depuis plus de 10 ans je ne regarde plus la télé, ça joue ptêt) même si je te comprends pour le Cornillac, ce n'est généralement pas un acteur qui m'intéresse des masses.
Mais bon, face à Gamblin qui en fait des tonnes, là c'est pas le pire le Clovis.
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Re: Bellamy (Claude Chabrol)

Post by Jeremy Fox »

Strum wrote: Chabrol n'a jamais recherché une "belle image". Et peut-être avec les années la recherche-t-il encore moins.
Oui enfin là c'est quand même du j'menfoutisme total : il y avait longtemps que je n'avais pas vu un film aussi mal éclairé et photographié. Sinon, hormis toutes les séquences réunisant Depardieu et une Marie Bunel lumineuse, tout le reste m'a paru laborieux voire ridicule : Gamblin n'a jamais été aussi mauvais. J'ai encore ses deux films précédents à découvrir mais je vais y aller sur la pointe des pieds.